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§ II. Concile de Milan.
7. Pendant que ces pieuses préoccupations absorbaient les pensées du saint pontife, l'orage se préparait dans le lointain. Constance, délivré de l'usurpateur, parcourait les cités de la Gaule ayant toujours à ses côtés Ursace, Valens, et toute une cour de prélats Ariens, pour lesquels les canons rédigés en divers conciles sur la résidence épiscopale n'étaient que de vaines formules. La lettre qu'ils avaient adressée à saint Jules I, pour rétracter leur rétractation de Milan, ne parvint à Rome qu'après la mort de ce pape et fut remise à Liberius. Elle ne tarda pas à être suivie d'une missive impériale, signée de Constance, qui réclamait les mesures les plus violentes contre saint Athanase. Ursace et Valens avaient en effet repris leur système de calomnies et de récriminations contre l'illustre patriarche. Ils lui faisaient un crime d'avoir obtenu jadis la faveur de l'empereur Constant et prétendaient qu'il n'avait
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usé de son influence à cette époque que pour aigrir l'esprit de ce prince contre Constance son frère. Ils l'accusaient d'avoir embrassé le parti de Magnence parce que, durant le règne éphémère de cet usurpateur, il avait accueilli dans son palais d'Alexandrie Servatius évêque de Tongres et Maximus de Noyon, dont il avait reçu lui-même la plus généreuse hospitalité pendant son exil. Enfin, on acheva de le perdre dans l'esprit de Constance en incriminant une action bien simple et bien indifférente. Une nouvelle église bâtie à Alexandrie aux frais du trésor public, avait été ouverte au culte par l'archevêque sans la participation de l'empereur. II n'en fallut pas davantage pour faire oublier à Constance et les lettres qu'il avait écrites lui-même en d'autres temps au patriarche, et les promesses solennelles de ne jamais prêter l'oreille à ses calomniateurs. Il s'adressa au pape Liberius pour solliciter la condamnation d'Athanase (352). Liberius assembla un concile à Rome. Il y donna lecture des lettres de l'empereur et de celles des évêques d'Egypte, qui protestaient unanimement de l'innocence de leur métropolitain. La décision fut qu'il serait contraire à toutes les lois divines et humaines de frapper d'anathème un évêque dont la foi était celle de l'Église, et dont les vertus faisaient l'admiration du monde. La réponse de Liberius refléta l'expression de ce sentiment. Elle irrita tellement Constance qu'il publia immédiatement un édit pour décréter la peine de l'exil contre tous ceux qui ne souscriraient point à la condamnation d'Athanase. Dans l'espoir d'adoucir l'esprit de l'empereur, Liberius lui envoya Vincent de Capoue, qui avait présidé avec Osius de Cordoue au concile de Nicée, comme légat du pape saint Sylvestre. Ce prélat avait pour mission d'engager l'empereur à approuver la réunion d'un concile général pour l'année suivante à Aquilée, afin d'y terminer par une décision irrévocable ces éternels débats. Vincent de Capoue rejoignit l'empereur à Arles, où les évêques ariens qui l'accompagnaient dans tous ses voyages venaient de se constituer en concile et procédaient à la condamnation de saint Athanase. Le légat, circonvenu par les intrigues des courtisans, ébranlé par leurs menaces, oublia le caractère dont il était revêtu, et consentit par une indigne lâcheté à
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souscrire l'anathème formulé contre le patriarche d'Alexandrie. Saint Paulin, qui venait de succéder à saint Maximin sur le siège de Trêves, donna au contraire l'exemple d'une courageuse résistance. Il fut banni en Phrygie et eut la gloire de mourir, cinq ans après, dans cet exil souffert pour la justice et la vérité (333).
8. La chute de Vincent de Capoue remplit d'affliction le cœur du pape Liberius. Il en écrivit immédiatement à Osius de Cordoue. « Je m'empresse de porter à votre connaissance les faits regrettables qui viennent de se produire, disait le pontife. De concert avec un grand nombre d'évêques d'Italie, j'avais conjuré l'empereur de permettre à Aquilée la réunion d'un concile dont il avait précédemment demandé lui-même la convocation. Je chargeai Vincent de Capoue de cette négociation près de l'empereur, et le fis accompagner de Marcel, évêque de Campanie, J'avais tout lieu d'espérer le succès de cette ambassade. Vincent de Capoue connaissait à fond la cause de l'Arianisme. Il eut l'honneur de siéger avec vous au grand concile de Nicée et depuis dans plusieurs autres assemblées d'évêques. Cependant, non-seulement il n'a rien obtenu, mais il s'est laissé entraîner à un acte de déplorable faiblesse. Il a donné les mains à la trahison arienne. J'en suis doublement affligé et pour son caractère épiscopal et pour le déshonneur dont il a flétri son glorieux passé. Quant à moi, je suis déterminé à souffrir la mort pour la cause de Dieu ; jamais on ne me verra prêter les mains à l'injustice, ni acquiescer à une doctrine condamnée par l'Évangile 1. »
9. Le pape mandait la même chose à Fortunatien évêque d'Aquilée dont il estimait particulièrement la vertu, et à Eusèbe de Verceil. Ce dernier venait d'être récemment élevé au siège épiscopal de cette ville et y offrait le spectacle de la piété la plus éminente. Le premier en Occident il joignit la vie monastique à la vie cléricale. Il suivait lui-même avec ses clercs les exercices des cénobites, partageant son temps entre la prière, les pratiques de la pénitence, la lecture des saints Livres et le tra-
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1. Liberii, Epistola ad Osium Cordubent. ; Patrol. lat., tom. VIII, col. 1319.
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vail des mains. Leur communauté régulièrement établie portait le nom de monastère et devint une école d'où sortirent plus tard d'illustres évêques. Saint Eusèbe de Verceil puisa dans cette vie austère la force dont il eut besoin dans la suite pour supporter les persécutions des Ariens. Voici la correspondance qui s'établit entre le pape et lui, en cette occurrence solennelle. « Liberius, évêque, à son bien-aimé frère Eusèbe. Ce m'est une consolation inappréciable, en ce temps d'épreuves, que le spectacle de la foi invincible qui vous rattache au siège apostolique, sans se laisser ébranler par aucune considération humaine. Je considère comme une faveur insigne de notre Dieu sur votre épiscopat cette fermeté évangélique dont vous êtes en ce moment le modèle. Depuis que notre légat Vincent de Gapoue, par sa funeste condescendance, a ouvert la voie au schisme, la plupart des évêques d'Italie ont adhéré aux fallacieuses propositions des Orientaux. Cependant, par un bienfait de la divine Providence, notre frère et coévêque Lucifer de Cagliari, en Sardaigne, a su démêler les trames hérétiques qui se cachent sous les fausses accusations dirigées contre Athanase. Dans son zèle pour l'intégrité de la foi, il est venu spontanément s'offrir à nous pour affronter les dangers d'une seconde ambassade destinée à réparer les désastres de la première. Il est disposé à se rendre près de l'empereur pour éclairer sa religion, lui exposer le véritable état des choses et obtenir l'autorisation nécessaire pour la tenue d'un concile où les ministres de Jésus-Christ pourront délibérer en paix et porter un remède aux maux de l'Église. Je sais que vous partagez son zèle et son dévouement pour la foi catholique. Dans cette pensée, je vous demande de lui venir en aide, soit par vous-même, si Dieu le permet, soit par les députés que vous jugerez à propos de lui adjoindre, afin d'agir de concert et avec plus de chance de succès sur l'esprit du très-clément empereur. Ainsi nous pourrons espérer que ce religieux prince reviendra à une plus juste appréciation de la conduite des catholiques ; qu'il cessera de les poursuivre de sa colère; enfin qu'il se prêtera aux mesures propres à rétablir la paix, en assurant le salut des âmes. Je crois inutile d'ailleurs de vous expliquer l'affaire
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plus en détail. L'évêque de Cagliari et ceux qui l'accompagnent seront à même de le faire de vive voix. Que Dieu vous conserve et vous bénisse, bien-aimé seigneur et frère 1 ! »
10. Une seconde lettre encore plus pressante était adressée quelques jours après par le saint pape à l'évêque de Verceil. La voici : «Liberius, évêque, à son bien-aimé frère Eusèbe. Je profite du départ de Gallepius, mon fils2, qui retourne dans sa patrie, pour vous adresser cette nouvelle épître, seigneur et frère bien-aimé, priant Dieu que ma lettre vous trouve en prospérité spirituelle et corporelle. Je compte tellement sur votre zèle pour la cause de Dieu, sur votre fidélité inviolable à la foi catholique, que je vous recommande de nouveau notre frère et coévêque Lucifer de Cagliari, ainsi que mes très-chers fils le prêtre Pancratius et le diacre Hilaire, mes légats près de l'empereur. Pour le service de l'Église, ils ne craignent pas de braver les fureurs de la tempête et d'aller, avec les seules armes de leur confiance en Dieu et de leur foi éprouvée, combattre les ennemis du Seigneur. Vous partagez leurs sentiments. L'Esprit-Saint, esprit d'ardeur, s'est reposé sur vous. Je ne doute donc point que vous ne veuillez vous joindre à eux pour le succès de leur courageuse entreprise. Il s'agit de maintenir dans son intégrité la foi que les apôtres ont transmise à l'Église catholique. Il s'agit de défendre l'innocence opprimée en la personne d'Athanase, qu'une faction ennemie, au mépris de toutes les lois divines et humaines, a condamné sans l'entendre ! Votre place est marquée d'avance dans ce combat de la justice contre l'iniquité. Associez donc vos efforts à ceux de nos légats. Que tout soit commun entre vous, la foi, le zèle, le conseil, la prudence. Vous y joindrez ce qui vous appartient en propre, votre éminente sainteté, et ensemble vous ferez une œuvre
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1. Liberii, Epist. ad Eusebium Vercel. ; Patrol. lat., tom. VIII, col. 1350.
2.On avait antérieurement cru pouvoir identifier ce Callepius avec le Calepodius, évêque de Naples, dont la souscription figure aux actes du concile de Sardique. Mais les papes, dès cette époque, donnaient invariablement aux évêques le titre de frères. Il y a donc lieu de croire que le Callepius, dont il est question ici, était un laïque fidèle qui retournait à Verceil après un voyage à Rome, peut-être un pèlerinage ad limina.
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agréable à Dieu, à ses anges, et à l'Église catholique. Puisse en réompense le Christ, Notre-Seigneur, vous accorder la gloire céleste, la couronne immarcescible, l'héritage de son royaurme éternel ! Nous saluons tous ceux qui avec vous servent fidèlement le Seigneur. Saluez de notre part tout votre clergé, et que Dieu vous garde dans sa grâce, seigneur et frère bien-aimé 1.»
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11. Eusèbe de Verceil ne résista point à ces touchantes instances. Il manda au pape que, selon ses désirs, il consentait à accompagner les trois légats dans les Gaules, où se trouvait alors Constance. Ce pontife lui en témoigna sa joie et sa reconnaissance par cette troisième lettre. « Liberius, évêque, à son frère bien-aimé Eusèbe. Je ne me trompais pas, seigneur et frère bien-aimé, quand je comptais sur votre zèle pour vous associer à l'œuvre de nos légats, et concourir de tout votre pouvoir à son heureux succès. Vous consentez à partager les fatigues et les dangers d'un long et pénible voyage. J'ai ressenti une joie bien vive, à la lecture de votre lettre. J'ai la confiance qu'avec la grâce de Dieu la bonne cause triomphera, maintenant que vous vous en êtes constitué le défenseur. Travaillez donc comme un fidèle soldat de l'empereur éternel. Vous avez depuis longtemps placé vos ambi-tions et vos espérances au-dessus de ce monde qui passe ; c'est une raison de plus pour vous efforcer d'ouvrir les yeux à tant d'aveugles spirituels que les séductions du monde ont privés de la véritable lumière du Christ. Il ne vous sera pas difficile, à vous qui faites si volontiers le sacrifice de la vie présente, de vous montrer un digne ministre de notre Dieu. Grâces à vos efforts, il nous sera donné enfin de voir se réunir ce concile désiré, qui assurera la paix de l'Église, en déjouant les ténébreuses manœuvres des ennemis de la foi et de la justice. Je ne vous parle pas de la récompense éternelle dont Dieu couronnera vos labeurs. Ces considérations sont toujours présentes à votre pensée. L'Esprit-Saint, dont le souffle vivifiant anime votre cœur, vous parlera plus éloquemment que je ne le saurais faire ; il vous inspirera les moyens les plus propres à
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1. Liberii, Episi. ad Euseb. Vercel. ; Patrol. lat., tom. VIII, col. 1355.
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rétablir la sainte Église dans l'unité. J'écris à notre évêque et co-évêque, Fortunatien d'Aquilée, dont je connais le désintéressement, la sainteté et le courage, le priant de se mettre à votre disposition et de s'associer à votre entreprise. Il le fera, j'en suis sûr; car il est prêt à sacrifier sa vie pour la foi catholique. Si vous le jugez convenable, acceptez-le donc pour compagnon de voyage. Que Dieu vous garde et vous bénisse, seigneur et frère bien-aimé. »
12. On ne sait si Fortunatien, dont Liberius faisait un si bel éloge, consentit à se joindre aux quatre légats pontificaux. La conduite de cet évêque ne justifia pas la confiance que le saint pape lui témoignait. Il eut plus tard la faiblesse de souscrire les formules Ariennes et de se prêter aux caprices iniques de Constance. Ce prince devait être à Valence, ou à Arles, lorsque les légats furent admis à son audience. Ammien Marcellin désigne ces deux villes du midi des Gaules comme celles où la cour impériale passa successivement les mois d'hiver de l'année 334. Lucifer de Cagliari et Eusèbe de Verceil remirent à l'empereur, de la part du pontife Liberius, cette admirable lettre que nous croyons devoir reproduire intégralement. « Au très-glorieux Constance-Auguste, Liberius, évêque. Je vous supplie, trés-clément empereur, de m'accorder quelques instants de bienveillante attention, pour que je puisse exposer dans son intégrité le véritable état des affaires. Un empereur chrétien, le fils de Constantin le Grand de sainte mémoire, ne saurait me refuser cette faveur. Cependant je ne le dissimule pas, j'éprouve un certain embarras à me justifier devant vous quand je songe que, malgré mon innocence, je ne puis obtenir les bonnes grâces d'un prince qu'on a vu pardonner si facilement à des coupables manifestement convaincus des plus grands crimes 1. Con-
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1. Il y a ici «ne allusion qui, pour être bien comprise, doit être rapprochée d'un fait particulier que saint Athanase raconte en ces termes dans son Histoire des Ariens, adressée aux monastères de la Tbébaïde : Dum episconi able garenlur in exilium, accidit quosdam alios cadis, vcl siditionh'; vei furti w, pro sceleris modo condemnari. Quos quidem post mêmes paucos rogatrs Me {Conslanlius'j, quemadmodum Barabbam Pilatus, a poind abso/vit. Servis aulem Christi immortale se malum exhibait. (S. Athanas., HiSloria Arianorum* n. 68.)
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traint par la nécessité de ma charge de tout supporter avec patience, je me suis vu cruellement injurié dans les lettres que vous adressiez au peuple de Rome. Comment votre âme si pleine de sentiments de piété, de douceur, de clémence, a-t-elle pu s'emporter contre moi à un tel excès d'indignation? Je ne saurais me l'expliquer. J'attends de vous et je réclame de votre justice, très-religieux empereur, une paix qui ne soit pas enveloppée dans les réticences d'une arrière-pensée de trahison, mais une paix franche, droite, sincère, conforme enfin aux préceptes de l'Évangile. Ce n'est pas seulement la personne d'Athanase qui est en question. D'autres motifs, non moins graves, nécessitent la tenue du concile que j'ai déjà demandé à votre clémence l'autorisation de réunir. Il s'agit d'une cause à laquelle votre piété et votre religion ne sauraient demeurer indifférentes, je veux dire la cause de la foi elle-même et du culte véritable que nous devons rendre à Dieu. Sous le gouvernement d'un prince qui se fait gloire d'étendre et de propager dans le monde le règne de Jésus-Christ, une si juste requête ne saurait être repoussée. Il y a près de vous, auguste empereur, des hommes qui ne craignent pas de déchirer de leurs calomnies les membres de la sainte Eglise. Ils m'accusent en particulier d'avoir supprimé les lettres adressées par eux au Siège apostolique, dans le dessein d'effacer jusqu'au dernier vestige des griefs articulés contre Athanase. Mais quoi! n'est-il pas de notoriété universelle que j'ai fait lire intégralement ces lettres au clergé de Rome, au concile réuni alors dans cette cité, et que, dans une réponse officielle, j'ai fait connaître aux évêques Orientaux la décision solennelle prise à ce sujet? Nous n'avons pu en justice admettre les charges qu'on voulait faire peser sur notre frère le patriarche d'Alexandrie. En même temps que nous parvenait la lettre accusatrice, signée de quelques prélats seulement, nous recevions une déclaration collective rédigée par quatre-vingts évêques d'Afrique, lesquels dans un récent concile assemblé, sur les lieux mêmes avaient examiné la cause, et reconnu que leur patriarche était victime d'un système persévérant de calomnies. Cette déclaration fut également portée par nous à la connaissance des évêques d'Italie ; d'un commun
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accord il fut décidé qu'on ne pouvait, sans fouler ans pieds toutes les lois divines et humaines, condamner un évêque dont l'inno-cence, attestée par l'immense majorité de l'épiscopat catholique, n'avait contre elle qu'un petit nombre de dissidents, toujours les mêmes, dont les perfides manœuvres ont déjà été flétries plusieurs fois. Sur cet exposé sincère et vrai, il vous sera facile de vous con-vaincre que ma conduite en toute cette affaire a été celle d'un vrai serviteur de Dieu qui veut rester fidèle à la cause de son Maître. Il m'est témoin ce grand Dieu, et l'Église catholique ne me démentira pas, que depuis longtemps j'ai appris à fouler aux pieds les ambitions et les espérances mondaines, ainsi qu'il convient à un cœur formé par les maximes de l'Évangile et les traditions apostoliques 1. Aux divers degrés de la hiérarchie que la divine Provi-dence m'a imposé de franchir, j'ai vécu dans l'observation des lois de l'Église, sans un sentiment d'amour-propre, de personnalité, ni de vaine gloire. Le Tout-Puissant que j'invoque sait que je ne mens pas, quand j'atteste que ce fut contre mon gré qu'il me fallut accepter la dignité formidable dont je suis aujourd'hui revêtu. Avec sa grâce, je m'efforcerai de la porter sans tache, tant qu'un souffle de vie animera ma poitrine. Ce ne sont pas mes décrets, mais ceux de la tradition apostolique, que j'ai maintenus et que je maintiendrai toujours. Fidèle aux coutumes et aux lois sanctionnées par mes prédécesseurs, je ne prétends rien ajouter aux prérogatives du siège de Rome; seulement je n'en laisserai rien diminuer. Je garderai inviolable la foi sacrée qui m'a été transmise par une succession de tant de pontifes illustres, dont la plupart ont versé leur sang pour elle. La sollicitude des églises qui m'incombe, et votre dévouement, pour notre religion sainte, me font un devoir de vous éclairer sur l'état réel des choses. Les Orientaux me notifient qu'ils veulent être admis à la communion catholique et conclure avec moi la paix. Or, quels sont ceux qui tiennent ce langage ?
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1.Nous avons déjà reproduit ce fragment de la lettre pontificale. Cependant on nous permettra de le laisser subsister ici, malgré le double emploi, pour ne pas tronquer un monument qui atteste, comme le disait Stilting, la magnanimité de Liberius.
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des évêques tels que Macedonius , Démophile , Eudoxius, Martyrius, que la sentence du concile de Milan a frappés comme des Ariens notoires. J'en appelle à votre justice, très-clément empereur. De tels antécédents sont-ils de nature à faire accepter, sans un mûr examen, leurs propositions nouvelles? Les accusations qu'ils essaient de faire revivre contre Athanase sont surannées. Nous avons entre les mains les titres authentiques que le patriarche Alexandre adressait jadis à notre prédécesseur Sylvestre, de sainte mémoire, longtemps avant la promotion d'Athanase sur le siège d'Alexandrie. Or ces lettres désignent comme adhérents de l'hérésiarque Arius, solennellement condamnés de cette époque, les mêmes prélats qui réclament aujourd'hui, et qui ont depuis aggravé leur faute en communiquant notoirement avec l'intrus Grégoire d'Alexandrie. Quelle paix serait-ce donc, très-clément empereur, que celle qui violenterait la conscience de tous les évêques catholiques au point de les faire signer de force, comme on vient de l'essayer en Italie, la réhabilitation de ces personnages indignes? Vous me permettrez de revenir sur un autre incident non moins considérable. J'ai entre les mains la correspondance de mes légats Vincent de Capoue et Marcel. Ils me disent qu'avant l'acte de faiblesse qui les a fait céder aux menaces des Orientaux, ils avaient formellement posé la condition de ne con-sentir à la déposition d'Athanase, qu'autant que les Orientaux eux-mêmes souscriraient les anathèmes prononcés contre l'hérésie arienne. Ce pacte signé de part et d'autre devait être la base de tout arrangement ultérieur. Cependant les évêques d'Orient ont condamné Athanase, mais ils se sont refusés à condamner l'arianisme. En sorte que, dans cette déplorable transaction, où un innocent fut condamné, la foi catholique elle-même demeure sacrifiée. Maintenant donc, je vous conjure avec larmes, je fais appel à tous vos sentiments de foi et de respect pour la majesté divine. Notre grand Dieu vient de vous combler de ses faveurs, en vous accordant la victoire sur vos ennemis 1, en rétablissant la paix dans
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1. Allusion à la défaite et à la mort de l'usurpateur Magnence.
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votre empire. En retour de tant de bienfaits, permettez que la cause de la foi ne soit pas la seule qui ne puisse obtenir un juste triomphe, au milieu de l'allégresse universelle causée par le succès de vos armes. Laissez les ministres de Jésus-Christ se réunir pour proclamer de nouveau la sentence solennelle renduejadis par le grand concile de Nicée, en présence de votre illustre père de sainte mémoire. Ainsi Jésus-Christ, votre Dieu et le mien, pourra continuer à bénir votre règne. Telles sont les supplications instantes que je vous adresse par l'entremise de mes légats Lucifer évêque de Cagliari, le prêtre Pancratius et le diacre Hilaire. J'ai la con-fiance qu'ils obtiendront de vous la réunion d'un concile de toutes les églises catholiques. Ainsi puisse, très-clément et très-religieux empereur, la protection du Dieu Tout-Puissant vous garder longtemps à notre amour1. »