L’Esprit de la liturgie 21

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Chapitre deux

 

Musique et liturgie

 

   La place qu'occupe la musique dans la religion biblique se mesure très simplement au fait que les mots «chanter» ou «chant» apparaissent 309 fois dans l'Ancien Testament et 36 fois dans le Nouveau. Ils sont parmi les mots les plus utilisés de la Bible. Dans la rencontre de l'homme avec Dieu, la parole ne suffit plus: une part de lui‑même s'éveille et se met à chanter. Son monde personnel paraît soudain trop étroit pour ce qu'il voudrait exprimer, si bien qu'il invite la Création entière à chanter avec lui: Éveille‑toi, ma gloire. Éveille‑toi, harpe, cithare, que j'éveille l'aurore. Je veux te louer chez les peuples, Seigneur; jouer pour toi dans les pays; grand jusqu'aux cieux est ton amour, jusqu'aux nues, ta vérité (Ps 57 [56j, 9‑ 11).

 

------ à la fin du passage de la mer Rouge. --------- Moïse, et les enfants d'Israël avec lui, entonnèrent, en l'honneur de Yahvé, le chant que voici [...] (15, 1). -------Dans l'Apocalypse de Jean, libération et chant de louange sont également liés. ---------

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------- Et je vis (...] ceux qui ont triomphé [..) debout près de cette mer de cristal. S'accompagnant sur les harpes de Dieu, ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau (Ap 15, 2‑3). Ce paradoxe dépasse encore le précédent: face à ces monstres gigantesques ‑ aujourd'hui dotés de leur pouvoir médiatique et de leur puissance technologique ‑ c'est l'Agneau immolé qui l'emporte. Ainsi retentit encore, pour la dernière fois, le chant de Moïse, devenu maintenant le chant de l'Agneau.

 

   ------ Pour les chrétiens, le véritable Exode est la résurrection du Christ: il a en effet traversé la «mer Rouge » de la mort, est descendu dans le monde des ombres et a fait voler en éclats les portes de l'enfer. La signification de l'Exode se retrouve dans le baptême, qui nous unit au Christ dans sa descente aux Enfers, dans son ascension au Ciel, et nous fait entrer dans la communauté de la vie nouvelle. Épreuve puis libération, telle est la double réalité de l'Exode. --------------- ---------

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-------- -------le livre des Psaumes nous donne ------ une idée de la richesse instrumentale et de la variété des formes de musique vocale pratiquées en Israel. Chants ou prières, les psaumes déploient tout l'éventail de l'expérience humaine. Deuil, plainte, accusation même, angoisse, espoir, confiance, reconnaissance, joie ‑ la vie entière se reflète dans ce dialogue avec Dieu. Ces chants jaillissent soit d'une misère dont aucune puissance terrestre ne semble pouvoir nous délivrer, Dieu devenant le seul refuge, soit d'une confiance qui sait que, même au plus profond des ténèbres, l'épisode de la mer Rouge est une promesse définitive. Il est frappant d'observer que la plainte provoquée par une détresse sans issue s'achève presque toujours dans la confiance, comme si elle anticipait l'acte salvateur de Dieu. ------On pourrait ainsi considérer ces «chants nouveaux » comme de multiples variantes du chant unique de Moïse.

 

-------- Le psautier devient très naturellement le livre de prières de l'Église naissante, une Église dont les prières montent vers Dieu dans les chants. Bien évidemment, on prie maintenant le

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psautier avec le Christ. ------ Pour les chrétiens ‑ le Christ étant le véritable David ‑ ------Grâce à cette clé, les chrétiens investirent la prière d'Israël avec la conscience d'en faire un chant nouveau. Une interprétation trinitaire des psaumes était ainsi donnée: l'Esprit Saint, inspirateur du chant et de la prière de David, l'avait fait parler du Christ, par la bouche même du Christ. Cela nous permet, à travers les psaumes, de parler au Père par le Christ, dans l'Esprit Saint. -------- c'est l'Esprit Saint qui apprend à chanter à David, et par lui à Israel puis à l'Église, car le chant qui dépasse le langage ordinaire est un événement pneumatique. La musique de l'Église, à l'origine, est un «charisme», un don de l'Esprit, c'est la véritable « glossolalie», la langue nouvelle issue de l'Esprit. C'est elle qui donne lieu à la « sobre ivresse» de la foi. «Ivresse», parce que toutes les possibilités de la pure rationalité ont été dépassées, mais ivresse «sobre», parce que le Christ et l'Esprit vont de pair, et que ce langage ivre reste totalement sous la discipline du Logos, dans une nouvelle rationalité qui, au‑delà de toute parole, est au service de la Parole primordiale, fondement de toute intelligence. --------

 

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