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Cette découverte d'un Dieu qui est unique dans sa substance, mais en qui existe le phénomène du dialogue, de la conversation avec ce qu'elle implique de distinction et de relation, a conféré à la catégorie de la relation une signification toute nouvelle dans la pensée chrétienne.
Pour Aristote, elle faisait partie des «accidents », des déterminations secondaires et fortuites de l'être, distincte de la substance, seule forme subsistante du réel.
L'expérience du Dieu qui dialogue, du Dieu qui n'est pas seulement logos, mais dia‑logos, pas seulement Pensée et Sens, mais conversation et parole dans la relation entre interlocuteurs, cette expérience fait éclater l'ancienne division de la réalité en substance, être proprement dit, et accident, être secondaire et fortuit.
Il devient clair à présent qu'à côté de la substance, le dialogue, la relation représentent une forme de l'être pareillement originelle.
Par là était déjà donné, au fond, le langage du dogme. Il exprime la perception que Dieu, en tant que substance, en tant qu' « essence , est absolument un. S'il faut également lui appliquer la catégorie “trinité », il ne saurait être question d'une multiplication des substances.
Cela revient à dire qu'en Dieu un et indivisible, il existe le phénomène du dialogue, de l'inter‑relation de parole et d'amour; les « trois personnes » qui subsistent en Dieu, sont, dans leurs relations internes réciproques, la réalité de la parole et de l'amour.
Elles ne sont pas des substances, des personnalités au sens moderne, mais être relatif, dont la pure actualité (paquet d'ondes!) ne supprime pas l'unité de l'Être suprême, mais la constitue.
Augustin a formulé cette idée de la manière suivante: « Le Père est appelé ainsi, non par rapport à lui‑même, mais par rapport au Fils, par rapport à lui‑même il est simplement Dieu 28.”
L'élément déterminant est bien mis en relief ici. “Père” est un pur concept de relation. Il n'est Père que dans la relation à l'autre, en tant que subsistant en lui‑même il est simplement Dieu. La personne, c'est la relation, rien d'autre. La relation n'est pas quelque chose qui survient à la personne, comme c'est le cas chez nous, la personne ne subsiste que comme être relationnel.
Suivant les images de la tradition chrétienne, l'on dira: la première personne n'engendre pas le Fils en ce sens que l'acte
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de génération s'ajouterait à la personne constituée, elle est au contraire l'acte de génération, l'acte de se donner, de se répandre. Elle est identique avec l'acte de se donner.
C'est cet acte uniquement qui la constitue comme personne; elle n'est donc pas celui qui se donne, mais l'acte lui‑même de donation, «onde » non « corpuscule »...
Dans cette idée de l'être relationnel de parole et d'amour, indépendant du concept de substance, et non intégrable dans la série des «accidents », la pensée chrétienne a trouvé le noyau du concept de « personne », qui exprime tout autre chose et infiniment plus que la simple idée d' « individu ».
Écoutons encore Augustin: « En Dieu il n'y a pas d'accidents, il n'y a que substance et relation 29. » C'est toute une révolution de l'image du monde: le règne solitaire de la catégorie substance est brisé, on découvre la «relation » comme une forme originelle de l'être, de même rang que la substance.
Dès lors il devient possible de triompher de ce que nous appelons aujourd'hui la “pensée objectivante », un nouveau palier de l'être apparaît.
Ne faut‑il pas reconnaître que la mission de la pensée philosophique, telle qu'elle résulte de ces données, est loin d'être remplie, bien que la pensée moderne dépende des possibilités ainsi ouvertes et ne soit pas concevable sans elles.
c) Retour à la Bible et problème de l'existence chrétienne.
Revenons à notre question. Peut‑être, à la suite des considérations précédentes, aura‑t‑on l'impression dc se trouver en présence d'une théologie spéculative poussée à son degré extrême et qui, en élaborant les données bibliques, s'est beaucoup écartée de l'Écriture elle‑même, pour se perdre dans la pensée purement philosophique.
Il sera d'autant plus surprenant de constater, après y avoir regardé de près, que la spéculation la plus pure nous ramène directement à la pensée biblique. Car tout ce que nous venons de dire, nous le trouvons, au fond, dans une large mesure, sans doute avec d'autres concepts et une autre visée, dans la pensée johannique.
Contentons‑nous d'une simple indication. Dans l'évangile de Jean, le Christ parlant de lui‑même, dit ceci : “Le Fils ne peut rien faire de lui‑même » (Jn 5, 19, 30). Le Fils paraît réduit à l'im-
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puissance la plus totale; il n'a rien en propre, parce qu'il est Fils, tout son agir provient de celui qui lui donne d'être.
Le concept de « fils » apparaît ainsi comme un concept de relation. En appelant le Seigneur « fils », Jean le désigne d'une manière qui renvoie au-delà de lui; il emploie ainsi une expression qui traduit essentiellement un être relationnel.
De la sorte, toute sa christologie est centrée sur l'idée de relation. Des formules comme celle que nous venons de mentionner ne font que souligner cette vérité; elles extraient pour ainsi dire ce que contient le mot de «fils», la relativité qu'il implique.
Cela semble contredire ce que le même Christ affirme de lui‑même chez Jean : « Le Père et moi, nous sommes un » (Jn 10, 30). Mais à y regarder de près, on s'aperçoit immédiatement que les deux déclarations se confirment et s'appellent l'une l'autre.
Si Jésus est appelé « Fils », devenant ainsi relatif au Père, si la christologie devient un énoncé de relations, il en découle tout naturellement que le Christ est totalement relié au Père. Ne subsistant pas en lui‑même, il subsiste en son Père, toujours un avec Lui.