FOI CHRÉTIENNE
hier et aujourd'hui
p52 p53
PREMIERE PARTIE
Dieu
« Je crois en Dieu, Maître de toutes choses,
Père, Créateur du ciel et de la terre »
Le symbole commence par la confession de Dieu, décrit par trois attributs Père ‑ Maître de toutes choses (Pantocrator mot grec que nous traduisons communément selon le texte latin par « tout-puissant ») – Créateur1.
Nous chercherons d'abord ce que le chrétien veut dire, lorsqu'il affirme sa foi en Dieu. Ensuite nous dégagerons le sens des trois attributs par lesquels Dieu est caractérisé:
« Père », « Maître de toutes choses », «Créateur ».
=================================
p54 p55
QUESTIONS PRÉALABLES
AU THEME DE DIEU
I. PORTÉE DE LA QUESTION
Qu'est‑ce que Dieu? Cette question, en d'autres temps, ne posait peut‑être pas de problème; pour nous, elle est véritablement redevenue un problème. Que peut bien signifier ce mot de “Dieu”? Quelle réalité exprime‑t‑il? Comment cette réalité se présente‑t‑elle devant l'homme?
Si l'on voulait examiner la question avec toute la rigueur nécessaire aujourd'hui, il faudrait entreprendre toute une étude de la philosophie des religions, remonter aux sources de l'expérience religieuse, expliquer le fait que le thème de Dieu domine toute l'histoire de l'humanité, capable de susciter la passion des hommes aujourd'hui comme hier ‑ oui, aujourd'hui encore, où de tous côtés retentit le cri de la « mort de Dieu ». Par là même, le problème de Dieu reste posé avec toute sa force au milieu de nous.
Quelle est l'origine de l'idée de « Dieu » dans l'humanité? quelles en sont les racines ? Comment expliquer que ce thème, apparemment le plus superflu et le plus inutile, soit resté le thème le plus obsédant de l'histoire? Comment expliquer son apparition avec des formes si radicalement différentes?
Certes, sous l'apparence déconcertante d'une multiplicité extrême, on pourrait distinguer trois formes principales, avec sans doute plusieurs variantes; le monothéisme, le polythéisme et l'athéisme, représentant en gros les trois grandes options de l'humanité devant le problème de Dieu.
En fait, comme nous l'avons déjà noté, l'athéisme ne supprime qu'apparemment la question de Dieu; en réalité, c'est une manière de s'occuper de ce problème, qui trahit très souvent une passion
=================================
p56 DIEU
toute particulière de l'homme à son sujet.
Parmi les questions préliminaires fondamentales, il faudrait ensuite mentionner les deux racines de l'expérience religieuse, auxquelles la multiplicité des formes peut se ramener.
Le spécialiste hollandais de la phénoménologie des religions, Van der Leeuw, a souligné la tension de ces deux sources dans ce paradoxe dans l'histoire des religions, le dieu‑fils aurait précédé le dieu‑père 2.
Il faudrait dire plus exactement le dieu‑sauveur, le dieu‑rédempteur vient avant le dieu-créateur, encore qu'il ne faille pas prendre la formule dans le sens d'une succession temporelle, dépourvue d'ailleurs de toute preuve.
Aussi loin que nous pouvons remonter dans l'histoire des religions, le thème de Dieu revêt toujours les deux formes simultanées. Le mot “avant” signifie tout au plus que, pour la religiosité concrète, pour l'intérêt vital de l'homme, le dieu‑sauveur passe avant le dieu‑créateur.
A l'arrière‑plan de ces deux représentations de Dieu, se dessinent les deux sources de l'expérience religieuse ci‑dessus mentionnées.
Il y a d'abord l'expérience de notre propre existence qui se dépasse toujours elle‑même; d'une manière ou d'une autre, même voilée, elle nous renvoie au «tout autre ». Processus très complexe ‑ aussi complexe que l'existence humaine elle‑même.
Bonhoeffer, on le sait, disait qu'il était grand temps d'en finir avec un Dieu que nous plaçons comme « bouche‑trou » aux limites de notre science, que nous appelons au secours quand nous sommes au bout de notre sagesse.
Dieu ne devrait pas, pour ainsi dire, trouver sa place au milieu de nos détresses et de nos impasses, mais dans la plénitude de la réalité terrestre et de la vie. Alors seulement l'on verrait que Dieu n'est pas un subterfuge inventé par notre détresse, et dont on se débarrasse dans la mesure où les limites de notre pouvoir s'élargissent3.
L'histoire de la quête de Dieu à travers les âges témoigne de l'existence de l'une et de l'autre voie. Toutes deux me paraissent également légitimes. La déficience de l'existence humaine autant que sa plénitude parlent de Dieu.
Ceux qui ont pu expérimenter la vie dans sa plénitude
=================================
p57 QUESTIONS PRÉALABLES AU THEME DE DIEU
et dans sa richesse, dans sa beauté et dans sa grandeur, ont toujours eu conscience qu'ils la devaient à « quelqu'un ».
Ils se sont rendus compte que la beauté et la grandeur de l'existence ne sont pas l'oeuvre de l'homme, mais un don qui le prévient, qui l'accueille avec bonté avant toute contribution de sa part, qui exige de lui qu'il donne un sens à une telle richesse et qu'il reçoive un sens par là même.
A l'opposé, la misère, elle aussi, renvoie l'homme à une réalité tout autre. L'interrogation que pose la condition humaine ou plutôt qu'elle est en fait, l'ouverture béante, la limite à laquelle elle se heurte, l'aspiration vers ce qui est illimitée (dans le sens du mot de Nietzsche parlant du plaisir qui aspire à l'éternité et qui se voit réduit à un moment), la conscience de sa finitude, inséparable de l'aspiration vers l'infini, tout cela a jeté l'homme, depuis toujours, dans l'inquiétude et lui a fait découvrir son insuffisance.
Il a senti ainsi qu'il ne pouvait se réaliser qu'en se dépassant, qu'en se tournant vers ce qui est tout autre, vers ce qui est infiniment plus grand.