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30. On était au mois de décembre. Le voyage fut pénible. Sur la route, l'ambassade se croisa avec le comte Victor, qui, de son côté, se dirigeait sur Milan. Il demanda, avec l'arrogance d'un parvenu, si le jeune Valentinien II se disposait à suivre ses envoyés à Trêves. Ambroise ne répondit à cette question insolente que par un silence dédaigneux, et il continua son chemin. L'accueil qu'il reçut à Trêves ne fut pas plus encourageant. Maxime refusa de lui accorder une audience particulière, et lui fit dire de se présenter au consistoire public. Depuis Constantin le Grand, l'étiquette impériale avait établi pour les évêques l'usage d'être toujours reçus en particulier par le prince. Mais ce n'était guère le temps de réclamer contre un pareil vice de forme. Am-
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broise d'ailleurs, avait déclaré ne vouloir aucunement communiquer, pour les choses de la foi, avec un prince coupable de meurtre et souillé du sang de son maître; il en appela donc seulement à son titre d'ambassadeur. Maxime répondit que, ne reconnaissant pas Valentinien II comme souverain, il ne pouvait accorder à ses envoyés aucune prérogative officielle. Le saint évêque se présenta au palais, à l'heure des audiences publiques, et confondu avec la foule. En l'apercevant, Maxime s'approcha de lui : « Vous êtes ici de la part de Valentinien, dit-il. Que ne vient-il lui-même? Qu'il me témoigne la confiance d'un fils; j'aurai pour lui les sentiments d'un père. — Ambroise se rejeta sur les difficultés d'un pareil voyage, à travers les Alpes couvertes de neige et les forêts glacées de la Gaule. — C'est bien, dit Maxime. Nous attendrons le retour de Victor. — L'entrevue se termina ainsi. Le saint évêque sortit du palais. On lui conseillait de quitter immédiatement cette cour inhospitalière. Mais il eût tout compromis par une retraite précipitée. Il attendit patiemment le retour de Victor, et séjourna tout l'hiver à Trêves. Justina, en politique habile, n'avait donné à l'ambassadeur de Maxime que des réponses évasives au sujet de l'entrevue demandée. Mais elle avait laissé entendre que, satisfaite pour elle et son fils des provinces d'Italie, d’lllyrie et d'Afrique, elle abandonnerait volontiers l'autre moitié de l'Occident au nouvel Auguste, s'il consentait lui-même à un traité d'alliance. Au moment où Justina faisait cette proposition, il n'était bruit partout que des préparatifs militaires de Théodose à Constantinople. Maxime se montra donc beaucoup moins exigeant; il fit assurer verbalement saint Ambroise qu'il n'inquiéterait pas son jeune souverain, et le laissa partir avec cette promesse.
36. L'évêque de Milan, de retour dans sa ville épiscopale, ne trouva plus chez l'impératrice les dispositions bienveillantes que celle-ci lui avait témoignées au départ. A mesure que Justina sentait le terrain politique se raffermir, elle reprenait son arrogance arienne. Pendant l'absence de saint Ambroise, elle avait accueilli le fameux Libellus precum des prêtres schismatiques Marcellinus et Faustin dont nous avons parlé plus haut. Encouragé par cet
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exemple, le préfet de Rome, Symmaque, crut le moment favorable pour réclamer l'abolition du décret de Gratien et le rétablissement de l'autel de la Victoire. Les idolâtres criaient partout que les dieux outragés par Gratien s'étaient vengés en laissant périr ce malheureux prince. « La victoire abandonne l'empire, disaient-ils, parce que les empereurs outragent son autel! » Une sorte d'agitation factice fut créée autour de cette question, qu'on voulait élever à la hauteur d'un événement politique. Symmaque rédigea une requête qui fut solennellement portée au jeune Valentinien II, à Milan. « Il semble, disait l'orateur, que Rome elle-même se lève devant vous, dans la majesté de ses grands souvenirs, et qu'elle vous tienne ce langage : Excellents princes, pères de la patrie, respectez la vieillesse auguste que je dois à mes rites sacrés! Laissez-moi mes solennités antiques, qui me valurent jadis tant de jours prospères, et dont l'oubli nous plonge, à l'heure présente, en d'effroyables calamités. Le culte des dieux a mis l'univers sous mes lois ; leurs sacrifices ont éloigné Annibal de mes remparts et les Gaulois du Capitule ! N'ai-je vécu tant d'années que pour voir outrager les protecteurs de ma jeunesse ? Les nouveautés qu'on propose peuvent être bonnes ; je ne les discute pas. Mais je suis trop vieille pour changer; les modes nouvelles ne siéent plus à mon âge. » Le mouvement païen qui dictait cette harangue comptait pour l'appuyer sur la révolution politique qu'il venait de provoquer dans les Gaules. Maxime, bien qu'il eût trahi au dernier moment les espérances idolâtriques, n'en devait pas moins son succès au polythéisme. Comme pour mieux attester son intensité et sa force, le parti réactionnaire faisait simultanément adresser à l'empereur Théodose une requête du même genre. Ce fut le vieux Libanius qui hasarda le périlleux message, et il l'intitula : de Templis. Théodose le Grand dédaigna cette œuvre sénile. S'il la lut jamais, ce qui est douteux, il ne lui fit pas du moins l'honneur d'une réponse. Mais Justina n'en agit pas de même à Milan. Cette femme artificieuse n'était pas fâchée de voir l'évêque de Rome aux prises avec le paganisme. La requête de Symmaque fut présentée au conseil impérial. Tout faisait croire qu'elle serait
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prise en considération, lorsque saint Ambroise revint de Trêves.
37. Le grand évêque, à cette nouvelle, écrivit sur-le-champ une lettre au jeune empereur. « Les autres hommes, lui dit-il, portent les armes pour vous, prince, mais vous, vous portez les armes pour le service de Dieu et de sa foi sainte. Rappelez-vous qu'il n'y a point de salut pour quiconque n'adore pas ce maître tout-puissant. Les dieux des gentils ne sont que des démons, dit l'Écriture. Ce n'est point avec des ménagements, des compromis, ou d'hypocrites dissimulations qu'il nous convient de servir notre Dieu. On ne saurait l'adorer en se prêtant au culte des idoles et aux cérémonies païennes. Je m'étonne donc d'entendre dire que vous allez relever les autels des gentils et ouvrir votre trésor pour fournir à leurs sacrifices. Ne laissez à personne le droit d'abuser ainsi de votre jeunesse. On vous représentera peut-être qu'il faut savoir céder aux circonstances, ménager les mécontents, écouter les conseils de l'expérience. Je suis de cet avis ; mais le conseil de Dieu passe avant tout. S'il s'agissait d'une expédition militaire, vous devriez consulter les généraux les plus expérimentés. Mais il s'agit ici de la religion : c'est donc Dieu qu'il faut écouter. Ne forcez pas les païens à croire, malgré eux, une foi qu'ils rejettent : mais ne vous laissez pas non plus, vous, empereur, imposer par un païen sa croyance, et qu'un idolâtre ne vous fasse pas subir à vous-même la violence dont il ne voudrait pas pour lui. D'ailleurs, croyez-moi, tous les hommes, les païens comme les autres, n'estiment jamais celui qui ment à sa foi personnelle ; chacun doit garder libre et sincère la conviction de son esprit. Il se peut que ceux qui vous conseillent une décision de ce genre soient chrétiens de nom; mais ils n'en sacrifient pas moins aux dieux1. » Quand il écrivait cette chaleureuse épître, Ambroise n'avait point encore entre les mains le texte de la requête de Symmaque. Il en demanda communication. Justina avait trop besoin du crédit de l'évêque pour lui résister en face; elle lui remit donc le factum païen. Saint Ambroise en fit aussitôt une réfutation qui est restée
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1. S. AmbroB., EpisJU ?"\i. — 2. Ibid. xvm.
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un modèle d'éloquence, et dont saint Paulin de Nole a dit avec raison :
Vicendi palmam Victoria tollit amico ;
Trannsit ad Ambrosium : plus favet ira deae.
« La Victoire adorée par Symmaque fut forcée d'adjuger la palme de l'éloquence à Ambroise ; le courroux de cette déesse vaut mieux que son amitié. » Valentinien II se rangea aussi du côté d'Ambroise. Il répondit au sénat : « Je ne puis révoquer le décret de mon frère, ni aimer Dieu moins que lui. On me dit que Valentinien mon père n'avait pas détruit l'autel de la Victoire. Ce n'est pas moi non plus qui l'ai l'ait disparaître. Mon père n'avait pas eu à le rétablir, je ne le rétablirai pas davantage.» Au fond de cette controverse, c’étaient le paganisme et le christianisme qui se livraient leurs derniers combats. L'effet fut immense sur l'opinion. Symmaque lui-même, quelques mois après, recourait à l'autorité du pape Damase pour se justifier de certains griefs articulés contre son administration. Voici ce qu'il écrivait à Valentinien II : « Je n'ai pas cru pouvoir mieux répondre aux insinuations malveillantes de mes ennemis qu'en sollicitant une lettre de l'évêque de Rome, Damase, laquelle attestera à Votre Éternité l'innocence de ma conduite. Quel que soit le calomniateur, qu'il réponde maintenant à ce témoignage ! Le digne évêque déclare que je n'ai molesté personne, qu'aucun de ses fidèles n'a eu à se plaindre de moi, et n'a subi d'arrestation sur mon ordre. J'ignore quels sont les innocents, retenus dans les cachots de Rome, dont on demande la mise en liberté. J'ai visité toutes les prisons de la ville ; elles renferment un certain nombre de criminels ; aucun d'eux n'appartient à la religion chrétienne. »
§ V. Mort du pape Damase.
38. La lettre de saint Damase, à laquelle Symmaque fait allusion, ne nous est point parvenue. Ce grand pape touchait à la fin de son pontificat. Depuis le concile de Rome, il avait retenu près de lui, en qualité de secrétaire et d'archidiacre, l'illustre Jérôme. Mêlé au
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mouvement des affaires, aux intrigues de la ville et de la cour, l'ancien solitaire n'avait rien changé à son régime de vie. Il continuait à porter son habit de moine que les clercs tournaient en ridicule ; il jeûnait comme au désert; il était l'âme des réunions monastiques, composées de vierges et de veuves, dont nous avons parlé plus haut. On lui reprochait parfois de s'occuper plus volontiers de l'instruction des femmes que de celle des hommes, « Si les hommes m'interrogeaient sur l'Écriture, répondait-il, je n'aurais point à parler aux femmes. » C'est qu'en effet, Marcella, Paula, Eustochium et leurs compagnes, avaient une telle avidité pour l'étude des saintes Écritures qu'elles y employaient les jours et les nuits. Les prêtres eux-mêmes venaient les consulter sur des points d'exégèse plus particulièrement difficiles ou obscurs. Par l'ordre de saint Damase, Jérôme entreprit à Rome sa traduction des Livres Saints que l'Église a adoptée depuis sous le nom de Vulgate. Parallèlement à ce travail immense, le grand docteur écrivait toute la correspondance officielle du pontife. Malheureusement pour nous, cette partie de ses œuvres est maintenant perdue. Enfin il trouvait te temps de répondre aux attaques de l'arien Helvidius contre la perpétuelle virginité de Marie, et à celles de Jovinien contre le célibat des clercs. Dans ces luttes incessantes, saint Jérôme était servi par une éloquence indignée et une verve satirique qu'il aimait lui-même à comparer à celles de Lucilius et de Juvénal. « A qui en veut ce joli petit moine avec sa troupe de clercs aux cheveux bouclés? écrivait-il en parlant de Jovinien. Pourquoi revient-il toujours à la charge, pour se retirer couvert de mes crachats? Qu'a-t-il donc pour aller me déchirer entre les fuseaux et les corbeilles des jeunes filles, et dénigrer la chasteté jusque dans les cubicula des femmes?» On conçoit ce que de tels sarcasmes durent faire d'ennemis à Jérôme. Mais l'amitié de saint Damase le protégeait contre leurs fureurs. Il répondait à la confiance du pontife par une vertu éminente et des œuvres admirables.
39. L'énergie qu'il apportait à la défense de l'Église était d'autant plus nécessaire que de toutes parts les dangers semblaient plus imminents. Quelques mois avant le meurtre de Gratien, l'em-
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pereur Théodose avait essayé de réunir à Constantinople un nouveau concile, où il voulait appeler tous les évêques hérétiques de l'Orient, dans l'espoir que la discussion pourrait les éclairer et les convertir. Vainement saint Grégoire de Nazianze, alors retiré dans un domaine paternel qu'il possédait près d'Arianze, petite cité de la Cappadoce, essaya de détourner l'empereur de ce dessein. Il lui écrivit à ce sujet les lettres les plus fortes et les plus touchantes. Théodose n'écouta point ce conseil. Il se défiait peut-être du jugement de saint Grégoire, à la suite des événements récents de Constantinople. Saint Ascholius de Thessalonique aurait pu avoir plus d'influence sur son esprit. Mais ce vénérable évêque venait de mourir. Le concile fut donc indiqué. Ariens, semi-ariens, macédoniens, apollinaristes, eunoméens, manichéens, donatistes, toutes les sectes, toutes les hérésies, toutes les erreurs s'y donnèrent rendez-vous. Les catholiques, en grand nombre pourtant, allaient se trouver comme étouffés sous tant de voix discordantes. Saint Grégoire de Nysse, dans un discours prononcé alors, nous fait parfaitement connaître l'état des esprits dans la capitale de l'Orient. « Vraiment, dit-il, la théologie est partout, excepté où elle devrait être. Entrez chez un changeur pour y demander de la monnaie, on vous saluera d'une dissertation sur l'engendré ou l'inengendré. Achetez à la boulangerie un morceau de pain; on ne vous servira pas sans vous dire que le Père est plus grand, plus ancien, plus puissant que le Fils. Vous êtes dans une salle des thermes; vous demandez à un serviteur le degré de chaleur de votre bain : il vous répond que le Fils n'est pas précisément une créature, ni un être incréé, mais qu'il est sorti du non être. Quel nom donner à ce contagieux bavardage? Est-ce manie, est-ce fureur? En tout cas, c'est une démence épidémique qui fait tourner toutes les cervelles1. »
40. Théodose s'apercevait, mais trop tard, que la paix ne pouvait sortir d'une agglomération si tumultueuse. Les ariens, en dépit du récent décret qui leur interdisait de tenir d'assemblées dans les villes, recommençaient à se réunir. Ce fut alors que la nou-
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1 S. Greg. Nyss., De Spiritu sancto.
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velle de l!assassinat de Gratien parvint à Constantinople. Théodose ne se méprit point sur la portée de cet événement. Il y vit, avec juste raison, la vengeance combinée du paganisme et de l'hérésie contre un prince catholique. Il annonça dès lors l'intention de partir pour les Gaules et associa à l'empire son fils Arcadius, jeune prince de six ans, l'élève du diacre Arsène qui fut lui-même décoré en cette circonstance du titre de sénateur. Ces préoccupations politiques firent un instant oublier à Théodose les intérêts religieux. Saint Amphiloque, évêque d'Icône, se chargea de les lui rappeler. « II se rendit au palais, en compagnie de quelques évêques, dit Théodoret, pour présenter ses hommages à l'empereur, dans l'une des audiences solennelles où les personnages de distinction étaient admis à faire leur cour. Théodose siégeait sur son trône, ayant à sa droite son fils nouvellement couronné. C'était, parmi les courtisans, à qui flatterait le cœur du prince en prodiguant le plus de respects à l'auguste enfant. Amphiloque au contraire salua Théodose, sans paraître apercevoir Arcadius. Vous ne voyez donc pas mon fils? demanda l'empereur. — C'est vrai, dit l'évêque revenant sur ses pas; je l'oubliais. — Puis, s'approchant du jeune prince : Bonjour, mon fils, dit-il, et il lui passa familièrement la main sur la joue, comme à un enfant ordinaire. Théodose indigné cria à ses gardes de faire sortir le prélat insolent. Amphiloque se retournant alors, regarda fixement l'empereur et lui dit : Grand prince, vous ne pouvez souffrir qu'on fasse injure à votre fils : vous avez raison. Comprenez donc que le Dieu du ciel et de la terre, mon maître et le vôtre, puisse être indigné contre les blasphémateurs qui outragent chaque jour dans cette capitale la divinité de son Fils unique. Songez-y, et faites votre devoir. — Cette vigoureuse apostrophe, prononcée en présence d'un auditoire nombreux, aurait irrité un prince faible. Mais Théodose était un grand homme ; il savait que les blessures faites par la vérité sont les remèdes des rois. Il prit la main de l’évêque, s'entretint avec lui et le combla d'honneurs. Le lendemain, le concile de Constantinople était dissous. Une loi nouvelle défendait aux hérétiques de reprendre leurs assemblées dans toutes les cités de l'Orient. « Si quelqu'un
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d'entre eux osait contrevenir à cet ordre, disait Théodose, nous permettons à tous les gens de bien de les expulser de l'enceinte de leur ville.» (23 juillet 383).
41. L'émotion causée par la réunion tumultuteuse de Constantinople cessa bientôt. L'opinion publique accueillit avec reconnaissance le décret impérial. C'est qu'en effet, tout ce qui pouvait troubler la paix de l'Église était alors un attentat contre la sécurité de l'empire. Théodose relevait partout d'une main ferme le drapeau romain, si abaissé durant les dernières années de Valens. Le jeune successeur de Sapor envoyait à Byzance des ambassadeurs chargés de riches présents, et implorait l'alliance du grand empereur. Le roi d'Arménie faisait de même. A son tour, Maxime crut devoir, par une députation spéciale, adoucir le ressentiment de Théodose et prévenir son intervention armée. L'ambassadeur de Maxime offrait au nom de son maître une alliance offensive et défensive ; il se prévalait d'un accord semblable déjà conclu avec Justina et Valentinien II. Théodose refusa de s'engager par un traité définitif. Il se réservait d'attendre les événements et fit continuer les préparatifs de guerre.
42. Cependant l'Orient, d'un concert unanime, rentrait dans les voies de l'unité religieuse. Les évêques de l'Asie-Mineure s'adressaient au pontife Damase pour le prier d'interposer son autorité apostolique, en frappant de nouveau une erreur déjà solennellement condamnée. Ils l'informaient de l'obstination de l'évêque Timothée, disciple d'Apollinaire, et lui demandaient de procéder à sa déposition. Voici la réponse du saint pape : « Fils très-honorés, quand vous rendez au siège apostolique la révérence qui lui est due, c'est à vous-mêmes qu'en revient le plus grand avantage. La sainte Eglise romaine, sur le trône de laquelle Pierre l'apôtre s'est assis, possède en effet la primauté de juridiction. Malgré mon indignité personnelle, Dieu m'a confié la chaire d'honneur, le gouvernail de Pierre à qui je succède, travaillant dans la mesure de ma faiblesse à obtenir la miséricorde de Dieu et la gloire de la céleste béatitude. Sachez, frères, que déjà depuis quelques années, nous avons condamné Timothée et sa doctrine
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impie. Puisque ce vieux serpent, frappé d'anathème et retranché de l'Église, reparaît en ce moment pour ajouter encore à ses crimes anciens en répandant son venin mortel et en faisant de nouvelles victimes, c'est à vous de préserver vos peuples de la contagion. Demeurez fermes dans la foi qui nous vient des apôtres, et que les pères du concile de Nicée ont inscrite dans leur symbole. Que rien ne vous en fasse dévier. Ecartez soigneusement de votre clergé et de vos fidèles toutes les doctrines erronées, enseignant à garder la tradition apostolique, et vous souvenant du mot de saint Paul : « Si quelqu'un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème ! »
43. Cette lettre aux Orientaux fut le dernier acte du pontificat de saint Damase. Le grand pape était âgé de quatre-vingts ans. « Il sollicitait chaque jour le Seigneur de mettre un terme à son pèlerinage, dit un chroniqueur contemporain. Ses prières redoublaient de ferveur. J'ai soif d'être réuni à mon Dieu ! répétait-il sans cesse. Ses désirs furent exaucés. Une fièvre, qui ne paraissait pas tout d'abord dangereuse, se déclara. Le saint vieillard comprit que Jésus-Christ l'appelait. Il voulut aussitôt recevoir le corps et le sang du Seigneur ; puis, élevant les mains et les yeux au ciel, il expira 1. » (11 décembre 384.) Son corps fut déposé près du tombeau de sa mère et de sa sœur, dans la basilique élevée par lui sur la voie Ardeatina. Plus tard, vers l'époque d'Adrien I (772-795), ses reliques furent transférées dans celle de Saint-Laurent in Damas à l'intérieur de la ville. Elles y reposent encore aujourd'hui sous le maître-autel, à l'exception du chef du bienheureux pape, qui est conservé à Saint-Pierre de Rome.
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1. Mrenda. S. Damusi vita, cap. xxiv; Pair, lat., toru. XIII, col. 26t.