Calvinisme 1

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II.   — LA GUERRE CIVILE EN France

 

  20. François 1er |et Henri II avaient su résister à l'invasion du protestantisme. A la mort de ce dernier prince, un enfant de seize ans, chétif de corps et d'esprit, montait sur le trône. François II avait à ses côtés le mauvais génie des Valois, sa mère, Catherine de Médicis: il avait été marié à Marie Stuart, nièce des princes lorrains. Quand les députés du Parlement vinrent féliciter le nouveau roi, pour savoir de qui ils devraient recevoir ses commandements: « De l'agrément de ma mère, répondit le jeune prince, j'ai choisi le duc de Guise pour prendre soin des affaires de la guerre et le cardinal de Lorraine pour veiller à l'administration des finances et de la justice. » En d'autres termes, le roi de France, de sa pleine autorité, s'était donné, pour ministres, le cardinal de Lorraine et François de Guise. François de Guise, chef d'une branche de la maison de Lorraine implantée à Joinville en Champagne, n'était point comme on s'est plu à le dire, un étranger; en 1552, il avait dé­fendu Metz contre Charles-Quint; en 1557, il enlevait Calais aux Anglais et Thionville aux Espagnols; brave sur le champ de ba­taille, fidèle à Dieu et à son roi, il était plus que personne digne et capable de les défendre. Son frère, cardinal archevêque de Reims, était la tête pensante d'un gouvernement dont François de Guise était le bras armé. Cette dispensation du pouvoir, faite avec l'agré­ment de la reine-mère, gagnée aux princes par leur déférence et par des promesses, entraînait la mise en non activité du connéta­ble de Montmorency, tout puissant à la cour d'Henri II et la mise à l'écart des princes Antoine et Louis de Bourbon, ainsi que de Chatillon, Coligny et d'Andelot. Antoine de Bourbon, l'aîné de la fa­mille, avait trouvé, dans son mariage avec l'héritière de la Navarre, une position modeste et douce, dont il ne demandait qu'à jouir; mais son frère, le prince de Condé, dépourvu de tout bien, dévoré d'ambition, était résolu, pour se faire une place au soleil, à renver­ser les Guise et au besoin les Valois. Les Chatillon et les Montmo­rency, provisoirement dépossédés, tournèrent contre les ministres

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l'âpreté de leur rancune et se coalisèrent avec les princes du sang pour les renverser. Or, comme les Guise, fidèles aux traditions des deux  souverains, auxquels ils devaient en France l'élévation de leur famille, en avaient identifié les intérêts avec les intérêts de l'Église et de la  royauté, les Bourbon, les Chatillon et les Mont­morency, en haine des Guise associèrent leurs intérêts et leur for­tune, aux intérêts d'une révolution politique et aux chances des progrès du  protestantisme.l'on a fait mourir, à l'occasion de ces guerres civiles, plus d'un   En  face du pouvoir,   régulièrement constitué, se dressa une faction protestante et aristocratique, impie et séditieuse ; sans souci de doctrine, simplement par cupidité et par ambition, de nobles seigneurs allaient arborer l'étendard de l'hérésie, dont ils n'avaient cure et de la révolte dont ils escomp­taient les bénéfices. « Avec la couleur de ces religions, dit Castelnau, se meslaient les factions par toute la France, qui ont suscité et entretenu les guerres civiles de ce royaume, lequel, depuis, a esté exposé à la mercy des peuples voisins et de toutes sortes de gens qui ont exercé les plus détestables cruautés qu'il était possible d'exercer. De façon, qu'en moins de douze ou quinze ans,   million de personnes de toutes conditions, le tout sous prétexte de religion et de l'utilité publique dont les uns et les autres se couvraient (1). »


   27. . Conspirations à l'intérieur, complicité à l'étranger,  révolution sociale et religieuse, usurpation féodale et politique, voilà le double péril contre lequel les Guise avaient à défendre l'État,  le roi et l'Église. Dans une simplicité qui les honore, ils ne crurent point que la trame ourdie contre la foi et l'autorité,  dut si promptement aboutir.  Jusque-là les protestants s'étaient plaints d'être persécutés; on ne croyait pas qu'ils dussent si promptement s'éri­ger en persécuteurs. Pour alléger les charges du trésor, le cardi­nal licencia l’armée et rejetta toutes les demandes en recouvrement de soi disant créances sur l'État. Une grande partie de la petite noblesse, appauvrie par les dépenses de l'arrière-ban et ruinée par les char­ges des dernières guerres, se jeta dans l'opposition. Les aventuriers que le licenciement de l'armée laissa sans ressources, n'hésitèrent

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 (1) Castelnau, Mémoires, 1. I, Ch. VI.

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pas davantage à devenir, sous l'influence d'une haute paye, de fer­vents huguenots. Dès que les Bourbon et les Chatillon se virent des parti­sans et une armée, ils en vinrent à l'exécution. Un conciliabule fut tenu à Vendôme ; les princes s'y liguèrent et appelèrent à leur aida les huguenots à qui leurs théologiens avaient déclaré qu'il était licite de combattre le gouvernement, même par armes. D'Andelot fut banni de la conspiration. Un capitaine, « plus connu, dit Saulx-Tavanne, par la rupture des prisons que par autre vaillance », Jean de Bary, seigneur de la Renaudie, en fut le bras. Les conju­rés commencèrent par trahir leur pays, en obtenant des secours de Genève, de Navarre et d'Elisabeth d'Angleterre. Ensuite, ils s'as­semblèrent dans un château du Blaizois, prêts à marcher sur Blois pour enlever le roi, massacrer les Guise et proclamer le calvinisme. Le secret fut révélé aux Guise ; ils conduisirent le roi à Amboise où la conspiration vint échouer contre leurs habiles précautions. Les conjurés furent mis en pièces par les paysans ou brûlés dans les maisons où ils s'étaient barricadés. Les supplices achevèrent le reste. Quand l'affaire eut définitivement échoué, les Coligny, Condé, Calvin en déclinèrent l'opprobre, mais sans titre acceptable. La conspiration d'Amboise, n'eut, au reste, d'autre effet, que d'accroître la puissance des Guise. Le duc fut nommé lieutenant général du royaume; le cardinal, pour conjurer les périls de la situation, vou­lut introduire l'inquisition et les Jésuites. Le chancelier de l'hospital, chef de ces modérés, qui sous couleur de modération sont des traî­tres, fit avorter ce double dessein. L'Edit de Romorantin déféra aux évêques seuls la connaissance du crime d'hérésie; mais ils étaient trop nombreux et trop peu zélés, du moins plusieurs, pour concerter une efficace répression. La seule intimation des peines portées par l'Édit royal suffit, au surplus, pour amener des troubles en Pro­vence, en Dauphiné et en Normandie. Une assemblée de notables à Fontainebleau vit tomber les espérances de paix ; Coligny se dé­clara chef politique des huguenots et présenta au nom de ses core­ligionnaires, une requête où il demandait le renvoi de la garde royale, la liberté d'avoir des temples calvinistes et la convocation des Étals généraux. Ceux qui s'étaient défendus de conspirer à Am-

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boise, pour accréditer leur justification, conspiraient à ciel ouvert. Lyon ne fut sauvée d'un coup de main que par le peuple appelé aux armes par l'abbé d'Achon. La France se hérissa de forteresses ou les catholiques se mirent en défense. Cependant les États géné­raux s'assemblaient à Orléans; dès que les princes y furent arri­vés, le roi de Navarre fut gardé à vue, le prince de Condé mis en prison et condamné à mort ; l'exécution devait avoir lieu le jour de l'ouverture des États, lorsque le 5 décembre 1560, François II, mourait, âgé de dix-sept ans, après un règne de dix-sept mois, dix-sept jours et dix-sept heures.

 

   28. La mort de François II ne changea pas la situation de la France, mais elle changea la situation des partis. Charles IX n'avait que dix ans ; la reine-mère s'empara du pouvoir. Fidèle au prin­cipe de Machiavel, qu'il faut diviser pour régner, la régente résolut de s'appuyer habilement sur tous les partis, avec I'arrière-pensée de les duper et l'espoir de les anéantir. Le roi de Navarre reçut une feuille de papier qui le nommait lieutenant général du royaume ; le prince de Condé sortit de prison avec une déclaration d'inno­cence ; le connétable fut rappelé à la cour, et Coligny fut consulté avec tous les signes d'une entière considération. Les États généraux ne remédièrent ni aux discordes religieuses, ni à l'épuisement des finances. Le maréchal de Saint-André, le connétable de Montmo­rency et le duc de Guise, effrayés de ces désordres, peu confiants dans cette politique de bascule, formèrent entre eux un triumvirat de hauts protecteurs du catholicisme. Les protestants, irrités de cette entente, se réunirent au parti de Malcontents. La reine fit pencher la balance en faveur de ce dernier parti. En juillet 1561, elle défendait encore les assemblées des protestants ; en janvier 1562, elle les permettait dans les faubourgs des villes. Cette faiblesse produisit les mêmes effets qu'une trahison. Les apostasies se mul­tiplièrent même dans l'Université. Ramus, principal du collège de Presle, fit abattre dans la chapelle de sa maison tous les symboles de la foi catholique. La régente alla jusqu'à tolérer le calvinisme à Fontainebleau. A Reims, le cardinal de Lorraine poursuivait bra­vement l'hérésie; à Beauvais, le cardinal de Chatillon faisait la

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cène dans son palais. Le roi multipliait les édits ; le Parlement opinait pour la défense de la foi ; Coligny insistait pour la liberté du culte protestant; et le conseil, pour combler le déficit des finances, ordonnait le recensement des biens du clergé. Au milieu de ce gâchis, les huguenots, se sentant les rênes sur le cou, se mirent, partout où ils le purent impunément, à l'état de sédition et aux exploits de pillage. A Toul, ils saccagèrent les églises, les maisons et même les rues de la ville. A Meaux, après avoir abattu les croix, brisé les images, démoli les monuments religieux, ils mirent en pièce les cloches, les baptistères, les vases sacrés ; brû­lèrent les reliques et foulèrent aux pieds les saintes hosties. A Orléans, à Rouen, à Thouars, se répétèrent les mêmes scènes. Les monuments d'art ne furent pas plus respectés que les antres. On eût dit une consigne générale de destruction et de vol ; partout se répétaient les mêmes profanations, les mêmes brigandages, les  mêmes cruautés. En Bretagne, la protection de Rohan et de d'Andelot offrait des chances de complet succès. A la Rochelle, deux ministres s'emparaient de vive force des églises catholiques. Dans le midi, tout semblait irrévocablement perdu. Nîmes, Montpellier, Montauban, Ramiers, Villefranche, Annonay, Milhau, Lavaur, Cas­tres, Toulouse, Béziers, Sainte-Foy subissaient le joug de l'hérésie. Au bris des croix, au pillage des temples, s'ajoutaient les violences contre les prêtres et les religieux. On compta plusieurs martyrs. Calvin, du fond de sa retraite, triomphait de ces scènes de feu et de sang ; elles étaient sa consolation, sa joie, son bonheur ; si quel­quefois on s'avisait de s'y opposer, sa décision était qu'il fallait lui cracher au visage et lui désobéir. Beaux faits du tolérantisme de la régente.

 

29. C'était l'heure de tirer l'épée et de monter à cheval. Blanche de Castille eût été au Louvre et saint Louis à ses côtés, on n'eût pas hésité dans la répression de ces bandits ; Catherine, dans sa faiblesse présomptueuse, imagina que, pour apaiser les troubles, il fallait réunir en colloque les calvinistes et les orthodoxes, pour s'ingénier à la fusion des deux symboles. Les calvinistes virent, dans ce concile national, le moyen d'anéantir en France la religion

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catholique et d'exterminer le sacerdoce. Calvin, portant plus haut ses visées, en voulait faire un anti-concile de Trente. Dès que le Pape eut vent de ce complot, il envoya en légation le cardinal de Ferrare, avec mission de tout empêcher. La cour, pour traverser son dessein, brusqua la convocation de l'assemblée et en dissimula le but. Dans ses lettres de convocation, elle parlait simplement du choix des évêques à déléguer à Trente, des vœux à y porter et de plusieurs autres choses de haute importance. La Sorbonne, mieux informée, déclara que la tenue du concile de Trente s'opposait à la réunion de toute assemblée ecclésiastique et que si l'on voulait toucher au dogme, une telle assemblée serait sans valeur pour rendre des décisions obligatoires. En présence de ces observations, le con­seil du roi crut avoir remporté un grand succès en appelant son concile colloque ou conférence ; mais il était difficile de faire venir ces protestants, sans trahir son jeu. On se tira d'affaire en déli­vrant un sauf-conduit général, valable pour tout sujet du roi. Sur les quarante-huit évêques présents, quatre étaient plus que suspects : Chatillon de Beauvais ; Montluc de Valence; Saint-Gelais d'Uzès, et Caraccioli de Troyes. A côté de ces évêques infidèles, se trou­vaient, comme défenseurs de la vérité catholique, les cardinaux de Tournon, de Lorraine, d'Armagnac et de Guise, sans parler de tant d'autres prélats, aussi remarquables par leur savoir que distingués par leur attachement à la foi. A la séance d'ouverture, l'Hospital, qui portait dans sa tête tout le concile, lâcha le mot malsonnant de concile national. Les évêques comprirent à l'instant qu'il fallait se prononcer ou accepter le rôle d'instruments d'une politique déplo­rable. Dès le lendemain ils protestaient qu'ils ne feraient rien abso­lument contre le consentement et le bon vouloir du Pape, chef de l'Église catholique, qu'ils ne se prêteraient point à un concile natio­nal, et que, se bornant aux abus introduits dans les églises de France, ils ne toucheraient aucunement à la doctrine et aux matiè­res de foi. Catherine, prise dans son propre piège, écrivit au pape, une lettre ou l'ignorance le dispute à une effrayante témérité ; le Pape en fut surpris, mais en éprouva plus d'affliction que d'étonnement ; encore la reine n'avait-elle énoncé que ses rêveries sur la

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liturgie et la discipline. De leur côté, les évêques ignorant ces manœuvres, stipulaient que le nom du candidat nommé par le roi à un évéché serait affiché dans le diocèse ; que les évêques seraient tenus à la résidence ; que les dignités ecclésiastiques ne seraient conférées qu'à des sujets capables ; que les chanoines ne seraient pas nommés avant dix-huit ans ; que les curés ne seraient mis en possession qu'après examen ; que personne ne serait ordonné prêtre avant vingt-cinq ans ; qu'on pourrait recevoir des enfants dans les monastères et que le culte divin serait partout célébré avec la plus grande décence. Les évêques prononcèrent aussi l'admission des Jésuites et le Parlement ratifia leur décision. Après quoi eurent lieu les conférences entre les évêques et les ministres protestants. Bèze parla pour les siens et fit scandale par ses témérités, le cardinal de Lorraine pour le confondre, démontra l'infaillibité de l'Eglise et la présence réelle. Bèze essaya de répliquer, mais tout ses artifices vinrent échouer contre l'éloquence du P. Lainez. Ce fameux collo­que, ou Calvin espérait un grand triomphe, n'amena que la conver­sion du roi de Navarre ; nos évêques, unis au pape, représenté par son légal, firent avorter le complot hétérodoxe de la régente. Si les prélats français avaient été aussi mous que le évêques anglais le colloque de Poissy eût été, en France, le tombeau du catholi­cisme (1).

 

30. Après le colloque de Poissy, en 1560, les huguenots, parfaitement organisés en province, appuyés par la reine, estimèrent que leur cause exigeait l'occupation de Paris. Mais Paris était fortement attaché à l'antique foi. Les catholiques frémissaient de l'impiété publique qui s'étalait par édit du roi, el voyaient avec une sombre fureur des huguenots faire parade de la liberté qu'ils avaient arra­chée au gouvernement. Ces mécréants affectaient de se rendre avec pompe à leur prêche, qui se tenait hors de la porte Saint-Antoine. C'était le rendez-vous des seigneurs huguenots de la cour, et le prince de Condé, accompagné de d'Andelot, s'y montrait entouré d'une escorte de trois ou quatre cents hommes armés. Chaque jour

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(1) D'argentré, Colleclio Judicorum t. 55, v. 292; et la Collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé, t. I.

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cette force dont il disposait s'augmentait d'étrangers qui se glis­saient dans la ville, conduits par le fanatisme ou attirés par la cupidité. Tout Paris était en fermentation. Les catholiques récla­maient vainement de la cour l'autorisation de reprendre leurs armes, qu'ils avaient déposées pour obéir aux édits, tandis que leurs ennemis, n'en tenant aucun compte, avaient conservé les leurs. Toutes les rigueurs étaient pour les premiers, toutes les faveurs pour les calvinistes, sous l'influence des Coligny qui obsé­daient l'esprit de la reine. On se voyait donc à la veille de grands troubles, et chacun ne prévoyait que des malheurs. Dans ces extré­mités, le roi de Navarre, devenu zélé contre son ancien parti, appelait à Paris les principaux seigneurs catholiques. Le duc de Guise s'y rendait lorsque se produisit l'incident qui hâta l'explosion. En quittant Joinville, le duc s'était arrêté à Wassy pour entendre la messe. Les huguenots avaient, tout près de là, un prêche. Au moment où la messe commençait, ils se mirent à hurler des psaumes de manière a troubler l’office. Guise envoya d'abord deux gentilshommes pour prier ces braillards de baisser de diapason. Ces envoyés furent reçus à coups de pierres. Guise parut alors ; une pierre le blessa au visage et le seigneur de la Brosse, qui faisait partie du cortège, fut couvert de sang. À la vue de ce sang, la suite du duc tira l'épée, se jeta sur les huguenots, en tua vingt-cinq ou trente et en blessa autant. Ce fut là le célèbre massacre de Wassy, signal de longues et cruelles guerres. Les huguenots remplirent le royaume de clameurs. A les en croire, c'était un carnage, un mas­sacre, une tuerie, une boucherie, préparée de longue main et exé­cutée de sang-froid. Le duc de Guise était un meurtrier, un assas­sin, un bourreau. Or, il n'y avait, dans le fait, aucune prémédita­tion de la part du duc, autrement il ne se fût pas fait accompagner du cardinal, de sa femme et de ses jeunes enfants ; il y avait, au contraire, préméditation de la part des huguenots qui avaient pré­paré dans leur prêche, en guise d'eau bénite, des armes et surtout des pierres. Ensuite, Wassy faisant partie des domaines de Marie Stuart, ces huguenots étaient sujets du duc et lui devaient au moins le respect. Au lieu de le respecter, ils tiennent, dans une grange,

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une assemblée illégale, puisque la grange est située dans l'enceinte de la ville. A cette assemblée, au lieu de se tenir chez eux, à huis-clos, ils ouvrent les portes et crient à tue-tête ; ils organisent contre la messe un insolent et tumultueux charivari. On les prie de se modérer ; ils frappent. On leur répond ; mais ils sont provocateurs et pas un tribunal ne condamnerait l'exécution. Quant au chiffre des victimes, on l'a fort exagéré ; il n'y avait pas plus de cent pro­testants à Wassy ; la grange ne pouvait pas tous les contenir et le tableau qu'ont fait les protestants du massacre les montre la plu­part en fuite. Après le fameux massacre, leur nombre n'est pas sensiblement diminué. La seule chose à retenir de cet incident, c'est que les protestants voulaient des cadavres, car, dès qu'ils en eurent, ils en firent trophée en poussant le cri connu : « On assassine nos frères ! » Les historiens protestants, au surplus, depuis de Thou jusqu'à Sismondi, mettent à néant ces clameurs. Il n'y eut point de massacre à Wassy, mais seulement une échauffourée où les pro­testants se firent rouer et écharper. C'est tout au plus un sujet d’éhauffement pour quelque ministre au dépourvu d'éloquence : Ut pueris placeat et declamatio fiat. Au dernier en date qui se pré­senta pour prêcher dans la fameuse grange, le propriétaire, bour­geois peu fervent, répondit : « Nous avons déjà une religion que nous n'observons guère ; si nous en avions deux, ce serait bien pis; nous n'en aurions plus du tout. »

 

31. A son arrivée dans Paris, le duc de Guise fut accueilli avec enthousiasme. La cour était à Fontainebleau ; Coligny, prétextant que les catholiques voulaient s'emparer du pouvoir, voulait l'en­traîner à Orléans sous la coupe des huguenots. Si le roi s'y retirait, il couvrait de son nom la politique de la sédition et de l'hérésie ; la religion était perdue, l'autorité anéantie. La situation était cri­tique. Les chefs catholiques signifièrent à la reine que le moment était venu d'appartenir aux catholiques ou aux huguenots. En vertu du droit français, en se prononçant pour les huguenots, elle prononçait sa propre déchéance. Au nom du droit national, les catholiques entraînèrent donc Catherine à Paris. Condé était à Meaux, la reine lui écrivit : Sauvez la mère et l'enfant : il se rap-

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procha de la capitale. A sa vue, les réformés prirent les armes, la guerre éclata de toutes parts, guerre implacable et inexpiable. A Orléans, à Patay, à Cléry, à Châtillon-sur-Loing, les églises furent ravagées et converties aux plus vils usages. Les huguenots recher­chaient particulièrement les prêtres pour les immoler avec des raffinements de barbarie. On les attachait à la queue des chevaux, on leur coupait les pieds, leur cassait les dents, leur crevait les yeux, on les écorchait vif ; on en passa un sous une meule de mou­lin. Le Mans, Tours, Vendôme, Poitiers, Angers Sarlat, Angouléme, Bourges, subirent le même sort que l'Orléanais. Dans le nord, le mal fut moins profond. Dans le midi, on avait envoyé, pour réprimer les huguenots, Crussol et Montluc. Crussol passa à l'ennemi ; Montluc, pour exécuter les ordres du roi, non par amour pour la religion, fut terrible dans ses représailles. L'homme en qui s'incarna plus particulièrement la fureur du calvinisme, fut le baron des Adrets. Sous prétexte qu'il avait à se plaindre d'une injustice, il se poussa, avec la bravoure d'un héros et la férocité d'un van­dale, aux plus monstrueux excès. Sa première victime fut Valence; il égorgea d'abord le gouverneur. Lyon tomba ensuite entre ses mains, puis Grenoble et la Grande-Chartreuse. Son premier acte était partout de déclarer que la religion serait libre ; le second, de supprimer la messe ; le troisième, de saccager les églises, de tour­menter les religieux pour les faire apostasier, d'interdire aux prêtres les saints mystères. Une ordonnance obligeait, sous peine d'amende, les habitants à suivre les prêches ; on était forcé au libre examen. Mais c'est en Provence que le baron devait surtout conquérir un renom de barbarie. Le fanatisme des huguenots d'une part, l'attachement profond des catholiques à leur foi de l'autre, avaient enflammé les imaginations méridionales et, dans la Pro­vence, la guerre avait eu d'atroces fureurs. Toutefois le catholi­cisme prédominait : Aix, Apt, Gap, Lodève et toute cette partie du Languedoc avaient repoussé le calvinisme. Les troupes royales avaient relevé les autels abattus. Le Comtat-Venaissin avait recon­quis sa libre croyance. Ces triomphes exaspérèrent des Adrets. De Grenoble, le cœur plein de vengeance, il se jette comme un oura-

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gan sur les populations qui se trouvent sur son passage. A Pierre-latte, à Bolléne, à Valréas, rien ne reste debout. La bête furieuse, pille, brûle, détruit, tue, massacre, sans que rien puisse l'arrêter. Le baron ne respectait même pas sa parole; il tuait les garnisons qui s'étaient loyalement rendues. A Marnas, il mit tout à feu et à sang, et manqua à sa foi, comme a l'ordinaire. Après Marnas, il tourne vers Montbrison, l'emporte d'assaut et le livre à la brutalité de ses soldats. Ces monstres n'étaient pas moins féroces que leur chef. La nuit tout entière se passa en d'horribles massacres, et le soleil, en se levant, éclaira un spectacle dont la plume se refuse à décrire toute l'horreur. Plus de six cents cadavres gisaient étendus sur la place publique, qui ruisselait de sang. Nul n'avait été épar­gné. On voyait des vieillards broyés, des femmes égorgées tenant entre leurs bras leurs enfants meurtris, assommés, des prêtres cou­pés en morceaux. Tous portaient les marques d'une brutalité et d'une atrocité sans nom. Cependant la fureur du bourreau n'était pas satisfaite. Il s'était réservé des victimes choisies et se faisait un jeu de les forcer à se précipiter du haut de la plate-forme du châ­teau. Montclar qui, huit ans auparavant, lui avait sauvé la vie en Piémont fut le premier auquel il fit subir ce supplice; les autres étaient des prêtres, des officiers et des soldats. C'était, du reste, ce qu'il faisait partout ou la disposition des lieux se prétait à son dé­lassement favori. Au château de Montrond, il fit jeter du haut du clocher le curé et le marguiller de la paroisse, parce qu'on tardait trop à lui apporter les vases sacrés qu'il s'était fait livrer.

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