Darras tome 14 p. 103
20. Tel est le procès-verbal de la conférence de Lugdunum. « Gondebaud avait reconnu, dit Grégoire de Tours, la fausseté des doctrines ariennes. Il l'avoua au bienheureux Avit, lui déclara qu'il confessait la consubstantialité du Fils et de l'Esprit-Saint avec le Père, et pria l'évêque de le réconcilier secrètement avec l'Église par l'onction du chrême 5. — Si vous croyez sincère-
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1 Reg., cap. xxvm; cf. tom. 11 de celle Histoire, pag. 326-328. —2. Joan., vi, 44. — 3 Rom., ix, 16. — 4. Avil., Collât, cor. Gundebaldo advers. Arianos ; Pair, lat., loin, cit., col. 390-392.
5 Clam ut chrismaretur expetiit. « Ces paroles, écrit dom Gervaise, ont été l'occasion de plusieurs disputes entre les théologiens pour en déterminer le sens. Les uns ont prétendu que Gondebaud demandait le baptême sous le nom du chrême, parce que dans ce sacrement il se fait une onctiou avec le chrême sur le sommet de la tête de la personne qui est baptisée. D'autres ont cru que c'était le sacrement de confirmation désigné par les anciens sous ce nom, parce qu'ils considéraient, dit-on, le chrême comme la matière et la
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ment, répondit l'homme de Dieu, il vous faut le manifester publiquement et sans hésitation. C'est le précepte de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même : « Quiconque aura confessé mon nom devant les hommes, je le glorifierai moi-même devant mon Père qui est aux cieux1. » Vous êtes roi, et n'avez aucun motif sérieux de crainte. Vous appréhendez, dites-vous, un mouvement populaire : et c'est là ce qui vous empêche de rendre publiquement hommage au créateur du monde! Bannissez ce vain scrupule et n'hésitez pas à proclamer la foi qui est dans votre cœur. Vous oubliez que, du jour où vous l'auriez fait, tous les Burgondes suivraient votre exemple. C'est vous qui êtes le chef du peuple, et non le peuple qui est le vôtre. — Gondebaud ne sut que répondre à cette vive exhortation, il resta trouble et confus. Cependant il n'eut pas le courage de suivre le conseil du saint évêque. Jusqu'à la fin de sa vie il n'osa point confesser publiquement l'égalité et la consubstantialité des personnes divines 2. » On a vu que Clovis, dans le diplôme de Miciacum, affirmait au contraire cette foi avec une netteté et une précision qui ne laissaient place à aucun subterfuge. La formule : In nomine sanctœ, individuœ, œqualis et consubstantialis Trinitatis 3, dont il se servit alors, et qui passa depuis dans les protocoles de notre chancellerie nationale, était la protestation de l'orthodoxie des Francs contre I'arianisme des Burgondes et des Goths. Bien qu'il eût résisté aux instances de saint A vit, Gondebaud n'en continua pas moins avec le saint évêque des relations de plus en plus respectueuses et confiantes. Il le consultait sur les difficultés d'interprétation que lui présentait la lecture des livres
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partie la plus essentielle de ce sacrement. Mais ce n'est ni l'un ni l'autre que Gondebaud demandait, et je prouverai que ce n'était qu'une pure cérémonie autrefois établie dans l'Église pour la réconciliation des hérétiques.» En effet, D. Gervaise, dans une dissertation longue et savante, établit que l'usage de la primitive Église était de réconcilier les hérétiques par l'onction du chrême, l'imposition des mains et l'injonction d'une pénitence. (D. Gervaise, llist. de Boècc, Append., Dissertation Ihéologique sur ces paroles de Gondebaud roi de Bourgogne à saint Avit évêque de Vienne : « Donnez-moi en particulier l'onction du chrême. » (Cf. Patr. lai., tom. LXIV, col. 1559-1574.)
1 Matth., x, 32. —2. Gregor. Turon., llist. Franc, lib. Il, cap. XXXIV; Pair, lat, tom. LXXI, col. 230,231. — 3 Cf. chap. précédent.
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saints. Voici un message, ou plutôt un billet fort curieux, adressé par le royal disciple à son maître dans la science sacrée : « Domnus Gundobaldus rex Avito Viennensi episeopo. J'ai entendu lire hier un passage d'Isaïe, au sujet duquel je veux consulter votre sainteté. Le texte est ainsi conçu : « La loi procédera de Sion, et la parole du Seigneur de Jérusalem. Elle deviendra la règle des nations et le code des peuples les plus lointains. Alors, brisant le fer des épées et des lances, ils le convertiront en socs de charrue et en faucilles. Une race ne s'élèvera plus contre l'autre, et l'on cessera de faire la guerre1. » Je joins à ce passage le verset suivant du livre des Rois qui se rapporte au même ordre d'idées : « Chacun se reposera à l'ombre de sa vigne et de son figuier, et la terreur des armes cessera dans le monde 2. » Maintenant je voudrais savoir de vous si les temps prédits par cette prophétie sont déjà venus, ou bien s'ils sont encore à venir. Daignez me donner par écrit votre réponse 3. » — Cette consultation ne manquait ni d'intérêt ni d'actualité. Gondebaud, l'un des plus belliqueux parmi les rois qui se partageaient alors le territoire des Gaules, devait naturellement être frappé du contraste que la paix du règne de Jésus-Christ, prophétiquement décrite par Isaïe, offrait avec la situation présente, au moment où les races barbares, après avoir renversé l'empire romain, tournaient les unes contre les autres le fer de leurs épées et de leurs lances, sans songer le moins du monde à les transformer en instruments d'agriculture. Ajoutons que Gondebaud ne pouvait non plus être un de ces utopistes qui rêvent l'extinction complète de la guerre, l'établissement d'une paix universelle et sans fin. « La loi sortie de Sion, le verbe, ou parole du Seigneur, émanant de Jérusalem, répondit saint Avit, sont manifestement la prédiction du Verbe incarné qui habita parmi nous, illuminant par sa présence corporelle la montagne de Sion et la ville de Jérusalem. La loi destinée à devenir la règle et le code des nations est la loi chrétienne, cette loi que Notre-Seigneur a confiée à son Église
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1 Isa., il, 3,4. — 2. III Reg., m, 21. —3. Avit., Epist. xix; Pair, lat., lom. LIX, col. 236.
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pour la conversion et le salut de tous les peuples de la terre. Historiquement, la paix universelle décrite par Isaïe semble s'être réalisée à l'époque de l'avènement du Christ, lorsque l'univers entier, après tant de siècles de combats, respira sous le sceptre d'Auguste. Dans un sens plus étendu, cette paix est le privilège commun des chrétiens qui se consacrent entièrement à Dieu et renoncent à tous les instruments de mort dont les hommes, depuis la déchéance originelle, n'ont cessé de faire usage. Viendra-t-il un temps où les sociétés, uniquement régies par les principes de la loi évangélique, transformeront le fer des épées et des lances en socs de charrue et en faucilles? Je ne le sais pas, et peut-être faut-il s'en tenir aux deux précédentes explications1. » — Les autres sujets traités dans la correspondance de l'évêque catholique et du prince arien sont également empruntés soit aux questions scripturaires, soit aux controverses dogmatiques qui agitaient alors le monde 2. «Les difficultés que vous me proposez, écrivait encore Avit à Gondebaud, sont moins les interrogations d'un novice que les hésitations d'un habile commentateur. » Le saint évêque de Vienne, à propos du Corban 3, cité dans l'Évangile de saint Marc, écrit au roi burgonde une page très-intéressante sur les usages judaïques, et fait preuve d'une connaissance assez approfondie de l'hébreu. C'est dans cette lettre que se trouve mentionnée incidemment l'étymologie du terme liturgique missa (messe), usité dès le temps de saint Ambroise en Occident. « Le mot missa, dit saint Avit, a la même signification que dimissio. C'est la formule dont on se sert, aussi bien dans l'Église qu'au prétoire, ou au palais, pour congédier le peuple, à la fin d'une assemblée 4. » Gondebaud prolongea son règne jusqu'en 510. Ce fut seulement à cette époque, comme nous aurons plus tard l'occasion de le raconter, que le catholicisme triompha définitivement chez les Burgondes, à l'avé-noment de Sigismond I, disciple de saint Avit et décoré lui-même de l'auréole des saints.
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1 S. Avit., Epist. xs; Patr. lut., tom. cit.,col. 237 pass. — ! S. Avit. Vienn., Ad Gundobaldum, Epist. l-v, xrx, xx, xxxiX; Patr. lat., toni. cit. — 3 Marc, vu, 2. — <> S. Avit., Epist. 1; Pair, lat., tom. cit., col. 199.
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21. Les années qui s'écoulèrent depuis 501 jusqu'à 506 furent un intervalle de paix pour les Gaules. Clovis n'avait pas cependant abjuré ses instincts belliqueux; mais, d'une part, il cherchait à discipliner son royaume ; d'autre part, il fut vers cette époque atteint d'une fièvre lente qui dura deux ans et fit craindre pour sa vie. « Un frisson presque continuel, joint à des douleurs de tête intolérables, disent les actes de saint Séverin, le réduisit à un tel état de langueur que les médecins désespéraient de le sauver. L'un d'eux, nommé Tranquillus, lui dit un jour : Seigneur roi, la maladie ne fait que s'aggraver, et tous nos efforts sont devenus inutiles. Votre prudence jugera sans doute qu'il faut recourir à d'autres moyens. Vous avez entendu parler du monastère d'Agaune, où reposent les reliques du héros chrétien, Maurice. L'abbé de ce monastère est un vénérable prêtre dont les miracles sont de notoriété publique. On le nomme Severinus. De tous les points de la Germanie et des Gaules, les malades vont implorer sa bénédiction, et reviennent guéris. Envoyez-le chercher ; peut-être Dieu vous rendra-t-il la santé par son intercession 1. » —Severinus dont le médecin de Clovis faisait un tel éloge était en effet un saint prêtre, de noble race, qui de bonne heure avait renoncé au monde pour s'ensevelir dans le monastère d'Agaune, où sa réputation de thaumaturge attira bientôt un immense concours de pèlerins. Le royal malade lui députa l'un de ses officiers, nommé Transvarius, avec mission de l'amener à Lutèce, si l'homme de Dieu voulait y consentir. « Quand il aborda le saint abbé, continuent les actes, Transvarius se prosterna devant lui en disant : Salut, seigneur père. — Relevez-vous, mon fils, dit Severinus, et parlez sans crainte. — Le roi Clovis, mon seigneur et l'ami de votre sainteté, reprit Transvarius, vous conjure de lui faire la grâce de le visiter. Depuis deux ans, il est retenu au lit par une fièvre lente qui consume toutes ses forces. La médecine est impuissante à le guérir; il n'a plus d'espoir que dans votre prochaine arrivée, et il a la ferme confiance que Dieu lui rendra la santé par vos saintes prières. — J'irai trouver le roi des Francs, répondit
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1 Bolland., Act. S. Severin. Agaun., cap. i, ïl febr.
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Severinus. » — La nuit précédente l'ange du Seigneur était apparu au saint abbé et lui avait dévoilé l'avenir. En prenant congé de ses religieux, le vénérable prêtre leur dit : «Mes pères et mes frères, vous ne me reverrez plus en cette chair mortelle, jusqu'au jour du jugement terrible et solennel où tous nous comparaîtrons au tribunal du Christ. Je vous en supplie, au nom de Dieu et du bienheureux martyr Maurice notre patron, gardez fermes et inviolables la foi, l'espérance, la charité. Confiez-vous en Dieu et à la protection du grand saint Maurice; combattez virilement les combats du Seigneur et persévérez dans la grâce de notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ. «— Après avoir ainsi parlé, il les bénit; puis s'arrachant à leurs embrassements pleins d'amour et de larmes, il se mit en route avec Transvarius. « Comme il traversait la cité de Nivernum (Nevers), le vénérable prêtre entra dans l'église et y fit sa prière. En se retirant, il demanda aux gardiens : Mes frères, où donc est votre pontife 1? — Eulalius, notre évêque, répondirent-ils, est atteint d'une paralysie qui lui a enlevé le mouvement, la parole et l'ouïe. Depuis un an cette infirmité le retient sur sa couche; il n'a pu ni offrir le sacrifice à l'autel du Seigneur, ni bénir son peuple. Sa faiblesse est telle qu'il a des syncopes fréquentes et prolongées, pendant lesquelles on le croirait mort. — L'homme de Dieu fut ému à ce récit. Me serait-il permis de le voir? demanda-t-il aux gardiens. — Venez, seigneur père, répondirent ceux-ci, vous pouvez entrer dans son appartement. — Quand Severinus fut introduit, l'évèque jeta sur lui les yeux, mais ne put ni parler,
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1 Cette interrogation de Severinus laisse supposer qu'il avait assisté dans l'église de Nevers à un office public, et qu'ayant remarqué l'absence de l'évèque, il en demandait le motif. Les actes, tels que nous les avons, ne sont pas le texte primitif, mais une seconde rédaction faite à la demande de Magnus, évêque de Sens (801-818), par un anonyme, lequel déclare du reste n'avoir fait que mettre en style plus clair l'histoire primitive rédigée par le prêtre Faustus, disciple du saint abbé d'Agaune : Secundum inge-nioli nostri capacitalem ejusdem hislorice textum a/iquanto clariore propagare sennone; et liccl verba non ipsa, sensum tamen et ordincm ejusdem lectionis funditus exequendo, née etiam diversum aliquid huic textui inserendo, nisi quod a prœfato presbytère- eidem agnovimus historiœ insertum. (Bolland., Viia S. Se-verin., Prolog., xi febr.)
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ni faire aucun signe. Le saint abbé se prosterna et demeura longtemps en prière. Puis, se relevant avec vivacité et s'adressant àEulalius : Pontife du Seigneur, dit-il, parlez. — En ce moment la parole et l'ouïe revinrent au malade. Homme de Dieu, dit-il à l'inconnu, bénissez-moi. Vous êtes le thaumaturge que Jésus-Christ daigne envoyer pour me guérir. Que son saint nom soit béni dans les siècles des siècles, lui qui s'est laissé fléchir par vos prières! — Severinus tendit la main à l'évêque, et lui dit : Serviteur de Dieu, levez-vous, au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur. Reprenez vos vêtements et rendez grâces au Dieu qui vous a affligé dans sa miséricorde. Dans sa main, la verge était une récompense et plus tard vous vaudra une couronne. Aujourd'hui vous offrirez à l'autel le sacrifice auguste, et vous bénirez votre peuple fidèle. — Il n'avait pas encore achevé ces paroles, qu'Eulalius sortit de son lit, rendant grâces à Dieu de la guérison miraculeuse dont il venait d'être l'objet. Il se rendît avec le thaumaturge à la basilique, célébra les saints mystères et bénit le peuple. Severinus passa avec lui cette journée, et le lendemain il partit avec Transvarius. Ils arrivèrent bientôt à la ville des Parisii. Au moment où ils franchissaient la porte de la cité, ils virent un misérable lépreux, assis sur le bord du chemin, et demandant l'aumône aux passants. Le bienheureux Severinus, touché de compassion, s'arrêta et lui dit : Mon fils, que voulez-vous que je vous donne? — Puis s'approchant, il l'embrassa. De son doigt imbibé de salive il toucha ses plaies, invoqua sur lui le nom du Seigneur, et l'horrible lèpre disparut. Les témoins de ce miracle poussèrent des cris d'allégresse, et bénissant Dieu, ils escortèrent le saint homme, qui se rendit d'abord à l'église où il fit sa prière. On le conduisit ensuite à l’aula regia (palais du roi). Clovis était étendu sur un lit. Severinus le salua en disant : Vénérable roi, puissiez-vous recouvrer santé et force! — L'auguste malade lui répondit par quelques paroles pleines d'humilité et de respect. Severinus se prosterna alors devant le lit royal, et pria en se frappant la poitrine. Quand son oraison fut terminée, il se leva, détacha son manteau et en enveloppa Clovis. En ce moment, la fièvre cessa
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pour ne plus reparaître. Le roi se leva de sa couche, et, s'agenouillant, rendit grâces à Dieu. Le bienheureux Severinus demeura quelque temps à Paris, multipliant les guérisons miraculeuses, rendant la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la marche aux boiteux, chassant les démons du corps des possédés. Clovis lui dit un jour : Je vous en supplie, mon père, prenez dans mon trésor autant d'argent que vous voudrez et distribuez-le aux pauvres. Demandez-moi l'élargissement de tous les captifs détenus dans les fers. J'aurais grande joie à faire quelque chose qui pût vous être agréable. —Le bienheureux n'accepta de la munificence royale que le privilège de rendre la liberté aux prisonniers. Ce fut un touchant spectacle de le voir parcourir les geôles et briser de ses mains les chaînes d'une multitude de captifs. Cependant, comme l'ange le lui avait prédit, Séverin n'ignorait pas que sa mort était proche. Après avoir pris congé du roi et du peuple de Paris, il se mit en route. Arrivé à la montagne appelée Castrum Nantonis (Château-Landon)1, il se rendit à un oratoire construit en bois, et desservi par deux prêtres, Paschasius et Ursicinus. Frères bien-aimés, leur dit-il, je vous apporte mon misérable corps. C'est ici que je le déposerai, ainsi que Dieu me l'a fait connaître, et c'est de vos mains qu'il recevra la sépulture. Je vous recommande le prêtre Faustus et le moine Vitalis qui m'accompagnent. Le premier me sert depuis trente ans; le second est un modèle d'humilité et de foi. Ayez pour eux un cœur fraternel, et venez-leur en aide quand ils m'auront perdu. — Ayant ainsi parlé, il s'étendit sur une humble couche, et cette même nuit il expira. Au moment où son âme s'envolait vers les cieux, on vit comme un astre étincelant dont les rayons illuminèrent la pauvre cellule. Les prêtres Paschasius et Ursicinus lavèrent le corps inanimé, le revêtirent des
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1 Chateau-Landon, chef-lieu de canton du département de Seine-et-Marne, à 28 kilomètres de Fontainebleau, compte aujourd'hui deux mille cinq cents habitants. Il est bâti sur une éminence baignée par le Suzain. Childebert 1, fils de Clovis, y fit construire en l'honneur du thaumaturge une magnifique église et une abbaye de l'ordre de saint Augustin, qui furent plus tard affectées à la congrégation de sainte Geneviève.
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habits sacerdotaux et lui rendirent les honneurs de la sépulture. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, continue l'hagiographe, le tombeau du saint confesseur n'a cessé d'être glorifié par les miracles que le Roi des saints, notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ daigne y opérer. En témoignage de perpétuelle reconnaissance, le roi Childebert, fils de Clovis, construisit en l'honneur du bienheureux Severinus une basilique somptueuse et une abbaye pour les clercs chargés d'y célébrer les louanges du Seigneur 1. »
22. La guérison miraculeuse du roi des Francs produisit un effet immense dans toutes les Gaules, surtout à la cour des rois ariens Gondebaud de Lugdunum et Alaric II de Toulouse. Ce dernier comprenait à son tour la nécessité de ménager l'élément catholique et le parti gallo-romain qui se prononçaient chaque jour davantage en faveur de Clovis. Dans ce but, il promulgua vers cette époque un code de lois pour les Visigoths soumis à son empire. C'était la reproduction presque complète du Code Théodosien. Les changements ou additions qu'il crut devoir introduire furent tous concertés et approuvés d'avance par les évêques catholiques de ses états. Les bonnes dispositions de ce prince arien en faveur des prélats orthodoxes, se manifestèrent encore dans l'autorisation qu'il leur accorda de tenir un concile à Agatha (Agde), en Languedoc. Ils s'y trouvèrent au nombre de trente-cinq, en comprenant les députés de dix absents (506). Les canons et règlements de discipline, édictés par ce concile, sont importants et nombreux. On interdit aux évêques le droit d'aliéner les biens ecclésiastiques; mais on leur laisse la faculté d'affranchir les esclaves qui se trouveraient sur les terres de l'Église. Cette distinction montre quelle était dès lors l'attention des évêques et des conciles à ménager peu à peu, par les voies de la douceur et sans secousses trop violentes, l'extinction de l'esclavage dans les sociétés chrétiennes. — « Les laïques qui ne communieront pas à Noël, à Pâques et à la Pentecôte ne doivent pas être réputés catholiques. » — Si quelqu'un
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1 Bolland., Vit. Severin., loc. cit. On sait que le culte de saint Séverin s'est perpétué jusqu'à nos jours dans la ville de Paris, où l'une des paroisses les plus anciennes est placée sous son patronage.
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veut avoir un oratoire particulier dans sa terre, on lui permet d'y faire dire la messe pour la commodité de sa famille. Mais on réserve les fêtes de Pâques, Noël, l'Epiphanie, l'Ascension, la Pentecôte et les autres jours solennels où la messe devra être célébrée dans les églises paroissiales, et ne pourra être dite dans les oratoires particuliers sans une permission spéciale de l'évêque. On renouvelle la défense aux clercs et aux moines de voyager, sans l'autorisation et les lettres de leurs évêques ou de leurs abbés respectifs. — Enfin, le XLIP canon est relatif à un abus que nous avons déjà vu signaler sous une autre forme. La plupart des conciles précédents avaient proscrit la magie et toute espèce de divination, comme autant de vestiges d'idolâtrie. Mais l'amour naturel de l'homme pour le merveilleux, son désir incessant de sonder les secrets de l'avenir, firent reparaître la divination sous le manteau du christianisme. On prenait un livre de l'Écriture qu'on ouvrait au hasard, et l'on regardait comme un présage de l'avenir les premières paroles qu'on rencontrait ainsi à l'ouverture du livre. La superstition avait varié les formes de cette épreuve, appelée : Sort des saints. Quelquefois on plaçait le livre des Évangiles sur l'autel, afin qu'il reçût une sorte de bénédiction préparatoire. Cet abus persista longtemps, malgré la défense des conciles et la vigilance des pasteurs. Les canons d'Agde furent souscrits par les évêques les plus distingués de la Gaule méridionale, qui assistaient à ce concile : saint Césaire d'Arles, saint Quentien de Rhodez, saint Galactorius de Béarn ou Lescar, saint Glycôrius ou Lizier de Conserans1.