St Grégoire de Naziance 2

Darras tome 10 p. 447

 

38. Cependant Maxime et les évêques égyptiens ses consécrateurs étaient partis pour Thessalonique, où depuis six mois Théodose avait établi son quartier-général. A la suite des fatigues de sa campagne victorieuse contre les Goths, l'empereur avait été pris d'une fièvre violente qui fit craindre pour ses jours. Il n'était pas encore baptisé; son premier soin fut de mander près de lui saint Ascholius, l'évêque de Thessalonique. Avant de recevoir de ses mains le sacrement de régénération, il demanda si ce prélat était catholique et attaché de communion au pape Damase. Rassuré sur ce point, il reçut le baptême avec une ferveur admirable, se préparant pieusement à la mort. Heureusement pour l'Église et pour le monde, Dieu n'accepta point encore son sacrifice. La maladie céda bientôt et le danger disparut. Durant les heures de sa convalescence, Théodose aimait à s'entretenir avec saint Ascholius de l'état religieux de l'Orient en général et de l'église de Constantinople en particulier. Avant de mettre le pied dans la capitale de son empire, il voulait être informé des difficultés qu'il aurait à vaincre et des ressources dont il pourrait disposer. L'évêque de Thessalonique était un caractère droit, vigoureux et ferme. Il n'avait jamais transigé avec sa conscience, ni trempé dans les intrigues et les subterfuges des ariens. Les renseignements et les conseils qu'il fournit à l'empereur ne nous ont point été explicitement conservés par l'histoire. Mais il est facile de les conjecturer par la teneur des décrets concernant la religion promulgués à cette époque par Théodose. La premier et le plus important de tous est daté de Thessalonique (28 février 380). Il était ainsi conçu en ces termes : « Les empereurs Gratien, Valentinien et Théodose, augustes, aux habitants de la ville de Constantinople. C'est notre volonté que tous les peuples

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1.   G'e-J. Niz., Cari/i. 'Ain rfc s .<;. v. g:\j-'m.

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soumis au gouvernement de notre clémence demeurent dans la foi que le divin apôtre Pierre a transmise aux Romains et que suivent encore aujourd'hui, comme chacun sait, le pape Damase et Pierre évêque d'Alexandrie, hommes d'une sainteté apostolique; en sorte que, suivant la discipline des apôtres et la doctrine de l'Évangile, nous adorions tous la divinité unique du Père, du Fils et du Saint-Esprit, unis dans une majesté égale et une indivisible Trinité. Ceux qui professent cette foi porteront seuls le titre de catholiques; tous les autres qui ont le malheur de s'en écarter conserveront la note infamante d'hérétiques. Nous défendons à leurs réunions de prendre le nom d'église, réservant d'ailleurs leur punition à la vindicte divine, sans préjudice des mesures que nous pourrions prendre ultérieurement contre eux, selon l'inspiration céleste. » Telle est la fameuse loi théodosienne, dite : Cunctos populos, des deux premiers mots latins par lesquels elle commence. Évidemment l'empereur avait parfaitement saisi, grâce aux renseignements fournis par saint Ascholius, la tactique trop longtemps victorieuse des ariens. Pour assurer leur domination sur les peuples, ils avaient toujours affecté de se présenter comme les seuls véritables catholiques, rejetant aux orthodoxes les dénominations injurieuses d’ idolâtres et d'adorateurs des trois dieux. Théodose, en les dépouillant du titre sacré qu'ils usurpaient, leur enlevait leur principal prestige. D'un autre côté, ils avaient sans cesse agité la conscience publique par des discussions doctrinales et des tournois de parole où la victoire demeurait trop souvent à la passion et à la violence. Le peuple, fort mauvais juge en matière de foi, ne savait plus discerner la vérité, dans ce conflit de discours contradictoires. Théodose, avec un sens pratique et une netteté admirable, fixait toutes les hésitations et mettait fin à toutes les luttes confessionnelles. Il posait la règle catholique par excellence de la communion avec le pontife de Rome, seule marque de l'orthodoxie. On avait pu abuser même du symbole de Nicée, en le dénaturant par des interprétations frauduleuses. Mais il était impossible aux hérétiques d'éluder la formule aussi simple que décisive dont Théodose faisait la loi universelle. Etes-vous en communion avec le pape Damase?

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allait-on leur dire. Leur réponse affirmative ou négative les rangeait, sans équivoque, parmi les catholiques ou parmi les sectaires. On a pu remarquer que Théodose ajoutait au nom du pontife romain celui du patriarche d'Alexandrie, le second siège du monde, sans faire mention de l'église d'Antioche, la troisième en dignité hiérarchique. C'est là encore une nouvelle preuve de l'exactitude avec laquelle saint Ascholius l'avait renseigné sur la situation de l'Orient. La division introduite à Antioche par les deux factions catholiques de Mélèce et de Paulin durait encore. Il eûété imprudent d'intervenir par décret dans une question disciplinaire que l'Église seule pouvait trancher. D'ailleurs, quand Théodose «abjurait si nettement la prétention de dogmatiser du haut du trône, prétention qui avait été depuis Constantin la manie de tous les empereurs et le fléau de l'empire1» quand il proclamait solennellement la souveraineté dogmatique et spirituelle du pontife romain, il n'avait garde de se contredire lui-même par une immixtion intempestive dans le domaine de la discipline ecclésiastique. La loi Cunctos populos était adressée indistinctement à tous les chrétiens d'Orient, clergé et fidèles. Théodose crut devoir y ajouter un règlement spécial destiné aux évêques, pour prévenir une fin de non-recevoir que les ariens avaient souvent invoquée dans les querelles précédentes. Lorsqu'une condamnation les frappait, ils excipaient d'ordinaire de leur bonne foi et de leur ignorance des règles catholiques, pour échapper aux censures. Théodose déclarait qu'à l'avenir une pareille excuse ne pourrait être admise, et qu'on frapperait comme sacrilèges ceux qui prétendraient couvrir un violation de la loi divine sous le prétexte d'ignorance involontaire.

 

39. Telles étaient les dispositions d'esprit de Théodose et les mesures énergiques qu'il venait de prendre pour la pacification de l'Église d'Orient, quand Maxime, accompagné de ses évêques con-sécrateurs, se présenta comme le patriarche légitime de Constantinople. « Le grand prince, dit saint Grégoire, lui fit l'accueil qu'il méritait. Il répondit qu'il ne connaissait à Bysance d'autre évêque

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1. M. lie Broglie, t'E'jlise et l'Empire rom., tom. c;t., pag. 365.

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catholique que moi, et l’éconduisit honteusement. Le cynique partit alors pour Alexandrie, où, à force de caresse, de prières, de menaces même, il voulait obtenir du patriarche Pierre des lettres qui le confirmeraient dans son titre usurpé1. » Théodose, de son côté, fit informer le pape Damase de ce nouvel incident, et se mit en route pour Constantinople. Il voulut être accompagné dans son voyage par saint Ascholius. Chemin faisant, il reçut la réponse du pontife romain. Elle était adressée à l'évêque de Thessalonique.1 « J'ai été vivement affligé, disait saint Damase, des nouvelles que nous mandait votre dilection. Faut-il qu'un pareil scandale se soit produit en un temps où, par la miséricorde de Dieu, il nous est donné de voir les hérétiques partout confondus? Je ne sais quels évêques venus d'Egypte, sans aucune mission légitime et au mépris de toutes les règles canoniques, se sont arrogé le droit de sacrer en qualité  de métropolitain de Constantinople  un  cynique aussi étranger à notre profession par son habit que par ses mœurs. Je ne puis me rendre compte d'une pareille audace et d'un complot si pervers. C'est bien là un trait de l'ennemi des âmes, qui a voulu par ce moyen fournir aux hérétiques un nouveau sujet de calomnies contre nous. Heureusement du reste, les fidèles de Constantinople n'ont pas permis au loup d'envahir la bergerie. La parole de l'Évangile s'est réalisée : « Toute plantation que mon Père céleste n'aura point faite sera arrachée.» Apprenons cependant par de tels exemples à résister énergiquement avec les armes épiscopales et à défendre le troupeau de Jésus-Christ confié à nos soins. La philosophie, amie de la sagesse du siècle, est ennemie de la foi ; sous les couleurs d'une trompeuse espérance, elle cache la ruine de la charité. » Après cette condamnation nette et positive de l'évêque intrus, le pape conseillait à Théodose de réunir à Byzance  un  concile  qui mettrait fin, par une élection régulière, au schisme dont souffrait depuis si longtemps cette église. «On choisira, disait le pape, un évêque intègre et sans reproche, dont l'autorité, le mérite et les vertus achèveront de pacifier les

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» S» Greg. Naz», Carm. de rua tint, v. 1005-1025.

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esprits. Ainsi, quand tout l'univers catholique jouit maintenant d'une paix profonde, les catholiques d'Orient entreront enfin dans le concert d’harmonie et d'union que Dieu réservait à nos jours1. »

 

   40. Si Théodose avait pu un seul instant hésiter sur la conduite à tenir vis à vis de Maxime le cynique, la lettre pontificale aurait fixé ses incertitudes. Mais ce n'était pas de ce côté que le prince craignait des embarras. En arrivant à Constantinople, le 24 novembre 380, son premier soin fut de mander l'évêque arien Démophile de Bérée. Soumettez-vous, lui dit-il, vous et votre troupeau, à la foi catholique; embrassez la communion du pape Damase. Ainsi la paix sera rétablie, et vous pourrez conserver, après une réélection canonique, le siège de Constantinople. — Démophile montra une obstination assez peu familière aux ariens. D'ordinaire ils cédaient avec un empressement servile à tous les ordres émanés d'un empereur quelconque, sauf à profiter des circonstances pour éluder plus tard leurs engagements. Démophile n'agit point ainsi. Peut-être croyait-il par sa résistance intimider un empereur jeune encore, qui mettait pour la première fois le pied dans la capitale de l'Orient. S'il eut cette pensée, il fut cruellement déçu. On pouvait intimider Valens, non Théodose. « Allez, lui dit le prince, vous fuyez la paix, moi je vous ferai fuir à votre tour!» Quelques heures après, un message impérial signifiait au clergé hérétique d'avoir à évacuer toutes les églises de la ville et en particulier la principale, celle des Saints-Apôtres, où étaient déposés les restes mortels de Constantin le Grand. Théodose manda saint Grégoire. Voici comment ce dernier raconte l'entrevue. « A mon approche, l'empereur me combla d'attentions pleines de tendresse et de bienveillance. Je ne veux pas rappeler ici tout ce que son accueil eut de gracieux et d'aimable. A Dieu ne plaise que je cherche une satisfaction d'amour-propre dans de tels souvenirs ! Il m'exprima sa volonté de me voir accepter le titre épiscopal de Constantinople, et officier solennellement le lendemain dans la basilique des Saints-Apôtres.  La cité tout entière vous demande pour évêque,  me

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1.Damas., Epùt. f ; Pair, lat., tom. XIII, col. *365à

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dit-il. Dieu se sert de moi pour vous ouvrir les portes de ce temple et vous récompenser de vos généreux labeurs. — Cette parole m'effraya. Il était plus facile en effet de la prononcer que de l'accomplir. Je connaissais la fureur des ariens; je savais qu'ils ne céderaient qu'à la force ; je prévoyais des scènes de meurtre et de sang. Je pris la liberté de le dire au prince, tout en lui témoignant la reconnaissance que j'éprouvais pour sa bonté. Il me rassura en souriant, maintint sa décision, et me donna rendez-vous pour le lendemain au palais dès l'aube du jour. Jésus-Christ, mon Dieu, m'écriai-je, vous qui avez tant souffert pour nous, dois-je craindre à mon tour de souffrir pour votre nom? Jusqu'ici votre bras m'a soutenu au milieu de mes épreuves, assistez-moi encore dans ce dernier combat 1. »

 

41. « Le lendemain, dès l'aurore, continue Grégoire, j'étais au palais. Un brouillard épais couvrait la ville comme d'un voile sinistre. La basilique des Saints-Apôtres était occupée militairement par des soldats armés, qui en gardaient les avenues extérieures et en occupaient l'enceinte. Autour du temple, la multitude, frémissant de colère, se préparait à une émeute. On entendait de cette foule, nombreuse comme le sable des mers, monter des cris de rage contre moi. Les rues, les places, les portiques des théâtres et des hippodromes, les fenêtres et les toits des maisons étaient encombrés de spectateurs. De toutes parts la même clameur se faisait entendre. C'étaient des sanglots, des larmes, des rugissements. On eût dit une ville prise d'assaut. L'empereur, entouré d'une escorte militaire, sortit du palais; je le précédais, pâle, tremblant, respirant à peine. Mes regards ne rencontrant partout que des menaces, je les tins fixés vers le ciel. A chaque pas, des femmes, des vieillards, des enfants se jetaient aux pieds de Théodose, réclamant Démophile, leur pasteur et leur père. Le héros, calme et impassible, continuait sa route. Enfin, sans presque savoir comment j'y étais venu, je me trouvai sous les voûtes de la basilique. Me prosternant alors et levant les mains au ciei, j'enton-

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1. S. Greg. Naz., Carm. de Vita sua, v. 1305-1325.

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nai avec tout le clergé un cantique d'actions de grâces. En ce moment, par une faveur céleste, le soleil dissipant les nuages illumina le temple d'une clarté radieuse. On eût dit qne l'empire des ténèbres cédait enfin à la lumière du Christ. Le tabernacle étincelait de mille feux. Une acclamation unanime se fit entendra comme un tonnerre. Grégoire évêque ! disait la foule soudainement convertie. Ce cri se répétait sans interruption. Je fis signe que je voulais parler ; l'agitation se calma un instant et je dis : Frères, cessez, je vous prie, d'acclamer mon nom. C'est l'heure des actions de grâces. Il sera temps ensuite de s'occuper du reste. — Ces quelques paroles eurent l'approbation du peuple ; l'empereur lui-même me félicita de ma réserve, et les saints mystères s'accomplirent au milieu du silence et du recueillement. Quand je quittai la basilique, d'où je n'aurais pas cru pouvoir sortir vivant, le peuple agenouillé me baisait les mains 1. » — La victoire du catholicisme n'avait pas coûté une goutte de sang. Les ariens faillirent cependant répondre par un assassinat à la modération de Théodose. « Un jour que j'étais retenu chez moi par la maladie, continue saint Grégoire, une troupe d'assez mauvaise mine pénétra jusqu'à mon lit et m'éveilla en sursaut. Que voulez-vous, mes amis? leur demandai-je. — Vous voir, dirent-ils, et remercier Dieu et l'empereur de nous avoir donné un tel évêque ! —Puis, se jetant à genoux, ils me demandèrent la bénédiction et se retirèrent. Mais tous n'étaient point partis. Un jeune homme restait dans un coin de la chambre, le visage pâle, les cheveux en désordre, le regard enflammé. Après quelques minutes d'anxiété terrible, je le vis se précipiter à mes pieds, versant un torrent de larmes et poussant des cris inarticulés. Qui êtes-vous? lui dis-je. D'où venez-vous? Que puis-je faire pour vous être utile? — Sans répondre à mes questions, il redoublait de sanglots et de larmes en me serrant convulsivement les mains. J'essayai de le relever et touché de son état je pleurais moi-même, lorsqu'enfin il m'avoua que les ariens l'avaient chargé de m'assassiner. J'étais venu dans

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1. S. Greg. Naz., Carm. de Vita sua, Y. 1325-1435.

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ce dessein, dit-il. 0 mon père, j'ai voulu commettre un tel forfait! Mes larmes pourront-elles jamais expier un tel crime? — Mon fils, lui dis-je allez en paix et que Dieu vous protège comme il vient de me protéger moi-même. Songez dans l'avenir à demeurer toujours digne de Dieu et de moi 1. »

42. L'attentat des ariens contre saint Grégoire rappelait celui qu'ils avaient consommé naguère sur la personne de saint Eusèbe de Samosate. Des deux côtés, la victime avait pardonné au bourreau. C'est là le trait caractéristique des luttes entre la vérité et l'erreur. L'Église catholique pardonne toujours, et toujours on recommence à la persécuter. Depuis quarante ans, que de massacres, d'exils et de proscriptions, l'arianisme n'avait-il pas commandés, inspirés, exécutés contre les catholiques fidèles! Cependant l'heure était venue où, sans représailles, la main de Dieu, par l'organe d'un grand homme, mettait un terme à tant de cruautés impunies et relevait l'Église abattue. Le 10 janvier 381, Théodose promulguait un nouveau décret, plus explicite que celui de Thessalonique, et qui ne permit plus aux ariens de se méprendre sur la ferme volonté de l'empereur. « Aucune église, disait Théodose, ne sera laissée aux hérétiques pour y tenir leurs conventicules. Nous révoquons toutes les concessions de ce genre qui auraient pu être sanctionnées précédemment. Toute réunion illicite doit cesser; que le nom du Dieu unique et suprême soit partout célébré. Que la foi de Nicée, transmise par nos ancêtres, confirmée par tous les témoignages de notre religion, soit observée et maintenue. Que les souillures de Photin, le poison du sacrilège Arius, la perfidie d'Eunomius, en un mot toutes les monstrueuses erreurs des sectaires soient, avec les noms de leurs auteurs, effacés de toute mémoire. Ceux-là seuls devront être regardés comme sincères observateurs de la foi de Nicée, et comme véritables catholiques, qui reconnaissent le Dieu tout-puissant et Jésus-Christ son Fils, Dieu et consubstantiel avec lui, Dieu de Dieu, lumière de lumière; qui confessent la divinité du Saint-Esprit, par lequel nous recevons les grâces du Père;

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1.          S. Grcg. Nai., Carm. de Vil» sua, v. 1440-1473.

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en un mot, ceux qui reconnaissent et adorent avec une foi pure et entière l'indivisible Trinité. Telles sont les vérités certaines que nous devons croire. Que ceux qui ne voudront point les embrasser cessent de se donner pour catholiques; qu'ils soient marqués comme d'un sceau infâme du nom de leur hérésie ; qu'on les bannisse des églises et qu'on ne tolère aucune réunion d'hérétiques dans l'enceinte des villes. S'ils osaient tenter quelque entreprise factieuse dans le but de s'emparer d'une église, nous voulons qu'ils soient bannis de la cité ; enfin nous ordonnons que par tout l'univers les églises soient rendues à ceux qui professent la foi de Nicée 1. » On le voit, Théodose reprenait franchement l'idée Constantinienne. Il voulait l'unité religieuse dans l'Église. Sans persécuter personne, il mettait son épée au service de cette grande et noble cause. Il ne tuait pas les hérétiques, mais il exigeait qu'ils portassent leur nom, et leur défendait d'usurper celui des catholiques. II ne pénétrait pas dans le domaine de la conscience, mais il ne permettait pas que les églises bâties par les catholiques fussent la proie des ennemis du catholicisme. Il laissait les Ariens, les Photiniens, les Eunoméens, libres dans leur for intérieur; mais il leur interdisait toute propagande et toute entreprise factieuse. Je ne sais si le libéralisme actuel consentirait à louer de pareilles mesures. Singulière tendance de l'esprit moderne, qui permet à l'erreur tous les excès et ne laisse à la vérité aucun droit de légitime défense, pas même celui de simple précaution ! Quoi qu'il en soit, Théodose fut grand par ce côté même qui offusque le libéralisme. Il comprit qu'au-dessus de ce qu'on nomme le droit individuel, un chef d'empire doit se préoccuper de l'intérêt général. Il comprit que la vérité est l'unique sauvegarde des nations ; que s'il faut plaindre et ménager les errants, il faut aussi repousser l'erreur comme un poison social.

 

43. Pendant que la ville de Constantinople, si longtemps opprimée par l'Arianisme, lisait le décret où Théodose affirmait de la sorte sa foi religieuse, un spectacle solennel apprenait à la

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1. Cod. Tlieod. xvi, lit. V, 1. VI.

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p456 PONTIFICAT   DE  SAI3T  DAMASE   (3GG-384J.

 

population que son nouveau maître était aussi habile politique qu'orthodoxe sincère. Le vieux roi des Goths, Athanaric, celui-là même qui avait juré sur le cadavre d'Hermanaric son père de ne jamais poser le pied sur le territoire romain autrement qu'en ennemi, venait chercher un asile à la cour de l'empereur et implorer son appui pour ressaisir la couronne paternelle. Seul, sans armes, sans crédit, le monarque fugitif se confiait à la générosité de Théodose. Lui aussi, païen obstiné, ennemi de l'évêque Ulphilas et de la foi chrétienne, il avait jadis au nom de l'erreur proscrit la vérité et fait couler le sang des martyrs. Les fureurs de Valens contre les catholiques lui avaient paru un modèle à suivre contre tous les chrétiens en général. Le martyrologe a inscrit le nom de ce roi barbare à côté de celui de Sapor. Ses plus illustres victimes avaient été saint Nicétas, brûlé par ses ordres à petit feu, l'an 371, et saint Sabas le Goth, noyé en 372 dans les eaux du Mursovo, l'un des affluents du Danube. La persécution n'avait pas réussi à Athanaric. Valens son modèle avait abandonné le roi Goth à sa mauvaise fortune. Théodose lui fit une réception brillante. Il était bon de montrer à ce païen qu'un empereur catholique savait honorer dans le malheur le caractère royal. Il était bon d'apprendre aux Byzantins que les rois barbares, naguère la terreur de Valens, devenaient les suppliants de Théodose; Enfin, il importait surtout d'apprendre aux barbares eux-mêmes que l'empire romain, assez généreux pour donner l'hospitalité à leurs monarques déchus, serait au besoin assez puissant pour les rétablir sur le trône. La pompe déployée pour la réception d'Athanaric fut une glorieuse réparation de la défaite d'Andrinople. Les Byzantins le comprirent. Toute la ville était en fête. Théodose attendit son hôte royal aux portes de Constantinople. Les deux souverains traversèrent ensemble les rues de la cité, au bruit des acclamations populaires. Ils furent reçus au palais par l'orateur Thémistius, qui les salua d'une harangue officielle dont le malheureux Athanaric, s'il la comprit, dut regretter la faconde, car il en fit les principaux frais. Je ne viens pas vous flatter, disait le panégyriste à Théodose. Il ne siérait point à un vieillard tel que moi, qui vécut dans l'intimité

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de tant de souverains, de commencer mon rôle d'adulateur vis-à-vis du prince le plus pieux, le plus sincère, le plus magnanime de tous ceux que j'ai connus. A quoi d'ailleurs me servirait la flatterie sous un règne où la liberté et l'indépendance du langage sont devenues sans péril? Mais la vérité toute nue suffit à votre éloge. Comme l'aimant attire le fer, ainsi votre clémence, auguste empereur, attire sans combat les rois barbares. Voyez celui-ci ; autrefois gonflé d'orgueil et de haine contre le nom romain, il entre aujourd'hui en suppliant dans la cité impériale! Il peut voir, sous les portiques du palais, une statue de son père élevée par le grand Constantin, comme gage d'une alliance recherchée alors, aujourd'hui spontanément offerte. » — Il faut espérer qu'Athanaric savait assez peu de grec pour ne rien comprendre au discours du rhéteur. Ajoutons qu'il eût été digne de Théodose de supprimer du catalogue des fonctionnaires les panégyristes à gages. Mais peut-être, dans le milieu avili de Byzance, cette mesure aurait-elle soulevé des émeutes. Athanaric loua beaucoup mieux l'empereur quand dans sa simplicité barbare il s'écria, au milieu de toutes les splendeurs de Constantinople : On m'avait dit vrai sur cette grande cité. Je vois aujourd'hui de mes yeux ce que je ne voulais pas croire jadis. L'empereur de Rome est un dieu sur terre; l'attaquer, c'est conspirer contre soi-même. — Le vieil Athanaric ne survécut guère à tant d'émotions. Quelques semaines après il mourut. Théodose lui fit des funérailles magnifiques, et les Goths reconnaissants vinrent jurer à l'empereur une fidélité inviolable.


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