Les incendies volontaires visant des églises ont plus que doublé entre 2023 et 2024 en France, selon l’Observatoire du patrimoine religieux. Une progression qui dépasse celle des atteintes générales aux lieux de culte et nourrit l’inquiétude sur la protection d’un patrimoine souvent vulnérable.
Le chiffre interpelle. Selon l’Observatoire du patrimoine religieux, les incendies criminels et les tentatives d’incendie visant des églises ont bondi de 112,5 % entre 2023 et 2024 sur le territoire français. Une hausse jugée par l’organisme plus alarmante encore que l’augmentation globale des sinistres frappant les édifices religieux, et qui ne se limite pas à des actes isolés mais traduit un volume significatif de faits ciblant spécifiquement les églises.
Un diagnostic convergent
Ces données rejoignent les constats du renseignement territorial, qui relevait dès 2024 une progression de plus de 30 % des tentatives et incendies d’églises, avec une cinquantaine de faits recensés contre trente-huit l’année précédente. Le phénomène déborde largement les frontières françaises. L’ONG OIDAC Europe, qui surveille les atteintes aux chrétiens sur le continent, a enregistré en mai 2026 le plus grand nombre mensuel d’incidents liés à des incendies ou tentatives d’incendie contre des lieux chrétiens depuis le début de l’année, dont plusieurs cas en France. À l’échelle européenne, les feux visant des églises seraient passés d’une cinquantaine de cas en 2023 à près de quatre-vingt-dix en 2024, l’Allemagne détenant un triste record avec une trentaine de faits.
La nuance des spécialistes : criminel ou accidentel ?
Les experts du patrimoine appellent toutefois à la prudence dans l’interprétation. Une part importante des sinistres relève de causes accidentelles — courts-circuits, défauts de chauffage électrique, installations vétustes — et non d’actes volontaires. L’Observatoire du patrimoine religieux rappelle ainsi que, dans la majorité des cas recensés, les incendies demeurent accidentels. Plusieurs voix ecclésiales mettent en garde contre des lectures trop hâtives des statistiques, soulignant que les enquêtes judiciaires sont parfois longues et que la qualification de crime antichrétien n’est retenue qu’au terme de procédures précises.