St Jean Chrysostome 27

Darras tome 11 p. 566

 

17. « Cette prophétique menace n'eut pas plus d'effet que les prières, et les quarante évêques revinrent dans les divers loge­ments qu'ils occupaient à Constantinople. Ils passèrent toute cette nuit les uns dans les larmes, les autres dans un accablement voisin de la stupeur, tous dans une consternation inexprimable. Cepen­dant, les prêtres du bienheureux Jean avaient indiqué le baptistère de la basilique constantinienne, pour y conférer le baptême aux Catéchumènes. Le peuple passait cette veille sainte dans l'église. Les fidèles y psalmodiaient; les néophytes recevaient le sacrement de la régénération, ainsi qu'il se pratique dans la nuit pascale. Severianus de Gabala et Acacius de Bérée allèrent dénoncer le fait comme un attentat contre l'empereur. Ils s'adressèrent à Anthémius, gouverneur de la ville, et le requirent de faire adresser une sommation à la foule pour la contraindre de se réunir dans la ba­silique de Sainte-Sophie, où la faction avait fixé le lieu de son assemblée. Le magistrat refusa d'abord son concours. Il est nuit, disait-il, l'attroupement est considérable. Nous nous exposerions a d'affreux désordres. — Les deux évêques calmèrent ses scrupules, l'assurant que tout se passerait paisiblement. Le gouverneur céda à regret. Il mit à leur disposition quatre cents scutarii de la garde impériale commandés par un officier païen, Lucianus, au-

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1.Pallad., Icc. cii.

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quel il enjoignit de s'abstenir de toute espèce de violence, et de se présenter seulement au baptistère de l'église constantinienne pour notifier au peuple l'ordre de l'évacuer et d'aller célébrer la vigile pascale à Sainte-Sophie. Lucianus se conforma d'abord à ses ins­tructions. Il laissa sa troupe à la porte du baptistère, entra seul et lut la proclamation qui fut accueillie par un refus unanime. Il n'insista pas et revint informer Acacius de Bérée des dispositions où il avait trouvé la multitude. Cet évêque indigne entreprit alors de séduire l'officier païen. Il lui promit un avancement rapide, des honneurs, des richesses et la faveur impériale s'il consentait, sans en informer Anthémius, à prendre l'initiative d'une mesure de ri­gueur. Le soldat hésita quelque temps, mais enfin les brillantes perspectives qu'on faisait miroiter à ses yeux, triomphèrent de sa conscience. Il partit de nouveau, à la tête de sa troupe, et accom­pagné de quelques clercs chargés par l'évêque de stimuler son ar­deur. — On était à la seconde veille de la nuit (minuit). Les catéchumènes, en deux groupes séparés, les hommes à côté des diacres, les femmes à côté des diaconesses, étaient rangés autour de la piscine sacrée, et suivant l'usage, quittaient leurs vêtements pour descendre dans le bain de la régénération, lorsque les quatre cents scutarii, en nombre égal à celui des farouches compagnons d'Esaü, envahirent le baptistère, l'épée nue à la main. On se jeta sur le diacre qui portait l'huile sainte ; on lui arracha le vase pré­cieux et le chrême fut répandu à terre et foulé aux pieds. Les prêtres furent égorgés, le sang rougit l'onde sacrée. Une scène d'horreur épouvanta cette nuit angélique où le Christ renversa l'empire des démons. Les femmes, demi-nues, s'enfuyaient autant par un sentiment de pudeur que par crainte de la mort. Les cris des mourants et des blessés se mêlaient au fracas des armes. Les vierges du Seigneur, les diaconesses, leurs vêtements en lambeaux, se dérobaient à l'insolence des soldats. Les vases sacrés furent mis au pillage. La horde sacrilège poursuivit alors les fugitifs à travers les rues de la vîlle. Tous les diacres et prêtres dont on put se saisir furent jetés au fond des cachots 1. »

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1. Pallad.  los. cit., col. 32, 33.

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18. Si quelque chose pouvait compenser l'indignité de pareils désordres, inspirés et commandés par des évêques, ce serait le courage des fidèles de Constantinople. Les catéchumènes, si odieu­sement pourchassés durant cette terrible nuit, n'aspiraient qu'avec plus d'ardeur au baptême. La menace du martyre les avait trans­formés en héros. Au lieu de regagner leurs demeures, ils avaient quitté la cité maudite et c'étaient réunis dans le Pempton, vaste polygone que Constantin le Grand avait fait terrasser et clore de palissades, comme un cirque, pour les manœuvres de cavalerie. Ce fut là qu'ils reçurent enfin le sacrement de régénération. Ce fut là qu'ils résolurent de célébrer la fête de Pâques. Tous les fidèles vinrent les y rejoindre. « Or, le matin de Pâques , continue Palladius, l'empereur étant sorti à cheval ne fut pas médiocre­ment surpris de voir le Pempton littéralement couvert d'une foule immense de personnes vêtues de blanc. Les néophytes étaient au nombre de trois mille et portaient tous la robe blanche du bap­tême. Arcadius demanda ce que signifiait ce rassemblement. Les officiers de son escorte lui répondirent que c'était l'assemblée des hérétiques. — Tel était le nom qu'à la cour on donnait aux pieux fidèles. — L'empereur fit un geste de mécontentement. Aus­sitôt, les plus empressés des officiers de l'escorte, se détachant du cortège, coururent chercher une bande de soldats, et vinrent à leur tête se jeter sur la foule inoffensive 3. A coups de sabre, on se fit jour dans les rangs. Les fidèles, sans opposer aucune résis­tance, offraient leur poitrine aux épées nues. On les arrêta par milliers; quelques clercs furent saisis avec eux, et jetés dans les diverses prisons de la ville. La soldatesque s'acharnait de pré­férence sur les femmes nobles et riches qui se trouvaient dans rassemblée. Aux unes on enlevait leur manteau de soie, à d'autres les pendants d'oreilles qu'on arrachait avec la chair vive. Toutes étaient menacées dans leur honneur, plus précieux pour elles que la vie. L'épouse du patricien Eleuthérus, pour se soustraire aux outrages, abandonna toutes ses parures, se couvrit d'un capuchon emprunté à une servante, et s'enfuit à travers les rangs de la sol­datesque. Quelques heures après, toutes les prisons regorgeaient

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de captifs. On eût dit qu'elles étaient transformées en églises. Les hymnes de la psalmodie sacrée, la célébration des saints mystères, s'y accomplirent avec une admirable ferveur. Cependant, les basi­liques de Constantinople étaient remplies de soldats et d'une horde de pillards qui acclamaient les évêques de la faction, et avec mille blasphèmes horribles, poussaient des cris de mort contre Chrysostome 1. »

 

19. Cette situation se prolongea jusqu'aux fêtes de la Pentecôte. L'illustre archevêque n'avait point quitté sa demeure, depuis le jour où le premier message impérial lui avait fait comprendre qu'Eudoxia ne reculerait devant aucun crime pour assouvir sa vengeance. Ce fut dans cette retraite qu'il adressa au souverain pontife la lettre suivante : « A mon maître vénérable et très-saint, l'évêque Inno­cent, Jean, salut dans le Seigneur. — Je ne doute pas que votre piété n'ait déjà appris par la rumeur publique, les attentats qui viennent d'ensanglanter cette église. L'audace des méchants a été telle que l'univers entier en a retenti. Le bruit de ces tragiques événements porté partout a excité partout la même douleur et la même épouvante. Mais il ne suffit pas de gémir sur tant de dé­sastres, il faut y trouver un remède. Dans cette horrible tempête, nous avons cru devoir prier les très-vénérables et saints évêques nos frères, Lemetrius, Pansophius, Pappus et Eugène de se rendre près de votre paternité pour l'instruire exactement de cette série d'abominations, afin que vous puissiez, par votre autorité aposto­lique, y mettre un terme. » Chrysostome racontait ensuite dans le plus grand détail les fourberies de Théophile, les diverses phases du conciliabule du Chêne, son premier exil, son retour et les nou­velles violences qui l'avaient suivi ; puis, il ajoutait : «Le désordre ne s'arrête plus à la métropole, il a gagné tout l'Orient. De la tête aux extrémités, la contagion de l'impiété et de la révolte s'est ré­pandue dans toutes les églises d'Asie. Partout, les clercs s'insurgent contre leurs évêques ; les évêques se séparent entre eux ; la divi-

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1 Pallad , loc. cit., col. 34. — 2. Pansophius était évêque de Pisidie, Pappus de Syrie, Demetrius de la seconde Galatie, et Eugène de Phrygie.

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sion a pénétré dans le peuple : c'est le bouleversement du monde, une effrayante menace de calamités plus grandes encore. A vous donc, vénérable père, de concert avec les évêques d'Occident, il appartient de déployer l'énergie et l'autorité nécessaires pour mettre un frein à l'impiété triomphante. Je vous en conjure, venez-nous en aide et réprimez cette lamentable anarchie. Déclarez solennellement que tout ce qui a été fait jusqu'ici par une partie en l'absence de l'autre est nul et de nul effet. Proclamez les règles de l'Église en cette matière, et que ceux qui les ont violées en su­bissent la peine. Quant à moi, je n'ai été ni entendu, ni convaincu et par conséquent je ne saurais en aucune façon admettre qu'une sentence de déposition ait pu être régulièrement portée contre moi. Devant Dieu qui me jugera, et devant vous, très-saint et vé­néré père, je déclare que ma conscience ne me reproche rien. Si l'on prétend me poursuivre à propos de délits que j'ignore, qu'on me désigne un tribunal intègre, des juges impartiaux. Je suis prêt à y comparaître. Mais, dans ce qui s'est passé jusqu'ici, toutes les lois ont été violées, tous les règlements hiérarchiques foulés aux pieds. Il n'y a pas de tribunal païen, de tribunal barbare où l'on se fut permis de telles énormités. Chez les Scythes, chez les Sarmates, on n'a jamais condamné un homme sans le voir, sans le connaître, sans l'entendre, à son insu, en son absence, quand il avait tout droit de récuser, je ne dis pas ses juges, mais ses enne­mis déclarés; quand il demandait justice à grands cris, quand il s'offrait de repousser toutes les accusations et de démontrer son innocence à la face de l'univers. C'est là ce qui s'est accompli parmi nous. Les très-vénérables évêques, nos frères, en instruiront votre paternité. Lorsque vous aurez recueilli de leur bouche ces dé­tails inouis et pourtant véritables, nous vous supplions de daigner nous venir en aide. Ainsi, vous rendrez service non-seulement à notre humble personne, mais à l'universalité des églises qu'une pareille tyrannie, si elle se prolongeait, aurait bientôt réduites à la plus horrible oppression. Enfin, vous mériterez la récompense de Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui a versé jusqu'à la dernière goutte de son sang pour assurer la grâce et la paix à son peuple. Adieu,

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seignenr révérendissime et très-saint père, priez pour moi 1. »

 

   20. Il fallait longtemps alors pour qu'une lettre écrite de Constantinople parvînt à Rome. Lorsqu'Innocent I reçut cette requête du génie et de la vertu persécutés, les événements s'étaient précipités en Asie, et Chrysostome était déjà en exil. Quelques jours avant l'arrivée des évêques porteurs de ce message, le pape avait reçu un lecteur de l'Église d'Alexandrie, chargé par Théophile de remettre au souverain pontife un billet d'un laconisme presque insultant, pour lui notifier, sans aucune autre explication, qu'il avait jugé à propos de déposer l'évêque de Constantinople. Le pape fut indigné de l'arrogance du patriarche, 'o ^-/.iy.oi œirat;

'Iwqxsvtio; [if/.pôv àvETpfcri, ^poireTcia; xœî tv?ou xaTa^vôu; ©sosO.ou ~. Mais le

lecteur d'Alexandrie n'avait point d'autres explications à fournir. On lui demanda comment il se pouvait faire que Théophile man­dât seul une aussi grave nouvelle, sans indiquer le nom des prélats qui avaient concouru avec lui à une sentence de ce genre, sans faire parvenir ni procès-verbaux réguliers, ni lettre synodale. À toutes ces questions, le lecteur député restait muet, soit qu'il n'eu sût pas davantage, soit que ses instructions lui eussent com­mandé un silence absolu. Sur ces entrefaites, arriva de Constanti­nople le diacre Eusebius, envoyé par l'archevêque Jean. Il se présenta à l'audience du pape Innocent et lui remit un mémoire dans lequel il le suppliait, au nom des intérêts les plus chers et les plus sacrés, de surseoir au jugement définitif, lui jurant qu'avant peu il aurait la preuve qu'une trame infernale avait été ourdie et qu'elle serait bientôt percée à jour. En effet, une semaine n'était pas encore écoulée, lorsque les évêques déjà nommés arrivèrent et remirent au pape l'éloquente requête de Jean Chrysostome 3. » C'est Théodore, un diacre de l'Église romaine, c'est-à-dire ce qui signifierait de nos jours un cardinal, qui s'exprime ainsi. Il avait été lui-même témoin des anxiétés et de l'embarras du saint pape Innocent I, en présence de ces renseignements contradictoire, les

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(1) Pallad., loc. cit., cap. 11, col. 7-12, passim. — (2) Pallad., loc. cit.-éol. 8. — (3) Pallad., loc. cit., col. 8.

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seuls qui fussent encore parvenus officiellement à Rome au sujet d'un éclat qui embrasait alors toute l'Asie. Rien ne prouve mieux en fait la reconnaissance de la suprématie du siège aposto­lique, puisque les deux partis y recouraient simultanément, l'un pour se plaindre, l'autre pour se justifier. Mais aussi, en droit, rien ne saurait mieux démontrer son absolue nécessité. L'Eglise catho­lique, œuvre divine, ne subsisterait pas quinze jours dans l'unité de foi, de discipline ou de gouvernement, sans un chef incontesté, reconnu de chacun et supérieur à tous, qui puisse prononcer souve­rainement dans les conflits de doctrine, d'intérêts ou de personnes. Entre Théophile et Chrysostome, la question pouvait paraître indé­cise aux yeux des contemporains. Celui-ci était connu, admiré et aimé de tout l'univers pour son éloquence. Mais le plus beau génie oratoire peut se tromper. Chrysostome pouvait donc être dans l'er­reur. La preuve qu'il le pouvait, c'est que les trente-six évêques du conciliabule du Chêne l'avaient cru, ou du moins l'avaient attesté. Théophile était patriarche d'Alexandrie. Comme talent, à coup sûr, il ne valait pas Chrysostome. Mais encore faut-il noter que le niveau entre le génie et le talent plus ou moins médiocre ne s'établit jamais d'une façon exacte par les contemporains. C'est exclusivement l'œuvre de la postérité qui remet chacun à sa place et, dans son impartialité désintéressée, efface les titres, les hon­neurs, les dignités, pour n'apprécier que le mérite individuel. Aussi, je suis convaincu que Théophile eut de son vivant des admirateurs qui l’élevaient fort au-dessus de Chrysostome. Ils y avaient un in­térêt considérable, puisque Théophile savait parfaitement récom­penser ses adulateurs. De plus, leur rôle n'était pas absolument ridicule, ni leur admiration trop manifestement excessive, puisque saint Jérôme, le premier littérateur de son temps, prenait la peine de traduire du grec en latin les lettres pascales de Théophile, et les envoyait à ses amis de Rome comme des chefs-d'œuvre. Enfin, sous le rapport du caractère et de la vertu épiscopale, on ne soupconnaît pas, en dehors de l'Egypte, les violences, les abominations et les crimes dont s'était souillé le patriarche d'Alexandrie. Un voile de silence avait été jeté sur ces forfaits. Les témoins qui au-

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raient pu les dénoncer à l'indignation de l'univers avaient les uns cédé aux sollicitations ou aux menaces d'Eudoxia, les autres  acheté des honneurs et de la fortune en vendant fort cher la promesse de ne rien dire. Ceux-ci, comme les Grands-Frères, s'étaient conten­tés de retourner au désert, et d'y ensevelir leur secrets ; ceux-là, comme l'abbé Isidore, avaient succombé dans les cachots ou dans les fatigues de longs et pénibles voyages. Restait donc uniquement pour guider le jugement des contemporains une double circons­tance qui était entièrement favorable à Théophile, et qui avait eu un retentissement universel. Je veux dire l'éclatante conversion de ce patriarche, lequel, après avoir ouvertement patroné l'origénisme, s'en était fait l'adversaire le plus implacable; et enfin, les lettres élogieuses que lui avait écrites saint Épiphane et la communion ecclésiastique que ce vénérable évêque avait maintenue avec lui jusqu'à la mort. Tout se réunissait donc pour compliquer aux yeux des contemporains une question qui nous paraît aujourd'hui si claire. L'attitude du siège apostolique, dans cette lutte de la perfi­die contre l'innocence, du crime contre la vertu, de la raison d'État contre la justice, fut vraiment admirable. « Le bienheureux pape Innocent, continue le diacre Théodore, après une mûre déli­bération, répondit à Théophile que la sentence de déposition contre Chrysostome ne paraissait pas suffisamment justifiée; qu'il la tien­drait comme nulle et non avenue jusqu'à ce que l'affaire eût été examinée et définie par un concile général de l'Orient et de l'Occi­dent d'où l'on écarterait les amis et les ennemis des deux parties adverses, et où ne seraient comme juges que des évêques com­plètement désintéressés dans la question. La réponse adressée à Jean Chrysostome était conçue exactement dans le même sens. Les deux messages étaient à peine expédiés, l'un pour Alexandrie, l'autre pour Constantinople, quand un prêtre égyptien, nommé Pierre, et le diacre byzantin Martyrius, envoyés tous deux par Théophile, apportèrent à Rome un mémoire rédigé sous forme de procès-verbal, et ayant l'air d'actes synodaux 1. Jean Chrysostome,

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1 C'étaient les actes du conciliabule du Chêne.

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d'après ces documents, paraissait avoir été condamné par trente-six évêques, dont vingt-neuf appartenaient à la province d'Egypte, et les sept autres à divers diocèse». Le pape Innocent examina scrupuleusament ce dossier. Il n'eut pas de peine à découvrir la fraude. La plupart des accusations formulées étalent puériles, les autres notoirement fausses. Jean n'avait pas comparu en personne; il n'avait point produit de défense. La mauvaise foi, la fureur et la vengeance de Théophile éclataient de toutes parts, dans ces pré­tendus actes. Cependant, le souverain pontife ne voulut point sévir encore contre ce patriarche, parce qu'il était absent et ne pouvait se défendre. Il ordonna un jeûne et des prières publiques pour ob­tenir que Dieu daignât faire cesser la division de l'Église et rame­ner entre ses ministres des sentiments de charité fraternelle et de mutuel amour. Puis, il adressa à Théophile une lettre commina­toire conçue en ces termes : Nous ne voulons point encore rompre avec vous le lien de la communion ecclésiastique. Nous le mainte­nons, ainsi que nos lettres précédentes vous l'ont déjà appris. Mais votre récent message demande une nouvelle réponse. Nous vous déclarons donc que les actes que vous nous avez envoyés res­semblent à un jeu sacrilège. Il nous est absolument impossible d'y souscrire, et à moins qu'un jugement sérieux n'intervienne, nous ne ratifierons point la sentence de déposition que vous avez pro­noncée sans raison aucune contre Jean Chrysostome. Si donc vous avez assez de confiance en votre jugement pour affronter une dis­cussion publique, présentez-vous devant un concile régulièrement assemblé et digne du nom de Jésus-Christ. Là, selon les règles canoniques de Nicée, car l'Église de Rome n'en connaît pas d'autres, vous présenterez vos accusations, et vous obtiendrez une sentence irréformable1. »

 

21. Nous croyons devoir prévenir le lecteur que ces textes signi­ficatifs sont tout entiers extraits du fameux dialogue de Palladius, dont la véracité n'a jamais été contestée par personne. Tout au plus pourrait-on regretter que les historiens français ne les aient

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1. Pallad., loc. cit., col. 12, 13.     ,-;

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pas suffisamment mis en lumière et les aient laissés, au risque de compromettre la mémoire de saint Jean Chrysostome, dans une pénombre calculée de façon à voiler le rôle souverain du saint siège dans cette retentissante controverse. Quoiqu'il en soit, Chry­sostome était déjà immolé par ses ennemis à Constantbople, alors que Rome prenait si noblement sa défense. Le drame s'était ter­miné avec la même hypocrisie d'un côté et la même noblesse de l'autre. « Le cinquième jour après la fête de la Pentecôte (404), continue Palladius, Acacius de Bérée, Severianus de Gabala, Antiochus de Ptolémaïs et Cyrinus de Chalcédoine se rendirent au palais. Auguste empereur, dirent-ils à Arcadius, vous tenez direc­tement de Dieu votre autorité souveraine. Vous ne relevez de per­sonne et tous vous doivent obéissance. Votre volonté constitue la loi. Ne soyez pas plus miséricordieux que ne le sont les prêtres, ni plus doux que les évêques. Déjà nous avons solennellement pro­testé que nous répondions sur notre tête de la légitimité de la sen­tence portée contre Chrysostome. Cependant vous épargnez encore ce grand coupable, et votre indulgence pour lui peut nous perdre tous. — Tel fut le langage de ces évêques, dignes successeurs des Caïphes hébreux. D'ailleurs ils ne se contentaient point de sem­blables paroles, leur or avait corrompu les courtisans et frayé la voie du crime. L'empereur accueillit leur requête. Il expédia le notaire Patricius au bienheureux Jean, avec ordre de lui dire : Acacius, Antiochus, Severianus et Cyrinus ont assumé sur eux la responsabilité de votre condamnation. Recommandez donc à Dieu le soin de vos affaires et quittez sur-le-champ cette église et cette ville. — Au moment où ce message lui était communiqué, nous étions, tous les évêques et moi, réunis dans le triclinium de sa demeure. L'homme de Dieu, après cette injonction formelle, ne crut pas devoir résister. Il se leva, en disant : Venez, allons prier ensemble l'ange de cette église, avant de nous en séparer. — Personnel­lement on eût dit qu'il était heureux de cette nouvelle épreuve, et qu'il ne s'en affligeait que par amour pour son peuple. En ce moment, un patricien dévoué et fidèle s'approcha et lui dit : On vient de m'avertir que l'insolent et brutal Lucianus s'est embusqué

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avec une poignée de soldats dans l'édifice voisin des Thermes. Il s'apprête à venir vous arracher de force à votre demeure. Cepen­dant le peuple commence à se soulever. Si vous êtes résolu à par­tir, faites-le secrètement pour éviter une collision qui serait ter­rible. — Jean se pencha alors sur le visage de quelques évêques et les embrassa en pleurant. Quand nous fûmes arrivés au sacrarium (sacristie), il voulut nous embrasser tous, mais la douleur le suffoquait et il se déroba à nos adieux. Attendez-moi quelques instants, nous dit-il. Je vais me reposer un peu. — Il entra alors dans le baptistère et manda Olympias qui ne quittait jamais l'église, avec les diaconesses Pentadia, Proda et Sylvina la veuve du bienheureux Nebridius. Venez, mes filles, leur dit-il, et écoutez une dernière fois votre père. Selon toute apparence, les choses de cette vie ont pris fin pour moi. J'ai consommé ma course et vrai­semblablement vous ne reverrez plus mon visage. Je ne vous de­mande qu'une grâce, c'est de conserver pour cette église le dévouement dont vous lui avez donné jusqu'à ce jour tant de preuves. Celui qui, sans briguer l'honneur de l'épiscopat et malgré sa résistance, sera porté par le suffrage de tout le peuple à la tête de cette église, celui-là recevez-le pour pasteur et inclinez-vous sous sa bénédiction, comme vous le faisiez pour Jean. L'église en effet ne saurait subsister sans un évêque. Maintenant, mes chères filles, je vous laisse à la miséricorde de Dieu : Souvenez-vous de mai dans vos prières! — A ces mots, elles tombèrent aux pieds du bienheureux, fondant en larmes. Jean fit signe à l'un de ses prêtres : Pelevez-les, lui dit-il, et reconduisez-les à leurs cellules pour que leurs cris ne soient pas entendus par le peuple. — Les saintes femmes se calmèrent à ces paroles, retinrent leurs sanglots et se laissèrent conduire. Jean sortit alors de la basilique de Sainte-Sophie par la porte orientale (car rien en lui ne sentait l'Occident (le déclin). Or à la porte opposée qui donnait sur l'occi­dent, là où se trouve le grand vestibule de l'édifice, le cheval que Jean avait coutume de monter stationnait comme pour l'attendre. La foule s'y était portée, croyant que ce serait de ce côté que sor­tirait l'archevêque. Les heures s'écoulèrent sans qu'il parût. Il

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p577 CHAP.   V.  — MORT  DE  SAIXT   CORYSOSTOME.    

 

avait pris l'autre route. Avec lui l'ange de l'Église byzantine était exilé l. »

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon