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Liberté et Vérité
Dans la conscience de l'humanité d'aujourd'hui, la liberté apparaît comme le bien suprême, auquel tous les autres sont subordonnés. -------Des valeurs qui sont en concurrence avec la liberté et peuvent nécessiter une limitation de celle‑ci apparaissent comme des entraves, des «tabous », c'est‑à‑dire des reliquats d'interdits ou de peurs archaïques. ------
--------- C'est le mot de Pilate qui exprime le mieux l'attitude moderne: «Qu'est‑ce que la vérité? ». Celui qui affirme être au service de la vérité par ses paroles et par ses actes doit s'attendre à être traité de fou ou de fanatique. Car « le regard vers l'au‑delà nous est fermé ». Cette parole de Goethe, dans Faust, caractérise notre sensibilité moderne.
Qu'est‑ce que la liberté?
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------- Je crois que ce qui est généralement contenu dans l'exigence de liberté est exposé de façon très juste par Karl Marx lorsqu'il exprime son rêve de liberté. Dans la société communiste, il deviendra possible de «faire ceci aujourd'hui, et cela demain, chasser le matin, pêcher l'après‑midi, le soir faire de l'élevage, et se livrer à la critique après le dîner, exactement comme j'en ai envie1 ». ---------la liberté signifierait que la volonté individuelle est la seule norme de notre action, que la volonté peut tout vouloir et a la possibilité de réaliser tout ce qu'elle a voulu. --------- une volonté non rationnelle est‑elle vraiment une volonté libre? --------
------------N'oublions pas que le marxisme, une des grandes forces politiques de notre siècle, a prétendu conduire au monde nouveau de la liberté et de l'homme libéré. C'est précisément la prétention de connaître le chemin conduisant scientifiquement à la liberté et la promesse de créer un monde nouveau qui a séduit beaucoup des esprits les plus audacieux de notre époque. Ce système apparut comme la force qui pouvait enfin
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transformer la doctrine chrétienne du salut en une réelle action de libération, comme la force qui pouvait ramener le règne de Dieu à un véritable règne de l'homme. ---------- Personne ne peut sérieusement nier que ce qu'on avait supposé être un mouvement de libération a été, à côté du national‑socialisme, le plus grand système d'esclavage des temps modernes. L'ampleur de la destruction cynique de l'homme et du monde est certes souvent passée sous silence, elle ne peut plus être mise en doute...
Pourtant, la supériorité morale apparente du système libéral en politique et en économie ne provoque aucun enthousiasme. Le nombre est trop grand de ceux qui n'ont pas part aux fruits de cette liberté, ou même qui perdent toute liberté: le chômage redevient un phénomène de masse; le sentiment d'être inutile, surnuméraire, est au moins aussi douloureux que la pauvreté matérielle. Le philosophe polonais Andrej Szizyplorski a décrit sans complaisance le dilemme de la liberté qui a résulté de la chute du mur: --------- La criminalité organisée exploite les opportunités du monde libéral, et partout guette le spectre du non-sens. -------- ---------- pour la pensée européenne, à la lumière de la tradition des deux derniers siècles, la révolution anticommuniste a signifié aussi la fin des illusions des Lumières, c'est-à‑dire la destruction du socle intellectuel sur lequel reposait le développement européen. Nous sommes entrés dans une époque singulière, inconnue jusqu'ici, d'uniformité de l'évolution sociale. -----
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---------- Mais s'il en est ainsi, la pensée des Lumières tout entière n'a plus de valeur. Peut‑être la vieille machine à vapeur des Lumières, après deux siècles de bons et loyaux services, sans problèmes, s'est‑elle arrêtée sous nos yeux et par notre fait. Et la vapeur se perd dans les airs. S'il en est effectivement ainsi, les perspectives sont bien sombres2. »
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