p123 L'EXÉGÈSE AU COUR DES DÉBATS
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Éléments fondamentaux d'une synthèse nouvelle
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1. Au milieu de la querelle théologique qui faisait rage à son époque, Grégoire de Nysse a enjoint le rationaliste théologique Eunomius de ne pas confondre théologie et physiologie
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(teologein) n'est pas (physiologein)27.
« Le mystère de la théologie et celui des sciences de la nature, ce sont deux choses différentes», dit‑il. On ne peut pas, reprend‑il, «saisir comme dans une main d'enfant la nature inconcevable de Dieu . ---------
Comme nous l'avons vu, l'exégèse moderne a certes condamné Dieu à n'être qu'intangible, hors du monde et donc sans message, mais elle n'a fait cela que dans le but de pouvoir traiter le texte biblique comme une chose séculière et selon des méthodes issues des sciences naturelles. -----
Face à cela, une autre parole merveilleuse de Grégoire de Nysse reste un repère valable: «... Ce sont des étoiles, ces lumières tremblantes et luisantes des paroles divines, qui brillent au‑dessus des yeux de notre âme... Mais s'il arrivait à notre âme ce que nous avons entendu dire d'Elie, si notre pensée était, elle aussi, entraînée aux cieux dans un char de feu...
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alors nous ne devrions pas renoncer à l'espoir de nous approcher de ces étoiles, je veux parler de la pensée divine30... »
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2. Par conséquent, l'exégète ne doit pas s'approcher du texte muni d'une philosophie toute prête, non plus qu'avec le diktat d'une vision du monde prétendument moderne ou issue « des sciences physiques et naturelles », qui déterminerait ce qui a le droit d'exister et ce qui ne l'a pas.
Il ne doit pas a priori exclure que Dieu en personne puisse s'adresser au monde, en termes humains, qui plus est; il ne doit pas exclure que Dieu en personne puisse agir et intervenir dans l'histoire, aussi invraisemblable que cela puisse lui paraître.
Il doit être prêt à recevoir des leçons d'un tel phénomène. Il doit être prêt à admettre que cela existe dans l'histoire: ------
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------- Il ne doit pas non plus contester la capacité des hommes à entendre davantage que les simples catégories du pur intellect, qui est à même de se surpasser soi‑même afin de pénétrer à l'intérieur de la vérité ouverte et infinie de l'être.
-------- Grégoire de Nysse disait: « La créature tout entière est incapable.., de se transporter hors d'elle‑même. Elle reste toujours à l'intérieur d'elle‑même. Quoi qu'elle voie, elle le voit en elle‑même32... »
Dans le même ordre d'idées, Thomas d'Aquin affirmait que la connaissance humaine n'atteint pas la vérité en soi, mais seulement une réalité humaine qui, il est vrai, permet de découvrir d'autres vérités. En d'autres termes: on ne saisit les vérités spirituelles que par la voie analogique, par le truchement d'autres notions33.
Mais ce qui est caractéristique des grands théologiens, c'est qu'ils ne font pas de cette évidence philosophique qui leur est propre l'aune à laquelle
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mesurer ce qui est vrai dans les récits bibliques, et qu'ils élargissent leur réflexion à partir de la rencontre avec le phénomène de la Parole biblique.
Grégoire de Nysse le fait en suivant deux voies: l'homme, prisonnier de la geôle de son être et de la conscience de ce qu'il est créature, porte néanmoins en lui la soif d'évasion et tend à suivre la flèche indiquant la direction de l'amour infini.
Et c'est justement en cela que Dieu se manifeste en lui. L'homme est en lui‑même le miroir de Dieu et, s'il se voit tout entier, il voit plus que lui‑même: le reflet de la lumière pure en lui‑même.
L'homme ne peut certes pas s'extirper de lui‑même, mais Dieu peut pénétrer en lui. Dans l'élan dynamique de son être, l'homme peut aussi se dépasser; il ressemble alors davantage à Dieu, et la ressemblance, c'est la connaissance ‑nous reconnaissons ce que nous sommes, ni plus ni moins.
À cela s'ajoute, chez Grégoire de Nysse, une seconde réflexion: cette pénétration de Dieu en l'homme a pris, avec l'Incarnation, une dimension historique. ------