La foi chrétienne hier et aujourd’hui 15bis

VII. “JE CROIS EN TOI”

 

   Toutes ces réflexions ne nous ont pas encore dévoilé la caractéristique la plus profonde de la foi: son ouverture sur un être personnel.

 

 La foi chrétienne est plus que l'option pour un principe spirituel du monde. Sa formule centrale ne dit pas « Je crois à quelque chose», mais « Je crois en Toi 15”.

 

Elle est rencontre avec l'homme Jésus, et elle découvre dans une telle rencontre que le sens du monde est une personne.

 

Par sa vie dans le Père, par l'immédiateté et la densité de ses relations avec Lui, il est le témoin de Dieu, en qui l'intouchable peut être touché, l'infiniment Éloigné est devenu tout proche.

 

Bien plus, il n'est pas seulement le témoin, dont nous acceptons le témoignage sur ce qu'il a perçu dans une existence qui avait véritablement accompli le retournement à partir de la fausse limitation au superficiel vers la profondeur de la vérité totale; il est la présence de l'éternel lui‑même dans ce monde.

 

Dans sa vie, dans la donation totale de lui‑même pour

=================================

 

p37 LA FOI DANS LE MONDE D'AUJOURD'HUI

 

les hommes, le sens de la vie se révèle comme une présence, sous la forme de l'amour, qui m'aime moi‑aussi et qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue, grâce à ce don incompréhensible d'un amour qui n'est pas menacé par une fin ou troublé par l'égoïsme.

 

 

Le sens du monde, c'est le «Tu”, non pas celui d'une interrogation qui resterait elle‑même en quête de réponse, mais le « Tu” qui est le fondement de tout, sans avoir besoin d'aucun autre fondement.

 

   Ainsi, croire, c'est trouver un « Tu” qui me porte et qui m'apporte la promesse d'un amour indéfectible, malgré l'accueil humain obligatoirement imparfait, un amour qui non seulement aspire à l'éternité mais qui la donne de fait.

 

La foi chrétienne vit de cette vérité qu'il n'y a pas seulement un sens objectif, mais que ce Sens me connaît et m'aime, que je puis m'y abandonner avec le geste de l'enfant qui sait que tous ses problèmes sont résolus dans le “tu » de la mère.

 

Ainsi foi, confiance et amour ne forment finalement qu'une seule et même chose; toutes les vérités de la foi ne sont que les expressions concrètes de cette option fondamentale « Je crois en Toi”, de la découverte de Dieu dans le visage de l'homme Jésus de Nazareth.

 

   -Bien sûr, tout cela ne supprime pas pour autant la réflexion nous l'avons constaté plus haut. « Es‑tu bien celui‑là?” : telle fut la question, qu'en une heure de sombre angoisse, Jean‑Baptiste fit poser, en son nom, par ses disciples au rabbi de Nazareth, en qui il avait reconnu son Supérieur et dont il n'était que le précurseur.

 

« Es‑tu bien celui‑là?” Le croyant éprouvera toujours le lancinement de ce clair‑obscur, dont le halo l'entoure comme d'une prison noire, de laquelle il ne pourra s'échapper.

 

Ajoutez à cela l'indifférence du monde, qui continue son cours comme si rien ne s'était passé et qui apparaît comme une ironie en face de son espérance.

 

« Es‑tu bien celui‑là?” cette question doit être posée non seulement par honnêteté intellectuelle, et à cause de la responsabilité encourue par notre raison, mais aussi à cause de la loi profonde de l'amour, qui désire connaître toujours plus Celui à qui il a accordé son « oui”, pour mieux pouvoir l'aimer.

 

Toutes les réflexions de ce livre sont ordonnées en dernière analyse à cette question et gravitent autour de ce principe fondamental de notre confession de foi: « Je crois en Toi, Jésus de Nazareth”, en Toi qui es le Sens (Logos) du monde et de ma vie.

 

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon