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Toutes ces horreurs descendent directement de la gnose de Basilide. Mais à quoi bon rappeler ici le priscillianisme, tant de fois frappé du glaive des lois et condamné par l'autorité impériale dans tout l'univers? En ce moment, Evagrius du Pont ne distribue-t-il pas à ceux qu'il nomme des moines et des vierges le livre et les maximes d'Epictète sur l’anatheia, l'impassibilité de l'âme? Est-ce qu'il n'y ajoute pas des commentaires non moins hétérodoxes? Rufin d'Aquilée a traduit en latin ces élucubrations malsaines; elles se débitent aujourd'hui par milliers en Occident. Tout est mis en œuvre pour faire prévaloir l'erreur pythagoricienne. Témérité ou folie, il n'importe! Rufin d'Aquilée a osé traduire sous le nom de saint Sixte martyr et pontife de l'Église romaine, un livre de Xystus disciple de Pythagore, qui enseigne que l'homme est égal à Dieu, que sa substance est la même et par conséquent sa perfectibilité indéfinie. Les ignorants qui n'ont jamais soupçonné l'existence du philosophe Xystus, boivent ainsi dans le calice d'or de Baby-lone un poison décoré du nom d'un martyr. Ils ont dans les mains l'ouvrage d'un évêque, d'un martyr, où il n'est fait aucune mention ni des prophètes, ni des patriarches, ni des apôtres, ni de la foi du
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1. Virgil., Gtorg., n.
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Christ. C'est avec une égale fourberie que Rufin a traduit sous le nom du martyr saint Pamphile une prétendue apologie d'Origène, composée par Eusèbe de Césarée, cet arien notoire. Rufin voulait accréditer de la sorte les quatre volumes latins du Péri Arkone, qu'il nous donne comme l'œuvre authentique d'Origène, et où il fait dire à ce grand homme : « Les saints arrivent en ce monde à une telle excellence de vertu que la nuit qui enveloppe le genre humain n'existe pas pour eux, non plus que l'attrait de la concupiscence. » Jovinien disait aussi quelque chose de semblable. Que veulent donc ces misérables mulierculœ, chargées de vices, qui s'en vont prôner les nouveaux dogmatisants, flottant elles-mêmes à tout vent de doctrine, apprenant toujours et n'arrivant jamais à la véritable science? Que nous veulent ces socii muliercularum, dont la langue et l'oreille ont le prurit du crime? Prétendent-ils nous donner du nouveau ? Ils ressemblent aux insensés dont parle le prophète Ézéchiel; ils passent le temps à blanchir une vieille muraille, mais au souffle de la vérité leur enduit disparaît. D'ailleurs c'est toujours le même accouplement pour l'erreur. Simon le Mage a produit une hérésie; il s'adjoignit comme prédicante Hélène la meretrix. Nicolas d'Antioche, l'inventeur de toutes les infamies, traînait à sa suite des troupeaux de femmes. Marcion se fit précéder à Rome par une femme. Apelles eut sa Philumena. Montan ne corrompit tant d'églises qu'avec l'or de Priscille et de Maximilla ses opulentes recrues. Plus récemment Arius trompa l'univers grâce à la sœur de Constantin. Donat couvrit l'Afrique de ruines, avec l'or de Lucilla. En Espagne, Elpidius eut Agape ; Priscillien, Galla. Le mystère d'iniquité se poursuit sous nos yeux par les mêmes moyens. On dirait qu'il faut au démon de l'erreur des adjudants de l'un et l'autre sexe pour mieux entraîner toutes les âmes à leur ruine. Au fond leur doctrine est un véritable trompe-l'œil. Ils mettent en avant le terme consacré : « On ne peut rien sans la grâce de Dieu ; » mais ils entendent cette grâce soit de la loi naturelle ou écrite, soit du libre arbitre lui-même. Ils ne comprennent même pas ce que le sifflet du diable leur met sur les lèvres, quand ils énoncent ces blasphèmes. Car enfin, si la grâce de Dieu ne consiste
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que dans la volonté ou le libre arbitre dont il nous a doués, si nous n'avons besoin d'aucun autre secoure spirituel, à quoi bon prier, fléchir les genoux pour invoquer la clémence divine, et demander chaque jour un appui que notre propre volonté nous fournit sans cesse? Ils suppriment donc, ces hommes, la prière : Au nom du libre arbitre, ils se proclament des êtres indépendants qui n'ont besoin du secours de personne. Ils suppriment le jeûne, les veilles, les œuvres, la continence. A quoi bon, en effet, m'exténuer de mortifications pour obtenir ce que j'ai naturellement en mon pouvoir? Voici leurs syllogismes, ou plutôt leurs solécismes. Ils disent: «Si je ne fais rien sans le secours de Dieu, c'est donc Dieu qui travaille et opère dans chacune de mes actions, et par conséquent c'est Dieu qui se couronnera lui-même en ma personne. En vain il m'aura fait le don nominal du libre arbitre, puisque je ne saurais en user s'il ne vient à mon aide. Une volonté qui ne peut s'exercer sans l'aide d'autrui, cesse d'être 1. » Ainsi, dans un seul blasphème, ils ont trouvé le moyen de condenser le venin de toutes les hérésies. Ignorent-ils donc les paroles de l'Apôtre : « Qu'avez-vous que vous n'ayiez reçu, et si vous l'avez jeçu, pourquoi vous en glorifier comme d'un bien propre 2? » — « L'œuvre n'appartient ni à l'homme qui veut, ni à l'homme qui court, elle appartient à la miséricorde de Dieu3.» — «C'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire 4. » La seule perfection de l'homme consiste à savoir qu'il est imparfait. C'est la parole de Notre-Seigneur : «Lorsque vous aurez fait tout ce dont vous êtes capables, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n'avons fait que notre devoir 5. » Écoutez, je vous prie, écoutez un autre de leurs sacrilèges : Si je veux, disent-ils, courber le doigt, remuer la main, m'asseoir, me lever, marcher, rourir, cracher, mettre mes doigts dans mon nez, me sera-t-il donc pour tout cela nécessaire d'avoir un secours de Dieu? — Misérables ingrats ! Vous n'avez vraisemblablement jamais lu la parole de l'Apôtre : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quel-
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1 On croit que ces paroles sont de Cœlestius. — 2. Cor., ay, 3.— 3.iiom. :tï, 1G. —4. Phili/ip., V, 17. — 5. Luc, XTi:, 10.
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qu'action que vous puissiez faire, faites tout au nom de Dieu 1. » Vous n'avez sans doute pas mieux compris ce texte de saint Jacques : « Voilà des gens qui disent : Aujourd'hui ou demain nous partirons pour telle ville, nous y passerons un an à faire le négoce. Nous y gagnerons de l'argent. Ainsi ils parlent, et ils ignorent leur lendemain. Qu'est-ce donc que notre vie? Un souffle, une vapeur qui s'élève un instant à l'horizon et disparaît. Il faut dire : Si Dieu le veut, si nous vivons, nous ferons ceci ou cela 2. » Insensés ! Vous croyez qu'on vous fait injure et qu'on anéantit votre libre arbitre quand on vous apprend à recourir sans cesse à Dieu comme à votre auteur, comme à un maître de la volonté duquel vous dépendez absolument! Ne répétez-vous pas chaque jour la parole du roi-prophète : « Mes yeux sont constamment tournés vers le Seigneur, parce que c'est lui qui détournera le piège tendu sous mes pas 3? » Si l'homme est exclusivement au pouvoir de son libre arbitre, pourquoi Jérémie disait-il : «La vie de l'homme ne lui appartient pas. Le Seigneur dirigera sa marche4?» Vous dites que les commandements de Dieu sont faciles à exécuter, et cependant vous ne pouvez citer un seul homme qui les ait tous accomplis. Répondez, je vous prie, à ce dilemme. Les commandements divins sont, ou ne sont pas, d'une exécution facile. Dans le premier cas, si leur exécution est facile, montrez-moi un homme qui les ait tous accomplis : expliquez-moi pourquoi David disait au Seigneur : « Vos préceptes imposent le labeur 5 ; — vos commandements me font marcher par un dur chemin 6, » et pourquoi Jésus-Christ, dans l'Évangile, nous commande « d'entrer par la porte étroite 7. » Dans le second cas, si les commandements divins sont réellement d'une exécution difficile, pourquoi trompez-vous impudemment les âmes, en les berçant d'illusions et de mensonges? S'il ne suffisait que de vouloir pour être sans péché, est-il un seul chrétien qui ne formât un pareil désir et ne voulût acquérir par là même l'impeccabilité? Vous insistez sur cet argument qu'il doit nous être possible d'exécuter les commandements donnés par
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1. I Cor., x, 31. —2 Jacob., iv, 13 et eeq. — 3.Psalm.,j;xiv, 15. — 4. Jerew^a, 2â. — 5. fsalm., xciu, 20. — 6. Psalm., xvi, 4. —7. Matth., vu, 1J.
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Dieu. Et qui donc nie cette possibilité? Cependant elle n'empêcha pas l'Apôtre d'écrire : « Selon l'homme intérieur, j'acquiesce à la loi de Dieu ; mais je sens dans mes membres une autre loi révoltée contre celle de mon esprit, et me captivant sous le joug du péché qui est en ma chair. Misérable homme que je suis, qui me délivrera du corps de cette mort? La grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur. » — «Nous savons, dit encore l'Apôtre, que la loi est spirituelle; mais moi, je suis charnel, je suis un esclave acheté sous la loi du péché. Ce que j'opère, mon intelligence n'en a point une notion complète. Car il m'arrive non de faire ce que je veux, mais de faire ce que je hais. Je sais que le bien ne réside point en moi, c'est-à-dire en ma chair. Le vouloir m'appartient, mais je ne trouve pas en moi la force de parfaire le bien que je veux 1. » N'allez pas vous récrier contre cette doctrine du grand Paul, comme si elle justifiait l'erreur manichéenne des deux natures bonne ou mauvaise. Cette loi du péché résidant en notre chair n'est pas autre chose que le fruit de la déchéance originelle, la fragilité de notre nature tentée par la concupiscence. Et moi aussi, malheureux pécheur que je suis, moi qui redis sans cesse la parole apostolique : « C'est par la grâce que vous avez été rachetés 2 ; » et cette autre de David : « Bienheureux ceux dont les iniquités ont été remises, dont les péchés ont été couverts 3! » s'il me faut parler de ma fragilité, je puis dire que je veux mille fois faire le bien, sans trouver en moi la force de l'accomplir! C'est la force de l'Esprit-Saint qui conduit à la vie, pendant que la fragilité de la chair nous entraîne à la mort. Le Seigneur me l'a dit, et j'écoute docilement sa parole : « Veillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation ; car l'esprit est vaillant, mais la chair est faible4.» Vous trouvez dans cet aveu de nos misères un prétexte à de nouveaux blasphèmes; vous dites aux ignorants que nous condamnons le libre arbitre. Soit condamné lui-même quiconque le condamne! Le libre arbitre avec lequel nous avons été créés, s'il était seul, ne nous distinguerait pas des autres animaux qui l'ont de même reçu en
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1 Ram., vu, 14 et leq. — 2é Ephes., n, 8. — 3. Psalm., xxil, 1. — 4. Mattb,, ixvi, 41 et Marc, xiv, ÎS.
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partage. Nous disons que notre libre arbitre à nous s'appuie sur le secours de Dieu ; nous disons qu'il en a besoin à chaque instant. C'est là ce que vous ne voulez point admettre. Vous prétendez qu'investi de son libre arbitre l'homme n'a plus besoin de la protection divine; c'est-à-dire que, par une jactance folle, vous accordez à l'homme une perfection de sainteté et de justice égale à celle de Dieu même. Nouvel apôtre, tu enseignes à l'univers que l'homme a le pouvoir de ne pécher point; donne-lui donc en même temps le secret d'user de ce pouvoir, car l'homme pèche toujours ! Toi-même tu n'oses pas te vanter de ne pécher plus ; tu le donnes modestement le titre de « pécheur. » Est-ce pour mieux flatter la vanité de tes auditeurs, en laissant croire que tu retiens pour toi seul un titre humiliant dont tu délivres tous les autres? Écoute encore un mot dicté par la simplicité ecclésiastique, simplicité qui passe à tes yeux pour de la rusticité ou de l'ignorance. Tu te vantes de l'indépendance de ton libre arbitre. Pourquoi donc n'oses-tu pas proclamer tout haut la doctrine que tu murmures à l'oreille de tes disciples? Qui te retient? Affirme librement ce que tu crois; prêche en public ce que tu enseignes en secret. Mais non. Autres sont les confidences à huis-clos, autres les discours au peuple. Sans doute le vulgaire ignorant ne serait pas capable de porter les grands secrets de ta doctrine ; tu le tiens encore au régime du lait dont on nourrit l'enfance. Mais pourquoi t'irriter d'avance de ce que je vais écrire contre toi? Je n'ai encore rien publié, et déjà tu me menaces de toutes tes foudres. Le triomphe de l'Église sera assuré, le jour où tu seras contraint de me répondre, d'affirmer tout haut ce que tu penses tout bas. Et plût à Dieu que, loin de persister dans vos erreurs, vous prissiez tous le parti de les abjurer et de revenir à la foi véritable! Alors nous ne serons plus des adversaires mais des amis 1. »
95. Cette lettre de saint Jérôme à Ctésiphon est l'un des chefs-d’œuvre du grand docteur. Tant de verve, d'érudition, de logique, de vigueur, chez un vieillard de soixante-dix ans, n'étonnait
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1 S. Hieronym., Epist. ad Ctesiphont. cxxxiil; Pair, lai,, tora. ÏXIJy col. 1147-1161 passim.
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personne, habitué qu'on était aux merveilles d'éloquence du solitaire de Bethléem. « Jérôme, dit l'évêque espagnol Idace dans sa Chronique, Jérôme, prêt à s'éteindre, retrouva assez de force pour broyer la secte pélagienne et son auteur sous le marteau de diamant de la vérité1.» Les trois « Dialogues contre les péla-giens » suivirent de près la lettre à Ctésiphon, et complétèrent la démonstration de la vérité catholique 2. Au milieu de cette ardente polémique contre Pélage, Jérôme reçut dans son monastère le messager d'Augustin, le prêtre Orose, qui lui apprit les événements d'Afrique, la condamnation de Cœlestius par le concile de Carthage, et les travaux déjà entrepris par l'évêque d'Hippone pour la réfutation des nouvelles erreurs. Ce fut pour le vieil athlète une immense consolation de voir descendre Augustin dans la lice. « On m'apporte, écrivait-il à la fin de ses « Dialogues, » on m'apporte les trois lettres adressées par l'éloquent et saint évêque d'Hippone au tribun Marcellinus, ce nouveau martyr dont un tyran vient de trancher l'innocente vie. On me remet également celle qu'il envoie à Hilarius de Sicile. On m'apprend qu'il a composé d'autres ouvrages du même genre, lesquels ne me sont point encore parvenus. Je puis donc cesser moi-même d'écrire à ce sujet. Autrement on m'appliquerait avec raison le mot d'Horace : « Ne porte pas de bois à la forêt, » In silvam ne ligna3. Tout ce que je pourrais dire serait maintenant superflu, puisque ce grand génie l'aura dit avant moi et beaucoup mieux 4. » II s'excusait en même temps, près de saint Augustin lui-même, de ne pouvoir répondre sur-le-champ à ses questions sur l'origine des âmes, et exprimait franchement le désir de n'y jamais répondre. «Je supplie votre révérence, lui disait-il, de me laisser quelque peu témoigner mon admiration pour son beau génie. Tout ce que l'intelligence la plus sublime peut concevoir de certain, tout ce qu'elle peut puiser aux sources de l'Écriture sur la question de l'origine des âmes, vous l'avez établi et
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1 Idat., Ch'-mic; Pair, lat., lom. LI, col. 877.— 2. S. Hieronyia., Dialog. adzers. pelngianos sub persona Attici catholici et Critobuli hœretici, libvi très; à>atr. lat., totn. XXIII, col. 495-590. — 3. Ilorat., lib. 1, Sat. x. — 4 S. Hie-ronyru., 111 Dialog. adv.ps.'m/-* w> 19; lom. cit., col. 5S9.
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discuté dans votre lettre. Il ne pourrait donc y avoir entre nous à ce sujet qu'une controverse d'érudition purement spéculative. Nos adversaires et surtout les hérétiques, en nous voyant discuter entre nous, ne manqueraient pas de publier que nous nous détestons. Or j'ai décrété de vous aimer, de vous chérir, de vous vénérer, de défendre vos écrits comme les miens propres. Il en sera ainsi jusqu'à la fin de ma vie. Laissons donc de côté les questions spéculatives. Unissons nos efforts pour extirper la pernicieuse hérésie qui vient de s'élever contre l'Église 1. » De son côté, l'évêque d'Hip-pone écrivait à Jérôme : « Il faudrait être bien malheureux pour ne pas écouter avec docilité et respect un homme tel que vous, et ne pas rendre grâces de vos nombreux et illustres travaux au Seigneur notre Dieu qui vous a fait si grand. Si mon lot est d'apprendre de qui que ce soit ce que je ne dois pas ignorer, plutôt que d'enseigner aux autres les choses moins utiles que je puis savoir, combien n'est-il pas plus juste que je sollicite cet office de charité de vous, qui, avec l'aide du Tout-Puissant, portez l'étude des saintes lettres au plus haut degré de gloire où elles se soient jamais élevées dans l'église latine 2? » Cela est beau, dit fort justement M. A. Thierry, parce que cela était sincère et vrai3.
96. En même temps que le prêtre espagnol Orose, les deux évêques gaulois, Héros d'Arles et Lazare de Marseille, étaient arrivés à Bethléem. Eux aussi avaient pu observer de leurs yeux dans leur patrie la marche souterraine et les allures tortueuses du pélagianisme. De tous les points de l'univers, les accusateurs du moine breton semblaient se donner rendez-vous pour l'accabler. Cependant il tenait tête à l'orage, et continuait sa propagande occulte. Jérusalem formait deux camps, l'un qui tenait pour le Christ, l'autre pour Pélage. C'est l'expression de saint Jérôme. Le patriarche Jean crut pouvoir tout apaiser en ordonnant le silence aux deux partis. Dans ce but il convoqua ses prêtres en une assemblée synodale, qui se tint le 30 juillet 415,
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1. S. Hieronym., Epist. cxxxiv; Pair. Int., tom. XXII, col. 1161. — 2. S. ACs giist . Enisi. CLXvii, n° 21 ; Pair. Int., tom. XXXIII, col. 741. — 3 A. Thierry, Suint Jërimt, tom. II, pag. 22i. — 4. Epist. ad Clesiph.
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dans la grande basilique de la Résurrection, en présence du vicaire préfectoral Domninus. Comme on devait entendre Paul Orose et que celui-ci ne parlait pas le grec, on lui donna pour interprètes les prêtres Avitus, Vitalis et Passerinus. Voici comment Paul Orose lui-même rend compte de cette conférence : « J'étais humblement renfermé dans le monastère de Bethléem, assis aux pieds de Jérôme, apprenant de ce grand maître la crainte du Seigneur. Le clergé de Jérusalem me manda à son assemblée. Je m'y rendis. L'évêque Jean me fit prendre place, et tous me demandèrent d'exposer fidèlement et simplement les faits relatifs à l'hérésie de Pélage et de Cœlestius, tels qu'ils venaient de se passer en Afrique. En peu de mots je racontai la tentative subreptice de Cœlestius à Carthage pour être promu à l'honneur du sacerdoce, l'inutilité de sa démarche, sa condamnation par le concile, et sa fuite précipitée. Je parlai des ouvrages que le bienheureux Augustin avait déjà composés pour la réfutation des erreurs de Cœlestius et de ses disciples, et comme j'avais entre les mains la lettre adressée par ce grand homme aux évêques de Sicile, on me la fit lire. Après quoi, l'évêque Jean donna l'ordre d'introduire Pélage dans l'assemblée. Quand il parut, tous unanimement lui demandèrent s'il était vrai qu'il osât prêcher une doctrine réfutée par Augustin. —Et que m'importe Augustin? s'é-cria-t-il. — Cette parole souleva un tonnerre d'indignation. C'est un blasphémateur! disait-on de toutes parts. Il injurie le plus grand des docteurs, l'évêque choisi de Dieu pour rétablir l'unité de l'église en Afrique. Il faut chasser ce sacrilège de notre assemblée !---Malgré ces protestations universelles, l'évêque Jean fit asseoir Pélage, un laïque, un hérétique notoire, au milieu de ce synode de prêtres catholiques ! Puis il dit : En ce moment et ici je suis Augustin.--Si vous prétendez représenter Augustin, m'écriai-je, prenez donc aussi ses sentiments. — Sans répondre à mon interpellation, l'évêque Jean me posa la question suivante : Les écrits d'Augustin que vous venez de lire sont-ils dirigés spécialement contre Pélage, ou bien contre d'autres personnes 1? S'ils sont dirigés contre Pé-
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1 Cette question, de la part de Jean de Jérusalem qui favorisait le moine breton, était fort habile. Ou se rappelle que les premiers écrits d'Augustin
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lage, il faut le prouver. —Augustin, répondis-je, condamne, ainsi que vous venez de l'entendre, la doctrine qui affirme «que l'homme, s'il le veut, peut être ici-bas sans péché et que, s'il le veut, il lui est facile de garder les commandements de Dieu. » Or, cette proposition est exactement la même que vient de formuler Pélage.--Je le reconnais, dit Pélage, et je me garderai bien de le nier.--C'est pourtant, repris-je, ce que le concile d'Afrique a détesté dans Cœlestius, et ce que l'évêque Augustin rejette avec horreur. En ce moment, il travaille à une nouvelle réfutation de cette doctrine dans le livre « De la nature et de la grâce, » qu'il prépare directement contre vous. Enfin, c'est là ce que le bienheureux Jérôme, dont tout l'Occident salue avec admiration les ouvrages, vient de flétrir énergiquement dans sa lettre à Clésiphon, et dans les « Dialogues » auxquels il met la dernière main. —Vous portez-vous officiellement accusateur de Pélage? me demanda l'évêque Jean. S'il en est ainsi, présentez un mémoire en règle à mon tribunal, et je ferai justice. — Nous ne sommes point ici des accusateurs, répondis-je. J'expose ce que les évêques, vos frères et nos pères, ont décrété contre une hérésie que ce laïque prêche au sein de votre église. Je suis votre hôte, et je fais mon devoir en vous prévenant du danger que la foi peut courir parmi le troupeau confié à vos soins — L'évêque Jean insista encore pour me faire accepter le rôle d'accusateur juridique. Puis il ajouta que l'Écriture semble admettre qu'il y eut ici-bas des hommes sans péché. Il cita la parole du Seigneur à Abraham : « Marche en ma présence, et sois partait 1. » Il rappela le verset de l'Évangile de saint Luc : « Zacharie et Elisabeth étaient tous deux justes devant le Seigneur, marchant sans reproche dans les sentiers de la justice 2 ; » enfin toutes les objections qu'il avait puisées dans Origène. Je lui répondis : Nous autres, prêtres et laïques, nous ne sommes que les enfants de la sainte Église.
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contre l'erreur pélagienne ne faisaient pas mention de Pélage, dont l'évêque d'Hippone ignorait encore les véritables sentiments. Le patriarche avait fort bien remarqué l'absence du nom de Pélage, dans la lettre qu'on venait de lire; il espérait en tirer parti pour sauver son protégé. 1 Gènes., X'ju, 1. — 2. Lue., I, 6.
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N'exigez donc pas de nous, vénérable père, que nous nous érigions en juges ou en docteurs. Les évêques catholiques, ceux avec lesquels vous vous faites gloire d'être uni de communion, ont anathématisé cette doctrine. Nous devons accepter humblement leur sentence. Ne demandez pas à des fils quelle est leur opinion sur une doctrine condamnée par leurs pères. — La discussion continua, et je m'aperçus que les interprètes dénaturaient mes réponses, les interpolaient, ou même les supprimaient complètement. L'évêque Jean reprit : Si Pélage affirmait que l'homme peut être parfait sans le secours de Dieu, sa proposition serait certainement condamnable. — Pelage s'écria : Anathème à qui nie le secours de Dieu! — Et vous, me demanda l'évêque Jean, est-ce que vous niez le secours de Dieu? — Non certes ! répondis-je. Loin de le nier, je le professe énergiquement, et c'est pour cela que je déteste l'erreur pélagienne. — Je fis observer ensuite que Pélage appartenait à l'église latine, que son hérésie y était connue, qu'il fallait en laisser l'appréciation à des juges de langue latine, et que Jean ne pouvait établir de débat contradictoire lorsque personne ne se proposait pour accusateur. — Cela est vrai, s'écrièrent quelques membres de l'assemblée ; on ne saurait être tout à la fois avocat et juge d'un hérétique! — Enfin, après une altercation longue et vive, l'évêque Jean, cédant aux voeux et aux instances unanimes, déclara que les parties seraient renvoyées par-devant le bienheureux Innocent, pape de Rome, qui statuerait en dernier ressort, et dont la sentence serait obligatoire pour tous1. En attendant, Pélage devait interrompre sa propagande, et ses adversaires s'abstenir de l'attaquer. Cette décision fut accueillie avec joie; on chanta le cantique d'actions de grâces, on se donna mutuellement le
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1. Multisque aliis actilalis, Jonnnes episcopus novissimam sententiam protulit, confirmons tandem posiulutionem intenlionemque noslram, ut ad beatum Inno-dentium imparti Homanum partes et epistotee mitterentur, aniversis quod Me de-ternerei seeuluris. (Paul. Oros., Apolog., u" 6; Patr. lai., tom. XXXI, eo). U78.) Nous do savons pourquoi M. A. Thierry, qui rend un compte fort détaillé de la conférence de Jérusalem, laisse dans l'ombre cette solution dont il De dit pas un mot. (Cf. A. Thierry, Saint Jérôme, tom. U, paS. 2^.)
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baiser de paix, puis, l'oraison ayant été récitée à haute voix, nous nous retirâmes 1. »