La Cité de Dieu 72

tome 24 p. 381

                                          

CHAPITRE VIII.

 

Les promesses faites à David touchant son fils, ne peuvent nullement s'appliquer à Salomon, mais se trouvent parfaitement réalisées en Jésus-Christ.

 

1. Je crois devoir maintenant examiner, autant qu'il est nécessaire au sujet que nous traitons, les promesses faites par Dieu à David, successeur de Saül sur le trône; en effet, ce changement figurait le dernier changement auquel se rapporte tout ce qui a été dit et écrit par l'inspiration de Dieu. David, voyant la prospérité de son royaume, songea à élever à Dieu une maison, c'est‑à‑dire ce temple si fameux qui fut l'œuvre du roi Salomon, son fils. Pendant que son esprit s'occupait de cette pensée, la parole du Seigneur se fit entendre au prophète Nathan, qui devait la transmettre au roi. Après lui avoir déclaré que ce ne serait pas David qui lui bâtirait un temple, et que depuis si longtemps il n'avait ordonné à personne de son peuple de lui construire une maison de cèdre, le Seigneur ajouta : (( Maintenant, vous direz à David, mon serviteur: voici ce que dit le Seigneur Tout-Puissant: Je t'ai tiré d'une bergerie pour faire de toi le chef de mon peuple d'Israël; j'ai été avec toi dans toutes tes entreprises, j'ai exterminé tous tes ennemis devant toi, et j'ai égalé ta renommée à celle des plus grands rois de la terre; je mettrai mon peuple d'Israël dans un lieu stable, je l'y établirai et il y demeurera séparé des autres nations, et rien ne l'inquiétera plus désormais; les enfants de malice ne l'humilieront plus, comme autrefois au temps des juges que j'avais établis chefs de mon peuple d'Israël. Je te donnerai aussi à toi la paix avec tous tes ennemis : et le Seigneur te fera savoir que tu dois lui bâtir une maison. Et ce sera quand tes jours seront accomplis et que tu dormiras avec tes pères. Je mettrai sur ton trône après toi, un fils qui sortira de toi et j'affermirai sa puissance. C'est lui qui bâtira une maison en mon honneur et je soutiendrai éternellement son empire. Je serai son père et il sera mon fils. Et s'il commet l'iniquité, je le châtierai avec la verge dont on se sert pour les hommes et en l'affligeant des plaies dont on punit les enfants des hommes; mais je ne retirerai point de lui ma miséricorde, comme je l'ai retirée de ceux dont j'ai détourné ma face. Sa maison me restera fidèle, et son royaume

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subsistera éternellement en ma présence, et, son trône s'élèvera jusqu'à l'éternité. » (II. Rois, vii, 3 etc.)

2. Celui qui pense que cette magnifique promesse a été accomplie en Salomon, se trompe fort. Car il semble ne voir que ces paroles : « C'est lui qui me bâtira une maison ; » et en effet, Salomon a élevé ce temple fameux; mais il ne fait pas attention à celle‑ci : « Sa maison me restera fidèle, et son royaume subsistera éternellement en ma présence. » Qu'il considère donc et qu'il remarque la maison de Salomon remplie de femmes étrangères qui adorent les faux dieux, et ce roi lui‑même autrefois si sage séduit par elles et entraîné dans l'avilissement du culte idolâtrique; et qu'il ne soit pas assez téméraire pour penser, ou que Dieu ait fait des promesses mensongères, ou qu'il n'ait pas pu prévoir la chute future de Salomon et de toute sa maison. Et quand même nous ne verrions pas l'accomplissement de ces promesses en Jésus‑Christ‑Notre‑Seigneur, qui est né de David selon la chair (Rom., 1, 3), nous ne devrions pas douter qu'elles ne s'appliquent à lui, à moins que nous ne préférions en attendre un autre, comme les Juifs charnels. Car ils sont eux-mêmes si persuadés que ce fils promis ici au roi David, n'est point Salomon que, par un prodige d'aveuglement, ils affirment qu'ils en espérent un autre, malgré les déclarations les plus évidentes de celui qui fut promis. On constate, il est vrai, une certaine ressemblance avec la réalite future en Salomon, puisqu'il a construit le temple, qu’i1 a eu la paix avec ses voisins, réalisant ainsi son nom, (car Salomon veut dire pacifique,) et que les commencements de son règne furent dignes d'éloge : mais il faut reconnaître qu'il n'était pas Jésus‑Christ‑Notre-Seigneur, et que sa personne n'était que l’ombre de la réalité future qu'elle annonçait. De là vient que plusieurs prédictions paraissent concerner Salomon, tandis que la Sainte‑Écriture en prophétisant même sur les événements passés, ne fait que tracer une image de l'avenir. Car, sans parler des livres historiques où son règne est raconté, le psaume soixante‑et-onzième porte son nom pour titre; cependant il renferme tant de choses qui ne peuvent nullement lui convenir, et qui s'appliquent si clairement Notre‑Seigneur‑Jésus‑Christ, qu'il est évident qu'une figure quelconque était voilée sous sa personne et que la vérité même était représentée en lui. En effet, pour ne rien dire de plus, on sait qu'elles étaient les limites du royaume de Salomon et pourtant nous lisons dans ce psaume : « Il étendra son empire de l'une à l'autre mer; et depuis le fleuve jusqu'aux extrémités de la terre : » (Ps. LXXI, 8.)

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Or, nous voyons l'accomplissement de ces paroles prophétiques, dans le Christ. Car son empire prit naissance sur les bords de ce fleuve, où il fut baptisé par saint Jean qui, en le montrant du doigt, le fit connaître à ses disciples; et ceux‑ci ne l'appelèrent pas seulement maître, mais Seigneur.

 

3. Si, d'ailleurs, Salomon règne déjà du vivant de David, son père, ce qui n'arrive à aucun des rois d'Israël, ce n'est que pour nous faire voir plus clairement que ce n'est pas lui que désigne cette prophétie faite à son père en ces termes : « Il en sera ainsi, quand tes jours seront accomplis et que tu dormiras avec tes pères. Je mettrai sur ton trône après toi, un fils qui sortira de ta race et j'affermirai sa puissance.» Comment pourrait‑on penser que les paroles suivantes : « C'est lui qui me bâtira une maison, » prophétisent Salomon, quand celles qui précèdent : « Lorsque tes jours seront accomplis et que tu dormiras avec tes pères, je mettrai sur ton trône après toi, un fils qui sortira de ta race, » ont plutôt rapport à la promesse d'un autre roi pacifique, qui doit régner non avant, comme Salomon, mais après la mort de David? Car, quel que soit le temps écoulé jusqu'à Jésus‑Christ, il est certainement venu après la mort de David, selon qu'il devait venir, pour accomplir la promesse, et il a élevé à Dieu une maison, non de bois et de pierres, mais d'hommes, telle enfin que cet édifice fait notre joie. Car c'est à cette maison, c'est‑à‑dire aux fidèles, que l'Apôtre dit : « Le temple de Dieu est saint, et c'est, vous qui êtes ce temple. » (1. Cor. 111, 17.)

 

CHAPITRE IX.

 

La prophétie touchant le Christ et renfermée dans le psaume quatre‑vingt‑huitième, est semblable à celle du prophète Nathan, rapportée aux livres des Rois.

 

C'est dans le même but qu'au psaume quatre-vinngt‑huitième, dont le titre est : « Instruction pour Oethan, Israëlite, » il est fait encore mention des promesses de Dieu au roi David, et on y rapporte à peu près les mêmes paroles qu'au livre des rois : « Je l'ai promis avec serment à David, mon serviteur; je perpétuerai éternellement ta postérité. » Et encore : « Alors vous avez parlé en vision à vos enfants et vous avez dit : j'ai placé mon secours entre les mains d'un homme puissant, et j'ai élevé, celui que j'ai choisi du milien de mon peuple. J'ai trouvé David mon serviteur, et je l'ai oint de mon huile sainte. ma main sera son secours et mon

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bras sera sa force. L'ennemi ne réussira point contre lui, et le fils de l'iniquité ne pourra lui nuire. J'abattrai en sa présence ses ennemis, et je mettrai en fuite ceux qui le haïssent. Ma vérité et ma miséricorde seront avec lui, et en mon nom sa puissance s'élèvera. J'étendrai sa main sur la mer, et sa droite sur les fleuves. Il m'invoquera en disant : vous êtes mon père, mon Dieu, et l'auteur de mon salut. Et je le ferai mon fils aîné, et je l'élèverai au‑dessus des rois de la terre. Je lui conserverai éternellement ma miséricorde, et mon alliance lui sera fidèle. J'établirai sa race dans les siècles des siècles, et son trône durera autant que les cieux. » (Ps. LXXXVIII, 1, 4 etc.) Toutes ces choses, si on les comprend bien, doivent s'entendre du Seigneur Jésus, en la personne de David, à cause de la forme d'esclave que ce Médiateur a prise de la race de David, dans le sein de la Vierge. Quelques versets plus loin, il est parlé des péchés de ses enfants, à peu près dans les mêmes termes qu'au livre des Rois, et on dirait qu'il s'agit de Salomon. Nous lisons, en effet, au livre des Rois : « Et s'il commet l'i­niquité, je le châtierai avec la verge dont on se sert pour les hommes, et en l'affligeant des plaies dont on punit les enfants des hommes; mais je ne retirerai point de lui ma miséricorde. » (II Rois, vii, 14 et 15.) Ces plaies sont les marques de la correction. De là, vient cette parole : « Ne touchez pas mes Christs; » (Ps. civ, 15) qu'est‑ce à dire, sinon : « Ne les blessez pas? » Or, dans le psaume, où l'on croirait qu'il s'agit de David, nous retrouvons presque les mêmes paroles : « Si ses enfants, dit le Seigneur, abandonnent ma loi, et ne marchent pas dans les voies de ma justice ; s'ils violent mes ordonnances et ne gardent pas mes commandements, je châtierai leurs iniquités par la verge, et leurs crimes par le fouet; mais je ne retirerai pas de lui ma miséricorde. » (Ps. Lxxxviii. 31 etc.) Il ne dit pas d'eux, bien qu'il parle des enfants de David et non de lui; mais il dit : « de lui, » ce qui, à le bien prendre, a la même signification. Car en Jésus‑Christ lui-même, le chef de l'Église, on ne saurait trouver de péché qui nécessite de pareils châtiments adoucis par la miséricorde divine, mais dans son corps et dans ses membres, c'est‑à‑dire dans son peuple. C'est pour cela qu'au livre des Rois, il est dit : « son iniquité : » et dans le psaume : « l'iniquité de ses enfants; » pour nous faire entendre que ce qui est dit de son corps, est dit en quelque sorte de lui‑même. C'est aussi pour cela que, Saul persécutant son corps, c'est‑à-dire ses fidèles, il s'écrie lui‑même, du haut du

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p385 LIVRE XVIT. CHAPITRE X.                      

 

ciel : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes‑tu?» (Act. ix, 4.) En continuant le psaume, il est dit encore : « Je ne manquerai pas à la vérité de ma promesse, je ne violerai point mon alliance, et je ne révoquerai pas les paroles qui sortent de mes lèvres. J'ai fait une fois le serment en mon nom saint et je tromperais David; » c'est-à‑dire je ne tromperai point David; cette manière de parler est fréquente dans l'Écriture. En quoi ne le trompera‑t‑ il pas? le voici : « Sa race demeurera éternellement ; son trône sera toujours en ma présence, comme le soleil, comme la lune dans son plein, et comme l'arc qui est dans le ciel le témoin fidèle de mon alliance. » (Ps. LXXXVIII, 34 etc.)

 

CHAPITRE X.

 

Les évenements du royaume de la Jérusalem terrestre ne s'accordent pas avec la promesse de Dieu, pour nous apprendre que la vérité de la promesse se rapporte à la gloire d'un autre roi et d'un autre royaume.

 

Après des assurances si certaines de cette magnifique promesse, de peur qu'on ne la suppose accomplie en Salomon, et que cette espérance occasionne d'inutiles recherches : « Mais, Seigneur, » dit le prophète, « vous les avez rejetés et réduits au néant. » (Ps. LXXX~III, 39; 111. Rois, xiv.) Et c'est ce qui est arrivé pour le royaume de Salomon dans ses descendants, jusqu'à la ruine de cette Jérusalem terrestre, siège de son empire, et surtout par la destruction du temple, oeuvre de Salomon. Mais afin que Dieu ne fût pas accusé d'infidélité à ses promesses, il ajoute aussitôt : « Vous avez différé votre Christ. » Si le Christ du Seigneur est différé, ce n'est donc ni Salomon, ni David lui-même. En effet, bien que tous les rois des Juifs consacrés par ce chrême mystique, non‑seulement depuis David, mais même depuis Saül, le premier roi qui reçut l'onction sainte et que David lui‑même appelle le Christ du Seigneur (l. Rois, xxiv, 7); bien que tous ces rois fussent appelés Christs, il n'y a cependant qu'un seul véritable Christ, dont tous les autres n'étaient que la figure par l'onction prophétique, et ce Christ, que l'opinion des hommes prétendait reconnaître en David ou en Salomon, était beaucoup différé; mais dans l'ordre de la Providence de Dieu, il devait venir en son temps. Ensuite, le psaume nous apprend ce qui arriva, pendant ce délai, dans le royaume de la Jérusalem terrestre, où l'on attendait fermement son règne. « Vous avez, dit‑il, brisé l'alliance de votre serviteur, vous avez profané la sainteté de son temple sur la terre. Vous avez renversé tous ses remparts et la frayeur a envahi ses citadelles.

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Tous les passants l'ont pillé, et il est devenu l'opprobre de ses voisins. Vous avez relevé le courage de ses ennemis et vous les avez comblés de joie. Vous avez émoussé la pointe de son glaive, et vous ne l'avez point secouru dans le combat. Vous l'avez dépouillé de sa gloire, et vous avez renversé son trône contre terre. Vous avez abrégé les jours de son règne, et vous l'avez couvert de confusion. » (Ps. Lxxxyili, 40.) Tous ces malheurs sont venus fondre sur la Jérusalem esclave, où cependant ont encore régné quelques enfants de la Jérusalem libre, gardant cette royauté comme une administration temporaire, mais soupirant dans la vérité de leur foi, et dans l'espérance du Christ véritable, après le royaume de la Jérusalem céleste, dont ils étaient les enfants. Mais si l'on veut savoir comment se sont accomplis tous ces événements dans le royaume terrestre, il faut en lire le récit dans l'histoire.

 

CHAPITRE XI.

 

La substance du peuple de Dieu est dans le Christ par l'entremise de la chair; seul il a eu le pouvoir de retirer son âme de l'enfer.

 

Après ces prophéties, le prophète se tourne, vers Dieu pour lui adresser sa prière, et sa prière même est une prophétie : « Jusques à quand, Seigneur, détournerez‑vous jusqu'à la fin? » (Ps. LXXXviii, 47.) Il faut sous‑entendre votre face, comme il est dit ailleurs : « Jusques à quand détournerez‑vous de moi votre face? » Et quelques textes portent non pas : « détournerez‑vous » mais « vous détournerez‑vous : » bien qu'on puisse entendre : Jusques à quand détournerez‑vous le secours de votre miséricorde que vous avez promise à David. Quant à cette parole : « à la fin, » qu'est‑ce à dire, sinon : jusqu'à la fin? Cette fin signifie les derniers temps, quand cette nation même croira en Jésus-Christ; mais avant cette fin, doivent survenir les malheurs que le prophète a déplorés plus haut. Aussi il ajoute : « Votre colère s'allumera comme un feu (Ibid. 48); souvenez‑vous quelle est ma substance. » On ne saurait rien entendre de mieux ici que Jésus lui‑même, substance de ce peuple, d'où il tire sa nature charnelle. « Car ce n'est pas en vain, dit‑il, que vous avez créé tous les enfants des hommes. » En effet, s'il n'était pas seul la substance d'Israël, ce fils de l'homme qui doit sauver une multitude d'enfants des hommes, en vain eussent été créés les

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enfants des hommes. Maintenant, il est vrai, par suite du péché du premier homme, la nature humaine tout entière est tombée de la vérité dans la vanité, et de là vient cette parole d'un autre psaume : « L'homme est devenu semblable à la vanité; ses jours s'évanouissent comme l'ombre; » (Ps. CXLIII, 4) mais ce n'est pas en vain que Dieu a créé tous les enfants des hommes, car il en délivre un grand nombre de la vanité par le Médiateur Jésus. Et ceux que, dans sa prescience, il connaît en dehors du salut; il ne les a cependant pas créés en vain, mais, selon le plan admirable de sa Providence toujours juste à l'égard de toute créature douée de raison, pour l'avantage de ceux qui doivent être sauvés, et pour faire ressortir le contraste des deux Cités. Le Psalmiste continue : « Quel est l'homme qui vivra et ne verra point la mort; qui délivrera son âme de l'enfer? » Celui‑là, quel est‑il, sinon cette substance d'Israël de la race de David, Jésus-Christ, dont l'Apôtre dit que, « ressuscité d'entre les morts, il ne meurt plus, et la mort n'a plus d'empire sur lui? » (Rom. vi, 9.) C'est ainsi qu'il vivra et qu'il ne verra point la mort; car bien qu'il soit mort, il a cependant délivré son âme de l'enfer, où il est descendu pour rompre les liens de plusieurs : et il en a retiré son âme par cette puissance dont il parle ainsi dans l'Évangile:« J'ai le pouvoir de quitter mon âme et le pouvoir de la reprendre. » (Jean, 18.)

 

CHAPITRE. XII.

 

A qui faut‑il attribuer ces réclamations au sujet des promesses, selon qu'elles sont exprimées dans ces paroles du Psaume : « Où sont, Seigneur, vos anciennes miséricordes, etc.? »

Quant à ces dernières paroles du psaume : « Où sont, Seigneur, vos anciennes miséricordes, celles que, dans votre vérité, vous avez promises à David par serment. Souvenez‑vous, Seigneur, de l'opprobre de vos serviteurs, opprobre que j'ai reçu en silence de la part de tant de nations, quand vos ennemis, Seigneur, me reprochaient le changement de votre Christ; » (Ps. LXXXVIII, 50 etc.) on pourrait à bon droit demander, si elles ont été dites au nom des Israélites qui désiraient voir l'accomplissement de la promesse faite par Dieu à David; ou plutôt au nom des Chrétiens, Israélites selon l'esprit et non selon la chair. En effet, ces paroles ont été dites ou écrites à l'époque d'Oethan, dont le nom sert de titre à ce psaume, et sous le règne de David; par conséquent, on ne pouvait dire alors : « Où sont, Seigneur, vos anciennes miséricordes, celles que, dans votre

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vérité, vous avez promises à David par serment? » à moins que le prophète ne se mit à la place de ceux qui devaient venir bien plus tard, et pour qui les promesses faites à David étaient d'anciennes promesses. On peut donc entendre ici toutes ces nations qui, en persécutant les chrétiens, leur reprochaient la passion du Christ, que l'Écriture appelle changement, parce qu'en mourant, il est devenu immortel. On peut aussi entendre ce changement du Christ, comme reproché aux Israélites, en ce sens que celui qu'ils attendent dans l'avenir, est déjà le Christ de tous; et c'est encore à présent le reproche de beaucoup de nations qui croient en lui par le Nouveau Testament, tandis qu'eux‑mêmes restent toujours dans l'Ancien. Alors, c'est en leur nom qu'il serait dit : « Souvenez‑vous, Seigneur, de l'opprobre de vos serviteurs, » parce que Dieu ne les oubliant pas, mais, au contraire, ayant pitié d'eux, leur accorderait à eux‑mêmes, après cet opprobre, la grâce de la foi. Mais le premier sens que j'ai indiqué, me paraît bien préférable. Car ce n'est pas aux ennemis du Christ, quand on leur reproche que le Christ les a abandonnés pour passer aux gentils, que peut convenir cette parole : « Souvenez‑vous, Seigneur, de l'opprobre de vos serviteurs; » de tels hommes ne sauraient être appelés serviteurs de Dieu : ce titre ne convient qu'à ceux qui, ayant souffert de cruelles persécutions pour le nom du Christ, ont pu se souvenir du royaume céleste promis à la race de David, et dans le désir d'y parvenir, ont pu aussi s'écrier, non par désespoir, mais avec l'accent de la prière, mais en demandant, en cherchant, en frappant : « Où sont, Seigneur, vos anciennes miséricordes, celles que, dans votre vérité, vous avez promises à David par serment? Souvenez‑vous, Seigneur, de l'opprobre de vos serviteurs, opprobre que j'ai reçu en silence de la part de tant de nations : » c'est‑à‑dire que j'ai supporté intérieurement avec patience : « quand vos ennemis, Seigneur, me reprochaient le changement de votre Christ, » le regardant comme son anéantissement. Et que veut dire : « Souvenez‑vous, Seigneur, » sinon ayez pitié et, à cause des humiliations que j'ai supportées avec patience, accordez‑moi la gloire que, dans votre vérité, vous avez promise à David par serment? Mais si nous attribuons ces paroles aux Juifs, ils ont pu les dire aussi ces serviteurs de Dieu qui, après la prise de la Jérusalem terrestre et avant la naissance temporelle de Jésus‑Christ, emmenés en captivité, comprenaient bien le changement du Christ, c'est‑à‑dire qu'ils n'avaient point à espérer de lui une félicité terrestre et charnelle, comme celle des premières années

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du règne de Salomon, mais une félicité céleste et spirituelle; et quand l'ignorante infidélité des gentils se moquait injurieusement du peu­ple de Dieu captif, faisait‑elle autre chose que reprocher, sans savoir à ceux qui savaient, le changement du Christ? C'est pourquoi ces pa­roles qui terminent le psaume: « Que la béné­diction du Seigneur demeure éternellement; ainsi soit‑il, ainsi soit‑il; « (Ps. 53.) conviennent parfaitement à tout le peuple de Dieu, qui appartient à la Jérusalem céleste, soit aux justes cachés dans l’Ancien Testament, avant la révélation du Nouveau, soit aux fidè­les que le Testament Nouveau nous révèle com­me appartenant au Christ. En effet, la bénédic­tion du Seigneur à la postérité de David ne sau­rait être réservée à un certain temps, aux seuls jours du règne de Salomon, elle doit s'étendre jusqu'à l'éternité; et c'est dans le sentiment de son inébranlable espérance que le Psalmiste s'écrie : « Ainsi soit‑il, Ainsi soit‑il. » Car la répétition de cette parole est la preuve certaine de son espérance. David le comprenait bien ainsi, puisqu'il dit au second livre des Rois, qui a donné lieu à cette digression : « Vous avez parlé pour longtemps en faveur de la maison de votre serviteur; » (Il. Rois. vii, 19) et un peu plus loin : «commencez donc maintenant et bénissez à jamais la maison de votre serviteur etc.; » (Ibid. 29) car il allait être le père d'un fils, dont la race devait se perpétuer jusqu'à Jésus‑Christ, par qui sa maison, et aussi la maison de Dieu devait être éternelle. Et de fait, c'était la maison de David à cause de sa race, et en même temps la maison de Dieu, à cause du temple de Dieu, construit non avec des pierres, mais avec des hommes; temple où le peuple habitera à jamais avec Dieu et en son Dieu, et Dieu avec son peuple et en son peuple; en sorte que Dieu remplisse son peuple et que le peuple soit plein de son Dieu, quand Dieu sera tout en tous (l. Cor. xv, 28), et qu'après avoir été notre force dans la guerre, il sera lui‑même notre récompense dans la paix. Aussi, après ces paroles de Nathan : « Et le Seigneur te fera connaître que tu lui bâtiras une maison (Il. Rois, ‑vii, 11), David dit : Seigneur Tout‑Puissant, Dieu d'Israël, vous avait fait une révélation à votre serviteur, en disant : Je te bâtirai une maison. » (Ibid. 27.) En effet, nous bâtissons cette maison par la bonne vie, et Dieu la bâtit aussi en nous aidant à bien vivre; car, « si le Seigneur ne bâtit lui‑même la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent. » (Ps. cxxvi, 1.) Et quand sera venue le temps de la dernière dédicace de cette maison, alors s'accomplira la parole de

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Dieu, telle que son prophète l'a transmise ici : « J'assignerai une demeure à mon peuple d'Israël, et je l'établirai dans ce lieu, et il y demeurera séparé des autres nations, et rien ne 1'inquiètera plus désormais; les enfants de malice ne l'humilieront plus, comme autrefois, aux temps des juges que j'avais établis chefs de mon peuple d'Israël. » (11. Rois, vii, 10 etc.)

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