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19. La chapelle des rois mérovingiens devint, dès le temps de Clovis I. le centre d'une école palatine, dont le cardinal Pitra a pu suivre la trace jusqu'au règne de Clotaire II. Sous ce dernier, l'illustre Betharius (saint Bohaire), dont nous avons raconté l'histoire 7, avait le titre d'archi-chapelain8, lorsqu'il fut élevé au siège épiscopal de Chartres. L'un de ses disciples, Rusticus, lui succéda dans la direction de l'école royale, sous le titre d'abbé du palais. « Entre tous les fils des leudes qui s'élevaient dans ce pieux asile, on comptait Arnulf de Metz, Cunibert de Cologne, Remacle de Tongres, Modoald de Trêves, Desiderius (Didier) de Cahors, Siagrius. Un jeune burgonde qui ne portait qu'un nom de haute dignité, Faro, plus tard évoque de Meaux, frère de la sainte fondatrice de Faremoutiers, y avait apporté son plus beau titre de gloire et de noblesse, la bénédiction de saint Colomban. C'étaient encore Nivard et Gombert, deux saints frères, que rien ne put séparer
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1 Placit. Theodor., apud Mabillon, De Re diplomatica, p. 470. — 2 Ducange, Glossar. — 3 Walafr. Strab., de Rebut eccles., xxxi; Honor. Augustod., Gemma animes, cap. cxxvin; Serm. in Sanct. Martin.; Duraod., Ration, liturg., lib. II, cap. x. —4 ilonach. S. Galli, lib. II, cap. xxvn. — 5Mémoires de 1). Brial, dans les Mémoires de l'Institut, anD. 1818, p. 84. — 6 D. Pitra, Hist. de S. Léger, p. 15-17. — 7 Cf. chap. précéd., o° 29. — 8 Vita S. Leutfredi, n» 5, saec. m, Bened.
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de la charité du Christ, ni le temps, ni l'éternité ; Paul, depuis évêque de Verdun, que nul ne surpassait dans l'art de bien ordonner un discours et de tracer élégamment des caractères ; Sigirran (saint Cyran), l'échanson du roi; Romain, son chancelier; Gaugeric (saint Géry de Cambray), le distributeur de ses aumônes. Nommons encore deux frères bénis par saint Colomban, Rado et Audoen (saint Ouen), qui avaient fréquenté l'académie florissante de saint Médard de Soissons, où plus de quatre cents moines cultivaient les lettres et les règles saintes 1.»
20. Il nous reste encore trois lettres adressées par une mère chrétienne, Herchen Preda, à son fils Desiderius, élève de l’école palatine de Clotaire II. Voici quelques traits de ces épanchements intimes, qu'on aime à recueillir à d'aussi lointaines distances : « A son très-doux et très-aimant fils Desiderius, Herchen-Freda. Grâces immenses soient rendues au Dieu tout-puissant, qui daigne m'accorder la possibilité d'adresser mes lettres à ta tendresse. De toute la plénitude de mes entrailles je te salue, et prie la miséricorde du Seigneur qu'il veuille me réjouir abondamment par ta vie et bonne conduite. Donc, mon très-doux enfant, je te recommande d'avoir souvent Dieu en pensée; que Dieu soit toujours présent à ton esprit; ne consens jamais ni de cœur, ni de fait, aux actions mauvaises que Dieu abhorre et proscrit. Sois fidèle au roi, chéris tes compagnons, mais toujours aime et crains le Seigneur. N'oublie jamais, mon fils, ce que j'ai promis à Dieu pour toi, marche toujours dans la crainte de ses commandements. Du reste, ô mon doux fils, autant il y a de puissance en mon cœur, autant je veux te saluer 2. » Desiderius était le frère puîné de Rusticus, l'abbé du palais. II répondit aux vœux de sa pieuse mère, et devint trésorier de Clotaire II, pendant que Rusticus montait sur le siège épiscopal de Cadurcum (Cahors) et que leur troisième frère Siagrius, élevé aussi à l'école palatine, était nommé gouverneur du comitat (comté) d'Alby et de Marseille. Siagrius mourut à la fleur de l'âge. Rusticus, après sept ans d'épiscopat, fut assassiné
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1 Pitra, Hist. de S. Léger, loc. cit. — 2. S. Desider. Cadurc. episc.j Pair, lat., ton:. LXXXV11, col. 224 C.
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dans son église par une bande de pillards. Herchen-Freda écrivait alors à Desiderius cet autre message : « A mon fils à jamais désirable, au très-doux Desiderius, Herchen-Freda, malheureuse mère. Tu auras sans doute appris comment ton bien-aimé frère, le seigneur Rusticus, a été tué par les perfides habitants de son église. C'est pourquoi, très-cher fils, puisque ton père est mort, que Siagrius, ton frère, a lui-même émigré pour l'autre vie, veuille prendre en main vigoureusement la poursuite des meurtriers, et qu'un grand exemple se fasse. Pour moi, mère infortunée, que devenir? Tes frères ne sont plus : si tu venais toi-même à manquer, il ne me resterait plus rien sur la terre. Cher gage d'amour, ô très-doux fils, observe donc la plus stricte vigilance. Après avoir vu périr tes frères, je t'en conjure, ne te perds pas toi-même, ne t'expose pas à la mort. Évite la voie large et spacieuse qui mène à la perdition, conserve-toi dans le sentier de Dieu. Pour moi, l'excès de ma douleur, je le prévois, mettra bientôt fin à mes jours. Prie donc afin qu'à son départ mon âme soit bien accueillie par le Dieu pour qui je soupire nuit et jour '1. » Herchen-Freda ne tarda guère en effet à rejoindre au ciel son époux et ses deux fils. Elle vécut assez cependant pour voir Desiderius renoncer au monde, s'asseoir sur la chaire ensanglantée de Cahors, et s'offrir lui-même comme un gage de pardon aux meurtriers de son frère.
21. La direction de l'école du palais était passée des mains de Rusticus à celles d'un maître également saint et non moins illustre, Sulpitius, surnommé Pius, le Pieux ou le Débonnaire 2, et aujour-
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1 Vit. S. Desider., ioc. cit., col. 225.
2 Ce surnom lui fut donné lorsqu'il devint archevêque de Bourges, afin de le distinguer d'un de ses prédécesseurs, Sulpitius Severus, également canonisé, et lui-même différent de l'écrivain du même nom qui fut disciple de saint Martin. Ces trois Sulpice ont été souvent confondus, et pris l'un pour l'autre. Voici leur ordre chronologique, tel que les Bollandistes l'ont établi. Le prêtre Sulpice Sévère, disciple et biographe de saint Martin de Tours, ne fut jamais promu à l'épiscopat. Il mourut vers l'an 420, et fut honoré d'un culte public dans la Touraine, à la date du 29 janvier. Lors de la correction du Martyrologe romain par Urbain Vlll, le nom du prêtre Sulpice Sévère en fut effacé, parce que, dans ses Dialogues, il avait paru soutenir l'erreur des Millénaires. Il y eut réellement à Bourges un évêque du nom de Sulpice
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d'hui encore honoré sous le vocable de saint Sulpice. Issu d'une noble famille gallo-romaine, Sulpice était né dans la ville de Bitu-ricum (Bourges), dont il devait plus tard illustrer le siège épiscopal. Parmi les jeunes disciples de Betharius et de Rusticus, il s'était de bonne heure signalé par la ferveur de sa foi et son zèle pour l'étude. « Il aimait, dit son biographe, à passer les heures silencieuses de la nuit dans un oratoire désert; il s'y revêtait d'un habit de pénitent, il y veillait armé de saintes prières, triomphant du sommeil par les délices de la contemplation. C'étaient là ses premiers essais d'enfant et les jeux de son premier âge 1. » — « Cette puissance sur lui-même, ajoute le cardinal Pitra, le rendit fort sur les autres. On remarqua que dès son début il mérita par une
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Sévère; mais celui-ci vivait plus de cent cinquante ans après la mort dn célèbre prêtre son homonyme. Son élection eut lieu en 584. Grégoire de Tours la raconte en ces termes : «Rémi, évèque de Bourges, étant mort, sa ville épiscopale fut presque entièrement détruite par un incendie, qui acheva de ruiner ce que les guerres civiles avaient laissé debout. Après ce désastre, on procéda à l'élection d'un pontife. Sulpice Sévère, proclamé par le clergé et le peuple, fut agréé avec faveur par le roi Gontran. Les intrigues de concurrents ambitieux n'avaient pas manqué cependant près de ce prince. Comme on lui offrait un jour des présents de la part de ces clercs simo-niaques, il fit, dit-on, cette réponse : « Je n'ai pas l'habitude de vendre les évêchés, et vous n'auriez d'ailleurs pas le droit de les acheter. Un pareil trafic serait pour moi une infamie, et, pour vous, le crime de Simon le Magicien.» Ce fut ainsi, ajoute Grégoire de Tours, que Sulpice Sévère monta sur le siège de Bourges. C'est un homme de noble race, descendant des premiers sénateurs des Gaules, admirablement versé dans la littérature, et qui ne le cède à personne dans l'art de la poésie. » (Greg. Tur., Ilist. Franc, lib. VI, cap. 39.) Sulpice Sévère rebâtit la ville incendiée et la releva de ses ruines. Grégoire de Tours, en lui dédiant son histoire des Sept Dormants, lui applique ces vers de Virgile :
Quo magis exhausiœ fuerint, hoc acrius onmes Jncumbunt generis lapsi sarcire ruinas.
Sulpice Sévère présida à Bourges, en 588, un concile provincial pour terminer un différend de juridiction élevé eutre Innocent évêque de Rodez et Ursicinus de Cahors. Il mourut en 591, et eut pour successeur Euslasius, diacre d'Autun. On voit qu'il serait absolument impossible d'identifier I'évêque Sulpice Sévère, mort en 588, avec le prêtre du même nom, qui écrivait en 396 la vie de saint Martin de Tours.
2. S. Sulpic. PU Vita, n° 5 ; Patr. lat., tom. LXXX, col. 570.
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vie exemplaire de voir accourir autour de lui de jeunes hommes et des vieillards qui venaient l'interroger sur la foi, et auxquels il donnait avec la foi le goût de la vie parfaite. L'école du palais fut un beau théâtre, où il put produire le don spécial qu'il tenait de Dieu pour attirer les âmes. II mit pour fondement principal de sa vertu la virginité la plus irréprochable. Ses œuvres s'étendaient à tous les grands besoins de l'Église et du siècle où il vivait : il construisait des monastères, élevait des basiliques, réparait les églises ruinées, secourait les pauvres, les prisonniers, les opprimés de tout genre1. » Successivement diacre, puis prêtre, l'abbé du palais ou du camp, car les hagiographes lui donnent indistinctement l'un ou l'autre titre, était parvenu à cette hauteur de foi, à cette plénitude de charité où le miracle, devenu comme naturel, s'écoule sans effort de la frange du manteau des saints. Vers l'an 623, Clotaire II fut attaqué d'une maladie violente; tout le palais était en émoi et en pleurs. La jeune reine, qui succédait à la pieuse Bertrude, morte l'année précédente, déchirait ses vêtements, arrachait sa chevelure et se livrait au désespoir. On accourut au bienheureux Sulpice, on le conjurait avec larmes de sauver le roi. Il se mit en prières et demeura cinq jours en oraison, sans prendre aucune nourriture. Cependant l'état du royal malade allait en empirant. On crut même que l'agonie avait commencé et les disciples de Sulpice dirent à leur maître : Rompez votre jeûne; le prince va mourir. —Non, répondit-il, je ne mangerai pas que je n'aie obtenu de Jésus-Christ mon Seigneur et mon Dieu le salut du roi. — En ce moment, un mieux sensible se manifesta chez le moribond. Clotaire guérit bientôt, et survécut quatre ans encore à ce miraculeux rétablissement. Il dut se séparer, en 625, du pieux abbé qui apportait tant de bénédictions à sa cour. La ville des Bituriges élut Sulpice pour évêque. En quittant l'école palatine, celui-ci laissait des disciples qui firent revivre la sainteté de leur maître ; Leodegar (saint Léger) plus tard évêque d'Autun, Vandregisile (saint Vandrille) fondateur du célèbre monastère qui porta
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1 Pifra, ïïist. de S. Léger, êvéque d'Autun, p. 37.
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son nom en Neustrie, Handeric qui fut maire du palais, le chancelier Romanus, et toute une pléiade déjeunes gens qui portèrent dans leurs carrières diverses la foi pure et la sainteté de vie dont Sulpice leur avait donné les préceptes et l'exemple.