Vous vous imaginerez peut-être encore que l'âme qui jouit de ces hautes faveurs ne peut plus méditer les mystères de la très Sainte Humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce qu'elle ne s'applique plus qu'à aimer. J'ai déjà parlé longuement de ce sujet dans un autre endroit1; on a critiqué, il est vrai, ma manière de voir; on m'a déclaré que je ne comprenais pas la question; ce sont là, disait-on, des voies par lesquelles le Seigneur lui-même dirige les âmes, et il est mieux pour celles qui ont franchi les premiers
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1. Vie, ch. XXII et XXVI.
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Degrés de la vie spirituelle de s'occuper des choses de la Divinité et de fuir les corporelles. Mais on ne me fera jamais dire que c'est là un bon chemin. Il peut se faire que je me trompe, comme aussi que nous disions tous au fond la même chose. Toutefois j'ai reconnu moi-même que le démon voulait m'égarer par cette voie. Après une telle expérience, je voudrais vous rappeler ici ce que je vous ai déjà dit plusieurs fois sur ce point1, afin que vous vous teniez bien sur vos gardes. Remarquez ce que j'ose même vous dire : ne croyez point celui qui vous tiendrait un autre langage. Je m'efforcerai d'être plus claire que je ne l'ai été dans un autre écrit; car si celui qui avait promis de parler sur ce sujet l'avait expliqué plus longuement, peut-être aurait-il dit juste; mais quand on se contente de dire seulement quelques mots sur un tel sujet à des personnes ignorantes comme nous, on peut faire beaucoup de mal.
Quelques âmes s'imagineront encore qu'elles ne peuvent pas penser à la Passion de Notre-Seigneur. Mais alors elles pourront moins encore penser à la très sainte Vierge et à la vie des Saints dont le souvenir est si profitable et si encourageant. Pour moi, je me demande à quoi elles pensent. C'est le propre des esprits angéliques d'être toujours embrasés d'amour, parce qu'ils sont complètement séparés des choses corporelles. Quant à nous qui vivons dans un corps mortel, nous avons besoin de traiter avec les Saints, de penser à eux; il nous faut vivre dans la compagnie de ceux qui, ayant eu un corps comme nous, ont accompli de si grandes œuvres au service de Dieu ; à plus forte raison ne devons-nous pas nous éloigner volontairement de la très sainte Humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
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1. Vie, ch. XXII, XXIII, XXIV.
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P987 CHAPITRE SEPTIÈME
qui est pour nous la plénitude des biens et le remède à tous les maux. D'ailleurs je ne puis croire que ces personnes font ce qu'elles disent ; il me semble plutôt qu'elles ne se comprennent pas elles-mêmes; et ainsi elles se nuisent et elles nuisent aux autres. Au moins, je puis les assurer qu'elles n'entreront point dans ces deux dernières Demeures; car si elles perdent le guide qui est le bon Jésus, elles n'en trouveront point le chemin; ce sera beaucoup si elles habitent les précédentes en sécurité. Le même Seigneur qui a dit qu'il est la voie1 a dit aussi qu'il est la lumière2 et que personne ne peut aller à son Père si ce n'est par Lui3. Il a dit encore: Qui me voit, voit aussi mon Père4. On dira que l'on donne d'autres sens à ces paroles. Pour moi, je ne connais que celui dont je parle; c'est celui-là que mon âme a toujours regardé comme le véritable, et elle s'est très bien trouvée de l'avoir suivi.
Parmi les nombreuses personnes qui sont venues traiter avec moi de cette question, il y en a quelques-unes qui, une fois élevées par Notre-Seigneur à la contemplation parfaite, voudraient y demeurer toujours; or cela est impossible. Cependant, à la suite de cette faveur de Dieu, elles ne peuvent plus discourir comme précédemment sur les mystères de la Passion et de la vie du Christ. J'en ignore la cause; mais il arrive très souvent que l'entendement est alors moins apte à la méditation proprement dite. Le motif, à mon avis, vient de ce que, comme le but de la méditation est de chercher Dieu, l'âme qui l'a une fois trouvé, et qui est habituée à le trouver de nouveau par un effort de la volonté, ne veut plus se fatiguer à le chercher à l'aide
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de l'entendement. Il me semble, en outre, que, la volonté étant déjà enflammée, cette puissance généreuse voudrait, si elle le pouvait, se passer du concours de l'autre. Ce n'est pas mal; mais cela lui sera impossible, surtout tant qu'elle ne sera pas arrivée à ces dernières Demeures. De plus, elle y perdra le temps, parce que très souvent elle a besoin du secours de l'entendement pour s'enflammer. Remarquez bien ce point, mes Sœurs; il est très important; voilà pourquoi je veux vous l'expliquer davantage.
Ce que l'âme désire, c'est de s'occuper tout entière à aimer, et de ne pas faire autre chose; mais elle aura beau le vouloir, elle n'y réussira pas; car, bien que la volonté ne soit pas morte, le feu dont elle brûle d'ordinaire est amorti, et il faut que quelqu'un le souffle, pour qu'il répande sa chaleur. Or, serait-il bon pour l'âme de rester dans cet état de sécheresse, et d'attendre, comme notre Père saint Élie, le feu du ciel qui doit consumer le sacrifice qu'elle fait alors d'elle-même à Dieu? Non, évidemment, et il ne convient pas d'attendre un miracle. Le Seigneur en fera pour cette âme quand il lui plaira, comme je l'ai déjà dit et comme je le dirai encore. Il veut que nous nous considérions comme si misérables que nous ne méritons point que Sa Majesté en accomplisse, mais que nous nous aidions en tout ce qui dépend de nous. Pour moi, je suis persuadée que telles doivent être nos dispositions jusqu'à la mort, quelque parfaite que soit notre oraison. Sans doute l'âme que le Seigneur a déjà élevée à la septième Demeure ne sera que rarement ou presque jamais obligée d'user d'une telle diligence, pour la raison que j'exposerai plus loin, si je m'en souviens; car elle vit presque constamment, avec Notre-Seigneur Jésus-Christ selon un mode admirable d'après lequel sa Divinité et son Humanité tout ensemble lui tiennent toujours compagnie.