St Grégoire 14

Darras tome 15 p. 240

 

   43. En 505, la paix entre les Lombards et Childebert II, roi de Neustrie et des Burgondes, rétablit pour les Gaules et Rome les communications si longtemps suspendues. Frédégonde, ennemie acharnée de Childebert et de Brunehaut, s'obstina cependant à fermer encore l'Austrasie aux lettres pontificales. Grégoire le Grand n'eut donc jamais à correspondre avec cette odieuse reine. Virgilius d'Arles, au siège duquel était attaché le titre de vicaire apostolique dans les Gaules, s'empressa d'écrire à saint Gré­goire le Grand pour lui demander la confirmation de ce privi­lège et l'assurer du dévouement des évêques ses collègues à la chaire de saint Pierre. Le pape lui répondit en ces termes : «Qu'elle est merveilleuse la charité catholique, qui triomphe des plus longues séparations, unit ce qui était divisé, rétablit l'ordre dans la confusion, l'harmonie dans le trouble et consomme enfin l'imperfection humaine dans l'unité ! Je retrouve l'expression de cette pensée dans les paroles de votre lettre, frère bien-aimé, et tous

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1 S. Greg. Magn., lib. I, Epist. xlvii; Pair, lat., tom. LXXV1I, col. 510.

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les voyageurs qui arrivent des Gaules m'attestent que tels sont en effet les sentiments gravés dans votre cœur. Vous me demandez de re­nouveler les antiques prérogatives de votre siège, en vous conférant le pallium et les fonctions de vicaire du siège apostolique. Il ne me vient pas un seul instant à la pensée que cette requête puisse vous être inspirée par une pensée secrète d'ambition ou de vaine gloire. A Dieu ne plaise ! Tout l'univers sait que Rome a été la source d'où les Gaules reçurent la foi : en renouant avec le saint-siège les an­tiques traditions, votre fraternité accomplit le devoir d'un bon fils qui accourt au sein de sa mère. Aussi nous vous accordons de grand cœur ce que vous nous demandez, et nous sommes heureux de donner ce témoignage d'affection à notre très-précellent fils, le roi Childebert. Mais que votre sollicitude et votre vigilance crois­sent en même temps que l'honneur dont vous allez être revêtu. On me dit que, dans les Gaules et la Germanie, aucune ordination sacer­dotale ou épiscopale n'a lieu sans le paiement d'une taxe. S'il en est ainsi (je pleure en le disant, je gémis en dénonçant un tel abus), l'ordre sacerdotal, gangrené au dedans, ne tardera pas à épouvan­ter le monde de sa chute. Eh quoi ! ne voit-on pas qu'une pareille taxe n'est rien autre chose que l'hérésie simoniaque, la première qui ait osé s'élever contre la sainte Église? On me dit encore qu'aussitôt la mort d'un évêque, on s'empresse de tonsurer quelque laïque, pour l'ordonner ensuite et l'installer sur le siège vacant. Comment un homme qui n'a jamais servi dans la milice cléricale ose-t-il, d'un seul bond, en devenir le chef? Comment distribuera-t-il la parole de vérité et de salut, lui qui ne l'a peut-être jamais en­tendue? Saint Paul défend d'ordonner un néophyte. Les néophytes de son temps étaient les nouveaux baptisés; les néophytes de nos jours sont les laïques sans expérience de la vie sacerdotale ou re­ligieuse. Votre devoir est donc d'avertir à ce sujet notre fils le très-précellent roi Childebert, afin qu'il fasse disparaître une pra­tique détestable, qui souillerait la gloire de son règne. Enfin, bien­ heureux frère, avec le pallium que nous vous transmettons, et la
charge de vicaire du siège apostolique dans toutes les églises du royaume de notre fils Childebert, vous devez veiller à ce que le

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précepte de la résidence soit observé dans toutes les églises, et que nul évêque ne s'absente sans votre autorisation. S'il s'élève quelque grave controverse en matière de foi ou de discipline, vous aurez à la discuter et à la décider dans un synode composé au moins de douze évêques, et si après un sérieux examen, la solution présentait en­core des difficultés, il en serait référé à notre jugement1. »

 

44. On le voit, saint Grégoire, malgré l'humilité qui lui faisait prendre pour lui-même le titre de « serviteur des serviteurs de Dieu, » n'hésitait pas à affirmer que la sentence définitive en matière de foi et de discipline appartenait à son jugement apostolique : ad nostrum judicium referatur. Il développait magnifiquement cette prérogative et la rattachait à l'économie de la constitution de l'Église, dans la lettre suivante, adressée à tous les évêques du royaume de Childebert : « La Providence divine a constitué la hiérarchie par l'établissement des grades divers, des ordres dis­tincts, en telle manière que les plus élevés rendent en affection ce qu'ils reçoivent des inférieurs en respect. Le lien de la concorde fait de la diversité des charges une seule unité, et préside à la sage administration de tous les offices. Cette loi des créatures ra­chetées est celle des milices célestes elles-mêmes, qui comptent dans leur sein des anges et des archanges, c'est-à-dire une hiérar­chie où les uns sont supérieurs aux autres en ordre et en puissance. Qui d'entre nous, misérables pécheurs, refuserait de se soumettre à une subordination dont les anges nous donnent l'exemple? Par l'observation de cette loi, la charité et la paix se maintiennent dans un embrassement mutuel, la concorde demeure inébranlable dans la distinction, et l'harmonie dans un amour fraternel et sincère. Dans cette pensée, nous avons cru opportun d'établir pour notre vi­caire, dans le royaume de notre très-précellent fils Childebert, notre frère Virgilius évêque d'Arles. Il devra veiller à l'intégrité de la foi catholique, telle que l'ont formulée les quatre précédents synodes généraux. En vertu de l'autorité que nous lui déléguons, il tran­chera les discussions qui pourraient s'élever entre nos frères et

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1 S. Greg, Magu., Epist. LUI, lib. V; toi», cit., col. 782-785.

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coévêques, et au besoin il convoquera des conciles qui l'aideront à porter un jugement canonique. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, il sur­gissait en matière de foi ou de discipline une controverse plus grave et plus difficile, qui obligeât par son importance de recourir au jugement du siège apostolique, après ample examen, le rap­port nous en serait adressé, afin que la sentence définitive et irré­vocable fût prononcée par nous 1. » Le pape s'exprimait dans le même sens en écrivant à Childebert II. « Suivant votre désir, lui disait-il, nous avons accordé à notre frère Virgilius d'Arles l'usage du pallium, et le titre de vicaire du siège apostolique dans vos états. A votre tour, marchant sur les traces de votre glorieux père, montrez votre dévouement envers Dieu et le bienheureux Pierre prince des apôtres. Mettez fin à l'horrible abus de la simonie et aux promotions de laïques sur des sièges épiscopaux; faites observer partout les constitutions de l'église romaine2. »

 

45. On a beaucoup reproché à saint Grégoire le Grand les éloges que, dans une autre lettre, il adressait à la reine Brunehaut. « La  sagesse  de  votre  administration, lui disait-il, les soins éclairés que votre excellence donne à l'éducation du roi son fils, témoignent suffisamment de la noblesse et de la bonté de votre âme. Votre sollicitude prévoyante a maintenu avec gloire la prospérité de l'État, pendant que vous lui prépariez pour l'avenir un roi nourri dans les maximes de la foi véritable et digne de com­mander aux hommes. En ce moment, vous recueillez les fruits de votre zèle maternel; le royaume d'Austrasie se place à la tête de tous les royaumes du monde, parce que son prince respecte la loi du Dieu des nations, et la professe sans fausse honte 3. » Telles sont les paroles du grand pape. Que renferment-elles donc

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1 Si quam vero contentionem, quod longe facial divina potentia, de fidei causa evenire contigerit, aut negotium emerserit cujus vehemens sit fortasse dubietas, et pro sui magnitudine judicio sedis apostolicœ indigeat, examinata diligentius ve-ritate, relatione sua ad nostram studeal pervenire notionem, quatenus a nobis va-leat congrua sine dubio sentenlia terminari. (S. Greg. Magn., ibïd., Epist. Liv; tora. cit., col. 786.)

2.., ibid., Epist. lv ; tom. cit., col. 788, 789. — 3. S. Greg. Magn., lib. VI, Epist. v; loin, cit., col. 790.

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qui puisse choquer la délicatesse de nos modernes critiques? La reine Brunehaut n'avait-elle pas en effet élevé chrétiennement son jeune fils? N'avait-elle pas maintenu la prospérité publique dans les deux royaumes d'Austrasie et de Burgondie, lesquels après la mort du saint roi Gontran ne reconnurent plus qu'un seul maître, ce jeune Childebert II dont Brunehaut était mère et régente? La vérité est que, de nos jours, une école historique a pris à tâche de réhabiliter Frédégonde, et de calomnier outrageusement Bru­nehaut 1. Pourquoi cette entreprise absurde qui contredit tous les monuments contemporains? Peut-être parce que Frédégonde, morte en paix, ajouta à tous ses crimes celui d'une constante hostilité contre le saint-siége; tandis que Brunehaut, dont nous raconterons plus loin la fin tragique, fut sincèrement attachée à ses devoirs de reine et de fille de l'Église 1. On ne s'est pas montré aussi sévère pour la lettre suivante, que le grand pape adressait au jeune Childebert II, à l'époque où, sorti de tutelle et déjà marié à Faileuba, il prenait en main les rênes du gouverne­ment. «Autant la dignité royale est au-dessus des autres condi­tions humaines, disait saint Grégoire, autant votre royauté l'em­porte sur les autres royautés des nations. C'est peu d'être roi quand d'autres le sont, mais c'est beaucoup d'être catholique, quand d'autres n'ont point cet honneur. Comme une lampe brille de tout l'éclat de sa lumière dans les ténèbres d'une profonde nuit, ainsi la splendeur de votre foi rayonne au milieu de l'obscu­rité volontaire des peuples étrangers. Vous avez tout ce dont se glorifient les autres rois, mais vous les surpassez en ce que vous possédez de plus le bien principal de la foi qui leur manque. Main­tenant donc, afin de les surpasser par les œuvres non moins que par la foi, que votre excellence ne cesse pas de se montrer clé­mente envers ses sujets. S'il y a des choses qui vous offensent, ne les punissez point sans discussion préalable. Vous commencerez davantage à plaire au Roi des rois, quand restreignant votre auto-

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1 Déjà plusieurs écrivains ont vengé la mémoire de Brunehaut des ou­trages rétrospectifs adressés à sa mémoire. (Cf. Flobert, Brunehaut, élude his­torique. Colmar, 1853.)

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rité, vous vous croirez moins de droit que de pouvoir 1. » Certes, ce sont là de nobles paroles, dont nous sommes fier pour notre patrie. Mais si Childebert II était digne d'entendre un pareil lan­gage, ne le devait-il pas à l'éducation qu'il avait reçue de sa mère Brunehaut?

   46. Malheureusement ce jeune prince et sa femme moururent   tous deux en 596, empoisonnés par les officiers du palais d'Austrasie, vendus à Frédégonde 2. Ce fut le dernier crime de cette mégère couronnée. Après avoir rempli la France de deuil et de larmes, après avoir empoisonné ou égorgé tant de rois et de reines, Frédégonde mourut en paix à Paris, dans le palais des Thermes ensanglanté par ses mains et souillé par sa présence (597). Clotaire II, alors âgé de treize ans, régna seul en Neustrie, assisté par un conseil de régence. Les deux fils de Childebert, Théodebert II et Théodoric ou Thierry II, l'un âgé de onze ans, l'autre de neuf, furent proclamés le premier roi d'Austrasie, le second des Burgondes, et Brunehaut recommença pour ses petits-fils la régence qu'elle venait à peine de quitter à la majorité de leur père. Tous ces partages de territoire entre les descendants de Clovis devaient sous peu entraîner la chute de la dynastie mérovingienne. En attendant, Brunehaut se remit à l’oeuvre avec un zèle que l'âge et les malheurs ne déconcertaient point. « Vous avez, lui écrivait saint Grégoire, à lutter contre le coeur farouche de gentils encore barbares (effera corda gentilium). Croyez-moi, car nous en avons fait tous deux l'expérience, rien ne réussit que ce qui est entrepris pour le service de Dieu et pour sa gloire. Continuez donc à extir­per de vos états la semence de l'hérésie des néophytes 3. Venez en aide à la jeune nation chrétienne d'Angleterre, et par vos bonnes œuvres, forcez la miséricorde de Dieu à descendre sur vos

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1 S. Greg. Magn., lib. VI, Epist. vi; tom. cit., col. 798.

2. « Les chefs austrasiens, dit M. Flobert, ne manquèrent pas de rejeter ce crime sur Brunehaut, accusation aussi absurde qu'odieuse, puisque la vieille reine perdait tout appui en perdant son fils, et allait se trouver à la merci d ses ennemis. »

3. Sous ce nom, saint Grégoire désignait, comme nous l'avons dit plus haut l'abus des promotions de laïques aux sièges épiscopaux.

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petits-fils, ces deux jeunes princes si doux à votre cœur 1. » Brunehaut répondait à ces conseils du grand pape avec la docilité d'une reine vraiment chrétienne. Elle avait à combattre, dans le clergé d'Austrasie, des scandales autorisés par une sorte de pres­cription. Il fallut déposer dans un concile AEgidius, l'archevêque de Reims. Cela fut fait. Les missionnaires que le pape envoyait dans les îles Britanniques, les defensores qu'il nommait pour administrer les domaines légués à saint Pierre par Constantin le Grand dans les Gaules et la Germanie, trouvaient près de Brunehaut conseil, appui et secours. Emule du saint roi Gontran, dont son petit-fils Thierry II était devenu l'héritier, elle fondait à Autun un hôpital dédié à saint Andoche, et deux monastères, l'un de religieuses consacré à Notre-Dame et saint Jean, l'autre d'hommes sous l'invo­cation de saint Martin. En ces temps de violences et de perturba­tion sociale où le lendemain n'était assuré à aucune œuvre, la reine s'adressa au pape, afin qu'il plaçât sous la sauvegarde de son autorité apostolique, l'inviolabilité des personnes et des propriétés, ainsi que la liberté électorale des trois nouvelles fondations monas­tiques. «Telle fut, dit M. de Montalembert, l'occasion de ce fameux diplôme où, pour la première fois, la subordination directe du pouvoir temporel au pouvoir spirituel est nettement formulée et reconnue 2. » — « Si quelqu'un des rois, des évêques, des juges ou autres personnes séculières ayant connaissance de cette constitu­tion, disait saint Grégoire, ose y contrevenir, qu'il soit privé de la dignité de sa puissance et de son honneur, qu'il sache qu'il s'est rendu coupable au tribunal de Dieu. Et s'il ne restitue ce qu'il aura méchamment enlevé, ou ne déplore par une digne pénitence ce qu'il aura fait d'illicite, qu'il soit éloigné du très-saint corps et sang de notre Dieu et Sauveur, qu'il demeure assujetti dans le jugement éternel à la vengeance sans fin 3. » Ces paroles très-solennelles de saint Grégoire, dans un diplôme dont Mabillon a dé­montré la parfaite authenticité, ne ressemblent en rien aux théories gallicanes de 1682. Mais qu'y faire? Avant 1682, l'histoire, la tra­dition, la théologie existaient au sein de l'Église catholique, et les

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1 Greg. Magn., lib. XI, Epist. lxii etLxm. —2 Moines d'Occident, t. II, p. 144. 3 S. Greg. Magn., lib. X11I, Epist. vnij Pair, lat., tom. LXXV1I, col. 1265.

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rois mérovingiens sollicitaient des papes comme une faveur ce qu'on reproche aujourd'hui aux papes comme une usurpation.


§ VIII. Saint Grégoire et l'Église grecque.

 

   57. Les Byzantins du VIIe siècle affichaient déjà les malheureuses prétentions qui devaient, malgré le sinistre exemple du schisme d'Orient, séduire plus tard les intelligences gallicanes. L'erreur a partout les mêmes allures : sous d'autres noms et dans des milieux complètement divers, elle se montre toujours semblable à elle-même. Cela devrait dégoûter de l'erreur, si les hommes tenaient compte de l'expérience du passé et des leçons de l'histoire. Mais, il faut bien le dire, la vanité humaine est telle que chaque person­nage qui vient prendre à son tour un rôle sur la scène du monde croit y arriver sans précédents, et se persuade qu'il fera quelque chose de nouveau. Cette illusion n'a jamais peut-être été plus ac­créditée qu'à notre époque, et jamais à aucune époque l'illusion n'a été plus flagrante. Le patriarche de Constantinople, Jean le Jeûneur, avait toute l'austérité que nous verrons plus tard ser­vir de masque au jansénisme ; il y joignait la jalousie contre les pontifes romains et l'ambition de se faire infaillible à leur place. La cour de Byzance trouvait cette religion commode, parce qu'elle mettait le patriarche sous sa main. L'empereur Maurice crut, comme plus tard Louis XIV, faire œuvre d'habile politique en se prêtant à ce jeu sacrilège. La révolution frappa Maurice : une autre révolu­tion plus terrible devait frapper les descendants de Louis XIV. Et cependant, au moment où nous écrivons ces lignes1, les souve­rains manifestent à qui mieux mieux l'intention de reprendre contre le vicaire de Jésus-Christ la même ligne de conduite que Maurice et Louis XIV. A quoi donc servent les leçons de l'histoire? Et ne voit-on pas que ce n'est ni à un césar de Byzance, ni à un czar de Russie, ni à un empereur d'Allemagne, ni à un roi de France, de Portugal ou d'Angleterre, mais au pontife romain, successeur du batelier de Génésareth, que Jésus-Christ a dit : « Tu

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1 Ceci était écrit durant le concile du Vatican.

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es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elles? » Aucune mention dans cette parole divine, ni d'un souverain, ni d'un consul, ni d'un empire, ni d'une république. Pierre est le fondement de l'édifice ; où a-t-on vu l'édifice se révolter contre la pierre angulaire qui lui sert de base? Pierre est le pasteur des agneaux et des brebis; où a-t-on vu les moutons dans la plaine se retourner contre le ber­ger, et lui dire : Le pâturage qui nous plaît, c'est celui où tu dois nous conduire; nous sommes tes guides ; à toi de nous suivre, à nous de marquer le chemin? — A défaut de foi, la plus simple logique, le sens commun le plus vulgaire suffiraient ici pour tran­cher la controverse. Mais ne faut-il pas que Satan crible comme du froment les disciples de Jésus-Christ? Il en a le pouvoir, et depuis dix-neuf siècles il n'a jamais fait autre chose.


   48.  « Fort de l'appui de la plupart des évêques d'Orient, dit M. de Montalembert,  fidèle aux prétentions orgueilleuses qui, depuis deux siècles déjà, animaient les évêques de la résidence impériale, et préludant ainsi à l'ambition désastreuse de ses suc­cesseurs, Jean le Jeûneur, ce moine qui avait commencé par faire mine de refuser l'épiscopat, continuait à prendre dans ses actes le titre de patriarche œcuménique ou universel. Grégoire s'éleva avec autant de vigueur que d'autorité contre cette étrange préten­tion. Il ne recula pas devant l'empereur, qui prenait ouvertement parti pour l'évêque de la nouvelle capitale de l'empire, et bien qu'abandonné dans la lutte par les autres patriarches d'Antioche et d'Alexandrie, que l'usurpation de celui de Constantinople devait également blesser, Grégoire persévéra pendant toute la durée de son pontificat dans sa résistance à cette prétention misérable, où il voyait moins encore un attentat à l'unité et à l'autorité de l'Église universelle, qu'un excès d'orgueil chez les uns et d'adulation chez les autres, qui répugnait à son âme humble et généreuse 1. » On ne saurait mieux dire. Rien ne saurait être en effet plus subversif de l'unité ecclésiastique fondée sur la chaire de Pierre, que la préoccupation tout humaine et secondaire de l'importance poli-

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1 Moines d'Occident, totu. 11, pag. 122.

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tique des sièges épiscopaux. Ravenne, Milan, Paris, Aix-la-Cha­pelle, Pétersbourg sont devenus successivement des résidences impériales, des capitales d'empire. D'autres cités aujourd'hui in­connues dans l'Inde, le Japon, la Chine, l'Océanie, les deux Amé­riques, auront vraisemblablement la même fortune : car le char mystérieux de l'Évangile décrit par Ézéchiel fera le tour du monde et désertera l'Europe, si l'Europe continue à déserter la vraie foi. Cependant la primauté de juridiction et l'infaillibilité doctrinale ne se déplaceront pas : le dernier des pontifes romains, celui qui verra de ses yeux mortels la fin du monde, portera inscrit sur son front la parole évangélique : Tu es Petrus. C'était précisément la pensée que saint Grégoire exprimait à l'empereur Maurice, qui lui avait transmis, avec une apostille de recommandation, des lettres où Jean le Jeûneur signait audacieusement de son titre usurpé, et se nommait lui-même patriarche œcuménique.

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