Darras4-30

LA MALADIE ET SATAN K.O.

§ V. Jésus À Capharnaum.

 

  24. L'historien Josèphe, d'accord avec le texte sacré, a enregistré dans ses annales l'arrestation de Jean-Baptiste, comme un des événements les plus considérables du règne d'Hérode Antipas. L'impression fut d'autant plus pénible dans toute la Judée, que la vénération inspirée par le saint Précurseur était plus profonde et plus universelle. Jésus était à Cana, lorsque la nouvelle de cet acte tyrannique parvint en Galilée. «Il en descendit alors, dit l’Évangéliste, et vint habiter Capharnaûm, sur les bords du lac de Génésareth, aux confins des territoires de Zabulon et de Nephthali. Ainsi se vérifia la parole d'Isaïe le prophète: Terre de Zabulon, et de Nephthali, chemin de la mer au-delà du Jourdain, Galilée des na-

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1. Venit Joannes Baptista,.... et dicitis : Dœmonium habet. (Luc, vu, 33.)

2. L'expression est dans le texte grec de saint Matthieu (iv, 12) 'loàvvTi; îta- peSôÔT). — 3 Fecerunt in eo quœcumque voluerunt. (Mattii., xvii, 12.) — 4. Joseph., Antiq. jud., lib. XVIII, cap. vu. — 5. Marc, Vi, 17; Josepli., ioc. citât, — 6. Marc, VI, 20. —7. Luc, vu, 18, 19.

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tions, votre peuple, assis dans les ténèbres, a vu luire les splendeurs célestes. La lumière s'est levée sur les nations, plongées dans les ombres de la mort 1.» — «Faites pénitence, disait-il, car le royaume des cieux est venu 2. Ainsi il commença à prêcher l'Évangile de Dieu. Aux jours du sabbat, il entrait dans la synagogue, et adressait ses enseignements à la foule. Tous s'étonnaient de la sublimité de sa doctrine, il parlait comme ayant autorité, et son enseignement différait de celui des Scribes et des docteurs 3.» Pour bien comprendre le sens de la prophétie et l'exactitude de sa réalisation, il faut se rappeler que la route de Syrie, depuis Damas jusqu'au port de Plolémaïs, traversait précisément Capharnauum, située sur le lac de Tibériade, aux confins des deux territoires antiques de Zabulon et de Nephthali. Presque tout le commerce du haut Orient suivait ce «chemin de la mer,» ainsi que le nomme l'Evangile. La fréquence des communications, le transit par caravanes des marchandises de la Babylonie et de la Chaldée, avaient favorisé dans cette contrée l'établissement d'une population mixte, composée de Phéniciens, d'Arabes, d'Égyptiens et de Syriens. Tous les cultes, comme toutes les nationalités, s'étaient donné rendez-vous sur ce territoire, que les Juifs avaient surnommé: «Galilée des nations.» Ainsi la lumière du Verbe incarné éclata réellement parmi ces peuples, assis dans les ténèbres de l'idolâtrie et les ombres de l'ignorance ou des superstitions polythéistes. Ce fut là que, sans distinction d'origine, de races et de patrie, Jésus annonça pour la première fois aux multitudes la Bonne-Nouvelle, l'Évangile de Dieu, destiné à sauver toutes les nations, toutes les races, et à n'avoir d'autres limites que celles de l'univers. Il enseignait, «comme ayant autorité.» Cette remarque de saint Matthieu est une affirmation implicite de la divinité du Sauveur. Les Scribes et les docteurs Juifs commentaient les livres de l'Ancien Testament; leur doctrine n'était qu'une tradition, leur parole qu'un reflet. Mais Jésus, dans la synagogue, au jour du sabbat, en présence de la foule assemblée pour entendre la lecture de la Loi, adresse aux

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1. Is., IX, ï; Matth., IV, 13-16. — 2. Matth., iv, 17. — 3. Marc, i, 21-23; Luc IV, 31, 32. — 4. Matth., vu, 29.

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habitants de Capharnaum une parole qui ne relève que de lui-même, un enseignement qui repose sur sa propre autorité. Or Jéhovah était l'unique docteur en Israël; les Scribes prétendaient seulement à l'honneur d'être ses interprètes. Le Sauveur affirmait donc sa divinité au yeux des Juifs, de la manière la plus nette et la plus formelle. «Il parlait comme ayant autorité,» et les démons eux-mêmes subissaient la toute-puissance de sa parole.

  25. «Il se trouvait, dans cette synagogue, dit l’Evangéliste, un homme tourmenté par un esprit immonde, qui éleva la voix en criant: Laissez nous! Jésus de Nazareth!  Qu'y a-t-il de commun entre vous et nous? Je vous connais. Vous êtes le Saint de Dieu! - Mais Jésus, d'un ton de menace, dit à l'esprit impur: Tais toi et sors de cet homme. — Alors l'esprit immonde l'agitant avec de violentes convulsions, le jeta au milieu de l'assemblée, et poussant de grands cris, il sortit du corps de sa victime, sans lui avoir fait aucun mal. L'effroi glaça tous les assistants. Dans leur épouvante, ils se demandaient l'un à l'autre: Qu'est-ce ceci? Quelle est donc cette doctrine nouvelle, pleine de puissance et d'autorité? Il commande même aux esprits impurs qui lui obéissent et sortent à sa voix! — Le bruit de ce miracle se répandit bientôt, et le nom de Jésus devint célèbre dans tout le pays de Galilée 1.» La première prise de possession de l'homme par Satan remonte à l'Éden. Au pied de l'arbre de la science du bien et du mal, le démon devint réellement «le prince du monde 2.» Il imprima en caractères sanglants le sceau de sa tyrannie sur ses nouveaux sujets, par la main de Caïn le fratricide. Dès lors, l'action diabolique se développa, dans toute la suite de l'histoire, parallèlement au plan divin suivi d'âge en âge pour préparer la rédemption. Le monde antédiluvien s'était partagé entre les Fils de Dieu et les Fils de Satan, jusqu'au jour où le mal, atteignant des proportions gigantesques que nous ne reverrons plus, attira sur notre globe le dernier cataclysme universel. L'empire de Satan se perpétua dans la race postdiluvienne,

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1. Marc, I, 23-28; Luc, IV, 33-37. — 2. Princeps hujus mundi. (Joan., xil, 31.) Tel est le titre que notre Seigneur lui-même donne à l'Esprit du mal. Cf. Joan., XIV, 30; xvi, 31.

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issue de Noé. Cham, au sortir de l'arche, reprit, dans des conditions moins odieuses, le rôle de Cain, au seuil du Paradis Terrestre. Le démon, sous tous les noms divinisés par le polythéisme, reçut les hommages de la terre; il rendit des oracles, il prit possession des pythies, et les agita, dans des convulsions étranges, sur les trépieds d'Apollon, sous les chênes de Dodone, dans l'antre de Cumes, au pied des dolmen et des menhirs de la Gaule. La prise de possession du monde antique par Satan est un des faits les mieux constatés de l'histoire. Aussi il est remarquable qu'aux premiers jours de l'Église, l'expulsion des démons, au nom du Christ, devint, pour les païens eux-mêmes, un des signes péremptoires de la divinité de l’Évangile. La puissance infernale, déifiée par ses adorateurs, se jouait dans son vaste empire, et avait des manifestations surnaturelles dont personne ne doutait, parce que tout le monde en était témoin. Voici ce que Tertullien écrivait dans son Apologétique: notre siècle fera bien de méditer ces paroles, auxquelles les récentes invasions de l'esprit de mensonge ont rendu toute leur actualité. «Vos magiciens, dit-il, évoquent des fantômes, interpellent les âmes des morts dans des apparitions sacrilèges, font rendre des oracles par les lèvres d'un enfant, opèrent des merveilles en tournant dans un cercle plein de prestiges, plongent à leur gré leurs victimes dans le sommeil. Voilà ce qu'ils peuvent faire par l'intervention des démons, et c'est ainsi qu'on les voit pratiquer l'art divinatoire autour de leurs tables. Mais qu'on produise au tribunal de vos magistrats un de ces hommes notoirement connus pour être inspirés par une divinité, ainsi qu'ils disent. Le premier chrétien venu interpellera l'esprit qui le fait agir, et cet esprit qui se proclame dieu dans vos temples, sera forcé de confesser qu'il est réellement le démon. Qu'on produise un de ces malheureux que vous croyez tourmentés par une divinité; qui se trouvent subitement investis par une puissance occulte aux pieds de vos autels; qui s'agitent hors d'haleine, et prédisent l'avenir, au milieu d'effroyables convulsions. C'est Junon, Esculape ou tout autre de vos dieux, croyez-vous, qui manifeste sa volonté par cet intermédiaire. Eh bien, si le chrétien qui les interpellera

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ne les force pas à confesser devant vous qu'ils sont des démons, saisissez le chrétien et livrez-le à vos bourreaux!» Tous les Pères de l'Église, depuis Tertullien jusqu'à saint Bernard, ont tenu le même langage. Jamais ni Porphyre, ni Celse, ni Julien l'Apostat n'ont songé à nier la réalité du phénomène des possessions, et il est remarquable qu'au moment où le rationalisme moderne essayait de les révoquer en doute, le monde frémissant assistait à l'une des plus étranges manifestations des puissances occultes.

  26. Il importe donc d'établir, dans toute leur netteté, les principes théologiques qui dominent cette grande question1. Primitivement, l'homme avait reçu de Dieu la souveraineté sur la matière. Mais, en se séparant du Créateur par la chute, Adam perdit son pouvoir souverain, et le sceptre de la nature passa réellement au démon, qui devint dès lors le «prince de ce monde,» usurpant ainsi la puissance perdue par l'homme. Depuis la déchéance originelle, la nature entière est plus ou moins directement soumise à l'empire de Satan et a ses perverses influences. Voilà pourquoi l'Église prononce des exorcismes et des bénédictions sur tous les objets qu'elle emprunte pour son usage à la nature matérielle. Il lui faut d'abord les purifier de l'influence diabolique, avant de les sanctifier. L'exorcisme et la bénédiction sont, dans le monde des corps, ce que sont, dans le monde spirituel, la justification et la sanctification. Au dernier des jours, quand l'humanité, dans la proportion fixée d'avance par les décrets providentiels, aura participé définitivement aux bienfaits de la rédemption de Jésus-Christ, alors la nature elle-même sera affranchie de la domination de Satan, sous laquelle, comme dit l'Apôtre, «toute créature gémit et souffre, à

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1. Nous ne saurions trop recommander, à ce sujet, l'étude du remarquable traité du docteur allemand Bisping,intitulé: Erklarung des Evangeliums nach Matthms, Munster, 186i. Dans cet ouvrage, que nous voudrions voir traduit en français, le savant professeur d'exégèse à l'Académie catholique de Munster, élucide, avec un rare talent et une profonde connaissance de la théologie patristique, toutes les graves questions si indignement travesties par un sophiste français. L'exposition sommaire que nous donnons ici est, en grande partie, extraite de ce livre remarquable. (Cf. Bispiuy, Erklat^ung des Emngt» Àums nach Matthaus, kap. vin, pag. 19G-2U'j )

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l'heure présente 1.» Mais, comme le principe corporel, dans l'homme, est emprunté à la nature, Satan a sur lui un pouvoir immédiat et direct, qui se manifeste visiblement en certaines circonstances, et dans des limites déterminées par la volonté souveraine de Dieu. Ainsi les possessions corporelles de l'homme par Satan, sont des faits positifs, que l'observation, d'ailleurs, a constatés dans tous les siècles, et l'Evangile donne à ces manifestations surnaturelles le nom de démoniaques 2. Elles se produisent sous l'empire de certaines circonstances particulières, c'est-à-dire que les habitudes corporelles ou spirituelles de l'homme le prédisposent plus ou moins à subir l’influence de l'esprit du mal. Les vices dont le caractère propre est l'abaissement de l'être humain et son identification avec la matière, les passions de la concupiscence charnelle, qui éteignent le sens intime de la conscience pour plonger leur victime dans la vie animale la plus grossière, ont évidemment pour résultat un double désordre dans l'organisme et le système nerveux, d'une part; dans les facultés intellectuelles, de l'autre. Mais l'organisme, le système nerveux, viciés par des habitudes perverses, troublés par l'invasion désordonnée des passions animales, sont des instruments matériels, sur lesquels le démon a un empire direct, et qu'il peut posséder quelquefois d'une manière absolue. Abandonné aux énergies de la nature, l'homme devient alors l'esclave du tyran de la nature. C'est là ce qu'on entend par la possession corporelle, bien différente de la tentation, proprement dite, qui s'exerce sur l'esprit et le cœur de l'homme. Ainsi, l'Évangile nous apprend que «Satan entra dans le cœur de Judas 1,» alors que cet apôtre trahit son divin Maître; et cependant Judas ne fut point un « démoniaque.» Nulle part l'Évangile ne lui donne ce nom.

  27. Tel est donc, dans son origine et dans ses lamentables conséquences, l’empire de Satan sur les hommes. Jésus-Christ venait

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1. S:iK%u; mim quod omnis creatura ingemiscit et parturit usque adhuc. Non som tum autem ilia, sed et nos ipsi primitias spiritus liahentes, et ipsi intra nos gémi» mus adopfinnem fiHnrinn Def expedantes, redemptionem corporis nostri. (Rom., Tin, 2J, i'i.) — 2. Jia:^ovi;oju.£voi. — 3. Joanu., xill, 27.

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le renverser, il apportait au monde la délivrance du joug infernal, et le mot de Rédemption exprime merveilleusement cette action divine. Il ne s'agit pas seulement, en effet, d'une délivrance entendue au sens spirituel et moral, mais d'une délivrance proprement dite, de l'éviction réelle, manifeste et sensible de la puissance diabolique dans le monde racheté. Voilà pourquoi le Sauveur, avant de quitter la terre, donne à l'Église, comme signe irrécusable de sa mission, le pouvoir de chasser les démons: In nomine meo dœmonia ejicient 1. Nous sommes ici en présence de l'exégèse rationaliste, qui nie positivement toute cette doctrine, et ne voit, dans les faits de possession racontés par l'Évangile, que des cas de folie, des habitudes morbides, des phénomènes d'aliénation mentale, auxquels Jésus, pour ne pas heurter les préjugés universels de son temps, laissait donner le nom d'états démoniaques, et qu'il guérissait, soit par une vertu supérieure, soit par les secrets d'un art inconnu. «Un des genres de guérison que Jésus opère le plus souvent, disent les nouveaux critiques, est l'expulsion des démons. Une facilité étrange à croire aux démons régnait dans tous les esprits. C'était une opinion universelle, non-seulement en Judée, mais dans le monde entier, que les démons s'emparent du corps de certaines personnes et les font agir contrairement à leur volonté. L'épilepsie, les maladies mentales et nerveuses, où le patient semble ne plus s'appartenir, les infirmités dont la cause n'est pas apparente, comme la surdité, le mutisme, étaient expliquées de la même manière. On supposait qu'il y avait des procédés plus ou moins efficaces, pour chasser les démons; l'état d'exorciste était une profession régulière comme celle de médecin. Il n'est pas douteux que Jésus n'ait eu de son vivant la réputation de posséder les derniers secrets de cet art. On racontait au sujet de ses cures mille histoires singulières, où toute la crédulité du temps se donnait carrière. Mais ici encore il ne faut pas s'exagérer les difficultés. Les désordres qu'on expliquait par des possessions, étaient souvent fort légers. Une douce parole suffit souvent pour

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1. Marc, XVI, 17.

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chasser le démon 1. Cette théorie, déjà surannée en Allemagne 2, n'aura pas un grand succès en France, malgré le rajeunissement qu'on cherche à lui donner. Voici pourquoi. L'Évangile nomme l'épilepsie, les aliénations mentales, les affections nerveuses, absolument comme nous les appelons aujourd'hui, et les distingue parfaitement des possessions démoniaques. «On amenait à Jésus, dit saint Matthieu, toutes sortes d'infirmes, des gens atteints  des maladies et des douleurs les plus diverses, des possédés du démon, des lunatiques, des paralysés, et il les guérissait 3.» Ainsi, saint Matthieu ne confond nullement les fous, les épileptiques, sur l'état morbide desquels les phases lunaires exercent une influence jusqu'ici inexpliquée, avec les possessions démoniaques. «L'état d'exorciste» était inconnu à toute l'antiquité juive et païenne, quoique les possessions démoniaques se retrouvent à toutes les époques de l'histoire. Le ministère solennel, notoire et publiquement exercé, de chasser les démons par l'exorcisme, n'apparaît qu'avec Jésus-Christ; il s'est perpétué au sein de l'Eglise catholique, dépositaire de la puissance libératrice du Rédempteur. Ce ministère, qui constitue un ordre spécial dans la hiérarchie ecclésiastique, ne dispose ni d'un art occulte, ni de secrets inconnus. Sa formule est la même aujourd'hui qu'elle était à Ephèse, lorsque des Juifs, témoins des exorcismes de saint Paul, voulurent les imiter sur quelques démoniaques. «Au nom de Jésus que Paul annonce» disaient-ils à l'esprit infernal, je t'adjure de sortir de cet homme. Et l'esprit répondait: «Je connais Jésus et je sais qui est Paul. Mais vous qui êtes-vous 4?» 

  28. Les possessions dont parle l'Évangile étaient donc complétement distinctes des affections pathologiques avec lesquelles on voudrait les confondre. Il suffit, d'ailleurs, d'examiner avec un peu d'attention les détails du texte sacré pour s'en convaincre. Le possédé de Capharnaûm n'est pas un malade, il vient à la syna-

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1. Vie de Jésus, pag.261-264.—2. Bisping,ErklUrungdesEvangeliums,p.199.

3. 'Kai Tîfoai^vEYxav a-jTw Ttàvxa; to'j; y.axàj; ëy^ovra;, TrotxtXaii; v6<70tç xat pairà— loi; (7UV£/_o[x£voy;, xal oaifAOv.^Ofjiévou; , xaî (7£).r,viaïotJ.£vo'j;, v.aî TîapaXu-iy.oû; • icai'- iJefcxTceuaêv a-jToûî. (Matth., iv, 24.) —4. Act., XIX, 13-15.

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gogue, le jour da sabbat 1. Il a donc la notion saine et claire du devoir prescrit par la loi, et la volonté personnelle de se soumettre aux observances mosaïques» On sait pourtant, parmi la foule, qu'il est démoniaque. L'Évangéliste le dit formellement: «Il y avait, dans cette synagogue, un homme possédé de l'esprit impur 2.» Une telle notoriété suppose nécessairement, dans le public, la connaissance des caractères propres aux possessions du démon. Pour qu’on pût discerner cet état surnaturel des aliénations mentales d'avec les autres affections morbides énumérées par saint Matthieu, il fallait que la possession se trahît par des signes particuliers et des phénomènes d'un genre à part. De quelle nature étaient ces phénomènes? L'Évangile nous l'apprend. Le possédé de Capharnaûm ne connaissait pas le Sauveur, qui venait, pour la première fois, en cette ville; et cependant, aussitôt qu'il l'aperçoit, il s'écrie: «Laissez-nous! Jésus de Nazareth! Qu'y a-t-il de commun entre vous et nous?» Où donc l'énergumène avait-il appris le nom du docteur inconnu qu'il rencontre dans la synagogue? Si l'on suppose que le nom du Sauveur s'était promptement répandu dans la ville, et que le possédé pouvait l'avoir appris de la rumeur publique, on ne fait qu'aggraver la difficulté. Le miracle de guérison, opéré en faveur du fils de l'officier royal de Capharnaûm, avait certainement disposé l'opinion à ne voir dans le thaumaturge qu'une puissance bienfaisante, et cependant le démoniaque s'écrie: «Venez-vous donc pour nous perdre?» Mais, dira-t-on peut-être, c'était là une de ces paroles incohérentes qui n'ont pas de sens raisonnable, et telles qu'on peut en recueillir des lèvres d'un halluciné. Pourquoi donc, répondrions-nous, cet halluciné, ce frénétique, inconscient de sa propre pensée, suit-il si logiquement, et avec une vérité aussi effrayante, l'idée satanique dont il est l'organe? «Retirez-vous, Jésus de Nazareth! Quoi de commun entre vous et nous? Êtes-vous venu  pour nous perdre?» Si le démon a parlé, il n'a pu tenir un autre langage. Si ce sont là les exclamations d'un fou, pourquoi ont-elles ce caractère saisissant de logique démoniaque? Et enfin, le dernier

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1. Marc, I, 21. – 2. Id., ibid., 23.

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trait qui termine cette étrange interpellation: «Je sais qui vous êtes. Vous êtes le Saint de Dieu! Comment le rapporter à un fou, quand il est si manifestement l'expression la plus nette, la plus précise, la plus inattendue de la vérité? La ville de Capharnaum tout entière ignorait encore la véritable nature de Jésus. On le regardait comme un prophète, comme un thaumaturge; mais nul ne savait qu'il fût le Fils de Dieu. Qu'on réfléchisse à la valeur de cette parole: «Le Saint de Jéhovah!» dans la pensée des Juifs, et l'on comprendra que l'association de la divinité incommunicable, de la majesté inaccessible avec une personnalité humaine quelconque, était essentiellement étrangère au génie hébraïque. Quand le possédé de Capharnaum dit à Jésus: «Vous êtes le Saint de Dieu!» il articule un fait que nul n’avait pu lui révéler, dans le milieu où il vivait. C'est là une de ces révélations de choses cachées et de mystères inconnus aux mortels, qui constitue l'un des caractères propres aux possessions démoniaques. Aucune maladie, aucun état pathologique, observé jusqu'à ce jour, n'a présenté un pareil phénomène. 

  29. Dans le système rationaliste, Jésus aurait dû répondre par «une douce parole» aux injures de l'illuminé, et calmer sa fureur rationaliste par quelque application médicale, ou par l'emploi «des secrets puissants de l'exorcisme,» dont il possédait l'art à un si haut degré. C'est précisément le contraire qui a lieu. «Jésus s'adressa à l'esprit, d'un ton de menace: Tais-toi, lui dit-il, et sors de cet homme!» Singulière douceur! Étrange manière de fasciner un malade par le magnétisme d'un regard séducteur! Tout le monde sait que la menace est le moyen d'exaspérer la fureur d'un frénétique, et de la pousser jusqu'aux extrêmes limites du paroxysme. Cependant Jésus emploie, comme curatif, le procédé qui partout ailleurs serait le stimulant le plus énergique des folies ordinaires et cet irritant, dont l'effet est si opposé au but qu'il se propose, devient un remède efficace. Il n'y avait donc pas là une maladie, une affection nerveuse, un état morbide de l'organisme. On ne dit pas à une maladie: «Tais-toi!» On ne «menace» pas un système nerveux, ou un organisme ébranlé. Le démoniaque, d'ailleurs, n’invoque pas sa guérison; il semble la redouter; il ne s'adresse pas à Jésus

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comme à un sauveur; mais l'esprit qui le domine reproche à Jésus de venir le perdre; et cet esprit de mensonge confesse, en blasphémant, qu'il aperçoit dans Jésus «le Saint de Dieu.» A mesure qu'on étudie cet épisode Évangélique, il s'en dégage une lumière terrible, qui perce les voiles discrets sous lesquels le rationalisme voudrait étouffer la réalité surnaturelle. Jésus a commandé au démon de se taire. Supposez que le possédé de Capharnaûm eût été simplement aliéné, cet ordre, au lieu de provoquer l'obéissance, aurait été l'occasion d'une nouvelle explosion d'injures; cependant le démon se tait; la voix souveraine lui impose de garder le silence, il le garde. Mais sa rage se traduit par les nouvelles tortures qu'il fait subir à sa victime. «L'esprit immonde, agitant cet homme avec de violentes convulsions, dit l'Evangéliste, le jeta au milieu de l'assemblée, et, poussant de grands cris, il sortit du corps de sa victime, sans lui avoir fait aucun mal 1.» Nous avons ici le second caractère des possessions démoniaques: l'interversion des lois physiques d'équilibre, de pesanteur et de sensibilité dans les corps. Le démon souleva cet homme au milieu de la synagogue et le lança violemment sur le sol, sans lui faire de mal. Il n'est besoin ni de savants, ni de chimistes, pour constater qu'un tel phénomène est en dehors des règles ordinaires de la nature, et que si l'on traitait médicalement un aliéné par ce système, on serait sur de tuer le malade. Aussi les habitants de Capharnaûm ne s'y méprirent pas. Quand même ils auraient eu parmi eux l'un de nos modernes rationalistes, qui leur eût dit: «Ces désordres légers» méritent peu d'attention; «il ne faut pas s'exagérer les difficultés; une douce parole suffit pour chasser le démon.» cette théorie leur eût semblé ce qu'elle est réellement, c'est-à-dire une misérable puérilité, en face du spectacle surnaturel dont ils venaient l'être témoins.
  30. «Cependant Jésus étant sorti de la synagogue, entra avec
Jacques et Jean, fils de Zébédée, dans la maison de Simon et d'André. Or la belle-mère de Simon 2 était au lit, malade de la fièvre,

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1. Marc, 1,26; Luc, iv, 35.
2. La mère de sa famme et non pas la femme de son père. L'amphibologie,

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Les disciples prièrent Jésus de la guérir. S'approchant donc, il prît la main de la malade, qu'il souleva sur son séant. Jésus, debout, commanda à la fièvre, et la fièvre cessa à l'instant même. La femme se leva et les servit 1.» Quand le Seigneur choisit ses apôtres, deux ou trois d'entre eux étaient déjà mariés 2. Simon était du nombre. Mais Jésus lui réservait une autre épouse, l’Éalise. Lorsque, plus tard, sous le nom de Pierre, le pécheur de Galilée entrait à Rome pour contracter ses noces spirituelles avec le monde romain, la mère de sa fiancée, Rome idolâtre, était la proie de toutes les erreurs, de toutes les fiévreuses maladies des passions. Et pourtant, à la voix de Jésus, la malade se leva et servit l'Apôtre. Il en est ainsi depuis dix-huit siècles. Le monde est toujours malade, Jésus le guérit toujours, et «quand la fièvre a cessé, le monde se lève et sert l'Eglise.»

  31. «Le soir étant venu, continue l'Evangéliste, dès que le soleil fut couché, les habitants de Capharnaûm amenèrent à Jésus une multitude d'infirmes, des gens atteints de maladies et de douleurs les plus diverses, des possédés du démon, des fous, des paraly-

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inévitable en notre langue, qui existe dans l'expression de «belle-mère,» ne se rencontre ni dans le mot grec: pentera; ni dans le latin: socrus, qui signifient proprement la mère de la femme à l'égard du mari, ou réciproquement. Saint Pierre s'était marié à Capharnaûm. (Epiphan., Hœres., li, cap. XV,) Cependant, dit saint Jérôme, il laissa sa femme, ses filets et sa barque pour suivre Jésus. (Hieronym., Epistol. xcii, olim xxxiv, edit. Martian., tom. IV, col. 752.) Car les Apôtres, selon l'expression de Clément d'Alexandrie, après leur vocation divine, traitèrent leurs épouses comme des sœurs.Oj;(' w; YajJLeTài;, àXX ' wç aôeXçàç Ttepi^yov Ta; yiivaixa;, ouvSiaxôvoyç £cro[j.£va; irpôç xàç olxoy- foùç Yvvaïxa;. (Cîem. Alex., Stromat., lib. 111, cap. vi; Patrol. grœc, tom. VIII, col. 1157.) La tradition donne à la femme de saint Pierre le nom de Concordia. Clément d'Alexandrie {Stromat., Vil, cap. vii; Patrol. grœc, tom. IX, col. 487) nous apprend qu'elle fut martyrisée à Rome, sous les yeux du prince des apôtres. Nous parlerons plus loin de sainte Pétronille (fille de Pierre} et de son martyre.

1. Marc, I, 29-31; Luc, iv, 38-39.

2. Outre saint Pierre, qui avait épousé une femme de Capharnaûm, Thaddée (saint Jude) était engagé dans les liens du mariage, et ses petits-fils apparaisent dans l'histoire sous Domitien. Eusèbe croit qu'il en était de même de l'apôtre Philippe. Mais il semble avoir confondu cet apôtre avec le diacre du même nom, dont il est parlé dans les Actes, (xxi. 9.) Cf. Sopp, Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, tom. I, pag. 346.

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tiqnes, et la ville tout entière était rassemblée à la porte de Simon. Jésus, imposant les mains sur les malades, les guérissait. D'une parole, il chassait les démons. En sortant du corps de leurs victimes, les esprits impurs poussaient des clameurs et disaient: «Vous êtes le Fils de Dieu!» car ils le reconnaissaient pour le Christ. Mais Jésus, d'un ton de menace, leur imposait silence. Il rendit donc la santé à tous ces infirmes. La parole du prophète Isaïe s'accomplissait: «Il a pris nos infirmités et s'est chargé du poids de nos souffrances 1.» Pendant toute cette journée du sabbat, les Juifs de Capharnaum, malgré leur impatience, n'osent pas enfreindre le précepte du repos sacré. Ils l'observent dans toute la rigueur de l'interprétation pharisaïque; ils croiraient tomber sous l'anathème légal, s'ils prêtaient une main charitable à leurs frères infirmes, pour les conduire au Médecin céleste. Mais le sabbat finissait avec la lumière du soleil, car les Hébreux mesuraient les journées d'un soir à l'autre. On comprend dès lors l'empressement de la foule, qui assiège la maison du pécheur galiléen, aussitôt que le soleil a disparu à l'horizon et que le repos sabbatique a cessé. Mais quelle commission scientifique expliquera jamais l'instantanéité de ces guérisons miraculeuses, accomplies sur une multitude de malades, sous les yeux de toute une ville, par une simple imposition des mains, ou par une seule parole de Jésus? Un tel effet dépasse toutes les causes naturelles connues, défie toutes les interprétations du rationalisme et commande la foi.

LA MALADIE ET SATAN K.O.

 

 

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