La foi chrétienne hier et aujourd’hui 38

FOI CHRÉTIENNE

hier et aujourd'hui

 

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I. LE PRIMAT DU “LOGOS”

 

   La foi chrétienne en Dieu représente, en premier lieu, une décision pour le primat du logos, contre la simple matière.

 

L'affirmation « Je crois que Dieu existe » inclut l'option que le Logos, c'est‑à‑dire la Pensée, la Liberté, l'Amour, ne se trouve pas seulement à la fin mais aussi au commencement; le Logos est la puissance qui crée et embrasse tout être.

 

En d'autres termes, croire, c'est reconnaître que la pensée et le sens ne sont pas un produit accessoire et fortuit de l'être, mais que tout être est un produit de la Pensée, qu'il est lui‑même « pensée » dans sa structure la plus intime.

 

Ainsi la foi représente, en un sens spécifique, une décision pour la vérité, l'être étant pour elle vérité, intelligibilité, sens; ce ne sont pas des ajouts de l'être, qui auraient pris naissance un jour quelque part, sans signification décisive et structurante pour l'ensemble de la réalité.

 

   Cette option pour la structure intelligible de l'être, pour son origine relevant du sens et de l'intelligence, implique en même temps la foi en la création.

 

La foi en la création, c'est en effet la conviction que l'esprit objectif, décelable dans tous les êtres et qui nous permet de comprendre de mieux en mieux les êtres, n'est que l'empreinte et l'expression d'un Esprit subjectif; c'est la conviction que la structure logique inhérente à l'être et que nous pouvons re‑penser (nach‑denken/vor‑denken) est précisément l'expression d'une Pensée pré‑alable qui lui a donné d'être.

 

   D'une manière plus précise dans le langage pythagoricien qui parle d'un Dieu‑Géomètre transparaît l'intuition de la structure mathématique de l'être, reconnaissant que l'être est « pensé » et présente une structure intelligible.

 

On y trouve exprimée l'idée que la matière elle‑même n'est pas pur non‑sens (Unsinn), rebelle à toute connaissance; elle a un contenu de vérité et d'intelligibilité, qui permet la saisie intellectuelle. Cette intuition a acquis de nos jours une densité particulière, grâce à l'exploration de la structure mathématique de la matière, grâce aux possibilités que les mathématiques nous offrent pour la connaître et l'exploiter.

 

Einstein disait que les lois de la nature révélaient « une raison tout à fait supérieure, au point que les créations de la pensée humaine n'étaient

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en comparaison qu'un reflet bien insignifiant 18 ».

 

En d'antres termes notre pensée ne fait que reprendre et redécouvrir une pensée antérieure inscrite dans la réalité. Notre pensée ne peut que s'efforcer de rejoindre de façon bien pauvre cette pensée objectivement réalisée dans les êtres, pour y trouver la vérité.

 

Ainsi la conception mathématique du monde a en quelque sorte discerné, à travers la mathématique de l'univers, le “Dieu des philosophes», mais aussi avec toute sa problématique.

 

Témoin, par exemple, le rejet obstiné par Einstein du concept d'un Dieu personnel; selon lui, il serait une représentation «anthropomorphe », liée à une « religion de crainte et à une « religion morale ».

 

Il y oppose la «religiosité cosmique », seule authentique, et qui pour lui se traduit “dans une extase ravie devant l'harmonie des lois de la nature», dans une « foi profonde à la raison qui préside à l'architecture du monde» et dans le « désir de comprendre ne fût‑ce qu'un tout petit reflet de cette Raison qui se révèle dans le monde 19”.

 

   Tout le problème de la foi en Dieu est posé ici: d'une part on voit la transparence de l'être qui, en tant que « pensé », renvoie à un Acte de penser; mais en même temps on se heurte à l'impossibilité de mettre cet Acte en relation avec l'homme.

 

Ici apparaît la barrière qu'une notion trop étroite et insuffisamment creusée de la «personne », oppose à l'identification du «Dieu de la foi » et du «Dieu des philosophes».

 

   Avant d'aller plus loin, je voudrais encore évoquer le mot d'un autre savant. James Jeans a dit: « Nous découvrons dans l'univers les traces d'une puissance qui organise et qui contrôle; cette puissance a quelque chose de commun avec notre propre esprit individuel, non pas, d'après nos découvertes actuelles du moins, la sensibilité, la morale ou la faculté esthétique, mais la tendance à penser d'une certaine manière que, faute de mieux, nous avons appelée géométrie 20. »

 

Nous retrouvons la même optique: le mathématicien découvre la mathématique du cosmos, le fait

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que les êtres sont le produit d'une pensée. C'est tout. Il n'atteint que le Dieu des philosophes.

 

   Mais faut‑il s'en étonner? Comment le mathématicien, qui regarde le monde sous le seul angle mathématique, pourrait‑il trouver autre chose dans l'univers que de la mathématique?

 

Ne faudrait‑il pas plutôt l'inviter à regarder le monde sous un angle différent? N'a‑t‑il jamais admiré un pommier en fleur, ne s'est‑il jamais étonné du processus de fécondation, qui ne se réalise, à part le rôle de l'abeille et de l'arbre, que par le biais de la fleur, incluant ainsi la merveille tout à fait superflue du beau?

 

Cette merveille elle‑même, peut‑elle être comprise sans référence au Beau qui existe indépendamment de nous? Si Jeans prétend que l'Esprit de l'univers est dépourvu de sens esthétique, on peut lui objecter tranquillement: la Physique, certes, ne le découvrira jamais, puisque, dans sa recherche, elle fait naturellement abstraction du sentiment esthétique et de l'attitude morale; comme elle explore la nature dans un esprit purement mathématique, elle ne peut logiquement en percevoir que le côté mathématique.

 

La réponse est toujours fonction de la question posée. Mais l'homme qui cherche à comprendre le tout, sera obligé de dire: dans le monde nous trouvons incontestablement de la mathématique objective; mais nous y trouvons aussi bien la merveille extraordinaire et inexpliquée du beau; au point qu'il est contraint de reconnaître que le Mathématicien qui a créé ces réalités, a déployé une imagination créatrice exceptionnelle.

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon