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VI. Premier concile romain de l'an 1078.
28. L'indigne fils du vertueux empereur Henri le Noir et de la sainte impératrice Agnès célébrait à Ratisbonne, au milieu de sa cour de clérogames et de simoniaques, les fêtes de Noël (25 décembre 1077), pendant que Grégoire VII et le peuple romain faisaient à sa mère ces obsèques triomphales. Henri IV, s'il faut en croire le témoignage de Berthold, ne pleura point cette mort. « Sa mère, dit-il, lui était devenue un objet d'abomination, il ne voulait plus la voir1. » Tout entier à ses projets d'ambition, de cruauté et de vengeance, il prit à peine le temps d'expédier de Ratisbonne même deux évêques simoniaques, Bennon d'Osnabruck et Thierry de Verdun, pour le représenter au concile que, suivant l'usage canonique, Grégoire VII devait présider à Rome dans la première semaine de carême. Les instructions qu'il leur donna étaient conformes à ses procédés habituels d'astuce et de mauvaise foi. « Ils devaient, dit le chroniqueur, affirmer que depuis son retour en Allemagne Henri n'avait reçu aucune des lettres apostoliques qui lui avaient été transmises soit directement par les messagers du pontife, soit indirectement par le cardinal légat Bernard. Ils devaient nier tous les griefs qu'on pourrait articuler contre leur maître et sommer en son nom le pape et le concile de procéder rigoureusement contre Rodolphe et de l'anathématiser comme un sujet rebelle et usurpateur2. » Pour assurer le succès de ces artifices et empêcher la vérité de parvenir jusqu'à Rome, Henri malgré les neiges et les glaces de l'hiver se rendit avec son armée dans la province du Norique, interceptant tous les passages et arrêtant tous les voyageurs suspects. Ces tyranniques précautions avaient principalement pour objet de saisir en chemin les ambas-
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1 Omnino abominabilis, neenon etiam gravis ad videndum fieret. [Berthold. Constant., col. 404'.2. Berthold. Annal. 1078, col. 4088.
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sadeurs que Rodolphe se disposait de son côté à faire partir pour le concile. Ce prince avait célébré avec une pompe extraordinaire les fêtes de Noël à Goslar. « La noblesse saxonne, dit Berthold, affluait à sa cour et lui témoignait un dévouement d'autant plus vif que son rival était plus détesté. Ceux qu'il chargea de le représenter au concile accomplirent cette périlleuse mission avec un zèle digne de tous les éloges. Sous un déguisement qui les rendait méconnaissables ils réussirent à franchir les Alpes et à tromper la vigilance des émissaires de Henri. Ils étaient chargés de promettre au seigneur apostolique une obéissance filiale de la part du roi des Saxons, d'implorer son intervention et celle du synode pour mettre un terme aux malheurs de la Germanie. Ainsi rois et peuples reconnaissaient également l'autorité du saint-siége dans ce grand conflit et prenaient l'initiative de solliciter son jugement. « Les ambassadeurs de Henri pour lesquels tous les chemins étaient ouverts, dit le chroniqueur, parcoururent la Lombardie afin de stimuler le zèle des partisans de leur maître. A Rome même ils n'épargnèrent ni l'or ni les promesses, recourant à toutes les adulations, à tous les mensonges, pratiquant au grand jour l'art de la corruption et de l'intrigue qui leur était familier. Leurs manœuvres créèrent non-seulement parmi le peuple mais jusqu'au sein des plus grandes familles un parti puissant qui soutenait Henri et couvrait d'imprécations le nom de Rodolphe1. »
29. Seul, inflexible comme la justice, immuable dans ses desseins comme la pierre même sur laquelle était assis son trône apostolique, Grégoire VII tenait d'une main ferme la balance entre tant de passions et d'intérêts engagés. Ce n'était pas seulement le sort de l'Allemagne mais celui de la catholicité tout entière dont il avait à se préoccuper. Ou plutôt dans cette immense conflagration un seul intérêt était en jeu, celui de la discipline ecclésiastique. Les simoniaques et les clérogames faisaient toute la force de Henri IV. Sans eux ce tyran eût été depuis longtemps conspué dans toute l'Europe qu'il scandalisait par ses débauches, et qu'il
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1. BertholJ. Annal. 1078, col. 409.
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couvrait de sang et de ruines. Mais les schismatiques avaiont besoin de Henri, comme celui-ci avait besoin d'eux. Au fond de la querelle des investitures, comme plus tard au fond de l'émeute luthérienne, il s'agissait en définitive de marier des prêtres et des moines. La question de la clérogamie avait jeté dans le schisme l'église d'Orient ; elle menaçait de faire sombrer encore celle d'Occident. L'Italie septentrionale était depuis longtemps envahie par la lèpre simoniaque et clérogame. Le pape fit un dernier appel aux misérables prélats qui avaient secoué le joug de la discipline sainte et de l'autorité pontificale. Voici l'encyclique qu'il leur adressa à la date du 28 janvier 1078 pour les inviter au prochain concile. « Grégoire évêque serviteur des serviteurs de Dieu à Wibert archevêque de Ravenne et à tous ses suffragants ainsi qu'à tous les évêques et abbés des marches de Fermo et de Camcrino, des provinces de la Pentapole, de l'Emilie et de la Lombardie. — Le salut et la bénédiction apostolique, nous vous les enverrions de grand cœur si vous n'étiez témérairement engagés dans la voie de la révolte contre l'autorité des saints pères. Combien graves et indignes d'une conscience chrétienne ne sont point les outrages infligés par vous au bienheureux apôtre Pierre, à la sainte église romaine votre mère et celle de tous les fidèles! Le Seigneur notre Dieu en est témoin, les règles canoniques mises en oubli et votre propre conscience vous accusent. Mais si le péché est le triste apanage de la condition humaine, la miséricorde divine est infinie pour accorder le pardon aux pécheurs repentants. L'Église fondée dans le sang du Seigneur notre Dieu vous tend ses bras maternels, vous invite à revenir dans son sein. Loin de vouloir triompher par votre perte, elle accourt au-devant de vous pour vous sauver. Ému nous-même d'un désir ardent pour votre salut et celui du troupeau que Jésus-Christ à confié à notre sollicitude, nous vous appelons et invitons en vertu de l'autorité apostolique, au nom du Dieu tout-puissant et de l'église romaine, mère universelle, au prochain synode que nous ouvrirons durant la première semaine de carême. Nous vous garantissons sécurité entière pour vos personnes et vos biens, avec assurance que nulle puissance sécu-
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lière, autant qu'il dépendra de nous, n'attentera à votre liberté. Notre seul vœu, Dieu nous en est témoin, est de procurer votre salut et celui de vos peuples, sans aucune arrière-pensée d'ambition personnelle ou d'avantages particuliers1. »
30. Wibert de Ravenne déjà traité par Henri IV et la faction schismatiquc comme un pape élu n'avait garde de se rendre à cette noble invitation. Thédald de Milan et les principaux chefs du parti simoniaque l'imitèrent dans sa résistance et s'abstinrent dédaigneusement de comparaître. Les autres moins compromis ou peut-être mieux avisés se rendirent au concile, dans l'espoir que leur présence pourrait ne pas être inutile à la cause du roi de Germanie. Ce fut donc en présence d'environ cent archevêques et évêques1 et d'une multitude innombrable d'abbés, de clercs et de laïques des divers ordres que le lundi 5 mars 1078 le seigneur pape Grégoire ouvrit le concile dans la basilique du Saint-Sauveur au Latran. « Parmi les cardinaux présents, dit Berthold, on remarquait le nouvel évêque d'Albano Pierre Igné si célèbre par la miraculeuse épreuve du feu qu'il avait subie contre les simoniaques de Florence, et le légat apostolique Gérald d'Ostie, ce confesseur de la foi récemment échappé aux prisons de Henri IV. » Le saint abbé de Marseille Bernard gémissait encore dans un cachot de la forteresse de Lintzbourg ; il ne devait être relâché que quelques mois plus tard, grâce à l'intervention de saint Hugues de Cluny près du tyran son filleul. La France était représentée au concile par le vénérable évêque de Die, légat apostolique dans les Gaules, où il venait de présider à Clermont, Dijon, Autun, Poitiers et Anse près de Lyon une série de conciles provinciaux pour l'extirpation de la simonie et des hideux scandales des clérogames. Si le roi de France Philippe Ier avait eu dans ses états le prestige et la puissance dont Henri IV jouissait dans les provinces attachées à sa domination, son règne n'eût pas été moins désastreux pour la discipline et la foi catho-
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1. Greg. VU. Epist. xm, lib. V, col.498.
' Interfuere archiepiscopi et episcopi diverswum urBium fere numéro centum. (Mansi. Concil. XX, 503). Berthold n'en compte qu'environ soixante-dix (Â?inal.,col. 409.)
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lique. Partout où s'exerçait son influence le clergé se livrait aux plus infâmes désordres. A Reims, l'archevêque Manassès son parent venait d'être excommunié par Hugues de Die comme simoniaque et usurpateur des biens des monastères. Il répondit à cette mesure en rasant les maisons des chanoines qui l'avaient dénoncé et en mettant leurs prébendes à l'encan. L'archevêque de Lyon Humbert avait été déposé pour crime de simonie et remplacé par un vertueux clerc, Gébuin, archidiacre de Langres, qu'il fallut arracher de vive force à l'autel où il se cramponnait pour lui faire recevoir l'onction pontificale. Richard archevêque de Bourges, Richer métropolitain de Sens avaient également été déposés au concile d'Autun, mais ils continuaient à braver les censures de l'autorité apostolique. Le diocèse d'Orléans venait d'être pourvu par Philippe Ier d'un évêque simoniaque nommé Rainier, jeune courtisan qui n'avait ni l'âge canonique ni les mœurs sacerdotales et qui vint prendre possession de son évêché comme d'un fief de rapport et d'agrément. Il faisait jeter en prison les clercs qui ne lui apportaient pas d'assez grosses offrandes : il trafiquait des archidiaconés, des abbayes, des bénéfices de tout genre avec une suprême impudeur. Ni les sentences portées contre cet intrus par le légat apostolique et par les divers synodes de la province, ni même l'excommunication prononcée contre lui par le pape ne purent arracher l'église d'Orléans à la rapacité de ce mercenaire que la protection du roi de France maintint jusqu'en 1082 sur le siège épiscopal. La ville de Cambrai dont le territoire relevait alors au temporel de la souveraineté des rois de Germanie offrait un spectacle non moins lamentable. Les décrets sur le célibat ecclésiastique y avaient soulevé une véritable émeute. Le religieux qui en était porteur fut brûlé vif. Les titulaires de Bordeaux, Châlons, Chartres, Auxerre, Laon, tous promus par Philippe Ier en vertu de son prétendu droit d'investiture étaient sous le coup des censures ecclésiastiques.
31. Seule de toutes les provinces occidentales de l'Europe, l'Angleterre réagissait contre la clérogamie et les hontes simoniaques. Un synode tenu le 1er avril 1076 à Winchester sous la
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présidence de l'illustre Lanfranc avait remis en honneur la loi dn célibat ecclésiastique. Mais les ménagements dont il fallut user pour faire prévaloir la réforme indiquent assez combien le mal était profond. Voici l'ordonnance synodale : «Aucun chanoine ne doit avoir de femme. Les prêtres établis dans les villages ou les châteaux et qui sont déjà mariés ne seront pas forcés d'abandonner leurs femmes. Quant à ceux qui sont encore célibataires, il leur est absolument interdit de se marier. Dorénavant nul ne sera ordonné diacre s'il n'a pris l'engagement formel de vivre dans le célibat1. » A cette époque, la sainte et grande reine Marguerite d'Ecosse avec le concours de Malcom III son époux prit l'initiative de la réforme ecclésiastique dans ses états. Elle convoqua de nombreux synodes où avec une majesté à la fois touchante et ferme elle recommandait aux évêques d'appliquer les décrets du siège apostolique contre les scandales des clercs. Grâce à ses efforts, la clérogamie fut éteinte en Ecosse. Divers abus locaux disparurent. C'est ainsi que le jeûne quadragésimal commença au mercredi des cendres, tandis qu'auparavant on le différait jusqu'au lundi suivant; la prescription de la communion pascale fut rendue obligatoire pour tous les fidèles; le travail du dimanche fut interdit par une loi de l'état et la discipline romaine relative aux mariages entre consanguins mise en vigueur dans toutes les provinces.
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33. Telle était la situation du nord de l'Europe au moment où Grégoire VII allait ouvrir le concile romain dans la basilique patriarcale de Saint-Jean-de-Latran. L'Espagne digne de son surnom de catholique savait allier l'obéissance au saint-siége à la valeur chevaleresque qu'elle déployait contre les Maures de Grenade et de Cordoue2. En face du littoral de Gênes, les îles de Sardaigne 3 et de Corse4 venaient de se replacer spontanément sous le protectorat de l'église romaine. Leur fidélité contrastait avec l'obstination schismatique des provinces lombardes et du duc normand Robert Guiscard. Fier de son alliance avec l'empereur d'Orient Michel Parapinace, Robert Guiscard continuait à dévaster les marches d'Ancône, les principautés de Spolète et de Bénévent, qui formaient dans l'Italie méridionale le patrimoine de saint Pierre. Sa politique exclusivement fondée sur l'intérêt ne connaissait point de scrupules. La grande querelle des investitures servait merveilleusement son ambition, en lui fournissant un perpétuel sujet de guerre, tantôt au nom de Henri IV, tantôt au nom du souverain pontife, suivant que le parti de l'un ou de l'autre lui paraissait plus avantageux.
34. Tous ces grands intérêts allaient être soumis aux délibérations du synode présidé par Grégoire VII. « Les deux envoyés de Henri, Benno d'Osnabruck et Thierry de Verdun, prirent les premiers la parole, dit le chroniqueur. Ils comptaient pour le triomphe de leur cause sur l'appui des nombreux partisans qu'ils avaient recrutés à Rome et au sein même de l'assemblée. Le début de leur requêt fut une déclaration de fidélité et d'obéissance au seigneur apostolique, dont le roi leur maître était prêt, disaient-ils, à prou-
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1 Epist. Lxxrv, col. 425.
2. Epist. xxvin, lib. IV, col. 484.
3. Epist. xxix et zli, lib. I, col. 311 et 322. Epist. x, lib. VIII, col, 583.
4. Epist. ii et iv, lib. V, col. 487 et 489.
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ver la sincérité par les garanties les plus sérieuses. Passant ensuite aux accusations qu'ils avaient à formuler contre Rodolphe, ils firent un exposé des faits si captieux et si émouvant tout ensemble que de tous les points de l'auditoire s'éleva un cri d'assentiment. Vassal et chevalier du roi Henri, disait-on, Rodolphe s'est parjuré en usurpant le trône de son maître. On réclamait contre lui une sentence d'anathème et on suppliait Grégoire VII de la prononcer sur-le-champ. Mais le seigneur apostolique connaissait le véritable état de la question; il ne fut point dupe de cette manœuvre. Il déclara qu'une cause si grave ne voulait point de surprise et qu'avant de la résoudre, il était besoin d'une enquête approfondie. «Pendant qu'on demande ici l'excommunication de Rodolphe, dit-il, on m'informe qu'en Allemagne le cardinal légat a dû au contraire excommunier le roi Henri. Mais comme je n'ai point encore reçu à ce sujet de documents officiels, il m'est impossible de prendre de décision en ce moment. Les deux rois m'adressent également des professions d'obéissance, des ambassadeurs et des protestations contradictoires. L'un et l'autre comptent dans leur parti un nombre considérable de princes, d'évêques, d'hommes sages et religieux. C'est donc un devoir absolu pour moi de ne prendre une résolution qu'après en avoir mûrement conféré avec les cardinaux de la sainte Église, les magistrats de Rome et les personnages les plus recommandables par la prudence et la sainteté. L'opportunité ne saurait être plus favorable, au moment où la réunion synodale offre la ressource de tant de lumières. Je fais donc appel à la charité de tous, vous suppliant de prier très-dévotement le Seigneur afin qu'il daigne répandre sur nous le divin Esprit de ses conseils, pour rétablir l'union et la paix au sein de l'Église notre commune mère, déchirée par tant de schismes et de discordes. » Après que le pontife eut ainsi parlé, on convint que la décision serait renvoyée au samedi suivant, dernier jour du concile, et que dans l'intervalle la cause serait étudiée avec soin et canoniquement examinée par une commission spéciale 1. »
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1.Berthold. Constant. Annnl. Pair. Lat., tom. CXLVII, col-411.
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35. « On procéda ensuite, dit Bcrthold, à la discussion de divers objets qui intéressaient au plus haut point l'honneur et l'utilité de l'Église 1. » Malheureusement le chroniqueur exclusivement préoccupé de la grande question des deux rois rivaux ne nous fait point connaître ces « divers objets » traités par le concile. Mais un fragment assez considérable des statuts synodaux retrouvé par Muratori nous permet de suppléer à son silence. En voici la teneur : « Le seigneur pape Grégoire VII en vertu de son autorité apostolique a promulgué au sein du concile les décrets suivants pour perpétuelle mémoire : Nous suspendons de tout office épiscopal et sacerdotal et renouvelons les anathèmes précédemment portés contre Thédald soi-disant archevêque de Milan et contre Wibert de Ravenne, pour s'être révoltés dans un esprit d'orgueil intolérable et de schisme inouï contre la sainte Eglise catholique. — Nous avons déposé de tout office épiscopal sans espoir de réhabilitation et frappé d'anathème jusqu'à satisfaction suffisante Arnulf de Crémone convaincu publiquement en notre présence et par son propre aveu du crime de simonie. — Nous avons décrété que jamais ni par nous ni par aucun de nos successeurs ne serait ratifiée la promotion à une dignité ecclésiastique quelconque de Roland clerc de Parme, lequel s'est fait nommer à l'évêché de Trévise en récompense du message sacrilège dont il eut l'infamie de se charger et dont le scandale est encore présent à tous les souvenirs 2. Nous le soumettons à l’anathème perpétuel, défendant qu'il en soit relevé à moins que, venu à résipiscence, il ne fasse la réparation qu'il doit à Dieu. — Nous déposons de tout office sacerdotal, privons du droit d'entrer soit dans la basilique de Saint-Pierre soit dans aucune autre église, et frappons d'un anathème perpétuel et irrévocable qui sera maintenu jusqu'à complète satisfaction, le cardinal Hugues le Blanc
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1.Ibid.
2 Cf. Chapitre précédent, nos 2, 3 et 27. Henri IV avait ajouté à tant d'infamies celle de récompenser le misérable Roland par l'investiture de l'évêché de Trévise, ce qui n'empêchait pas sa chancellerie de publier dans l'univers entier que Roland était mort lapidé dans les rues de Rome sous les yeux et par ordre de Grégoire VII.
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du titre de Saint-Clément déjà trois fois condamné par le siège apostolique, d'abord pour ses relations avec le schismatique Cadaloüs évêque de Parme, puis pour avoir en qualité de légat du saint-siége trahi ses devoirs et favorisé les simoniaques, en dernier lieu pour s'être fait le chef de la grande apostasie, du schisme et des scandales qui désolent en ce moment la sainte Église. — Nous renouvelons l'excommunication portée par nos prédécesseurs contre Guifred (Guiffroi de Cerdagne) archevêque de Narbonne et le déposons irrévocablement de la dignité épiscopale. — Nous excommunions tous les Normands qui ont envahi les domaines de saint Pierre, dévasté la marche de Fermo, le duché de Spolète, assiégé la cité de Bénévent, ravagé la Campanie, les cités maritimes, la Sabine et poussé leurs incursions jusqu'aux portes de Rome. —Nous suspendons de leur office ceux des évêques qui après avoir reçu nos lettres de convocation se sont abstenus sans motif et sans excuse canonique de venir au synode. — Nous déclarons déchu pour jamais de son office épiscopal ou sacerdotal tout évêque ou prêtre qui célébrerait l'office divin parmi les Normands, tant que ceux-ci n'auront point été absous du lien de l'excommunication. — Nous fixons à l'abbé de Farfa un délai de huit jours pour mettre en liberté les personnages qu'il retient captifs et qu'il a ainsi empêchés de se rendre au synode. Passé ce délai, s'il n'a point donné satisfaction, nous le déclarons excommunié, lui interdisons la participation au corps et au sang du Seigneur et le déposons pour jamais de la dignité abbatiale. — Nous fixons un terme de trois semaines au comte Rainier fils d'Uguizzo afin qu'il donne satisfaction devant nous ou nos légats pour l'assassinat de son frère qu'il a tué de sa main, pour les scélératesses inouïes dont il s'est rendu coupable envers sa belle-sœur et ses neveux, pillant et saccageant leurs châteaux et leurs terres. Passé ce délai nous le frappons d'un perpétuel anathème. — Nous prononçons la même sentence d'excommunication contre le fils du comte N...1 pour les dévastations qu'il exerce dans le diocèse de
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1. Le nom manque daus les manuscrits.
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Lucques et fixons à la prochaine solennité des Rameaux (1er avril 1078) le terme où il pourra être admis à donner satisfaction. — Une cruauté vraiment diabolique s'exerce contre les malheureux naufragés que la tempête rejette sur les côtes. Ils se voient dépouillés par les riverains qui devraient au contraire leur prodiguer tous les secours et toutes les consolations d'une tendre et miséricordieuse charité. Renouvelant donc sur ce point les décrets de nos prédécesseurs, nous frappons d'excommunication tous ceux qui se rendraient coupables d'un pareil crime et enjoignons à quiconque se trouve à portée d'un naufragé de lui porter secours et de l'aider à mettre en sécurité sa personne et ses biens.—Selon les règles posées par nos pères, nous déclarons illicites et sans valeur les ordinations faites par des excommuniés. — En vertu des mêmes règles et à l'exemple de nos prédécesseurs nous dégageons par notre autorité apostolique tous ceux qui se trouvent liés par serment envers des excommuniés, défendant de prêter à ceux-ci en quelque manière que ce soit aide ou secours. — Cependant comme le nombre des âmes qui périssent sous nos yeux dans les liens de l'excommunication augmente chaque jour et qu'en punition de nos péchés ce désastre prend des proportions formidables, soit par ignorance ou simplicité, soit par la coaction ou la terreur, nous voulons tempérer provisoirement dans la mesure de notre pouvoir les rigoureux effets de l'anathème. Nous exceptons en vertu de l'autorité apostolique des liens de la censure les femmes, les enfants, les serviteurs, servantes, serfs et fermiers qui ont rapport avec les excommuniés, et en général tous ceux que leur position dépendante ou subalterne ne permet pas de ranger parmi les conseillers influents des excommuniés. Sont compris dans la même exception les ambassadeurs, les pèlerins, les voyageurs, les pauvres, les étrangers qui traversent un pays frappé d'excommunication et qui ne sauraient sans cela trouver ni asile ni aliments1.
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1 Mansi, Concil., tom. XX, p. 603. Pair. Lat., tom. CXLVIII, col. 796-798.