Darras tome 9 p. 349
18. Saint Jules écrivit alors, de concert avec les pères du concile, une lettre anx Eusébiens, en réponse à celle que lui avaient
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apportée ses légats. « Mes prêtres Elpidius et Philoxène m'ont remis, disait le pape, les lettres dont vous les aviez chargés pour moi. J'ai lieu de m'étonner que vous répondiez par des récriminations à des ouvertures faites dans un esprit de paix et avec la conscience de la vérité. N'était-ce pas un témoignage de ma tendresse et de ma sollicitude pour vous que la convocation au concile de Rome, dont je vous ai adressé les lettres par un message spécial? La manière dont vous avez accueilli cette démarche ferait supposer que vos démonstrations de dévouement pour le siège apostolique sont beaucoup moins sincères que vous le prétendez. Elpidius et Philoxène sont revenus ici, le cœur plein de tristesse et d'amertume. Pour moi, même après avoir lu vos lettres, je persistais à espérer que quelques-uns au moins d'entre vous se décideraient à venir ici. Il a fallu renoncer à cet espoir. Votre message, présenté au conciie, y a excité un sentiment de surprise et de vive douleur. On avait peine à croire que des évêques, des ministres de Jésus-Christ, des fils d'obéissance et de foi, eussent pu tenir un pareil langage ! De quoi d'ailleurs pouvez-vous donc vous plaindre? Serait-ce de ce que je vous ai convoqués à un concile ? Mais une telle démarche aurait dû vous combler de joie. Quand on a la conscience d'avoir jugé selon la vérité et la justice, on ne saurait redouter de voir son jugement examiné par un autre tribunal. Les pères du concile de Nicée s'opposèrent-ils à ce que leurs actes fussent examinés et ratifiés dans un autre synode1? Ils estimaient au contraire qu'un second examen avait l'avantage de rendre la sentence plus auguste et d'ôter aux partis le prétexte de récriminer contre la mauvaise foi, les haines et les inimitiés des premiers juges. Certes, cette coutume n'est pas nouvelle dans l'Église! Si, après le mémorable exemple du grand concile de Nicée, vous refusez de vous y soumettre, ne comptez pas que votre récusation puisse avoir la moindre valeur. Les usages ecclésiastiques transmis par la tradition et confirmés par les con-
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1. Nous avons ici une preuve péremptoire de l'authenticité du fait raconté plus haut de la confirmation des Actes de Nicée par le Saint-Siège, sous le pontificat de Sylvestie I.
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ciles, sont au-dessus de toutes les contestations particulières. Vous me dites dans votre lettre que chaque synode a par lui-même la plénitude du jugement. D'après vous, ce serait déshonorer un juge que de déférer sa sentence à l'examen d'un autre tribunal. Mes bien-aimés, laissez-moi vous faire toucher du doigt la contradiction dans laquelle vous tombez ici. Voyez de quel côté se trouvent ceux qui déshonorent les conciles. N'est-il pas notoire que les Ariens, condamnés d'abord par le patriarche Alexandre de sainte mémoire, furent ensuite solennellement anathématisés par le grand concile de Nicée, dont la décision a été reçue et exécutée par tout l'univers? Or ces mêmes Ariens, ces sacrilèges blasphémateurs de la divinité de Jésus-Christ, ces infâmes que la catholicité tout entière a justement flétris, on me dit qu'ils sont aujourd'hui reçus dans les églises de l'Orient et admis à votre communion. Est-ce ainsi qu'on prétend maintenir l'autorité des conciles? Vous objectez que le siège de Rome n'est jamais revenu sur la déposition de Novat et de Paul de Samosate, prononcée jadis par des conciles particuliers. Vous demandez que les mesures analogues prises par vos synodes actuels soient également respectées. Mais le concile œcuménique de Nicée n'a-t-il pas un droit supérieur? N'est-ce pas lui qu'il faut d'abord faire respecter? Dans une pareille situation, êtes-vous bien fondés à dire que c'est nous qui avons allumé les flammes de la discorde? Car vous osez, dans votre lettre, articuler ce reproche. Quoi ! c'est nous qui troublons l'Eglise, quand nous ne pouvons que pleurer sur les innocentes victimes de l'oppression; quand nous rappelons sans cesse la discipline canonique! Au contraire, les amis de la paix sont les téméraires qui se révoltent audacieusement contre les lois de l'Église, qui violent les décrets de Nicée et foulent aux pieds sa sentence ! Hélas ! on ne s'est pas borné à recevoir les Ariens à la communion ; il est des évêques qui s'arrogent maintenant le droit de passer d'un siège à l'autre, an gré de leur ambition 1. Ce serait bien peu comprendre la dignité du caractère
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1. Le pape fait ici allusion à la conduite d'Eusèbe de Nicomédie, lequel avait précédemment déserté sa petite église de Béryte et venait d'échanger Nicomédie contre le siège de Constantinople.
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épiscopal que de la mesurer à l'importance ou à la grandeur des cités. Celui qui fut d'abord choisi pour gouverner une petite église, devait la garder fidèlement, parce qu'elle était l'épouse que lui avait donnée le Seigneur. En désertant son poste, il a suffisamment prouvé qu'il ne cherche qu'une vaine fumée de gloire. Mes bien-aimés, vous vous plaignez encore dans vos lettres que le terme fixé pour le concile de Rome était trop rapproché ; qu'il vous eût été impossible de vous y rendre dans un si bref délai. C'est là un subterfuge puéril. Malgré le long séjour qu'Elpidius et Philoxène, retenus par vous, ont dû faire en Orient, ils sont cependant rentrés ici avant la fin du concile. Évidemment donc il vous eût été facile de faire de même. Ce qui vous déplaît surtout, c'est que nous avons admis à notre communion Athanase, l'évêque d'Alexandrie et Marcel d'Ancyre. Or, quand même nous n'aurions eu pour les juger d'autres renseignements que ceux qui nous ont été transmis par les évêques d'Orient, nous eussions encore été en droit de les proclamer innocents. Les lettres en effet sont parfaitement contradictoires, et si les Eusébiens montrent un véritable acharnement à poursuivre Athanase et Marcel, tous les autres protestent de l'innocence, du courage et de la vertu de ces deux illustres procrits. » Saint Jules présente alors avec le plus grand détail la réfutation des absurdes calomnies dont saint Athanase avait été la victime; il condamne formellement les intrusions sacrilèges des Eusébiens. Le portrait qu'il trace de l'héroïque patriarche d'Alexandrie mérite d'être reproduit. «Après avoir, dit-il, victorieusement démontré au concile de Tyr qu'il n'avait pas assassiné l'évêque Arsène, puisque ce dernier est encore vivant; qu'il n'avait pas brisé les vases sacrés du prêtre Ischyras, puisqu'Ischyras n'était pas prêtre et n'avait pas de vases sacrés, Athanase est venu ici. Loin de condamner ce grand évêque, nous l'avons accueilli avec les honneurs que méritent la vertu et la foi persécutées. Où est donc le canon ecclésiastique qui autorise à proscrire l'innocence? Athanase est resté dix-huit mois à vous attendre. Il voulait être confronté, en notre présence, avec ses accusateurs. Les accusateurs ne sont pas venus. Et vous osez nous reprocher d'avoir, par cette conduite, violé les canons de l'Eglise! Est-ce nous qui avons
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été chercher à Antioche un évêque étranger pour l'envoyer avec une escouade de soldats envahir le siége d'Alexandrie? Un tel attentat ne s'était même pas produit durant l'exil d'Athanase dans les Gaules. Quand il lui fut donné de rentrer à Alexandrie, il y a trouvé son siège parfaitement libre de toute intrusion. Quel est le canon de l'Église, où est la tradition apostolique qui justifient une pareille conduite? En pleine paix, quand Athanase est en communion avec tant d'évêques dans toute la catholicité, Grégoire, un étranger, qui n'a rien de commun avec Alexandrie où il est inconnu, qui n'a été appelé ni par les évêques, ni par le clergé, ni par le peuple de cette province, qui a reçu l'ordination épiscopale à Antioche, est dépêché en Egypte à la tête d'une troupe de soldats ; il se présente à main armée dans Alexandrie, fait ouvrir de force la basilique et s'asseoit sur le trône épiscopal ! Quand même Athanase eût été légitimement déposé dans un concile régulièrement tenu, avec toutes les formes canoniques, l'élection de son successeur n'en appartiendrait pas moins aux évêques, au clergé et aux fidèles de la province d'Alexandrie. Mais ici, toutes les règles, toutes les lois, tous les canons apostoliques sont indignement violés. Que ne diriez-vous point cependant si l'on eût traité ainsi l'un d'entre vous? Quelles clameurs, quelles plaintes, quelles récriminations ne feriez-vous point entendre? Voilà pourquoi, frères bien-aimés, je vous déclare, au nom de Dieu lui-même, que votre conduite n'est ni pieuse, ni légitime, ni ecclésiastique. Des témoins oculaires nous ont raconté les scènes de désordre qui ont marqué l'intrusion de Grégoire à Alexandrie. Le feu fut mis à la basilique ; les vierges de Jésus-Christ furent outragées ; les moines égorgés ; les prêtres et les fidèles déchirés à coups de verges : les évêques traînés dans les cachots où ils ont succombé aux mauvais traitements. Enfin les saints mystères ont été foulés aux pieds par la soldatesque. C'est ainsi que les mêmes hommes qui ont inventé la calomnie du bris des vases sacrés d’Ischyras, ont très-réellement commis cette abominable profanation de nos saints mystères, pour soutenir l'intrusion de Grégoire. Et maintenant, de quel côté sont les violateurs des canons? Quand
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même l'ordination de Grégoire eût été légitime, jamais il n'eût été permis de la défendre par de telles infamies. C'est pourtant en présence de ces faits inouïs que vous osez m'écrire : La paix règne à Alexandrie et dans toute l'Egypte ! Est-ce donc là ce que, par un étrange abus de langage, vous nommez la paix? Mais ce ne sont pas seulement Athanase et Marcel d'Ancyre qui sont venus ici se plaindre des violences dont ils ont été l'objet. De nombreux évêques de Thrace, de Célésyrie, de Phénicie, de Palestine, et, avec eux, des multitudes de prêtres chassés d'Alexandrie et de toutes les provinces de l'Egypte, sont accourus à notre concile pour y faire entendre leurs légitimes réclamations. Ils s'accordent à dire que leurs églises ont été traitées comme celle d'Athanase. Tout récemment il nous en est arrivé d'Alexandrie même qui nous apprennent qu'on a retenu de force les évêques et les prêtres qui avaient manifesté l'intention de se rendre au concile de Rome. Ils affirment que, depuis le départ d'Athanase, les évêques et les confesseurs fidèles ont été emprisonnés, flagellés, envoyés aux mines; que, clercs ou laïques, tous ceux qui manifestent leur attachement à la foi de Nicée sont en butte à la plus atroce persécution. Au récit de tant de crimes, ils joignent le nom de quelques-uns d'entre vous, sur lesquels ils font retomber la responsabilité de pareils forfaits. Je ne veux point les désigner ici. Qu'il me suffise de rappeler à tous l'obligation de venir à ce siège apostolique rendre compte du passé et recevoir pour l'avenir une direction qui rétablira la concorde et la paix. Ne dites plus comme dans votre lettre : Vous préférez la communion d'Athanase et de Marcel à la nôtre! — Ces paroles sont l'écho d'une haine profonde, d'une inimitié fraternelle. Je n'ai d'autres amis que ceux de la justice et de la vérité. Ce n'est point au hasard de mes préférences personnelles, mais d'après les règles inflexibles de la discipline canonique, que j'admets à la communion. Et maintenant, je vous en conjure, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, ne déchirez pas davantage le sein de l'Église votre mère ; ne persécutez plus ses membres, ne vous obstinez pas davantage dans la rigueur de vos préjugés. Faites à notre Dieu ce sacrifice de le préférer à vos opinions parti-
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culières. Il n'est ni convenable, ni juste, d'immoler des innocents à la vengeance de quelques ennemis personnels. Si vous croyez pouvoir justifier les accusations dont vous les chargez, venez les discuter en leur présence. Ils nous ont promis de vous attendre, ils ne fuiront pas l'épreuve. J'attends de vous, frères bien-aimés, des lettres qui me donneront la consolation d'apprendre que vous ne résistez plus à l'Esprit-Saint et que vous ne prolongerez pas davantage le trouble et l'oppression des églises. C'est assez, c'est trop de proscriptions, de désastres et d'exils. Fallait-il pousser si loin les dissensions et les haines? Vous m'écrivez que tout ira bien si la déposition d'Athanase et de Marcel est maintenue. Mais que faut-il penser de tant d'autres évêques et prêtres qui affluent à Rome de tous les points de l'Orient et qui ont été de même expulsés de leurs sièges? Oh! mes bien-aimés, en sommes-nous donc venus à cette extrémité désastreuse que les jugements ecclésiastiques ne soient plus des sentences dictées par l'esprit de l'Évangile, mais des arrêts de bannissement et de mort! Quelles qu'aient pu être les fautes dont vous accusez vos frères, il fallait les juger suivant les canons apostoliques et non selon le style des tribunaux séculiers. Avant tout, il fallait en référer à notre autorité, pour que la décision fût valable. Il s'agissait d'évêques, il s'agissait d'églises, et quelles églises! Celles-mêmes qui ont le privilège d'avoir été fondées par les apôtres; car telle est la situation de l'église d'Alexandrie. Pourquoi donc ne nous avez-vous point consultés au sujet d'Alexandrie spécialement? Ignorez-vous que la règle canonique était de recourir d'abord à notre autorité et que la sentence devait venir de nous? Dès que l'évêque d'Alexandrie était soupçonné, il fallait en référer à l'évêque de Rome. Et maintenant, quand on a gardé vis-à-vis de nous le silence, quand on a décrété ce qu'on a voulu, on prétend nous rendre complice des iniquités commises et nous faire condamner des crimes qui ne reposent sur aucune preuve! Telle n'est pas la forme des jugements que nous a laissée saint Paul 1; telle n'est
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1. Saint Jules I fait allusion ici à ce passage de l'Épître de saint Paul aux
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point la tradition de nos pères. Tout ici a le caractère d'une nouveauté scandaleuse et impie. Je vous en supplie, frères bien-aimés, ne vous aigrissez point de ces reproches. En vous parlant ainsi, je n'ai d'autre but que le bien de tous. La doctrine que je vous expose est celle qui nous a été transmise par le bienheureux apôtre Pierre. Elle est si universellement reconnue que je ne la rappellerais point ici, sans les circonstances déplorables qui m'y contraignent 1. » Telle est cette lettre du pape saint Jules, admirable de majesté, de douceur et de véritable éloquence, un des monuments les plus augustes de la sagesse et de la fermeté des pontifes romains.
19. Quand elle arriva à Constantinople, Eusèbe, l'évêque intrus, le prélat courtisan, fauteur de l'Arianisme, dont les intrigues avaient fait naître et perpétuer au sein de l'Église tant d'agitations et de troubles, venait de mourir sur son siège usurpé (342). Les catholiques de Constantinople, affranchis de son joug tyrannique, se hâtèrent, avant le retour de Constance qui était encore à Antioche, de rappeler leur patriarche légitime, saint Paul, de son injuste exil. L'allégresse publique éclata en longues acclamations, quand le vénérable vieillard débarqua sur la rive du Bosphore, et l'on put croire un instant que les jours d'union et de paix étaient revenus pour cette église désolée. Mais l'esprit d'Eusèbe lui avait survécu dans son parti. Les évêques ariens Théognis de Nicée et Théodore d'Héraclée protestèrent contre la restauration du véritable patriarche : à un intrus ils voulurent donner un intrus pour successeur, et sacrèrent, en qualité d'archevêque de Constantinople, Macédonius, prêtre indigne, qui ajouta plus tard sou nom à la liste des hérésiarques. Cette élection sacrilége fut le signal d'une guerre civile et d'une sédition effroyable. L'empereur Constance, averti par les Ariens, envoie le préfet de ses gardes, Hermogène, avec l'ordre d'enlever saint Paul
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Corinthiens : Innomme Domini nostri Jesu Christi, congregntis vobis et meo tpiritu, cuin virtule Domini nosiri Jesu, trao'ere Imjusmodi Satancn in interitum tamis, ut spiritus satvus sit in die Domini nosiri Jesu Christi. (I Coï., v, S, 6.)
1.S. Julii Papœ, Epistolu ad Antiochenos ; Patr. lat., tom. VIII, col. S79-9Û7.
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et de le conduire en exil. Les catholiques voulurent défendre leur évêque; toutes les têtes s'exaltèrent et la violence ne connut plus de bornes ; la multitude se saisit d'Hermogène, brûla son palais, le massacra lui-même et traîna par la ville ses membres épars (342). Constance, à cette nouvelle, quitte Antioche, franchit à cheval, malgré les pluies et les neiges de l'hiver, les défilés et les montagnes de l'Asie-Mineure. Il arriva aux portes de Constantinoplc, décidé à y mettre tout à feu et à sang. Le peuple en larmes, le sénat suppliant, tous les ordres de l'État en deuil vinrent à sa rencontre; il se laissa fléchir à leurs prières, fit grâce à tous les rebelles, à la condition qu'on lui laisserait exiler saint Paul. Le patriarche quitta donc une troisième fois son église, qui retombait aux mains d'un usurpateur.
20. Cependant le pape saint Jules avait député à Trêves, près de l'empereur Constant, des légats chargés de lui remettre la lettre synodale du concile de Rome, et de l'informer du bannissement des patriarches d'Alexandrie et de Constantinople. Constance, de son côté, fît partir pour Trêves quatre évêques ariens qui devaient expliquer à Constant toute la suite de l'affaire traitée au concile d'Antioche. Saint Maximin, évêque de Trêves, se refusa à communiquer avec eux ; il accueillit au contraire les délégués du souverain pontife avec des marques publiques de sa vénération, et déclara qu'il n'aurait jamais d'autre foi que celle de Rome. Constant fut de son avis. Les prélats ariens repartirent donc pour l'Orient, et l'on ne vit d'autre parti à prendre que de réunir un nouveau concile à Antioche. Il se tint l'année suivante (345). Le ban et l'arrière-ban du parti arien y furent convoqués. On y rejeta absolument le terme de consubstantiel, et, après d'orageuses discussions, on convint d'une longue formule de foi, composée presque tout entière avec des paroles de l'Écriture. Elle devait être le symbole nouveau de I'Arianisme. Les Orientaux l'envoyèrent l'année suivante (346) au concile de Milan, que le pape saint Jules venait de convoquer. On la rejeta unanimement, et les ariens irrités en appelèrent à un concile plus nombreux, où l'on réunirait les évêques d'Orient et d'Occident.
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21. La controverse arienne n'était plus en effet circonscrite seulement dans les provinces orientales. Depuis que l'exil avait disseminé sur toutes les contrées du monde tantôt les partisans, tantôt les adversaires de la nouvelle doctrine, le mouvement général des esprits s'était concentré autour de cette question si ardemment débattue. Le séjour d'Eusèbe de Nicomédie et de Théognis de Nicée à Trêves, sous le règne de Constantin le Grand, avait permis à ces deux sectaires de propager leurs erreurs en Germanie. L'évêque de Cologne (Colonia Agrippina), Euphratas, les avait secrètement embrassées. Quand, par un déplorable revirement de la politique Constantinienne, le glorieux défenseur de la foi orthodoxe, saint Athanase, vint prendre la place des deux prélats hérétiques, Euphratas comprit qu'il n'était plus besoin de dissimuler. Sûr de l'appui de la cour, il jeta le masqua et prit ouvertement le patronage de l'Arianisme en Occident. « Or, dit un chroniqueur contemporain, le bienheureux Servatius (Servais) était alors évêque de Tongres. Un jour qu'il passait par la cité de Trtijectum(Utrecht), il eut une vision prophétique de l'Esprit-Saint qui lui révéla les événements dont le siècle suivant devait être témoin. Ayant donc convoqué les frères, Servatius leur prédit qu'on verrait les phalanges barbares des Huns sortir du puits de l'abîme, dévaster le monde en punition des crimes et des rébellions du peuple, parcourir la Gaule et y mettre tout à feu et à sang. Cette menaçante prophétie se répandit bientôt dans toutes les provinces, en y semant la terreur. Les cités envoyaient au saint évêque pour le supplier de venir leur exposer les révélations qu'il avait reçues de Dieu et les moyens de fléchir le courroux du ciel. La ville des Tricasses (Troyes) lui adressa une députation de ce genre, et le saint consentit à faire le voyage. Tout le clergé vint à sa rencontre. On le conduisit à la basilique, où un concile d’évêques était assemblé. Là, en présence de ses frères dans l'épiscopat et d'une multitude immense de fidèles, Servatius reproduisit avec tous ses détails la terrible vision qui lui avait fait connaître par avance les désastres de l'invasion des Huns. L'auditoire frissonnait d'horreur, de surprise el d'épouvante. Quand l'évêque eut cessé de parler, on proposa divers moyens pour obtenir de la miséricorde de Dieu
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l'éloignement de ces fléaux. On s'arrêta à la pensée d'envoyer au tombeau du prince des apôtres une députation qui se chargerait d'y offrir les prières et les vœux de toute la Gaule, en suppliant le bienheureux Pierre d'intercéder près de son divin Maître en faveur du peuple fidèle. Les suffrages de l'assemblée désignèrent Exuperius, évêque de Tolosa (Toulouse), pour cette mission sainte. Mais celui-ci s'excusa sur son indignité et rien ne put vaincre sa modestie. Le peuple alors s'écria tout d'une voix qu'il fallait choisir Servatius lui-même. C'est lui, disait-on, qui a reçu du Seigneur la mission de nous annoncer les malheurs qui nous menacent. Nul mieux que lui n'intercédera pour nous près du prince des apôtres! Servatius résista vainement; il lui fallut céder aux instances de la multitude. Il recommanda cependant d'ordonner un jeûne dans toutes les églises des Gaules et de réformer partout les abus et les désordres qui s'étaient introduits dans la discipline. Il termina en disant qu'il n'entreprendrait son pèlerinage au tombeau des Apôtres qu'après qu'un jugement ecclésiastique aurait examiné la cause d'Euphratas, évêque de Cologne. Sans cela, disait-il, je craindrais de livrer par mon absence les fidèles de mon église aux séductions impies des Ariens. — A peine eut-il cessé de parler que l'assemblée, dans une acclamation unanime, témoigna son assentiment. Des messagers furent dépêchés à Cologne, on y rassembla un concile, et le sénat pontitical s'y rendit de toute la Gaule 1. » Nous avons encore les actes de ce concile de Cologne, où furent réunis en personne : Maximin de Trêves; Valentin d'Arles; Donatien de Châlon; Séverin de Sens ; Optatien de Troyes ; Jessé de Nemetum (Spire); Vicier de Vangiu (Wurnis) ; Valérien d'Auxerre ; Sim plicius d'Antun ; Amandus de Strasbourg; Justinien des Rauraci (Bâle) ; Eulogius d'Amiens; Servatius de Torgres ; Dyscolius de Reims. Les autres évêques qui s'étaient fait représenter par députés étaient : Martin de Mayence, Victor de Mediormatrica (Metz); Desiderius (Didier) de Langres; Pancharius de Besançon; Sanctimis des Articiavi (Verdun); Victorinus de Paris; Superior des Nervii
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1. Hist. Beali Servnlii episcopi Tungreiisis; Labbe, Collect. Concitior., tom. Il p-sg- tic7, OS.
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(Tournai); Mercurius de Soissons; Biopetus des Aurelii (Orléans) et Eusèbe de Rouen. On lut la lettre collective du clergé de Cologne et des églises de la seconde Germanie 1 attestant qu'Euphratas avait publiquement enseigné les erreurs ariennes et nié la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il fut déposé, avec cette clause que s'il revenait à résipiscence on ne pourrait jamais l'admettre qu'à la communion laïque, et on élut pour le remplacer sur le siège de Cologne un catholique pieux et fervent, Severinus, qui reçut alors la consécration épiscopale (346).