Darras tome 34 p. 17
190 Le jésuite a passé, comme novice, deux années de recueillement
et de silence ; puis sont venus neuf ans d'études et cinq à six d'enseignement ; il vient d'être ordonné prêtre, il n'a point encore
rempli les fonctions du sacerdoce; le plus souvent il compte trenle-trois ans
d'âge et quinze ans de vie
religieuse: le religieux rentre au noviciat pour une troisième année de
probation. Ll va, pen-
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dant une année, renoncer encore à toute étude et à toute relation avec le dehors. Cette dernière épreuve a pour objet de l'exercer dans l'école du cœur. Ce prêtre a pu acquérir des connaissances étendues et variées ; il a pu donner déjà des preuves de dévouement et de zèle ; au sein de la solitude, dans une vie de retraite et de silence, rendu à Dieu et à lui-même, avant d'être livré aux autres, on va soigneusement l'appliquer « à tout ce qui affermit et fait avancer dans une humilité sincère, dans une abnégation généreuse de la volonté, du jugement même, dans le dépouillement des penchants inférieurs de la nature, dans une connaissance plus profonde, dans un amour plus grand de Dieu ; de cette sorte, après avoir fortifié dans son âme, après y avoir fait pénétrer plus avant encore cette vie véritablement spirituelle, il pourra mieux aider les autres à s'avancer dans les mêmes voies pour la gloire de Dieu et de Notre-Seigneur. » Pendant cette troisième année de probation, la grande carrière des Exercices est encore parcourue ; la prière, la méditation se prolongent ; l'esprit de l'institut, les conditions de l'apostolat, la pauvreté, la souffrance, l'obéissance, tout ce qui constitue les devoirs du religieux, est de nouveau étudié, approfondi. Quelques catéchismes aux petits enfants, quelques missions dans les campagnes, viennent seuls interrompre cette solitude et servir de prélude au ministère. L'année révolue, les supérieurs s'informent religieusement des progrès faits dans la vertu et dans la science, et, suivant le jugement que le père général porte lui-même sur les informations transmises, le grade est donné ; on est admis à prononcer les derniers voeux de coadjuteur spirituel et de profès. Ainsi, après les deux ans de premier noviciat viennent les trois vœux de religion, simples mais perpétuels ; après quinze à dix-sept ans d'épreuves ou d'études, après une troisième année de noviciat, viennent les vœux solennels de profès ou les derniers vœux de coadjuteur, telle est la gradation régulière. Si l'on daignait gravement réfléchir sur cette économie religieuse d'épreuves et de travaux préparatoires, on verrait que, pour façonner le jésuite, pour en faire un homme de bronze, S. Ignace a épuisé toutes les ressources d'un art patient et courageux. Alors sonne l'heure de
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l'action. La classe de septième au collège, la pénible surveillance du jour dans une étude, de la nuit dans un dortoir; la Chine, les Indes, les sauvages, les infidèles; l'Arabe, le Grec; les républiques, les monarchies ; l'ardeur des tropiques, les glaces du nord ; l'incrédulité, l'hérésie ; les campagnes, les cités; les résistances sanglantes du barbare, les luttes polies de la civilisation ; la mission, le confessional ; la chaire, les recherches studieuses ; les prisons, les hôpitaux, les lazarets, les armées ; l'honneur, l'ignominie ; la persécution, la justice; la liberté, les cachots; la faveur, le martyre : pourvu que Jésus-Christ soit annoncé, la gloire de Dieu propagée, les âmes sauvées, tout est, pour le jésuite, d'une égale indifférence. Tel est l'homme que les constitutions de S. Ignace ont voulu donner à l'apostolat catholique. Sans doute, il n'atteint pas toujours à toute perfection, du moins, il faut l'avouer, poursuivre un tel but n'est pas sans grandeur.
191. Il y a six états dans la compagnie. 1° Les novices se partagent en trois classes: novices destinés au sacerdoce, novices pour les emplois temporels et les indifférents, c'est-à-dire ceux qui entrent dans la compagnie avec les dispositions de la servir soit comme prêtres, soit comme coadjuteurs temporels, selon que les supérieurs les jugent capables. 2e Les frères temporels formés sont ceux qui sont employés au service de la communauté en qualité de sacristain, de portier, de cuisinier. Après dix années d'épreuves et lorsqu'il sont parvenus à l'âge de trente ans, on les admet aux vœux publics. 3° Les scolastiques ou écoliers approuvés sont ceux qui, après avoir terminé leur noviciat et fait à Dieu les vœux simples de religion, continuent la carrière des épreuves, soit dans les études privées, soit dans l'enseignement et dans les autres emplois, jusqu'à l'époque de leurs vœux spirituels. 4e Les coadjuleurs spirituels formés s'appellent ainsi, parce que, sans avoir encore la science et les talents acquis pour la profession des quatre vœux, on les juge propres au gouvernement des collèges et résidences, à la prédication, à l'enseignement, à l'administration et aux missions : il ne peuvent être promus avant trente ans d'âge et dix ans de religion. 5e Les profès des trois vœux se trouvent toujours en nombre fort restraint :
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Ce sont ceux qui, n'ayant pas toutes les qualités requises pour la profession des quatre vœux, se voient admis à la profession solennelle à cause de quelque autre qualité ou d'un mérite dont la compagnie peut tirer parti dans un certain ordre décidé ; leur emploi est le même que celui des coadjuteurs spirituels. 6° Les profès des quatre vœux composent la société dans toute l'acception du mot ; seuls ils peuvent être élus général, assistants, secrétaire général et provincial ; seuls ils ont le droit d'entrer dans les congrégations qui nomment les assistants et le général. Quant à l'observance des vœux et des règles, à la manière de vivre, il n'y a aucune différence entre ces divers degrés. Dans les soins du corps, dans le vêtement, dans la nourriture, dans le logement, depuis le général jusqu'au dernier novice, tout est basé sur le système de l'égalité parfaite. La compagnie, ne pouvant qu'éprouver les écoliers, ne s'oblige envers eux que sous condition ; eux s'obligent envers elle. Ils promettent de vivre, de mourir en observant les vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance ; ils s'obligent même à accepter le degré que, par la suite, les supérieurs jugeraient être plus en rapport avec leur caractère ou leurs talents. Les écoliers deviennent religieux par ce triple vœu dont, dans des occasions sagement déterminées, le général ou la congrégation a le droit de dispenser. La propriété de leurs biens leur est laissée; ils ne peuvent cependant pas en jouir ou en disposer sans l'agrément des supérieurs. S'ils veulent, avant de faire profession, donner à la société tout ou partie de leurs biens, les constitutions leur en laissent la faculté, mais ne leur en font ni une obligation, ni un devoir. Le temps d'épreuves fixé est de dix à dix-sept ans. Ils ne s'engagent par des vœux publics ou solennels qu'à l'âge de trente ans. Malgré la diversité des climats et la différence des caractères nationaux, tous doivent se soumettre au genre de vie prescrit par la Constitution. Les profès sont obligés à la pauvreté la plus entière. Leurs maisons ne doivent rien posséder, et ils s'obligent, même par un vœu particulier, à ne jamais consentir à une modification de ce vœu, à moins qu'on ne juge à propos d'étendre davantage sa rigueur. Il est ordonné à tous de ne briguer ou de ne convoiter aucune charge de la compagnie. Le pro-
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fès s'oblige à n'accepter aucune prélature, hors de l'Institut, aucun honneur, il ne doit jamais aspirer aux dignités ecclésiastiques, jamais les poursuivre, soit directement, soit indirectement. Il ne peut même en être revêtu que lorsque le Pape l'y contraint sous peine de péché mortel. C'était le meilleur moyen de fermer la porte aux ambitions et de conserver à l'Ordre les membres distingués. Les profès remplissent toutes les intentions pour lesquelles Ignace créa la Société de Jésus. Ils enseignent, ils prêchent, ils dirigent. Pour ces fonctions, ils ne doivent toucher aucun argent sous forme de salaire ou de récompense ; il ne leur est permis de recevoir que comme aumône. A ces dispositions qui sont le résumé d'un grand nombre d'articles spéciaux, le fondateur en ajoute beaucoup d'autres qui, par leur rédaction ou par leur portée, rentrent dans la catégorie de toutes les constitutions monastiques. L'Institut de la Société de Jésus n'avait point eu de modèle. II a servi à beaucoup d'autres mais il renferme tant de nuances diverses, il exige tant de perfection de la part de ceux qui se soumettent à sa pratique, il fut créé à une époque si exceptionnelle, qu'il ne faut pas trop s'étonner des tempêtes qu'il souleva, des adhésions qu'il provoqua et de la singularité même qui le caractérise, singularité qu'il a fait sa force, quand tous les autres corps s'affaiblissaient ou se contentaient de vivre 1.
102. A toute société, il faut un gouvernement ; dans la société de Jésus, pour maintenir la vigueur des lois, ainsi que l'unité d'esprit et de but, pour conserver l'harmonie des moyens et la subordination des membres, il fallait une autorité, le général de la compagnie en est le titulaire : il n'exerce toutefois son pouvoir que dans la plus parfaite dépendance a l'égard du vicaire de Jésus-Chrit, chef suprême et unique de l'Eglise. Quand il y a lieu de nommer le général, la société s'assemble en congrégation dans chaque province, le père provincial et deux profès élus par la congrégation provinciale se rendent à Rome pour composer la congrégation générale. Celle-ci procède également par voie d'élection ; c'est ainsi que la
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1.Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. I, p. 50.
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société, représentée par les députés des provinces, élit le général. On lui donne, pour l'exercice de sa fonction, un conseil de six assistants, hommes éprouvés et expérimentés, appartenant à l'Allemagne, à la France, à l'Espagne, au Portugal, à l'Italie et à la Pologne. La société désigne encore un Admoniteur qui a mission de le soutenir comme un confesseur, un ami, un père. Du reste, l'autorité du général n'a pas d'autre contrôle ordinaire : il est obligé de prendre des conseils; mais il nomme à toutes les charges et reste seul juge de sa détermination. En cas d'excès, il pourrait être déposé ; il n'y en a pas d'exemple. Tous les membres de la Compagnie sont soumis au général et lui doivent obéissance. Tous peuvent librement recourir à lui : il est le père commun : la subordination est grande, mais les recours sont nombreux et faciles. — La Compagnie est divisée en provinces. Dans chaque province, un provincial est le supérieur de tous les établissements qu'elle renferme ; il les visite lui-même exactement chaque année ; tous peuvent aller à lui pour leurs besoins, et leurs peines. Le provincial a ses consulteurs et son admoniteur nommés par le général : il doit prendre leur avis. Enfin chaque maison a un supérieur propre, soumis au provincial et au général ; ce supérieur a aussi son admoniteur et son conseil. Aux trois degrés de sa hiérarchie, la société nous offre un pouvoir établi dans la triple condition d'assistance, de contrôle et de responsabilité : l'autorité est éclairée, limitée et forte. La sagesse possède ainsi toute sa lumière et l'action toute sa puissance. Le général est à vie ; les autres supérieurs sont nommés pour trois ans ; ils peuvent être renouvelés, mais aspirent ordinairement peu à cette prolongation du fardeau. Une telle organisation porte avec elle beaucoup de force et de douceur, d'ordre et de paix. C'est un rouage facile et régulier qui fonctionne sous une sérieuse garantie. « Les règles, les conseils, les libres communications, les recours toujours ouverts et le principe intérieur qui est l'âme de tout, se réunissent pour produire un état de chose, où nulle autorité n'est indépendante ni absolue. Les lois seules ont un souverain empire1. »
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193. Les Monita virent le jour à Cracovie, en 1612. Ils circulèrent d'abord en manuscrit ; distribués mystérieusement, sous le manteau, on les lisait et les faisait relire à huis-clos. Puis, la plume des copistes ne suffisant plus à la curiosité des lecteurs, ils furent imprimés, et parurent sans nom d'auteur, sous le titre de Monita privata societatis Jesu, Seulement, pour détourner les soupçons, on feignit qu'il venaient de Padoue, en passant par Vienne en Autriche et qu'ils avaient été traduits de l'espagnol en latin. Ces données assez incohérentes auraient suffi à rendre le nouvel ouvrage suspect, les infamies qu'il contenait excitèrent l'indignation. Nul honnête homme ne put s'arrêter un moment à la pensée que ce code monstrueux d'hypocrisie et d'ambition eût rien de commun avec les règles d'une compagnie louée par le concile de Trente, approuvée par les papes, et déjà riche en héros et en saints. Mais quel était l'auteur du libelle? On l'ignorait. Content d'avoir lancé son venin contre les fils de Saint Ignace, le calomniateur était rentré dans l'ombre. Les soupçons se portèrent d'abord sur un calviniste polonais, puis finirent par se fixer sur Jérôme Zaorowski, curé de Goz-dziec. Ce malheureux s'était fait chasser de l'Ordre en 1611. A partir du jour de son expulsion, les murs de Cracovie avaient été fréquemment couverts de placard injurieux à la Compagnie. La rumeur publique les lui attribuait et il ne les avait pas désavoués. On ne douta pas que les Monita ne vinssent de la même source, et ne fussent eux aussi le fruit de la rancune et de l'orgueil froissé. Cette opinion parait aujourd'hui encore fort vraisemblable. Tout, en effet, dans ce livre, dénonce la plume d'un apostat. C'est un pastiche continuel du style des constitutions de Saint Ignace. L'auteur leur emprunte à chaque instant des tours de phrases, et parfois des phrases entières. Il avait certainement lu les Monita generalia du P. Claude Aquaviva; et c'est sur eux qu'il calqua ses Monita privata. Quoi qu'il en soit, Pierre Tilicki, évêque de Cracovie, homme d'un grand mérite et d'une haute vertu, s'empressa d'instituer une procédure juridique pour rechercher l'auteur du pamphlet. « On a répandu, écrivait-il le 11 mai 1645, contre la Compagnie de Jésus, cet ordre si digne de respect, un libelle diffamatoire, intitulé Instructions secrètes,
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propre à flétrir tout l'ordre ecclésiastique.... Nous ne pouvons souffrir qu'un crime aussi énorme demeure impuni et provoque la vengeance divine1. » Le nonce revêtit de l'autorité apostolique les procureurs de l'évêque ; mais le faussaire avait pris ses mesures, on ne parvint pas à le découvrir. Après la mort de Tilicki, l'administrateur pendant la vacance condamna les Instructions secrètes comme un libelle diffamatoire, un écrit injurieux, rempli de calomnies, d'outrages, de sarcasmes et nuisible et pernicieux à tous ceux qui voudraient le lire. Cette condamnation fut affichée à la porte de toutes les Églises de Cracovie. A Rome, le 10 mai 1616, dans la congrégation générale des cardinaux, le libelle fut mis à l'Index, comme faussement attribué à la compagnie de Jésus, et plein d'inculpations calomnieuses et diffamatoires. Au mois de mars 1621, un autre décret de la même congrégation fît insérer les Monita privata dans le catalogue imprimé des livres défendus. Ainsi cet opuscule dont on ne connaît pas l'auteur, dont personne n'ose s'avouer l'éditeur, est condamné dès sa première apparition par l'évêque de Cracovie, par tous les évêques de Pologne; par la congrégation de l'Index, comme l'œuvre d'un faussaire et d'un diffamateur. Le P. Gretser qui, dans une réfutation solide, en a repoussé les grossières calomnies, a trouvé pour caractériser le libelle, un mot heureux et décisif: Testimonium sine teste : c'est un témoignage qui n'est avoué par personne et dont ne peuvent se prévaloir que les gens sans raison ou sans honneur.
194. La Compagnie de Jésus a-t-elle des doctrines qui lui soient propres ? Quel esprit la dirige dans l'enseignement de la religion ? La Compagnie, à proprement parler, n'a pas de doctrines qui lui appartiennent ; elle adopte les doctrines les plus communément autorisées dans l'Église ; quand, sur une doctrine, il n'y a pas d'enseignement commun et autorisé, les Jésuites sont libres, comme tous les chrétiens, de choisir une opinion à leur gré. Chez les Jésuites, comme parmi les chrétiens et les prêtres, on tient à la maxime de S. Augustin : In necessariis unitas, in
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1 Mavel, Questions controversées, t. I, p. 157.
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dubiis libertas, in omnibus charitas. « Que les nôtres, écrit S. Ignace, suivent en chaque faculté la doctrine la plus approuvée et celle qui offre le plus de vérité : Securiorem et magis approbatem doctrinam1. » En théologie, saint Thomas d'Aquin, l'ange de l'Ecole et la gloire de l'Ordre des Frères pécheurs, est déclaré le docteur propre des maîtres et des élèves de la Compagnie, sans que l'on soit asservi toutefois à suivre en aveugle ses opinions. Ainsi, dans les questions librement controversées entre les théologiens, le jésuite est libre d'opiner comme bon lui semble, pourvu qu'il le fasse avec raison et maturité. Un ordre religieux a surtout besoin d'harmonie et de paix intérieure ; l'union de ses membres est sa vie! La différence d'opinion et de doctrine, en divisant les esprits, pourrait diviser les cœurs. On conçoit donc que S. Ignace ait recommandé aux religieux de sa Compagnie d'éviter, autant que possible, cette diversité d'enseignements et d'opinions qui avec l'union ôte la force et peut offrir un scandale aux faibles. Pour en écarter le danger et veiller à l'intégrité de la doctrine, les constitutions soumettent à un examen et à une autorisation préalables, tous les livres qu'un religieux de la société veut offrir au public. Jamais cependant la Compagnie par l'emploi de ces sages précautions, n'a pu prétendre que le moindre enseignement de chacun de ses écrivains ou de ses professeurs devint l'enseignement de tout le corps ; ni que l'approbation de deux ou trois examinateurs et d'un supérieur imprimât au livre d'un Jésuite, une sanction de vérité irréfragable. Ces examinateurs peuvent se tromper, alors l'Eglise les redresse. Quant à imputer, aux Jésuites, une doctrine particulière, un enseignement de corps, une théologie à eux, c'est une imputation frivole, une conception fantastique. Il est contraire à la justice et au bon sens d'imputer, à tout le corps, les erreurs de quelques membres. L'intention de S. Ignace n'a pas été d'asservir les esprits, mais de les régler ; de proscrire toute liberté d'opinion, mais de prévenir les abus qui en pourraient naître. Telles sont les règles des Jésuites quant a la doctrine, et tel est le véritable caractère que présentent les nombreux auteurs de la Compagnie. 1
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Instit. Soc. t. I, [>. 3S3.
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195. Une société si sage dans ses pensées, si forte dans son organisation hiérarchique, est, à coup sûr, un chef-d'œuvre de sagesse. De nos jours, cependant, nombre d'esprits éclairés, sans être dépravés, gardent, à son endroit, des préjugés étranges. On croit que, chez les Jésuites, le pouvoir est despotique et l'obéissance servile ; on cite, à l'appui, le Perinde ac cadaver, le Caeca quadam obe-dientia et autres petites rubriques mal comprises, qu'on dirait colportées, tout exprès pour dispenser de sens commun. «Tous s'étudieront, dit S. Ignace, à observer principalement l'obéissance et à y exceller... Il faut avoir devant les yeux notre créateur et notre Seigneur, à cause duquel on rend l'obéissance à l'homme. » C'est ce qui la justifie et l'ennoblit. Il ne faut pas que les cœurs soient ployés sous le joug de la crainte ; aussi le saint législateur ajoute : « Il faut apporter tous les soins pour agir dans un esprit d'amour, et non avec le trouble de la crainte. Dans toutes les choses auxquelles l'obéissance peut s'étendre avec charité, soyons aussi prompts et aussi dociles que possible à la voix des supérieurs, comme si c'était la voix même de Jésus-Christ ; car c'est à lui que nous obéissons dans la personne de ceux qui tiennent pour nous sa place. Portons-nous donc avec grande promptitude, avec joie spirituelle et persévérance à tout ce qui nous sera ordonné, renonçant par une sorte d'obéissance aveugle à tout jugement contraire, et cela dans toutes les choses réglées par les supérieurs et où il ne se trouve point de péché. » Ici se trouve le mot célèbre et si souvent objecté : « Que chacun soit bien convaincu qu'en vivant sous la loi d'obéissance, on doit sincèrement se laisser porter, régir, remuer, placer, déplacer par la divine Providence, au moyen des supérieurs, comme si on était mort, perindi ac cadaver ; ou bien encore comme un bâton que tient à la main un vieillard et qui lui sert à son gré. Ainsi le religieux obéissant accomplit avec joie ce dont il est chargé par le supérieur pour le bien commun, certain par là de correspondre à la volonté divine1, » bien mieux que si, sous l'inspiration du jugement propre, il faisait des entreprises au gré d'une liberté inconsidérée et quelquefois par les mouvements d'une volonté ca-
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1 Institut. Soc. t. 1, p. 407.
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p27 CHAP. XII. — LES CONSTITUTIONS DELV COMPAGNIE DE JÉSL'S.
pricieuse. S. Ignace a beaucoup insisté, sans doute, sur la vertu et la perfection de l'obéissance ; mais il n'a rien dit de plus fort que les autres fondateurs de sociétés religieuses. S. Benoit, S. François d'Assise, S. Basile de Césarée dirent équivalement la même chose ; ces expressions de mort, de cadavre, de bâton, d'obéissance aveugle se retrouvent dans les saintes Écritures, dans les Pères et dans les Maîtres de la vie spirituelle. L'obligation qu'elles expriment, volontairement contractée, n'est pas autre chez les Jésuites qu'ailleurs ; cette obéissance est honorable, parce qu'elle est subordonnée au bien général et rapportée à Dieu représenté par celui qui commande ; enfin elle est tempérée par le droit de représentation. Les expressions incriminées doivent se référer à la doctrine qu'elles expliquent et la doctrine elle-même se contrôle par l'ensemble des règles.
