FOI CHRÉTIENNE
hier et aujourd'hui
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LA F0I AU DIEU UN ET TRINE
Les réflexions précédentes nous ont amenés à un point, où la confession du Dieu unique nous fait passer, par une sorte de nécessité interne, à la confession du Dieu trinitaire.
Mais, il faut bien le dire, nous touchons ici un domaine où la théologie chrétienne doit prendre conscience de ses limites, plus qu'elle ne l'a fait bien souvent par le passé; un domaine où toute fausse hardiesse d'une science qui se voudrait trop parfaitement au courant, devient fatalement une folie lourde de conséquences; un domaine où seul l'humble aveu de notre ignorance peut devenir une vraie science, et où l'admiration devant le mystère insondable peut constituer une vraie confession de Dieu.
L'amour est toujours mystère: il déjoue tous nos calculs et tous nos raisonnements. C'est pourquoi, l'Amour même ‑ le Dieu incréé et éternel ‑doit être éminemment mystère; il doit être le mystère même.
Cependant, malgré toute la discrétion dont la raison doit faire preuve ici, et qui est la seule manière pour la pensée de rester fidèle à elle‑même et à sa mission, nous devons nous demander ce que signifie la confession de foi en Dieu un et trine.
Il n'est pas possible de poursuivre pas à pas ‑ comme l'exigerait une réponse adéquate ‑ le développement historique de cette confession de foi, ni d'expliquer les différentes formules utilisées par la foi pour se protéger contre de fausses interprétations. Quelques indications devront suffire.
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I. APPROCHES
a) Le point de départ de la foi en Dieu un et trine
La doctrine trinitaire n'est pas née d'une spéculation sur Dieu, d'une tentative de la pensée philosophique pour mettre au clair la constitution intime du Principe de tout l'être; elle résulte des efforts d'élaboration de certaines expériences historiques.
La foi biblique dans l'Ancien Testament a d'abord rencontré Dieu comme père d'Israël, comme père des nations, comme créateur et seigneur du monde.
Au temps du Nouveau Testament, où sont posés les fondements de la foi chrétienne, il se produit un événement tout à fait inattendu, où Dieu se montre sous un jour inconnu jusque‑là.
En Jésus‑Christ, on trouve un homme qui se sait et se proclame Fils de Dieu. Dieu apparaît sous la figure de l'Envoyé, pleinement Dieu, non pas un être intermédiaire, et qui cependant avec nous s'adresse à Dieu, en lui disant “Père”.
D'où un singulier paradoxe: d'une part, cet homme appelle Dieu son Père, il s'adresse à Lui comme à un « Toi » qui lui fait face; si ce n'est pas là simple mise en scène, mais vérité ‑seule digne de Dieu ‑ alors il doit être nécessairement différent de ce Père auquel il s'adresse et auquel nous nous adressons.
Mais d'autre part, il est lui‑même, réellement, la proximité de Dieu, venant à notre rencontre; il est la médiation de Dieu par rapport à nous, parce qu'il est Dieu, existant comme homme dans la forme et la nature d'un homme Dieu‑avec‑nous (Emmanuel).
S'il n'était pas Dieu, s'il était un être intermédiaire, sa médiation serait nulle en définitive; au lieu de médiation, il y aurait plutôt séparation. Au lieu de nous rapprocher de Dieu, il nous en éloignerait.
En tant que médiateur, il doit donc être Dieu même et « homme même », aussi réellement et aussi totalement l'un que l'autre.
Cela revient à dire que Dieu se présente ici, non comme Père, mais comme Fils, et comme mon frère; ce qui ‑ pour la déroute et en même temps la grande satisfaction de notre intelligence ‑ fait apparaître une dualité en Dieu, Dieu apparaît à la fois comme « Je » et comme « Tu ».
A cette nouvelle expérience de Dieu, s'ajoute finalement une troisième, celle de l'Esprit, de la présence de Dieu en nous, dans notre intimité. Or, il se trouve encore une fois que cet «Esprit » n'est pas simplement identique au
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Père et au Fils, sans constituer pour autant un troisième être entre Dieu et nous; il est la manière dont Dieu lui‑même se donne à nous, de sorte que, tout en étant dans l'homme, il est cependant, dans cette immanence même, infiniment au‑dessus de lui.