Islam 12

Darras tome 18 p. 363


12. « Dans l'impossibilité où nous sommes de raconter toutes les grandes œuvres d'un pontife dont la mémoire ne s'effacera jamais de nos coeurs, c'est pour nous un devoir de signaler du moins les plus importantes. Son zèle était sans bornes, sa vigilance s'étendait sur tous les besoins. Il se préoccupa de la situation de la ville maritime de Porto-Romano, exposée plus particulièrement aux ravages des abominables Sarrasins. Là encore Dieu l'inspira d'une manière visible; il se trouva qu'une multitude d'insulaires chassés de la Corse leur patrie par ces ennemis du nom chrétien vinrent chercher un asile sur les côtes d'Italie. Ces malheureux exilés erraient ça et là dans les campagnes, sans abri, sans ressources. Enfin ils se déterminèrent à venir à Rome, ce qu'ils auraient dû faire tout d'abord, et furent présentés à notre très-bienheureux seigneur le pape Léon. Celui-ci s'entretint longtemps avec leurs chefs, qui lui racontèrent leurs désastres passés, leur triste situation actuelle et lui demandèrent de les recevoir dans ses États, promet­tant de le servir, lui et ses successeurs, en toute fidélité et obéis­sance. Le pontife rendit grâces à Dieu qui lui envoyait ainsi une population dévouée qu'il pouvait immédiatement établir à Porto-Romano. Si vous dites vrai, leur répondit-il, si réellement vous êtes disposés à jurer obéissance au saint-siége en qualité de bons et fidèles sujets, nous avons sous la main un territoire excellent à vous donner. La cité que nous vous destinons est sûre et bien for­tifiée. Tout récemment, avec l'aide de notre divin Rédempteur, nons en avons réparé les tours et les remparts. S'il vous convient de vous y fixer, nous vous donnerons les vignes, les terres et les pâturages voisins. Vous y pourrez vivre du fruit de votre travail, vous, vos femmes et vos enfants. Le sol se prête également à la culture et à l'élevage des troupeaux. — En entendant ces paroles, les Corses témoignèrent toute leur joie et toute leur reconnaissance an pontife ; ils le supplièrent de les faire accompagner par ses re­présentants dans la cité dont on leur parlait et qu'ils ne connais­saient point encore. La réalité dépassa toutes leurs espérances, et ils

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s'écrièrent d'une voix unanime : Si notre pape et seigneur daigne nous accorder cette ville et le territoire qu'on vient de nous faire parcourir
par ses ordres, nous jurons de nous y fixer et de rester, nous et nos familles, à jamais, les reconnaissants et fidèles sujets du bienheureux
apôtre Pierre. — Leurs chefs revinrent avec les envoyés romains faire la même déclaration. L'établissement officiel eut lieu. Un rescrit pontifical enjoignit aux nouveaux habitants de prêter ser­ment de fidélité au pape et à ses successeurs, ainsi qu'aux augustes empereurs Lothaire et Louis II. La concession de la ville était faite aux Corses à la condition expresse que s'ils venaient jamais à vio­ler leur serment d'obéissance au saint-siège, ils perdraient par le
fait même tous leurs droits. Les territoires environnants furent dis­tribués entre chaque famille par les envoyés du pape, avec toutes
les réserves de droit en faveur des propriétaires déjà établis et des monastères préexistants. Une charte authentique de ce partage fut dressée et revêtue de la sanction du pontife, qui y fit insérer la même clause de déchéance en cas de forfaiture.»

 

13. « C'est ainsi que le saint pontife, au lieu de garder la propriété des domaines qui appartenaient à son État ou de les vendre
pour grossir ses trésors, sacrifiait les intérêts temporels à la défense de la patrie et à la sécurité des peuples confiés à sa garde. Partout
où il pouvait recruter des hommes vaillants et robustes, il les atti­rait dans ses Etats et leur offrait une existence assurée. Après ces grandes œuvres, nous pourrions citer une quantité d'opuscules de ce genre, s'il est permis de s'exprimer de la sorte. Ainsi les anti­ques cités d'Orta et d'Amerino, depuis longtemps abandonnées, ne servaient plus qu'à donner asile aux voleurs ou aux bandits de grand chemin qui en faisaient leur repaire. Les remparts en étaient détruits jusqu'aux fondements. Le peu d'indigènes qui les habitaient encore était dans l'impossibilité de résister à la moindre attaque.
Le bienheureux pontife repeupla ces deux villes, releva leurs mu­railles, chassa les brigands et les larrons, et rétablit l'ancienne prospérité de ces lieux si longtemps déserts. »

14. Les soins de l'administration temporelle ne faisaient pas négliger au très-bienheureux pontife ceux du gouvernement spiri-

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tuel de l'Église. Sa sollicitude s'étendait à tous les pasteurs des âmes, évêques, prêtres, diacres, en un mot à tous les rangs de la milice chrétienne. Il voulut faire revivre l'antique discipline, en donnant, d'après l'autorité des canons et des pères, une règle uni­forme à tout le clergé, afin que chacun des ministres du Seigneur pût remplir ses fonctions dans la sainteté et la régularité d'une vie exemplaire. Dans ce but, il s'adressa aux sérénissimes empereurs Lothaire et Louis II pour les informer qu'avec l'assistance de l'Esprit-Saint il était résolu de convoquer à Rome un concile de tous les évêques d'Italie. Ce synode solennel s'ouvrit dans la basilique du bienheureux apôtre Pierre le 3 décembre de l'indiction IIe (854). Soixante-sept évêques y étaient réunis sous la présidence du pape. Les empereurs s'y firent représenter par quatre évêques, Joseph d'Eporedia, Noting de Brescia, Pierre de Spolète et Pierre d'Arezzo. Le diacre Paul y fut délégué pour tenir la place de l'archevêque Jean de Ravenne. Tous les prêtres, diacres et clercs de Rome y assistèrent. Le très-bienheureux pontife fit donner lecture de qua­rante-deux capitules ou décrets relatifs à la direction des âmes, au gouvernement des églises et à la discipline cléricale. Cette promul­gation fut faite par les diacres du siège apostolique. Léon IV ordonna que ces capitules seraient transcrits à la suite des autres décrets pontificaux dans les collections canoniques, pour avoir force de loi à perpétuité et pour servir à tous les évêques dans l'ad­ministration de leurs diocèces et l'enseignement de leurs peuples. Le synode se termina par la déposition canonique d'Anastase, prêtre cardinal du titre de Saint-Marcel, lequel depuis cinq ans avait abandonné sa paroisse pour passer à l'étranger où il est encore. Dans l'intervalle il avait refusé de se présenter à deux conciles tenus précédemment. En dernier lieu, il refusa encore d'obtempérer aux lettres du pape et à la citation canonique qui lui fut faite per­sonnellement par les trois évêques Nicolas, Pétronax et Jean. La sentence de déposition prononcée contre lui fut adoptée à l'unani­mité, et il demeura privé de tout honneur sacerdotal. »

 

15.  « Parmi les cités de second ordre qui durent au bienheureux pontife comme une sorte de résurrection, nous ne pouvons omet-

 

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tre la ville de Centumcella (aujourd'hui Civita-Veechia). Depuis quarante ans les murailles en étaient détruites et les maisons aban­données. Tous les habitants avaient fui, chassés par la terreur des Sarrasins. Errants dans les forêts, cachés dans des cavernes, ils vivaient à l'abandon et dans de continuelles angoisses, n'ayant de repos ni jour ni nuit, craignant sans cesse de tomber aux mains des farouches pirates. Le très-miséricordieux pontife gémissait sur le sort de ces malheureux exilés. Plus d'une fois on le vit verser des torrents de larmes au récit d'une telle infortune. Il ne cessait de supplier le Seigneur, afin qu'il daignât lui faire connaître en quel lieu il pourrait rétablir la ville de Centumcella dans une situation qui fût à l'abri des terribles envahisseurs. Il alla en personne re­connaître la côte et étudier toutes les localités environnantes. Dans ce voyage d'exploration, il remarqua un site facile à fortifier du côté de la mer et défendu du côté de la terre par de hautes collines. Des cours d'eau fort abondants pouvaient être utilisés pour l'éta­blissement de nombreux moulins. Avant de raconter les travaux que le pontife y fit bientôt exécuter, il faut d'abord faire connaître un incident qui marqua toute cette entreprise d'un caractère vrai­ment surnaturel. Une nuit, s'étant endormi en pensant à l'oeuvre qu'il projetait, le saint pontife se vit transporté en songe dans le site qu'il avait choisi et qui se trouve à la distance de douze milles de l'antique Centumcella. Il lui semblait être accompagné par un maître des milices, nommé Pierre, à qui dans ce songe il venait de confier l'exécution de tous les travaux. Ensemble ils parcouraient les divers points du sol, traçant le plan des murs, l'alignement des édifices. Et comme l'étroitesse du site ne permettait pas que la nouvelle cité eût plus de deux portes, le pontife désigna du doigt au maître des milices la place précise où chacune d'elles devait être établie. Au matin, le bienheureux pontife fit appeler Pierre, lui détailla tout le plan qu'il avait vu se dérouler en songe, lui re­mit les sommes d'argent nécessaires pour l'exécution, et l'envoya réunir tout le peuple de Centumcella pour commencer les travaux. Or, la nouvelle cité aujourd'hui si brillante, fut entièrement bâtie selon le plan que le bienheureux pontife avait vu dans son sommeil

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ou plutôt dans une véritable vision. Elle prit le nom de Léopolis; Quand elle fut terminée, le pontife éprouva une vive joie à la montrer à ses fidèles. En arrivant aux portes dont il avait désigné l’em­placement dans son sommeil prophétique, il rendit grâces à Dieu de lui être ainsi venu en aide, et d'avoir désigné un emplacement où l'eau, la pierre, le sable, se trouvaient en abondance, de sorte que le peuple chrétien de ces contrées avait désormais un abri sûr et des murailles faciles à entretenir, à réparer et au besoin à agran­dir. La dédicace de Léopolis se fit avec les mêmes cérémonies que celle de la cité Léonine. Au chant des litanies et des psaumes, le pape fit processionnellement à pied le tour de l'extérieur; il pro­nonça du haut des remparts les trois oraisons en l'honneur de la très-sainte Trinité ; il fit faire sur les murailles l'aspersion de l'eau sainte et célébra ensuite la messe pontificale. Une distribution de secours en argent fut faite au peuple ; enfin, recommandant à la protection du Tout-Puissant la ville nouvelle et toutes les familles qui étaient venues l'habiter, il reprit la route de Rome où il rentra le 15 octobre indiction IIe (854), le jour même où tous les travaux des remparts venaient d'être complètement terminés. La population romaine fit à son pasteur une réception triomphale. »

 

   16.   « Or, vers cette époque, un maître des milices, du nom de Daniel, homme d'iniquité, dans un sentiment de haine, et de jalousie, quitta Rome et se rendit près du sérénissime empereur Louis, pour y accuser le pape et les Romains de trahison envers la ma­jesté impériale. Ses calomnies étaient surtout dirigées contre l'éminentissime Gratianus, général en chef des troupes romaines, gou­verneur du palais de Latran et l'un des plus fidèles conseillers du pontife. Prenez garde, disait Daniel à l'empereur, Gratianus est tout puissant à Rome, vous le croyez fidèle à votre autorité et dévoué à l'empire; c'est une erreur. Il s'est ouvert à moi dans l'intimité, et m'a fait confidence de ses dispositions hostiles à votre égard. Les Francs, me disait-il, ne font rien pour nous. Au lieu de nous prêter secours, ils ne songent qu'à nous spolier et à nous opprimer. Pour­quoi ne rappellerions-nous pas les Grecs en nous unissant à eux par un pacte d'alliance, et ne chasserions-nous pas de notre royaume

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et de toute l'Italie la nation des Francs et son roi? —. La fureur de Louis, en entendant ces dénonciations de la bouche du traître, ne peut se décrire. Sans prendre le temps de vérifier les faits ni même d'en écrire au pontife, il rassembla une armée et se dirigea sur Rome. »

 

 17. Léon IV sans se lasser intimider par cette démonstration menacante résolut de faire à l'empereur irrité la réception pacifique et solennelle en usage pour l'arrivée des souverains.  Debout sur les degrés du portique de Saint-Pierre, il attendit le prince qui arrivait précédé de tous les ordres du peuple romain envoyés à sa rencontre. Ces honneurs auxquels Louis ne s'attendait peut-être pas, le disposèrent favorablement ; les douces paroles du pontife achevèrent de le calmer. On fixa le jour d'un plaid solennel où le dénonciateur Daniel devait être confronté avec l'éminentissime Gra­tianus faussement accusé par lui. L'empereur et le très-saint pape, ainsi que les nobles romains et les leudes francs prirent séance dans le palais construit par Léon à côté de la basilique vaticane. Daniel, avec une impudence et une audace sans égales, reproduisit devant toute l'assemblée ses calomnies précédentes. Sérénissime empe­reur, dit-il à Louis, Gratianus ici présent a voulu m'entraîner dans une conspiration ayant pour but de renverser votre trône, de sous­traire l'Italie à votre puissance et de la livrer aux Grecs. — A ces mots, Gratianus se leva : Tu mens, s'écria-t-il, il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce que tu viens de dire. — Tous les Romains se tournant vers l'empereur appuyèrent de leur témoignage la pro­testation de Gratianus et dirent : Daniel est un infâme calomnia­teur. — On procéda ensuite à une enquête minutieuse qui démontra, d'une part, la fidélité absolue et constante de Gratianus à l'empire, et d'autre part,  la haine et la basse jalousie de Daniel contre un chef dont il ne pouvait souffrir la supériorité. Le très-clément em­pereur, convaincu du crime de Daniel, déclara qu'il le remettait au jugement des nobles Romains, ne voulant point empiéter sur la juridiction de Rome. Daniel fut donc jugé suivant la loi romaine; il confessa lui-même sa trahison et déclara que l'envie seule l'avait fait agir. Après quoi, il fut remis aux mains de Gratianus, qui eut

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plein pouvoir de décider sur le sort du captif. A la demande de l'empereur, Gratianus consentit à faire grâce au misérable, qui échappa ainsi au supplice.» 

 

   18.   « Après cette solennelle procédure, Louis quitta Rome. Quelques jours s'écoulèrent encore et le très-saint pape Léon IV s'en­dormit dans le seigneur le XVI des calendes d'août (17 juillet 855). Il fut enseveli dans la basilique du bienheureux Pierre. En deux ordinations, l'une au mois de décembre, l'autre au mois de mars, il consacra dix-neuf prêtres, huit diacres, et soixante-trois évêques destinés à diverses églises1


Les princes norvégiens

 

   19. Après avoir lu cette notice de saint Léon IV on comprendra l'iujustice des historiens récents qui mentionnent à peine le nom du glorieux pontife. La période de tranquillité et de calme que ses persévérants efforts inaugurèrent pour l'Italie dura près d'un demi-siècle. Jamais depuis Léon IV les Sarrasins n'osèrent reparaître dans la campagne de Rome? Plus impartial que nos modernes écri­vains, Voltaire qui n'avait pas coutume de prodiguer ses éloges aux souverains pontifes, s'exprimait en ces termes 2 : « Attaqué par les Sarrasins, le pape Léon IV se montra digne, en défendant Rome, d'y commander en souverain. Il avait employé les richesses de l'Eglise à réparer les murailles, à élever les tours, à tendre des chaînes sur le Tibre. Il arma la milice à ses dépens, engagea les habitants de Naples et de Gaëte à venir défendre les côtes et le port d'Ostie, sans manquer à la sage précaution de prendre d'eux des otages, sachant bien que ceux qui sont assez puissants pour nous défendre le sont assez pour nous nuire. II visita lui-même tous les postes, et reçut les Sarrasins à leur descente, non pas en équipage de guerre, mais comme un pontife qui exhortait un peuple chrétien, et comme un loi qui veillait à la sûreté de ses sujets (819). Il était romain : le courage des premiers âges de la

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1 Liber Pontifical, S. Lco IV papa 100, Pair, lui., tom. CXXVI1I, col. 1304-1338. : Essai sur les mœurs, tom. I, cliap. .vxvin.

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république revivait en lui, dans un temps de lâcheté et de cor­ruption, tel qu'un beau monument de l'ancienne Rome qu'on trouve quelquefois dans les ruines de la nouvelle. Son courage et ses soins furent secondés. On combattit les Sarrasins courageusement à leur descente, et la tempête ayant dissipé la moitié de leurs vaisseaux, une partie de ces conquérants, échappés au naufrage, fut mise à la chaîne. Le pape rendit sa victoire utile en faisant travailler aux fortifications de Rome et à son embellissement les mêmes mains qui devaient les détruire 1. »  C'était ainsi que la papauté préludait aux Croisades.

 

   20. La comparaison du grand pape avec les souverains qui régnèrent en son temps sur l'Europe fait encore mieux sentir la supériorité de Léon IV. Les descendants de Charlemagne ne savaient plus défendre l'empire fondé par leur héroïque aïeul. Tou­jours en lutte les uns contre les autres, ils passaient le temps à se combattre et à se réconcilier, aussi prodigues du sang de leurs sujets que de promesses trompeuses et de faux serments. Avant le traité de Verdun (843), Lothaire n'avaif pas rougi d'appeler contre les rois ses frères les Saxons du Nord et les Sarrasins d'Espagne, ouvrant ainsi aux deux barbaries extrêmes les portes de l'empire franc. Révoltés de cette infâme conduite, les peuples des bords du Rhin ne voulurent plus être gouvernés par un empereur parjure. Lothaire dut s'enfuir et transporter le siège de sa royauté à Lyon. Mais en quittant Aix-la-Chapelle, il eut soin de piller le palais bâti par Charlemagne, comme si, dans ce siècle de déprédations, le vandalisme et la piraterie eussent été contagieux. La paix de Ver­dun n'était qu'une trêve entre les ambitions fraternelles ; il fallut dès l'année suivante (844) une nouvelle réunion à Thionville pour cimenter une alliance qui se soutenait mal; et dès l'an 847 une autre conférence à Mersen sur la Meuse fut tenue sans plus de résultat. La mort de Pépin d'Aquitaine survenue du vivant de Louis le Débonnaire (838) avait fait passer les droits de ce prince

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1 Ce service immortel, rendu à toute  la chrétienté d'Occident par Léon IV a été transmis à la postérité par Raphaël dans les salles du Vatican.

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sur la tête de son fils Pépin II, enfant encore, et incapable de se défendre contre la spoliation de ses oncles. La part de Charles le Chauve s'était accrue de l'héritage enlevé à l'orphelin.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  « Combien de malheurs et d'excès monstrueux, tant privés que publics, s'écrie l'astronome de Limoges, furent la suite de cette injustice, ceux-là seuls pourraient le dire qui en furent dans toute l'Aquitaine les témoins et les victimes 1. » L'injustice sur le trône, la division parmi les rois, la révolte au sein des peuples, tel était le triste spectacle qu'offraient alors la Germanie et les Gaules. Suivant la remarque fort juste de M. Fauriel, l'empire franc était réellement aboli depuis que les trois royaumes qui le composaient étaient devenus indé­pendants les uns des autres, n'ayant plus entre eux de connexion ni de relations nécessaires. L'idéal de l'empire d'Occident, tel que l'avait rêvé l'Église romaine, tel qu'il avait existé sous Charlemagne, et même sous Louis le Débonnaire, avait disparu, le titre d'empereur n'était plus que nominal. Lothaire le partagea en 849 avec son fils Louis II déjà roi d'Italie.

 

   21. Sur tous les points à la fois, les barbares faisaient irruption dans cet empire morcelé. Nous avons vu les Maures d'Afrique promener sur le littoral de la Méditerranée avec l'étendard et le crois­sant du prophète le pillage, l'incendie et l'extermination. Là du moins ils rencontrèrent dans la personne du pape saint Léon IV un héros qui repoussa leurs flottes dévastatrices. Mais il n'en fut pas de même pour les Sarrasins d'Espagne qui envahirent la Septimanie pendant que les Normands pénétraient jusqu'à Toulouse sans que le faible Charles le Chauve fit rien pour s'opposer à ce double courant d'invasion. Normands et Sarrasins, fils d'Odin et fils de Mahomet, avaient été les uns et les autres appelés par le fameux duc Bernard, l'ancien favori de Judith, qui s'était rangé dans le parti du jeune Pépin II, et vint à bout, avec l'aide de ses terribles auxiliaires, de le rétablir sur le trône d'Aquitaine. Ce ne fut pas pour longtemps. Dès l'an 832, Pépin tombait aux mains de Charles le Chauve qui le fit mourir en captivité. Mais l'Aquitaine

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1. Asti'onom. Lemovicens. VU. Ludor. pli, cap. lxi.

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p372      ONTIFICAT   DE   SAINT   LÉON   IV   (847-855).

 

resta encore douze ans dans l'anarchie la plus complète, ravagée sans trêve ni merci par les Sarrasins. Les Normands la quittèrent les premiers pour aller ravager d'autres provinces. Cependant Louis le Germanique disputait aux Huns, aux Bohèmes et aux Slaves les territoires mal défendus d'Outre-Rhin et la Frise était envahie par les Danois.

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