St Céran

Darras tome 15 p. 325

 

14. La monarchie franque, réunie tout entière sous la main de  Clotaire II, se montrait plus fidèle aux enseignements de l'Eglise. L'évêque de Paris, Ceraunus (saint Céran), quatrième successeur de Ragnemodus de triste mémoire 1, paraît avoir exercé une sa­lutaire influence sur l'esprit du prince. Céran joignait à la piété d'un évêque une tendre dévotion pour la mémoire des saints et un zèle éclairé pour leur culte. C'est du moins ce que nous apprend la lettre suivante, qui sert de préface aux actes des trois martyrs

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1 Ragnemodus, dont Grégoire de Tours nous a fait connaître l'esprit d'in­trigue et l'odieux caractère, mourut en 591. Il eut pour successeurs immé­diats Eusèbe II, Pharamond et Simplice, après lesquels Ceraunus fut élevé sur la chaire episcopale vers 613. Saint Céran est honoré à Paris le 27 sep­tembre. (Cf. Bolland., Ad., eo die.)

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p326    TONTIFICAT  DE  SAINT   DEUSDEDIT   (G15-618).

 

jumeaux de Langres, Speusippe, Eleusippe et Méleusippe. « Au saint et illustre pontife et pape Céraunus, Warnachaire prêtre de Lan­gres, salut. — Vous ne cessez de marcher sur les traces des plus grands évêques, vous égalez leur mérite par une conduite vrai­ment sacerdotale, ne cherchant d'autre lustre que celui de la reli­gion. Lecteur assidu des divines Écritures, vous avez épuisé le cercle de la science dogmatique. Maintenant, pour mettre le comble à votre gloire, dans votre zèle pour la religion, vous apportez tous vos soins à rassembler dans la ville de Paris les actes des saints martyrs 1. En cela vous êtes comparable à saint 2 Eusèbe de Césarée, et comme lui vous immortalisez votre nom. Pardonnez-moi mon peu d'élo­quence; je suis incapable de vous louer dignement, mais le cœur supplée à la parole : si je ne puis dire de vous tout le bien que je pense, du moins je sais vous obéir. Je vous envoie donc, selon l'ordre que vous m'avez donné, les actes des trois saints jumeaux mar­tyrisés dans les faubourgs de Langres. J'y ajoute ceux du très-bien­heureux martyr Desiderius (saint Didier), évêque de cette ville 3. » Tel était Céraunus. La collection hagiographique dont il enrichit son église laissa des traces précieuses, que nous retrouverons au IXe siècle, lors de la controverse aréopagitique. La dévotion de

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1    On n'a pas suffisamment insisté sur cette particularité si importante au point de vue de l'hagiographie des Gaules. Dussaussay est le seul, croyons-nous, qui l'ait relevée dans son Apparatus ad martyrolog. gallican., part. XXIX. Il est certain, d'après le témoignage de Warnachaire, que saint Céran avait collectionné dans les archives de l'église de Paris tous les gesta ou passiones de nos martyrs et saints nationaux, dont il avait pu se procurer des exem­plaires. Ce fait explique comment, au IXe siècle, l'abbé de Saint-Denis, Hilduin, dans ses Monuments aréopagitiques, pouvait citer les textes qu'il trouvait in archivio non Parisiaco sed paradisiaco, ainsi qu'il disait lui-même.

2    C'est par erreur que Warnachaire donne ici le titre de saint à Eusèbe de Césarée. Voici à ce sujet la réflexion des Bollandistes : Perperam sanctus appellaiur hic, et in multis martyrologiis ad 21 junii, Eusebius Cœsariensis episcopus, qui licet de Ecclesia non male meritus sit dum gesta sanctorum descripsit, tamen Arianœ hœresis propugnator fuit. Sed cum sancti Eusebii episcopi nomen in sacris tabulis reperissent quidam, Caesareensem existimarunt qui Samosatensis est, ut 21 junii dicimus; fortassis quidam Samosatensis nomen ob Paulum hœresiarcham suspectum habentes, ausi sunt velut mendum corrigere. (Bolland., Act.,17jan.)

3    S. Warnachar., Prolog, in Act.; Patr. lat., tom. LXXX, col. 186.

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p327 CHAP. V.— PONTiFiCAT de saint deusdedit.   

 

Clotaire II pour l'apôtre de Paris ne put que s'accroître à la lecture des actes du glorieux martyr dont l'évêque de Paris dut lui donner connaissance. Au moins nous sommes en droit de le conjecturer par le fragment authentique d'un Prœceptum pro monasterio Sancti Dionysii, que le roi franc délivrait à cette époque en faveur de « Dodo, abbé de la basilique du saint seigneur Denys, martyr, notre patron spécial 1. » Ce sont les termes mêmes de ce précieux di­plôme. Le règne de Clotaire II, qui se prolongea jusqu'en 628, marque réellement dans les Gaules le triomphe complet des idées de droit et de justice que l'Église s'efforçait de faire prévaloir.

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