Les Églises des Gaules 1

Darras tome 13 p. 189

 

II. Les églises des Gaules.

 

   10. Le pontificat de saint Léon offre l'exemple de toutes les complications religieuses, politiques et sociales, dominées tour à tour par l'unité de vues, la fermeté de la foi apostolique, l'action irrésistible de l'autorité exercée au nom de Dieu. Le siège métropolitain d'Arles était occupé par saint Hilaire, parent et succeseur de saint Honorât. Hilaire n'avait pas toujours donné exemple des vertus dont il était alors un modèle. Sa jeunesse, comme celle d'Augustin, s'était écoulée dans le tourbillon du tonde, l'agitation des affaires, l'amour des plaisirs, la recerche de la gloire humaine. Saint Honorât, qui l'aimait d'une tendresse de prédilection, quitta un jour sa solitude de Lérins pour venir le trouver, dans l'espoir de le conquérir à l'Église et à Jésus-Christ. « Combien de larmes, dit saint Hilaire, furent répandues par ce vertueux ami, pour amollir la dureté de mon cœur ! Que de fos il me serra dans ses bras, me conjurant de penser enfin au

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salut de mon âme ! Cependant je demeurai insensible, et rien ne fut capable de m'ébranler. » — «Eh bien ! dit Honorât en prenant congé de lui, ce n'est plus à vous que je m'adresserai. Mes prières obtiendront de Dieu la grâce que vous me refusez. » Et il reprit le chemin de sa solitude. Ces dernières paroles furent le trait du Parthe. Elles s'enfoncèrent profondément dans le cœur d’hilaire. Il les méditait sans cesse : son âme était en proie à un combat in­térieur plein de tourments et d'angoisses. « D'un côté, dit-il, j'entendais le Seigneur m'appeler à lui ; de l'autre, le monde me rete­nait en m'offrant ses voluptés et ses charmes. Indécise et flottante, ma volonté reculait devant le parti à prendre. Enfin Jésus-Christ triompha en moi. Trois jours après qu'Honorât m'eut quitté, la miséricorde de Dieu, sollicitée par ses prières, subjugua mon âme rebelle1. » Depuis ce moment, Hilaire fut transformé. Il vendit ses biens, en distribua le prix aux pauvres, et vint, comme un mendiant, frapper à la porte du monastère de Lérins. Il en fit bien­tôt l'admiration par son humilité, sa douceur et ses incroyables austérités. En 426, lorsqu'Honorat fut promu au siège d'Arles, il voulut se faire accompagner par Hilaire. Celui-ci se prêta quelque temps aux vœux de son saint ami. Il le suivit dans sa ville épiscopale; mais deux mois après, il le quitta pour retourner dans sa chère solitude. Les habitants d'Arles crurent avoir perdu une moitié de leur saint évêque, en perdant cet homme de Dieu. Ils supplièrent Honorât d'aller lui-même le chercher à Lérins, et de le ramener de gré ou de force parmi eux. Honorât n'avait plus que quelques jours à, vivre, « Les austérités et les veilles, dit Hilaire, l'avaient épuisé. La mort vint à Lui non pas dans l'inva­sion d'une maladie aiguë ou d'une fièvre soudaine, mais lentement et par d'insensibles progrès. A peine s'il interrompit, quatre jours seulement avant sa dernière heure, ses travaux accoutumés et l'exercice de sa charité infatigable. Il voulait épargner à son entou­rage le chagrin qu'allait nous causer sa perte. Témoin de ses souf­frances, il m'arriva une fois de ne pouvoir dominer mon émotion;

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1 S. Hilar. Arelat., Vit. S. Honorât., cap. v; Pair, la!., tom. L, col. 1262.

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un torrent de larmes s'échappa de mes yeux. Pourquoi pleurez-vous? me dit-il. La mort n'est-elle pas inséparable de la condi­tion humaine? Ne vous êtes-vous jamais préparé à cette sépara­tion, quand depuis si longtemps je m'y prépare moi-même? —Mes sanglots redoublèrent, et je fus quelques minutes sans pouvoir lui répondre. Je lui dis enfin : Ce n'est pas sur moi que je pleure. Si cruelle que soit la séparation dont vous parlez, j'ai la confiance que vous vous souviendrez au ciel de l'affection dont vous m'honorez sur la terre. Mais je ne puis rester insensible au spectacle de vos souffrances. — Et que sont, répondit-il, ces légères souffrances que j'endure, moi, le dernier des serviteurs de Dieu, en comparaison des tortures que subissaient ou plutôt que sollicitaient les martyrs? C'est à eux qu'il faut penser. Ces grands saints nous ont appris à souffrir ; ils doivent être notre modèle 1. » Honorât s'endormit doucement dans le Seigneur. La dernière parole murmurée par ses lèvres mou­rantes à l'oreille de son ami fut un acte de charité. Il se souvint d'une recommandation qui lui avait été adressée, et à laquelle il n'avait pas eu le temps de donner suite. « Vous m'excuserez près d'eux, dit-il, ce n'est pas la volonté mais la vie qui me manque. » Hilaire se tint caché durant les funérailles de son illustre ami. De la retraite qu'il s'était ménagée, il voyait se déployer la pompe funèbre ; il mêlait ses prières et ses larmes à celles de tout un peuple. Après la cérémonie, il se dirigea secrètement vers le littoral, dans l'intention de se retirer à Lérins. Mais les habitants  d'Arles avaient prévu son humble détermination. Toutes les routes étaient gardées : le fugitif fut ramené en triomphe dans la ville, et forcé de s'asseoir sur la chaire épiscopale. Il avait à peine trente ans.

 

   11. On pouvait dire que saint Honorât se succédait à lui-même  et se survivait dans la personne de sou illustre ami. Mêmes austé­rités, même mortification, même dévouement. Une tunique, ou plutôt un cilice, qu'il portait hiver et été, formait tout l'habillement du nouvel évêque. Il vivait habituellement dans un monastère établi à quelque distance d'Arles, et chaque dimanche il se rendait

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1 S. Hilar. Arelat., Vit. S. Honorât., cap. vu, tom. cit., col. 1206.

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à pied dans sa métropole, pour y célébrer les divins mystères. Sa cellule ne différait en rien de celle des simples religieux. Assis à une table sur laquelle se trouvait toujours ouvert un livre des saintes Écritures, il lisait et dictait à un secrétaire, pendant que ses mains tressaient des nattes ou des filets. Son âme, constamment unie à Dieu, avait acquis dans ce commerce intérieur un tel déta­chement et une telle sérénité qu'on ne surprit jamais en lui le moindre mouvement d'impatience. Sa parole savait tour à tour être grave ou familière, simple ou sublime, selon l'auditoire. Le recueil de ses homélies ne nous a point été conservé, et nous ne pouvons juger de son éloquence que par le témoignage des con­temporains. Ils sont unanimes à vanter la grâce, l'élégance, la no­blesse, le charme surnaturel de ses discours. Tout parlait en lui, jusqu'à son silence. Un jour, au milieu d'un de ses sermons, un grand tumulte se fit dans l'église. C'était l'un des hauts fonction­naires de la cité qui entrait, suivi de ses officiers et de ses appari­teurs. L'évêque, en l'apercevant, s'interrompit, lui laissa prendre place, et quand il se fut assis, fit le geste de descendre de chaire. On sait qu'il y avait alors, entre le prédicateur et l'auditoire, un échange de communications familières, dont l'habitude s'est perdue depuis et qui nous semblerait maintenant fort étrange. Le peuple demanda à Hilaire pourquoi il agissait ainsi. « C'est, répondit-il, que j'ai plus de vingt fois averti en particulier ce magistrat de réformer certains abus. Il a toujours négligé les conseils que je lui donnais pour le salut de son âme et le bien de tous. Un tel homme ne mé­rite pas d'entendre la parole divine, au milieu de l'assemblée des fidèles. » — A ces mots, le magistrat se jeta à genoux, demanda grâce, promit de changer de conduite, et l'évêque continua son discours. — Une autre fois, au moment où l'on allait faire la lec­ture de l'Évangile avant l'homélie épiscopale, Hilaire remarqua un certain nombre d'assistants qui sortaient de l'église. « Arrêtez, leur dit-il. Vous ne sortirez pas aussi facilement de l'enfer, quand vous aurez eu le malheur d'y tomber pour n'avoir pas écouté la parole sainte ! »

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12. Tel était le métropolitain d'Arles. Une étroite amitié l'unissait à saint Germain d'Auxerre : ces deux prélats étaient alors comme les patriarches de l'épiscopat des Gaules. Leur influence se traduisit par un redoublement général de ferveur et de foi, par un zèle plus ardent pour le maintien de la discipline et des lois cano­niques. Nous en avons la preuve dans les conciles de Riez (439), d'Orange et de Vaison (441), présidés par saint Hiiaire. Les canons dressés dans ces assemblées synodales sont demeurés célèbres. Le plus connu est celui qui défondait d'ordonner à l'avenir des dia­conesses. Cette institution, nécessaire aux premiers siècles de l'Église, quand les néophytes et les catéchumènes des deux sexes étaient presque toujours des adultes, avait, depuis l'époque de Constantin, perdu son caractère d'utilité pratique. Il était sage de l'abolir. D'autres règlements dus à saint Hiiaire avaient pour objet la régularisation du sort des enfants exposés, ou, comme on dit de nos jours, des enfants trouvés. La législation païenne sous ce rap­port était horrible. Elle autorisait l'exposition ou plutôt la mort de ces malheureux enfants. Déjà, en 331, Constantin le Grand, inspiré par un sentiment de charité catholique, avait ordonné qu'ils ap­partiendraient à ceux qui les auraient nourris ou élevés, sans que leurs parents ou leurs maîtres eussent aucun droit de revendica­tion ultérieur. Honorius, en 412, avait ajouté que celui qui élè­verait un de ces enfants prendrait pour sa sûreté une attestation légale, munie de la signature de l'évêque. Malgré ces prescrip­tions solennelles, une odieuse spéculation s'était formée. Elle con­sistait à laisser grandir, dans le sein d'une famille honorable, l'enfant ainsi adopté. Puis, quand des liens d'affection, d'une part, de re­connaissance, de l'autre, s'étaient formés, de prétendus parents, ou maîtres se présentaient, réclamant soit comme leur fils soit comme leur esclave l'adolescent ou la jeune fille, et l'enlevaient de vive force. Cette perspective décourageait les familles chrétiennes qui eussent voulu prendre à leur charge les enfants abandonnés. Au concile de Vaison, saint Hiiaire prescrivit que chaque dimanche, du haut de l'ambon, le diacre annoncerait que tel enfant avait été recueilli par telle famille. Si, dans les dix jours qui suivraient, per-
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sonne ne réclamait l'orphelin, il devenait irrévocablement le fils adoptif de ses bienfaiteurs, et quiconque élèverait plus tard un droit quelconque sur lui devait être frappé des censures ecclésias­tiques. Le pouvoir civil sanctionna cette mesure : elle devint bien­tôt générale dans tout l'empire. L'œuvre de la Sainte-Enfance remonte, on le voit, plus haut que notre époque actuelle. L'Église du Ve siècle commençait dans les Gaules à faire pour les petits enfants abandonnés du monde romain ce qu'elle fait maintenant pour leurs frères du Japon et de la Chine.

 

   13. L'an 444, Germain d'Auxerre dut se rendre dans la cité d'Arles, pour y conférer avec le préfet Auxiliaris des intérêts de son diocèse. Les actes se bornent à nous indiquer qu'il s'agissait de réclamer, en faveur de la province d'Autissiodorum, une réduc­tion des charges qui venaient de lui être imposées extraordinairement : tributaria functio prœter solitum. Mais ils sont plus explicites sur les miracles qui se produisirent presque à chaque pas, dans cette pérégrination lointaine du saint évêque. « Germain, disent-ils, avait pris des chevaux pour lui et sa suite. Vers la fin de la pre­mière journée, comme il était encore sur le territoire de sa juri­diction épiscopale, il rencontra un pauvre qui cheminait pieds nus, sans cuculle (cucullo vacuus), et couvert de misérables haillons. Germain lui permit de se joindre à la caravane. En arrivant à l'hô­tellerie, l'évêque et les clercs qui l'accompagnaient firent leurs prières accoutumées, songeant plus à veiller pour le service du Seigneur qu'à prendre garde à leurs montures. Le faux mendiant qui n'était autre chose qu'un larron, profita de la circonstance et déroba le cheval de l'évêque. Le lendemain matin, on s'a­perçut du vol : un des clercs prêta sa monture à Germain et suivit à pied. Durant la marche, on aperçut sur le visage de l'homme de Dieu un air plus joyeux que de coutume. Un de ses compagnons se hasarda à lui en demander la cause. Arrêtons-nous un peu, dit Germain. Vous verrez bientôt notre voleur. Son action est déplorable, mais son attitude sera risible. — On fit halte, et, quelques instants après, le voleur apparut, couvert de sueur, te­nant par la bride le cheval qu'il avait voulu dérober. Il se jeta aux

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pieds du saint évêque, et, confessant son larcin, il raconta que du­rant toute la nuit il avait lutté contre l'animal, sans pouvoir ni le monter, ni le diriger où il voulait. De guerre lasse, il s'était écrié : Eh bien ! je vais te ramener à ton maître. Le cheval s'était alors laissé conduire. —Mon ami, lui dit l'évêque, c'est moi qui suis cou­pable. En te rencontrant hier, si j'avais eu la charité de te faire donner un habillement, tu n'aurais pas eu l'idée de commettre ce vol. Je vais réparer ma négligence. —On remit un vêtement com­plet au voleur, qui s'éloigna récompensé et béni. — Dans la cité d'Alesia (Alise), saint Germain demanda l'hospitalité au prêtre Senator, avec lequel il était depuis longtemps en correspondance. Senator avait été marié. De concert avec Nectariola, sa femme, il avait renoncé au monde pour se consacrer au Seigneur. Ger­main d'Auxerre avait dirigé les deux époux dans cette voie nou­velle. Senator devint prêtre et Nectariola prit le voile des reli­gieuses. Ils vivaient sous le même toit dans la continence parfaite. Germain passa la nuit dans cette pieuse maison, priant et psalmo­diant avec ses hôtes et les clercs de sa suite. Après quelques heures de repos sur la couche qui lui avait été préparée, il bénit la famille hospitalière et reprit sa marche. Nectariola conserva, comme une relique précieuse, la paille fraîche sur laquelle le saint homme avait dormi. Quelques jours après, un riche patricien d'Alesia, nommé Agrestius, fut tout à coup possédé du démon. La cité entière, témoin de son malheur, déplorait que le passage du bienheureux évêque n'eût pas coïncidé avec cette invasion sou­daine de l'esprit du mal. Cependant Agrestius se débattait dans des convulsions effrayantes, et nulle force humaine ne le pouvait domp­ter.  Nectariola courut chercher la paille qu'elle gardait précieu­sement dans sa demeure. Elle en fit des liens, avec lesquels on attacha les pieds et les mains du démoniaque. Aussitôt Agrestius s'écria : Germain d'Auxerre, ami de Dieu, délivrez-moi!—Il renou­vela toute la nuit cette exclamation. Le lendemain il fut délivré, et jamais le démon ne le tourmenta depuis. » Cependant Ger­main, s'étant embarqué sur la Saône à Cabillonum (Chalon-sur-Saône), traversa la ville de Lyon et descendit le Rhône jus-

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qu'à Arles. Les populations riveraines accouraient sur le passage de l'homme de Dieu, sollicitant sa bénédiction. « Des grâces signalées, des miracles sans nombre, dit le chroniqueur, s'ac­complirent alors. Je pourrais les raconter en détail, car j'en fus témoin, mais ce serait démesurément étendre ce récit. Dieu et les lecteurs me pardonneront. Toute la cité d'Arles vint à la rencontre de Germain, et le reçut comme un homme apostolique. L'évêque Hilaire, ce torrent de divine éloquence, ce miracle vivant de vertu et de foi, cet infatigable ouvrier du Seigneur, appelait Germain son père et lui donnait publiquement le titre d'apôtre. Le préfet Auxiliaris ne se montra pas moins respectueux. Il disait que la renommée de Germain était encore au-dessous de son mérite. Il accorda volon­tiers la requête du bienheureux évêque, en faveur de la ville et de la province d'Auxerre, puis il offrit à l'homme de Dieu de riches présents. Germain les accepta pour ne pas contrister le préfet : acceptés itaque ex volunlate beneficiis. La femme d'Auxiliaris était atteinte d'une fièvre rebelle à tous les efforts de la médecine. Le préfet supplia le bienheureux évêque d'intercéder pour elle auprès du Seigneur. Il le conduisit près de la malade, et à l'instant où Germain étendit la main pour la bénir, elle fut guérie1. »

 

14. Saint Hilaire profita du voyage de Germain dans le midi de la Gaule, pour concerter avec lui les mesures propres à restaurer la discipline ecclésiastique dans les divers diocèses où l'établisse­ment des Visigoths et des Burgondes avait jeté le désordre et le trouble. Des plaintes graves avaient été adressées au métropolitain d'Arles, comme légat apostolique dans les Gaules, au sujet de Chelidonius, récemment promu sur le siège épiscopal de Vesuntio (Besançon). D'après les requérants, l'ordination de Chelidonius de­vait être annulée comme irrègulière et anticanonique, parce qu'a­vant sa promotion, l'élu aurait été, disaient-ils, marié à une veuve, et que de plus, en qualité de magistrat civil, il avait eu à pro­noncer plusieurs sentences capitales contre des criminels. Effecti­vement les canons défendaient en général d'élever à l'épiscopat un

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1. Bolland., Act. S. German., cap, vu, 31 jul.

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sujet placé dans ces conditions. Hilaire et Germain partirent en­semble pour Besançon, afin d'examiner sur place la valeur de ces griefs. « En passant par le vicus Brivalensis (Brioude), les deux évêques vinrent prier sur le tombeau du très-saint martyr Ju­lien 1. » On sait que l'Arvernie honorait saint Julien d'un culte populaire, comme le patron de toute la province. Mais, dès cette époque, on avait oublié la date précise de la mort, ou comme on disait, du dies natalis de ce martyr. On savait seu­lement, ainsi que nous l'apprennent les Actes authentiques, que Julien, ami de saint Perréol, était originaire de Vienne. Chassé de sa ville natale par la persécution, il était venu se réfugier dans les montagnes de l'Arvernie. Une humble et pauvre chré­tienne lui avait donné asile dans sa chaumière. Des soldats avaient suivi les traces du proscrit. Ils se présentèrent un jour à la porte de la maisonnette, et demandèrent à la généreuse femme où était l'étranger qu'elle cachait sous son toit. — Je ne sais ce que vous voulez dire, répondit-elle. — Julien qui avait entendu ce colloque sortit de sa retraite, et, se présentant aux bourreaux : Me voici, dit-il. Exécutez les ordres de vos princes. — Un des soldats leva son glaive et lui trancha la tête. Les reliques de Julien furent transportées au petit village de Brivas. Les miracles obtenus sur le tombeau du martyr rendirent bientôt ce lieu cé­lèbre. Grégoire de Tours et le pape saint Grégoire le Grand dé­crivirent plus tard les prodiges du pèlerinage de saint Julien de Brioude 2. «Après avoir prié sur cette tombe glorieuse, Ger­main demanda aux habitants quel jour ils célébraient la fête de leur patron. La date de son martyre nous est malheureusement inconnue, répondirent-ils. Nous ne savons à quel jour placer cet anniversaire. —Le bienheureux évèque les invita à prier le Seigneur, afin qu'il daignât par une révélation divine manifester ce secret. Le reste de la journée se passa en pieux exercices, et, la nuit ve­nue, Germain continua seul sa prière, dans la demeure qui lui avait

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1 Bolland., Act. S. German., n« 58. — 2 Bolland., Act. S. Juliani Brivatcns., 28 august.

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été préparée. Au matin, il revint à l'oratoire du martyr, et ayant appelé les habitants, il leur demanda si le Seigneur s'était mani­festé à quelqu'un d'entre eux. — Non, répondirent-ils. — Je suis donc le seul qui ait obtenu cette grâce. La fête de saint Julien doit être célébrée le V des calendes du VIIe mois (31 juillet). C'est en ce jour qu'il fut décapité par les infidèles, et prit rang dans les pha­langes des martyrs 1. » La date miraculeusement révélée à saint Germain est restée jusqu'à ce jour celle de la fête du patron de l'Auvergne.

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon