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82. La dernière onction donnée par le pontife, se rapporte évidemment au sacrement de Confirmation, qui était, dans la primitive Église, administrée immédiatement après le baptême. De là vient qu'aujourd'hui encore la Confirmation occupe le second rang dans la nomenclature des sacrements. « Sous l'onction de l'huile bénite, ajoute saint Denys, le baptisé répand une suave odeur, car celui qui a été régénéré est uni au Saint-Esprit. Mais je laisse aux âmes qui furent jugées dignes d'un auguste et pieux commerce avec cet Esprit divin, de connaître et d'entendre ce que c'est que cette visite ineffable de la majesté céleste, dans laquelle l'homme se trouve embaumé d'un parfum spirituel et élevé à la perfection. Enfin le pontife convie l'initié à la très-sainte eucharistie, il le fait entrer en participation de ce mystère qui opère si efficacement la sainteté 2, et qui est, comme disait notre illustre maître, le sacrement des sacrements. L'hiérarque, après avoir prié au pied de l'autel, l'encense d'abord, puis fait le tour du temple 3. Revenu à l'autel, il commence le chant des psaumes que tous les ordres ecclésiastiques continuent avec lui 4. Après cela, des ministres inférieurs lisent les très-saintes Écritures 5, et ensuite on fait sortir de l'enceinte sacrée les catéchumènes, les énergumènes et les pénitents. Ceux-là seuls restent dans le lieu saint qui sont dignes de contempler et de recevoir les divins mystères. Pour le reste des ministres subalternes, les uns se tiennent auprès des portes fermées, d'autres remplissent quelque autre fonction de leur ordre 5.
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1 De hierarch. cœlest., cap. u. — 2. Id., ibid. — 3. Nous avons ici la mention la plus ancienne de nos processions. — 4. On reconnaît facilement l'origine de l'Introït. — 5. Telle est encore la lecture de l'Épître faite par un sous-diacre, ou un lecteur.
6. On reconnaît ici la hiérarchie subalterne des ordres mineurs, telle qu'elle existe encore au sein de l'Église catholique. Les Ostiarii, ou Portiers, sont expressément nommés par saint Denys; il en est de même des Lectores,
« Lecteurs. » La séparation des énergumènes suppose la présence des Exor-
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Les plus élevés d'entre eux, les diacres 1, s'unissent aux prêtres pour présenter sur l'autel le pain sacré et le calice de bénédiction2, après toutefois qu'a été chantée par l'assemblée entière la profession de la foi3. Alors le pontife achève les prières, et souhaite à tous la paix; les frères se donnent mutuellement le saint baiser et l'on récite les noms inscrits sur les sacrés diptyques 4. Ayant tous purifié leurs mains 5, l'hiérarque prend place au milieu de l'autel, et les prêtres l'entourent, avec les diacres désignés. Le pontife bénit Dieu de ses œuvres merveilleuses, et consacre les mystères augustes qu'il offre à la vue du peuple, sous les symboles vénérables qui les voilent 6. Quand il a ainsi présenté les dons précieux de la divinité, il se dispose à la communion et y convie les autres. L'ayant reçue et distribuée, il termine par une pieuse action de grâces 7. » Qu'on fasse lire cette page de saint Denys l'Aréopagite à n'importe quel protestant ; et qu'on lui demande s'il y retrouve un seul des éléments de la cène calviniste ou luthérienne ! Au contraire, il n'est pas un catholique qui n'y reconnaisse distinctement les rites augustes du sacrifice de la messe. C'est bien en effet un sacrifice que saint Denys entend décrire dans l'Eucharistie, on ne saurait le mettre en
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cistes. Enfin, la mention, faite précédemment par l'Aréopagite, de « l'éclat des flambeaux. » dans les cérémonies saintes (cf. n° 80), suppose nécessairement la fonction des Acolythes.
1. Il est évident que, dans la pensée de saint Denys, le sacerdoce représenté dans sa plénitude par l'évêque, et dans son rang inférieur par les simples prêtres, constitue l'ordre majeur, au-dessous duquel vient immédiatement le diaconat. — 2 C'est la cérémonie consacrée sous le nom d'Offertoire.
3. Saint Denys avait déjà, dans la description des rites du baptême (n° 81), mentionné la profession de foi, ou Symbole. On remarquera que l'ordre dans lequel se succèdent les diverses phases du sacrifice eucharistique est précisément celui qui est observé dans la célébration de la messe. Le chant de la profession de foi précède l'Offertoire. Ajoutons que le chant du Symbole, au temps de saint Denys, prouve péremptoirement que la formule en avait été ixée par les apôtres, ainsi que nous l'avons dit plus haut. (Cf. tom. V de cette Histoire, pag. 486.)
4. Le baiser de paix, la mention des saints martyrs et des pontifes vivants, se retrouvent de même dans la liturgie actuelle. — 5. C'est la cérémonie, également en usage, dite du Lavabo. — 6 La consécration et l'élévation sont ainsi clairement indiquées par le saint Docteur.
7. De hierarch. eccles., cap. III, .
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doute quand il dit: «En découvrant et rompant le pain, jusque-là couvert et formant un seul tout, en partageant le même calice entre les assistants, le pontife multiplie mystérieusement et distribue l'unité, et par là s'accomplit le très-saint sacrifice 1. » Quant au dogme de la présence réelle de Jésus-Christ, sous les espèces, ou, suivant l'expression même de l'Aréopagite, «sous les symboles du pain et du vin, » il est impossible de l'exprimer avec plus d'énergie que le saint Docteur. «Dans ce sacrement auguste, dit-il, Jésus-Christ, notre vie spirituelle, devenu pour ainsi dire palpable, convie le genre humain à la participation de son essence et de ses propres richesses, nous associant véritablement à sa divinité 2. Goûtez donc et voyez, selon la parole de l'Écriture, combien le Seigneur est doux 3. Car c'est en s'initiant à nos mystères que les fidèles apprécient l'immensité des grâces dont nous sommes enrichis, et c'est après avoir contemplé, dans la communion, leur grandeur et leur excellence, qu'ils éclatent en cantiques de louanges, pour les merveilles de bonté que Dieu a opérées 4. » Comme préliminaire de la réception du sacrement eucharistique, et comme moyen de purification préalable, saint Denys indique non moins clairement le sacrement de pénitence. « On exclut du temple et du sacrifice, dont ils sont indignes, dit-il 5, et ceux qui n'ont pas encore été appelés à la grâce de l'initiation, et les transfuges de la vertu, et ceux qui se laissent entraîner aux frayeurs et aux illusions des démons, et ceux qui, sortis de la vie du péché en conservent encore les impures imaginations, et enfin ceux auxquels, pour employer les termes de la loi, il reste encore quelque tache et quelque souillure. Car le Dieu qui nous a libéralement conféré l'existence et la vie, a eu pitié de l'indigence spirituelle où nous tombons par nos fautes ; il daigne nous rappeler par des grâces régénératrices à la splendeur de nos premières destinées. » Nous ne poursuivrons pas davantage les emprunts de cette nature que nous pourrions faire encore aux œuvres de saint Denys. Les
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1. De hierarch. eccles., cap. m, de Synaxi. — 2. Id., ibid. — 3. Psalm., IXXIH, 9. — 4. De hierarch. eccles., cap. ni, sub finem. — 5. Id., ibid,
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rites de la consécration de l'huile sainte, de l'ordination épiscopale et sacerdotale, de la bénédiction des moines ou thérapeutes, de l ‘Extrême-Onction, des cérémonies pour les défunts, constituent un ensemble dont la conformité générale avec la liturgie catho- lique est un fait de la plus haute importance. Il nous suffit d'avoir indiqué la valeur de semblables témoignages. Nous aurons ulté-rieurement à y revenir, en étudiant un autre monument trop négligé de nos jours, les Constitutions apostoliques.
§ X. Mission de saint Denys de Paris, par saint Clément.
83. La mémoire de saint Denys l'Aréopagite a eu le sort de ses œuvres. Elle a été contestée avec la même violence, et longtemps répudiée avec la même légèreté. L'illustre martyr qui, suivant la tradition, porta dans ses deux mains sa tête coupée, devait être plus tard décapité doublement, et dans ses écrits et dans ses actes, par la critique superficielle, mais profondément hostile, des trois derniers siècles. On nous pardonnera donc d'insister ici, avec une certaine étendue, sur un fait aussi intéressant pour nos origines chrétiennes et nationales. La question de l'apostolicité de nos Églises, désormais tranchée en faveur de la tradition, a pour corollaire celle de la mission de saint Denys à Lutèce, par le pape Clément. Les textes mal interprétés de saint Grégoire de Tours et de Sulpice Sévère, que Launoy et Sirmond opposaient à l'une et à l'autre 1, ont été réduits à leur juste valeur par la critique moderne. Ils restent définitivement écartés du débat. Nous nous trouvons en face, non plus d'une controverse de jansénisme, de molinisme ou de gallicanisme. Il s'agit d'un fait de chronologie hagiographique; rien de plus, rien de moins. Or, les questions de fait se décident par les témoignages. En examinant à cet unique point de vue, et sans aucune espèce de parti pris, la tradition qui fait de saint Denys l'Aréopagite le fondateur de l'Église de Paris, on sera forcé d'en reconnaître l'authenticité.
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1. Cf. tom. V de cette Histoire, pag. 517-530.
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84. Le Liber Pontificalis affirme que le pape saint Clément ordonna, durant les neuf ans de son administration, quinze évêques, destinés à « diverses Églises 1. » Hermas, dans son livre du Pasteur, constate que saint Clément entretenait, « selon les devoirs de sa charge, des relations fréquentes avec les nations étrangères2. » Ce double témoignage, émané, sans connivence possible, d'un auteur contemporain et d'un recueil éminemment traditionnel, a une portée immense, dans la question de nos origines chrétiennes. Pourquoi n'a-t-il jamais été invoqué dans les ardentes controverses du dernier siècle? Nous l'avons déjà indiqué; on niait la valeur historique du Liber Pontificalis ; on n'accordait au Pasteur d'Hermas qn'une assez mince autorité, parce que son texte original était perdu, et qu'une traduction, dont on ne pouvait contrôler l'exactitude, laissait place à tous les doutes et à toutes les objections de la critique. Il n'en est plus de même aujourd'hui. La fixation définitive des Fastes consulaires a rendu au Liber Pontificalis un crédit qu'il n'aurait jamais dû perdre ; et le Manuscrit sinaïtique a restitué enfin à la littérature chrétienne le texte grec du Pasteur d'Hermas. Désormais l'historien n'a plus seulement le droit, mais le devoir rigoureux et absolu, de tenir compte de ces indications précieuses dans leur brièveté officielle. Or « les quinze évêques ordonnés pour diverses Églises, » et envoyés par saint Clément, qui entretenait «avec les nations étrangères les rapports commandés par sa charge, » où furent-ils dirigés? L'histoire doit chercher et retrouver leurs traces. Si l'on se reporte à l'organisation de l'Église primitive, on comprendra que les pontifes missionnaires, consacrés par saint Clément, ne purent être destinés aux contrées orientales. Là, en effet, depuis Alexandrie d'E-gypte, en passant par Jérusalem, Antioche et Éphèse, pour arriver par le nord de l'Asie aux chrétientés de la Grèce, fondées par saint Paul, on rencontre partout des Églises patriarcales ou apostoliques, des sièges métropolitains établis dans les chefs-lieux des
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1. Episcopos per diversa loca XV. ( Lib. Pontif. S. Clemeos.) — 2. Nous avons cité plus haut ce témoignage important d'Hermas. (Cf. n° 71 de ce chapitre.)
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provinces romaines. La hiérarchie ecclésiastique, développée en Asie et en Grèce parallèlement à la division civile adoptée depuis Auguste, suffisait aux progrès de la foi dans ces localités. Les quinze évêques, «ordonnés » par saint Clément « pour diverses Églises, » ne purent donc être envoyés que dans les régions occidentales de l'Europe, c'est-à-dire dans les Gaules, en Germanie, aux îles Britanniques et en Ibérie, l'Espagne actuelle1. C'est à dessein que nous ne faisons point figurer, dans cette énumération, l'Italie; puisqu'en effet l'Italie, directement évangélisée par saint Clément, ne pouvait être comprise par Hermas, qui l'habitait lui-même, au nombre des « nations étrangères » avec lesquelles, dit-il, « le pontife entretenait les relations nécessitées par sa charge. «Évidemment donc, en dehors de tout autre témoignage historique, nous sommes conduits par les deux textes du Liber Pontificalis et du Pasteur d'Hermas, à supposer que des évêques missionnaires, dans un nombre qui ne dépassa pas celui de quinze, furent envoyés par saint Clément aux régions occidentales de l'Europe. Quelles furent ces régions? Le Liber Pontificalis ne les nomme pas ; mais nous avons sur ce point des données géographiques qui suppléent à son silence. Les voies romaines nous sont connues; c'était par la Via Aurélia, aboutissant à Arles dans les Gaules, que les légions envoyées en Germanie, aux îles Britanniques, en Ibérie, se rendaient à leur destination respective. Les messagers de la foi durent suivre le chemin tracé par les conquérants. On n'échappe point à ces nécessités d'une civilisation et
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1. La lettre apocryphe de saint Clément à l'apôtre saint Jacques, dont Rufin nous a conservé une traduction, confirme cette donnée historique. « Ayez soin, fait-on dire au Pape, d'ordonner des évêques et d'en envoyer dans les diocèses de l'Orient, selon l'ordre de Pierre. De notre côté nous ferons de même. Nous en dirigerons un certain nombre dans les Gaules et les Espagnes, d'autres en Germanie, en Italie et chez les diverses nations de l'Occident. » [Epist. Clem. ad Jacob., PatroL grœc, tom. I, col. 475.) Cette Épître apocryphe, qui sert de préface aux Clémentines, fut interpolée par les hérétiques du IIIe siècle. Son autorité dogmatique est donc nulle. Mais, au point de vue de l'histoire, elle constate la tradition des missions dirigées par saint Clément dans les Gaules, en même temps qu'elle atteste ce que nous disons de l'organisation hiérarchique à cette époque.
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d'un siècle. Quand on voudra, dans mille ans, savoir la route que nos missionnaires prennent aujourd'hui pour se rendre aux Indes, au Japon ou en Chine, on devra se reporter à l'état actuel de la navigation européenne, et l'on affirmera, sans crainte d'erreur, qu'ils ont dû prendre passage sur les navires partant des côtes occidentales de la France ou des rives méridionales de l'Angle-terre. Ce que la science rétrospective des Églises futures de l'Inde et de la Chine devra faire alors, nous le faisons aujourd'hui, avec non moins de certitude, pour le mouvement de transit international, sous la domination romaine. A priori donc, et sans préjuger encore de ce que l'examen des traditions locales nous apprendra, nous pouvons affirmer que les évêques envoyés par saint Clément « aux nations étrangères » de l'Europe occidentale, durent, de toute nécessité, traverser la Gaule. Conséquemment la Gaule dut être, après l'Italie, le premier théâtre des conquérants apostoliques ; et n'eussions-nous aucun autre document à notre disposition, cette conclusion n'en resterait pas moins acquise irrévocablement à l'histoire.
85. Mais il s'en faut bien que nous soyons réduits, pour trancher la question, à cet argument préjudiciel. Toutes les traditions locales, tous les monuments particuliers, tous les martyrologes parlent ici comme le Liber Pontificalis. Ils affirment d'une part que les Églises de l'Europe occidentale ont eu des missionnaires envoyés par saint Clément; ils affirment d'autre part que ces missionnaires avaient pour chef saint Denys l'Aréopagite. Un siècle avant saint Grégoire de Tours, la Gaule retentissait du nom d'une humble vierge, que la piété de nos aïeux a donnée pour patronne à la ville de Paris. Sainte Geneviève (421-502) avait sauvé sa patrie des fureurs d'Attila: seule elle avait conservé, au milieu de l'effroi général, un courage viril, et empêché les Parisiens d'abandonner, par une fuite honteuse, leurs demeures aux dévastations des Huns. Plus tard, quand la famine succéda aux Barbares, Geneviève avait ramené l'abondance au sein de la population déses-pérée. Remontant la Seine sur de frêles barques, elle alla chercher, dans les plaines de la Brie et de la Champagne, les blés qui
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manquaient à Lutèce. La célébrité pour Geneviève n'avait point attendu la glorification du tombeau; sa vie, objet de l'admiration universelle, fut étudiée par ses contemporains, qui transmirent à la postérité le détail de ses saintes et glorieuses actions. Or voici ce que nous lisons, dans un de ces récits écrit par un contemporain : « Geneviève professait une vénération pleine de tendresse pour le village de Catulla, où saint Denys avait reçu la sépulture. Ce très-bienheureux évêque souffrit le martyre en ce lieu, situé à trois milles de Lutèce. Il avait été, suivant la tradition des anciens et les actes de sa Passion, envoyé par saint Clément, disciple de saint Pierre, pour évangéliser la Gaule. Geneviève se proposait de faire élever une basilique en l'honneur du glorieux martyr1. «Ainsi parle un auteur contemporain de sainte Geneviève. Si ce texte est authentique, il renverse complètement la thèse de Launoy. On conçoit donc que ce docteur en ait nié l'authenticité; mais son argument négatif tombe ici devant un fait matériel. La Vie de sainte Geneviève dont il s'agit porte en effet dans son texte même une date irrécusable. L'auteur s'y exprime ainsi : « J'ai vu moi-même, dix-huit ans après la mort de Geneviève, quelques gouttes de l'huile que sa prière avait multipliée, par un miracle, dans un vase où on les conservait. » C'est là, si nous ne nous trompons, donner une date à une œuvre. Cette Vie est reproduite, avec des abréviations, dans le Recueil de Surius et dans les Bollandistes. Enfin elle présente tellement tous les caractères d'authenticité, que les savants Bénédictins, auteurs de l'Histoire littéraire de la France, en parlant de cette Vie de sainte Geneviève par un contemporain anonyme, disent de lui que « c'était un écrivain grave, judicieux, plein de piété, et qui ne manquait pas d'érudition pour le siècle où il vivait 2. »
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1. Qui utique sanctus Dionysius, primus episcopus civitatis Parisiorum a persecutoribus in quarto milliario ab eâdem urbe, martyrium consummavit. Et ut com-peri,jux!a traditionem seniorum, vel relationem passionis suœ, a sancto Clémente filio in bnplismo S. Pétri apostoli, Romœ, episcopus ordiaatus et in hâc provinciâ est directus. (Libellus vitœ'B.Genovefœ. Surius, Acta sum., 9 jan. Saint Yves, Hist. de sainte Geneviève.)
2.Hist. littér. de la France, tom. III, pag. 151. Ou peut voir,.dans YRistoir*
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86. Les Actes authentiques de saint Denys, publiés comme tels par les Bollandistes, s'expriment ainsi : Igitur S. Dionysius, qui, tradente S. Clémente, Pétri apostoli successore, verbi divini semina gentibus eroganda susceperat... Parisius, Domino ducente, pervenit. « Saint Denys, qui avait reçu de saint Clément, successeur de l'apôtre Pierre, les semences de la parole divine à distribuer aux gentils, parvint jusqu'à Paris, conduit par le Seigneur1. » Ces paroles sont textuellement conformes à celles que nous lisons dans le manuscrit du Xe siècle, n° 5301, provenant de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, et appartenant en ce moment à la bibliothèque impériale de Paris. Ce manuscrit renferme, sous le n° 39, une Passio S. Dionysii. Elle concorde entièrement avec les Actes publiés par les Bollandistes; on y lit les mêmes paroles déjà citées : Igitur Dionysius qui, tradente S. Clémente, Petri apostoli successore, verbi divini semina gentibus eroganda susceperat,... Parisius ducente Do-mino pervenit. Le manuscrit dont nous parlons peut donc nous servir comme d'un premier échelon pour remonter à la date vraisemblable des Actes dont il s'agit, et nous pouvons, d'après son autorité, établir qu'ils existaient au Xe siècle (900-999). Or, dans l'Antiphonaire grégorien, exécuté pour l'église de Compiègne, par ordre de l'empereur Charles le Chauve (840-870), et cité par Mabillon 1, la première antienne des Matines de la fête de saint Denys est celle-ci : Sanctus Dionysius, qui, tradente beato Clémente, Pétri apostoli successore, verbi divini semina gentibus parturienda suscepe-
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de sainte Geneviève, par M. l'abbé Saint-Yves, le texte du Libellus vitœ B. Genovefœ, reproduit d'après plus de quinze manuscrits différents. Les plus anciens exemplaires de cet ouvrage sont conservés, l'un à la bibliothèque de Sainte-Geneviève, où il porte le n° H, 1. 2; l'autre à celle du Vatican.
1. Le savant bénédictin s'appuie sur l'autorité de ce monument liturgique pour établir l'authenticité de la mission de saint Denys par saint Clément. Voici ses paroles : Idem consensus probatur ex officio ecclesiastico in Ecclesiis gallicanis, festo die S. Dionysii, legi solito, régnante Carolo Calvo, quale habetur in Antiphonali Gregoriano, fussu ejusdem Caroli Calvi, pro Ecclesiâ Compendiensi litteris partim aureis exarato. (Vetera Analecta, Mabillonii, in-fol., pag. 223.) Les recherches que nous avons faites pour savoir si l'Antiphonaire de Charles le Chauve, décrit ainsi par Mabillon, avait survécu au désastre de la révolution française, n'ont encore abouti à aucun résultat positif.
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rat. Le troisième répons du premier nocturne est ainsi conçu : Beatissimus Dionysins, Christimartyr, tradente beato Clémente, par turienda gentibus semina divina suscepit1. Cette citation des paroles mêmes des Actes, à l'époque de Charles le Chauve (840), nous fait ainsi remonter d'un siècle, en prouvant l'existence de ces derniers à cette date. De plus, l'Antiphonaire de Charles le Chauve, copié par ordre de ce prince, et magnifiquement illustré de lettres d'or, n'apportait pas à notre patrie une liturgie nouvelle. Il était la reproduction de la liturgie grégorienne, alors généralement adoptée en France. Quand Philippe II faisait exécuter, pour la somptueuse chapelle de l'Escurial, les fameux Antiphonaire et Graduel connus de toute l'Europe, dont le vélin employa, dit-on, la peau de 17,000 mules2, il n'importait pas en Espagne un rite inédit et des offices nouveaux. Or la liturgie grégorienne, dont l'Antiphonaire de Compiègne était un spécimen magnifique, avait été introduite en France sous Pépin le Bref. Nous arrivons ainsi à l'époque de 752-768, et nous constatons, à cette date, l'existence des Actes de saint Denys, en en retrouvant les paroles adoptées par la liturgie publique. — Ce n'est pas tout : le texte même des Actes porte avec lui le cachet d'une origine encore plus ancienne. Après avoir rapporté la Passion de saint Denys, les Actes parlent de la première basilique élevée par les chrétiens sur le tombeau du martyr, comme existant encore au temps où l'auteur écrit. Or cette basilique, ou chapelle primitive, subsista jusqu'à l'époque de sainte Geneviève, qui en fit construire une nouvelle. Nous savons de plus que le roi Dagobert Ier substitua, en 632, une église plus vaste et plus riche à celle élevée précédemment par sainte Geneviève, vers 460. Les Actes sont donc à la fois, et plus anciens que Dagobert Ier, et plus anciens que l'époque de sainte Geneviève.
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« Saint Denys reçut du bienheureux Clément, successeur de l'apôtre Pierre, les semences de la parole divine à faire germer au sein des gentils. » « Le très-bienheureux Denys, martyr du Christ, reçut du bienheureux Clément les semences divines à faire germer au sein des gentils. » (Natal. Alexand., Hist. eccles., édit. de Lucques, tom. V, pag. 371.)
2. Historia y description del Escorial, por D. José Quevedo, Madrid, 1854, in-8°, pag. 308.