59 Voie illuminative

   Ces visions, devenant de plus en plus fréquentes, un des confesseurs qui précédemment m'avait aidée et à qui je m'adressais parfois quand le Père ministre était

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empêché, commença à me déclarer qu'elles étaient évidemment l'œuvre du démon. Mes contradicteurs me commandèrent, puisque je ne pouvais les empêcher, de les repousser chaque fois par le signe de la croix ou une marque de mépris, et le démon, car c'était lui, je devais en être persuadée, ne reviendrait plus ; mais il fallait bannir toute crainte de mon âme; Dieu d'ailleurs veillerait sur moi et saurait me délivrer. Leur commandement me causa une peine profonde. Comme il m'était impossible d'admettre que ces visions ne venaient pas de Dieu, c'était pour moi une chose terrible que d'obéir. D'un autre côté, je ne pouvais, non plus, je le répète, désirer de ne plus avoir ces visions. Malgré tout, j'accomplissais ponctuellement ce que mes contradicteurs me commandaient. Je suppliais Dieu avec instances de ne pas permettre que je fusse dans l'illusion. C'était là une prière continuelle, que j'accompagnais de larmes abondantes. J'invoquais aussi saint Pierre et saint Paul. Le Seigneur qui m'était apparu pour la première fois le jour de leur fêtes, m'avait dit que l'un et l'autre me préserveraient de toute illusion. Aussi je les voyais souvent à mon côté gauche d'une manière très claire, bien que ce ne fût pas dans une vision imaginaire. Ces glorieux saints étaient mes protecteurs particuliers.

   C'était une peine extrême pour moi de faire ces gestes de mépris quand j'étais favorisée de la vision de Notre-Seigneur. Au moment où je le voyais présent, on m'aurait plutôt mise en pièces que de me faire croire que c'était le démon. Aussi m'avait-on imposé un genre de pénitence bien sensible. Pour ne point faire tant de signes de croix, je me contentais de tenir un

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1. Littéralement : faire des niques. — Isabelle de Saint-Dominique (Procès d'Avila 1610, 26 août) ajoute qu'on lui avait commandé de cracher sur cette image.

2- Cf. ch. XXVIII.

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crucifix à la main. Cela, je le faisais presque toujours; quant à ces gestes c'était moins fréquent parce que cela me coûtait trop. Me rappelant les affronts dont les Juifs avaient couvert Notre-Seigneur, je le suppliais de me pardonner ce que je faisais, puisque j'obéissais à son représentant, et de ne pas me l'imputer à faute, puisque les ministres qu'il avait établis dans son église me le commandaient eux-mêmes. Il me disait alors que je ne devais pas m'en troubler, que je faisais bien d'obéir et qu'il saurait lui-même manifester la vérité. Mais quand ceux qui me croyaient trompée par le démon me défendirent l'oraison, il me sembla qu'il en était irrité. Il me commanda alors de leur dire que c'était là de la tyrannie. Il me faisait connaître, en outre, les raisons pour lesquelles je comprendrais que ce n'était pas le démon. J'en exposerai quelques-unes plus loin.

   Un jour que je tenais à la main la croix de mon rosaire, le Sauveur me la prit de sa propre main. Quand il me la remit, elle était formée de quatre grandes pierres incomparablement plus précieuses que des diamants. D'ailleurs il n'y a pour ainsi dire pas de comparaison entre des diamants et ce qui est surnaturel, car tous les diamants paraissent faux et sans valeur auprès des pierres précieuses que l'on voit alors. Les cinq plaies du Sauveur étaient représentées avec un fini merveilleux sur cette croix. C'était ainsi, m'assura le Sauveur, que je la verrais à l'avenir. Sa parole s'est vérifiée. Depuis lors, en effet, je n'ai plus vu le bois de cette croix, mais bien les pierres précieuses; toutefois j'étais seule à jouir de cette faveur.

   Dès que l'on commença à m'imposer ces épreuves et à me commander la résistance aux visions, les faveurs célestes se succédèrent beaucoup plus abondantes. Je voulais me distraire, mais je ne sortais plus de l'oraison et jusque dans mon sommeil, ce me semble, je la

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continuais encore. Mon âme s'embrasait de plus en plus d'amour. Je ne cessais de confier mes plaintes au Seigneur, et de lui dire que je ne pouvais plus supporter une telle torture. Il n'était pas en mon pouvoir, malgré tous mes désirs et tous mes efforts, de ne plus penser à lui. J'obéissais quand je le pouvais; mais mon pouvoir sur ce point était bien faible, pour ne pas dire nul. Or le Seigneur, bien loin de me dispenser d'obéir à ses représentants, me le recommandait plutôt, mais il ne manquait pas, d'un autre côté, de me rassurer. Il m'enseignait même, comme il le fait encore maintenant, ce que je devais dire à mes confesseurs et me fournissait des raisons si convaincantes qu'il dissipait toutes mes craintes.

   

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