Darras tome 33 p. 313
34. Les écrivains libéraux s'extasient volontiers devant les principes de la paix d'Augsbourg. « Jusqu'ici, disent-ils, le bûcher a été le dernier argument opposé par les gouvernements catholiques à ceux qui n'acceptaient pas en entier la croyance officielle. La paix d'Augsbourg inaugure une nouvelle ère. Le régime de la liberté des croyances va, après l'adolescence des peuples, remplacer le régime de l'autorité qui avait présidé à leur berceau et à leur éducation ; l'esprit désormais pourra sans crainte discuter la foi ; contre les crimes spirituels, l'Église n'use que d'armes spirituelles ; les ressources pacifiques de la raison, qui font les croyants sincères et sûrs, seront préférées aux procédés violents et à la terreur, qui ne font que des hypocrites et des esclaves : enfin, à la grande joie des hommes modérés, on pourra arriver peu à peu à cette heureuse
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1. Le P. Bouqea\t, Hist. du traité de Westphnlie, t. I, 1. I. — Schiller, Guerre de Trente ans, t. I, ). I ; — Pister, Hist. d'Atkmagne, t. Vil, 1. 3 ; — Gauden, Traité de paix, l. 1, p. 15.
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époque où des rois très chrétiens auront impunément des protestants pour ministres, et où chose plus merveilleuse, un prince de l'Eglise pourra, sans scandale, embrasser de bonne amitié l'émir fanatique des sectateurs de l'Islam. — A un autre point de vue, disent encore les libéraux, cette paix d'Augsbourg est digne d'admiration. La constitution du saint Empire Romain avait livré le monde au pape et à l'empereur ; le pape était le chef spirituel ; l'empereur le chef temporel de l'humanité. La paix d'Augsbourg abat l'Empire ; elle assure l'indépendance des princes et délivre le pouvoir civil du service des doctrines orthodoxes. Des chefs d'Etat n'ont plus qu'à s'occuper du bien-être de leurs sujets : c'est à l'Église et au Saint-Siège, à faire seuls leurs affaires, quitte à représenter Jésus-Christ comme rédempteur des âmes et à abandonner l'idée impraticable de sa royauté sur les nations. » Nous ne discuterons pas ici, au point de vue des principes, ces extases et ces emphases des libéraux. Nous ferons seulement observer que les Luthériens en révolte, réclament la liberté tant qu'ils sont en minorité et oppriment dès qu'ils sont les plus forts. Aussitôt qu'ils se voient des chances de victoire, ils arborent le drapeau de la rébellion. Si la victoire est fidèle à leurs drapeaux, ils se serviront de la paix pour avancer les affaires de leur tyrannie, en violant tant qu'ils le pourront les droits et les intérêts des catholiques. A partir de la paix d'Augsbourg, il n'y a plus en Europe, à l'ordre du jour, qu'une question : Poursuivre le dépouillement intégral de l'Église catholique ; il n'y a plus qu'une consigne : Dépouiller l'Église aujourd'hui pour demain l'anéantir. La tolérance inscrite dans les traités il y a trois siècles, préconisée longtemps par les protestants, les déistes et les libéraux, est reniée aujourd'hui, par ces mêmes libéraux sur toute la face de la terre; à la place du libéralisme, nous voyons l'athéisme persécuteur, la proscription des religieux et des prêtres, l'asservissement du chef de l'Église, Satan avec ses suppôts s'efforcent d'établir son règne sur les débris de la croix abattue. Ce libéralisme est cynique avec ses admirations pour les principes de la paix d'Augsbourg.
35. La paix d'Augsbourg complète la victoire du protestantisme
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en Allemagne. Le saint empire Romain est anéanti, dépouillé de ses prérogatives, en attendant que périssent même ses ruines. La nation allemande, livrée aux caprices d'une multitude de papes laïques et de souverains absolus, a cessé d'être une ; elle est désormais divisée en deux partis, ou mieux partagée en deux camps ; elle versera des flots de sang pour des disputes de prépondérance ; elle en versera des torrents, pour reprendre son unité perdue. En proie, même en temps de paix, aux déchirements intérieurs, elle en forme plus qu'un corps sans âme, dont les membres se paralysent ou s'interdisent le mouvement. L'influence de l'Allemagne s'éclipse devant la suprématie de la France. La liberté disparait sous l'oppression de ses prétendus défenseurs ; et l'axiome inventé alors : Cujus regio hujus religio : montre à quel état de dégradation les victoires du libre examen ont réduit les peuples. Exemple nouveau de cette grande vérité, qu'en dehors de l'Eglise, la révolte contre le Pontife Romain aboutit forcément au plus abject despotisme. Si l'on veut, au surplus, apprécier les motifs personnels qui inspiraient les chefs du luthéranisme, qu'on écoute l'historien Gfrorer : « Remplacez, dit-il, le mot de religion par biens du clergé et vous aurez la clef de l'énigme. Le sens de la réforme est que les biens du clergé appartiendront au souverain dans les états duquel ils sont situés. La question de la croyance des sujets se révèle alors telle qu'elle est réellement, une question tout accessoire. Pour justifier la confiscation des biens du clergé, les princes n'ont qu'à arborer la bannière de la nouvelle doctrine et la chose devient toute naturelle. La paix de religion d'Augsbourg a dévoilé le secret du point de vue sous lequel les grands seigneurs allemands ont considéré la réforme dès le principe. L'intention de Luther fut sans doute pure (tel n'est pas notre avis) ; mais ceux aux mains desquels il livra la nouvelle Eglise n'eurent, dès le premier moment, en vue que l'agrandissement de leurs possessions et de leur souveraineté, et ce fut au jour de la victoire que se montra dans toute sa réelle nudité ce qu'on avait jusqu'alors caché sous toute espèce de masques hypocrites. » — Ainsi donc, après vingt ans de luttes terribles, entreprises au nom de l'Evangile et de la liberté, après le soulève-
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ment des masses et les guerres des princes, après le bouleversement de l'Eglise et la ruine de l'Allemagne le protestantisme triomphant dresse son drapeau sur les débris du catholicisme abattu. Quels sont les résultats de la victoire? Le mouvement, confisqué au profit des princes, est immédiatement dirigé contre l'Empereur, et, avec le pouvoir impérial, tombe la barrière qui s'opposait au despotisme des petits souverains. Le peuple n'est pas encore entré dans la vie publique. La petite noblesse et les classes inférieures sont tour à tour écrasées et dépouillées de ce qu'elles possédaient auparavant de sécurité, de liberté, de privilèges et de droits. La conscience n'est plus qu'un vain mot ; la religion, l'esclave complaisante des princes ; le sujet, une machine sans âme, plus dégradé que l'ilote de Sparte. Mais qu'on écoute encore Gfrorer sur les soi-disant réformes du luthéranisme. « Après le règne des prédicateurs de cour, dit-il, surgit une multitude de très-petits, mais aussi très-orgueilleux papes luthériens, qui gouvernaient leurs troupeaux avec un sceptre de fer et assombrissaient les intelligences. Ces hommes n'ont, en effet, employé le pouvoir remis entre leurs mains que pour déshonorer pendant cent-cinquante ans l'église de Luther, par les plus scandaleuses querelles du dogme et dépouiller les populations, qu'ils entraînaient dans leurs disputes, de leur gaieté et de leur bon sens. Bientôt des luthériens sincères firent la remarque que la nouvelle église, au lieu d'un Pape unique et grand, inaccessible par le fait même de sa haute position aux mesquines jalousies, avait créé toute une quantité de petits papes parfaitement insupportables dans leur ensemble. La comparaison entre le passé et le présent découvrit des plaies plus profondes encore. Les chefs de l'église luthérienne, insolents pour tout ce qui était au-dessous d'eux, n'étaient plus que d'humbles complaisants pour tout ce qui leur était supérieur. Le moyen âge, dans sa meilleure époque, avait maintenu avec une grande fermeté le principe que l'autorité royale et l'autorité pontificale (sauf à Rome) ne pouvaient jamais être réunies sur une seule tête. C'est à ce principe que le monde latino-germanique dut sa liberté, sa civilisation propre ; car là où l'Eglise et l'Etat, le prêtre et le souverain
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se font mutuellement contrepoids, il n'y a pas place pour une tyrannie régulière. La réforme changea tout cela. Après qu'on eut secoué le joug de Rome les souverains héritèrent, dans tous les pays luthériens, de la succession du Pape, c'est-à-dire de son autorité suprême sur l'Église comme de ses revenus. Sous ce dernier rapport surtout l'échange fut honteux. Les sommes que les curés ou l'évêque tiraient autrefois des dispenses de mariage ou de pénitences spirituelles, furent versées dans les caisses princières, et les impôts qui avaient fait jeter les hauts cris, au commencement du XVIe siècle, furent dès lors proclamés très-légitimes1. »
36. Luther avait poussé son cri de guerre contre la papauté et par l'exclusion du pouvoir pontifical, il voulait rendre, à l'Allemagne, la sainte liberté de l'Evangile. Le fait capital, le résultat flagrant de sa révolte, c'est, sans doute, l'éviction des Pontifes Romains, mais leur suprématie spirituelle va s'adjoindre aux prérogatives temporelles des souverains laïques. Le pontificat suprême n'est donc pas supprimé ; il devient tout simplement une annexe de l'autocratie des Césars, il en pose la base et en sanctifie les excès. Désormais les chefs d'Etats, en qualité de papes locaux, disposent de la nomination des fonctionnaires du culte, de ses institutions, de ses usages, et, comme le prouvent de nombreux exemples, même des dogmes. Et qu'étaient-ce que ces pontifes, ainsi institués par la nouvelle doctrine. Le temps a dévoilé cette face du procès que l'esprit de parti avait longtemps cachée sous d'épais voiles. Dans une correspondance intime, imprimée depuis quelques années seulement, le doux Mélanchthon s'exprime sans détour sur les évêques princiers du luthéranisme, sur les protecteurs si vantés de l'évangélique église, le landgrave de Hesse, les électeurs de Saxe et autres : il les traite de Centaures, de tyrans, de contempteurs de Dieu ; il leur reproche de ne songer qu'aux avantages temporels, il regrette l'abolition de l'ancienne discipline épiscopale : bref, il tourne contre tous les papes en robe courte ce que Luther a vomi contre les pontifes de Rome. De plus, il était dans
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1 Nous empruntons ces citations édifiantes de Gfröfer à l'Introduction de l'ouvrage du comte de Villemont sur Ernest de Mansfelg, p. 50.
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la nature des choses que l'augmentation de pouvoir apportée par la réforme aux petits souverains, ne se bornât pas aux choses de l'Église, mais s'étendit sur le domaine de l'État. Ce fut, en effet, à cette époque, que se posèrent les bases de l'absolutisme moderne et que la liberté allemande reçut les plus funestes blessures. La première conséquence de cette absorption des peuples dans la personne du prince et de la confiscation à son profit de toutes les immunités nationales, ce fut l'institution de cette bureaucratie aux cents têtes qui s'est aggravée jusqu'à nos jours. Au commencement du XVIe siècle, le peuple allemand avait unanimement réclamé l'abolition du droit romain, l'expulsion des légistes et des scribes, objets de sa haine mortelle. A cette date commence l'âge d'or de cette funeste race. En outre, la protection du luthéranisme établissant, au profit de certains princes, une prééminence sur leurs égaux, il en résulta, chez les princes subalternisés, une disposition égoïste à embrasser le calvinisme. Le calvinisme, fondé sur la libre activité de la commune, faisait concurrence au luthéranisme basé sur l'autocratie des princes. Plusieurs princes allemands, profitant de leur droit de réformation, se crurent implicitement autorisés, par la paix d'Augsbourg, à substituer, dans leurs états, le symbole de Calvin aux négations de Luther. L'électeur palatin en donna le premier exemple ; en 1565, Frédéric introduisit la confession helvétique. La Hesse et quelques autres états suivirent cet exemple ; il se forma, en Allemagne, un parti calviniste ; les scissions s'accrurent dans le schisme luthérien. Le secret de ces innovations ne doit pas se chercher dans une conviction quelconque de la prééminence des idées de Calvin, mais dans les calculs de l'égoïsme. Grâce à Luther et à l'Université de Wittemberg, métropole de la prétendue foi évangélique, la maison électorale de Saxe s'était acquise, parmi les états protestants, une influence prédominante ; cette influence excitait la jalousie de plusieurs princes. Lorsque l'électeur palatin jugea à propos de se séparer du Pape, il ne voulut à aucun prix se placer sous le patronage du luthéranisme Saxon ; il crut plus sage d'arborer une bannière propre et d'armer un parti dont il put être le chef. Cette conduite causa du scandale. Les luthériens virent
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dans les sectateurs allemands de Calvin une bande de traîtres et d'apostats ; il en résulta surtout, entre la maison de Saxe et la maison palatine, une haine qui exercera une grande influence sur la guerre de Trente ans. — Malgré ces divisions dans le camp de la réforme, l'Eglise catholique continua à perdre du terrain jusqu'à la fin du XVIe siècle. Des défections se produisirent surtout dans le Nord ; par une aggravation naturelle au mal, elles dépassèrent de beaucoup les récentes limites et les anciens excès. D'ailleurs par une malheureuse infiltration d'idées et par l'entraînement de l'exemple, il se produisit aussi, dans l'Eglise, une augmentation du pouvoir des princes. Le clergé, pour se défendre contre les sectaires, avait imploré leur secours ; ils le prêtèrent, mais exigèrent, en retour, une soumission absolue. Ainsi le même événement ne jeta pas seulement la nouvelle secte, mais l'Église même, sous l'autorité envahissante de l'Etat. Le catholicisme se trouva ainsi privé d'une liberté féconde et hors d'état de soutenir, dans l'intérêt des peuples, l'opposition précieuse qu'il n'avait cessé de faire à l'absolutisme des princes.
37. Après avoir constaté des résultats immédiats de la paix d'Augsbourg, il n'est ni sans intérêt, ni sans importance d'étudier le luthéranisme dans ses rapports avec les écoles, les universités et l'éducation de la jeunesse. La première chose qui frappe sous ce rapport, ce sont les plaintes que les professeurs et directeurs d'écoles firent entendre de bonne heure, contre l'insolence et l'indiscipline des écoliers en général, mais particulièrement contre la dissipation et la grossièreté des étudiants des universités et des autres établissements supérieurs d'instruction publique, depuis la propagation de la nouvelle doctrine. Si l'on remarque que l'exemple des parents devait naturellement agir sur leur famille, et que la doctrine qui, comme nous avons vu, avait si promptement démoralisé les adultes, ne pouvait pas exercer une influence moins grande sur le caractère de la jeunesse, on comprendra parfaitement la légitimité de ces plaintes. Ajoutons que l'enseignement religieux avait aussi, dès l'origine, pris toutes les allures de la polémique ; car ce qu'on s'y proposait avant tout, c'était, d'abord, de déconsi-
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dérer l'ancienne organisation chrétienne, en la présentant comme un tissu d'impiétés, de sottises et de mensonges, puis d'initier et d'exercer les élèves aux controverses qui se succédaient sans interruption parmi les partisans de la foi nouvelle. De cette tactique générale, employée dans les écoles, et de l'imprudence qu'on avait de rendre les enfants témoins des attaques furibondes et des invectives grossières, incessamment dirigées contre tout ce qu'il y avait eu jusque là de plus respecté dans le monde, à un âge où l'homme sent naturellement le besoin de se soumettre, il résulta que les jeunes gens s'habituèrent de bonne heure à mépriser les générations passées, et conséquemment leurs propres ancêtres, comme des hommes aveuglés et volontairement plongés dans les ténèbres, et, ce qui est encore pis, qu'ils prirent naturellement, contre toute espèce d'autorité, des sentiments d'antipathie, de méfiance et de haine. Ils entendaient dire, par exemple, que les papes, les évêques, les théologiens, les universités, les couvents, toutes les corporations religieuses et enseignantes avaient formé, pendant des siècles, comme une vaste coalition à l'effet de dénaturer et d'étouffer la doctrine de l'Evangile. Il était naturel dès lors de laisser de côté les doctrines, pour se jeter dans ces stériles disputes. Les doctrines de Luther contre la tradition devaient produire les mêmes fruits que sa haine contre l'Église. Du moment que les Cyprien, les Tertullien, les Augustin, les Chrysostome et les Grégoire n'étaient que les plats valets de l'absolutisme pontifical, il fallait les fouler aux pieds : puisqu'Aristote, saint Thomas, Durand, Scot, Bonaventure n'étaient que de vils sophistes, il fallait les abominer ; et si la philosophie et la théologie et le droit canon n'étaient que des inventions du diable, on ne voit pas pourquoi on se fut donné la peine de pâlir sur ces grimoires. Avec la bulle de Léon X, Luther avait brûlé le Corpus juris, les Décrétales et la Somme de saint Thomas d'Aquin : c'est un procédé bref d'illumination facile à acclimater dans les écoles. On ne peut nier que l'expropriation des églises et des communautés religieuses n'aient conduit à fonder un bon nombre d'écoles nouvelles et à doter plus richement quelques autres déjà anciennes. Il y eut aussi plusieurs fameux professeurs
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formés à l'école d'Erasme et de Mélanchthon, tels
que Sturm de Strasbourg, Sébald Heyden de Nuremberg, Buren de
Rostock, Néandre d'Ilefeld, Georges Fabricius de Meissen, et
Trotzdorf en Silésie. Il ne manque pas non plus d'exemple, d'écoles fondées par l'Eglise et que le protestantisme fit décliner, puis disparaître. A Wittemberg,
les prédicateurs Georges Mohr et Gabriel
Didymus, tous deux luthériens zélés, proclamaient du haut de la chaire que
l'étude des sciences était non-seulement inutile, mais même pernicieuse, et
qu'on ne saurait mieux faire que de détruire les académies et les écoles. Ces
invectives s'expliquent par les
débats qui s'engageaient partout
entre les pasteurs et les maîtres. Tandis que, dans les écoles, on professait telle ou telle doctrine, c'était souvent, dans
les temples, la doctrine opposée qu'on s'efforçait de faire admettre : l'instituteur,
par exemple, travaillait-il pour le majorisme, le prédicateur de son côté
faisait tous ses efforts pour
attacher le public au parti contraire ; ou bien, ce qui était plus commun, le chef de l'école était, par rapport à la cène, philippiste ou calviniste, tandis
que le pasteur au contraire était franc luthérien. L'envie et la jalousie ne
manquaient pas d'envenimer ces querelles; la jeunesse était naturellement la
première victime de ce fâcheux désaccord, et, avec le penchant qu'elle a vers
tous les vices, surtout
vers l'insurbordination, elle trouvait, dans ces disputes, une cause efficace de démoralisation. Les
professeurs et les pasteurs furent
aussi victimes de ces discordes. On mit bientôt en oubli la bienfaisance envers
les enfants pauvres ; Luther, s'il avait pu ressusciter, n'aurait pu, par
l'effet de ses doctrines, sortir des mines de Mansfeld. La science théologique, puisée exclusivement
dans les écrits de Luther,
n'exerça pas longtemps son influence sur les esprits ; la jeunesse prit la
théologie en aversion et se tourna
en masse vers les études plus lucratives. A la fin, les écoles furent
abandonnées et les sciences affectèrent à peu près toutes une allure
rétrograde. La profession de pasteur partagea ce discrédit ; les jeunes filles ne
voulaient plus épouser les ministres du saint Evangile. « Du temps, dit Clarenbach,
que l'instruction était un titre pour obtenir de bons bénéfices, il n'était
pas nécessaire de pousser les gens vers les
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études. Tout le monde voulait acquérir des connaissances, tout père de famille tenait à placer ses fils dans les écoles : aujourd'hui que le savoir ne procure plus les mêmes avantages, on ne se soucie plus du savoir, on ne veut plus enseigner et l'on ne fréquente plus les écoles ; de sorte que nos descendants sont fort menacés de se voir privés du bienfait de la divine parole 1. »