LETTRE XX (1)
Saint Augustin remercie Antonin de son amitié et de la bonne opinion qu'il a de lui. Il exprime le désir de voir toute la famille de son ami embrasser la religion catholique.
SAINT AUGUSTIN A ANTONIN.
1. Nous étions deux qui vous devions des réponses; l'un va s'acquitter amplement, puisque vous le verrez en personne : ce que vous entendrez de sa bouche, regardez‑le comme entendu de la mienne. Quant à moi je ne vous aurais pas écrit, si cet ami ne me l'avait point ordonné, car lui partant, cette lettre paraissait inutile. Je m'entretiens peut‑être plus abondamment avec vous que si j'étais en votre présence, puisqu'indépendamment de la lettre que je vous envoie, vous entendrez encore celui qui, comme vous le savez, me porte dans son coeur. C'est avec une grande joie que j'ai lu et relu la lettre de votre sainteté, parce qu'elle porte le cachet d'un esprit vraiment chrétien, plein d'amitié pour moi, et qui ne se ressent en aucune manière de l'iniquité des temps où nous vivons.
2. Je vous félicite et je rends grâces à Dieu, Notre Seigneur, et à vous‑même en lui, de l'espérance, de la foi et de la charité qui vous portent à avoir une assez bonne opinion de moi, pour me regarder comme un fidèle serviteur de Dieu, et d'aimer cela en moi sincèrement et de tout votre cœur, quoique à cet égard je devrais plutôt vous féliciter de votre bienveillance, que vous adresser des remercîments. En effet, c'est un grand bien pour vous que d'aimer le bien, et c'est l'aimer que d'aimer, à tort ou à raison, ceux dans lesquels on le suppose. Il y a seulement une chose à craindre en
---------
(1) Ecrite l'an 390. ‑ Cette lettre était la 126e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la 20e se trouve maintenant la 233e.
==============================
p283 SAINT AUGUSTIN A ANTONIN.
cela, c'est non pas de juger d'un homme, mais de porter sur ce qui constitue le bien de l'homme, un jugement qui ne soit pas conforme à la vérité. Pour vous, très‑cher frère, qui ne vous trompez pas, en croyant et en sachant que le plus grand bien est de servir Dieu avec fidélité et pureté de cœur, et qui n'aimez un homme que parce que vous croyez qu'il participe à ce bien suprême, le fruit de cette affection vous reste, quand bien même celui que vous aimez ne serait pas tel que vous le croyez. C'est donc vous qu'on doit féliciter en cela et non celui qu'on aime, parce qu'on le croit bon. Il n'a droit à nos félicitations, qu'autant qu'il est tel que le pense celui par qui il est aimé. Mais à l'égard de ce que je suis, et des progrès que j'ai faits en Dieu, cela ne peut être vu et apprécié que par celui qui ne peut se tromper ni sur ce qui constitue le bien de l'homme, ni sur l'homme lui‑même. Pour obtenir la récompense de la béatitude, c'est assez pour vous de m'aimer de tout votre cœur, parce que vous me croyez tel que doit être un serviteur de Dieu. Je vous rends encore d'abondantes actions de grâces de ce que les éloges que vous me donnez, en me croyant tel, sont d'admirables exhortations pour que je le devienne réellement. Je vous en rendrai encore plus, si vous n'oubliez pas de prier pour moi comme vous me recommandez de prier pour vous. La prière qu'on fait pour un frère, est plus agréable à Dieu parce qu'elle est accompagnée du sacrifice de la charité.
3. Je salue affectueusement votre jeune enfant, et souhaite qu'il grandisse selon les préceptes salutaires du Seigneur; je désire sincèrement et demande aussi dans mes prières, que toute votre famille n'ait qu'une seule foi et une vraie piété, ce qui se trouve seulement dans la religion catholique. Si pour cela vous jugez ma coopération nécessaire, ne balancez pas à la réclamer. C'est un droit que vous donnent et la charité et le maître commun que nous servons ensemble. Je recommande surtout à votre religieuse sagesse, d'inspirer au cœur de votre femme et d'augmenter de plus en plus en elle une crainte solide et véritable de Dieu, par de graves entretiens et la lecture de l'Ecriture sainte. Quand on est inquiet sur son âme, et qu'à cet effet on cherche sans entêtement à connaître la volonté de Dieu, il est facile, avec le secours d'un guide éclairé, de voir la différence qui existe entre un schisme quelconque et la seule et véritable Eglise, c'est‑à‑dire l'Eglise catholique.