Saint Augustin d’Hippone et le renoncement aux plaisirs sexuels
Depuis sa dix-septième année, Augustin s’était engagé dans une liaison avec une femme qui devait mener jusqu’à la trentaine. L’année suivante dans le courant de l’été naquit Adeodatus, fils pas franchement désiré, mais qui, durant le temps de sa courte vie terrestre, se révéla surdoué. Même si ce fils a été conçu suite à une grossesse non-désirée, le jeune Augustin et sa concubine ont respecté sa vie depuis la conception jusqu’à la naissance voire jusqu’au jour de sa mort prématurée.
Jeune père de famille, étudiant ambitieux, Augustin « avait mis fin avec une dangereuse rapidité»[1] à une crise d’adolescence retardée. Plus tard, l’on lui a arraché du flanc de sa concubine innomée, et sans relâche, l’on insistait pour lui faire prendre femme. Sa maman y consacrait particulièrement tous ses efforts, car une fois marié, il recevrait dans le baptême le bain de salut[2]. Elle avait cherché et trouvé pour lui une jeune fille qui n’était pas encore nubile et deux années devront s’écouler avant la réalisation du futur mariage[3]. Mais Augustin se déclara impuissant à attendre dans la continence la date fixée et il se procure une nouvelle concubine pour remplacer celle dont on l’avait violement séparé[4].
Au surplus, après ces tortueuses voies des voluptés charnelles, Alypius, son cher ami le plus intime, lui détourna de se divertir encore dans les plaisirs charnels avec cette femme et renonça même au riche mariage préparé par sa mère. Cet Alypius gardait, en ce temps-là, « une chasteté rigoureuse qui ne laissait pas d’étonner, car aux premiers temps de sa jeunesse, il avait tout de même tâté, des plaisirs de l’amour ; mais sans s’y laisser prendre, il en avait plutôt ressenti du regret, puis du mépris et, depuis lors, il vivait dans une continence parfaite »[5]. Heureusement, grâce à la providence divine, Augustin a finalement, lui aussi, décidé d’embrasser ce genre de vie. Étant convaincu que celui qui aspire au bonheur éternel ne peut prendre le risque d’en être détourné par l’agréable, la chasteté lui est apparue comme le seul moyen de libérer l’âme de toute autre préoccupation que celles des choses spirituelles.
Cependant, il ne cache pas ses difficultés sur ce propos qui surgissent des images de ces plaisirs que l’habitude avait ancrés en strates[6]. Autrement dit, il lui arrivait souvent de se croire réellement insensible à ces plaisirs et d’être pourtant stimulé quand ils lui venaient à l’esprit. Se trouvant un jour dans le jardin de Cassiciacum avec son ami intime Alypius, Augustin entendit une voix enfantine lui disant : « Prends, lis ! Prends, lis ! »[7]. Sans hésiter, il se leva. Il avait appris de Ponticianus que saint Antoine avait trouvé le secret de sa conversion en entendant la lecture de l’Évangile et voyant à côté d’Alypius les Épitres de saint Paul Apôtre, Augustin ouvrit le livre au hasard et lit : « Plus de ripailles ni de beuveries ; plus de luxures ni d’impudicités, plus de disputes ni de jalousies. Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ et ne vous faites pas les pourvoyeurs de la chair dans les convoitises » (Rm13, 13-14). Il était inutile d’en lire davantage[8]. Il a tout d’un coup compris cette exhortation à abandonner les œuvres de la chair et à se revêtir du Christ comme une parole qui lui était personnellement adressée, provenant de Dieu et lui indiquant ce qu’il a dû faire à ce moment. De ce fait, il s’est finalement retrouvé libre de se convertir radicalement à Jésus Christ tout redécouvrant ainsi le vrai chemin vers le véritable bonheur qui n’est qu’en Dieu. Mais alors, quelles leçons pour les jeunes d’aujourd’hui à partir de ce témoignage de la conversion de saint Augustin vis-à-vis des plaisirs sexuels ? L’abstinence et la pratique de la chasteté.
Notre société est aujourd’hui menacée par le relativisme moral en matière des relations sexuelles et les conséquences sont lourdes à supporter : les grossesses dites « non-désirées », l’avortement dit « sans risques », l’augmentation sans précédent des mères célibataires ou bien en d’autres termes des filles-mères, la transmission du VIH/SIDA et des autres maladies sexuellement transmissibles, les abus sexuels, la crise de la vie spirituelle, etc. Le meilleur remède face à tous ces défis n’est point l’usage des préservatifs que l’on enseigne aujourd’hui même aux enfants de l’école primaire. Le meilleur remède consiste à revenir à Dieu et s’abstenir de toutes les convoitises sexuelles en pratiquant toute la vie la chasteté vu que tous ces problèmes sont les conséquences d’avoir transgressé le sixième commandement de Dieu selon lequel nous ne devons jamais commettre l’adultère. Que les jeunes qui ne se sont pas éparpillés dans les plaisirs sexuels ne fassent jamais ce qu’ils ont évité jusqu’à présent. Dans leurs faiblesses, il est bon d’implorer le secours divin.
Quant à ceux qui y sont déjà tombés, il est indispensable et même urgent de se réconcilier avec Dieu et se convertir tout à Lui s’ils veulent entreprendre le chemin qui conduit vers le véritable bonheur. Dans cette aventure de conversion, l’exemple de saint Augustin est de grande valeur. De même, les mères célibataires et les jeunes en cas de grossesse, ils peuvent et doivent appendre de saint Augustin à respecter la vie de leurs enfants depuis la conception jusqu’à la naissance et durant le reste de leur vie. Comme nous l’avons déjà vu, saint Augustin a laissé un témoignage fortement admirable contre les jeunes tombés dans le même péché mais qui font recours à l’avortement dit « sans risques » (safe abortion)
À part l’admirable conversion de saint Augustin qui est vraiment un miracle de Dieu pour que les jeunes qui se sont égarés dans les plaisirs sexuels comme Augustin se relèvent à l’instar de lui, le Saint Esprit a inspiré le converti Augustin cette exhortation à laquelle aucun jeune homme ne doit pas être indifférent :
Même si votre regard se porte sur une femme, qu’il ne s’arrête sur aucune. Quand vous vous déplacez, il ne vous est pas interdit de voir des femmes, mais il est criminel de les désirer ou de vouloir en être désiré (Cf. Matt. 5, 28). La séduction qu’exercent ou qu’éprouvent les femmes n’opère seulement par le toucher et la passion, mais aussi par le regard. Et ne dîtes que votre esprit est chaste, si vos yeux ne le sont pas, car un regard impudique trahit un cœur impudique. Et tandis que des cœurs impudiques se révèlent l’un à l’autre leurs dispositions par le regard, même si la langue se tait, et jouissent de leur mutuelle ardeur inspiré par le désir charnel, les mœurs perdent la chasteté même si les corps restent intacts de toute violence impure[9].
Bien que ce conseil soit adressé principalement aux jeunes garçons, il ne faut pas avoir les yeux d’aigle pour que les jeunes filles en tirent de leur part un enseignement indispensable.
[1] P. BROWN, La vie de saint Augustin, trad. J. Henri-Marrou, Seuil, Paris 1971, 40.
[2] Cfr. SAINT AUGUSTIN, Les Confessions, VI, 13, 23.
[3] Cfr. G. BARDY, Saint Augustin, Op. cit, 84.
[4] Ibid.
[5] SAINT AUGUSTIN, Les Confessions, VI, 12, 21.
[6] Ibid., X, 30, 41.
[7] Ibid.,VIII, 12, 29.
[8] Cfr. G. BARDY, Saint Augustin, Op. cit, 106.
[9] SAINT AUGUSTIN, Instruction (Praeceptum), IV, 4, Traduction du Père Vincent Desprez. Cité dans Règles monastiques d’occident. IVe – VIe. D’Augustin à Ferréol, Coll. « Spiritualité orientale et vie monastique », Bégrolles-en-Mauges 1980, 78-79.