P807
LE CHATEAU DE
L'AME OU LE
LIVRE DES
DEMEURES
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P808-809
JÉSUS!
Ce traité intitulé Le Château de l'âme A ÉTÉ écrit par Thérèse de Jésus, religieuse de Notre-Dame du Mont-Carmel, pour ses sœurs et filles, les religieuses carmélites déchaussées 1.
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1. La Sainte elle-même a mis ce titre au verso de la première feuille de son manuscrit.
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P810-811
LES DEMEURES
JÉSUS!
Parmi les choses que l'obéissance m'a commandées, il y en a peu que j'aie trouvées aussi difficiles que celle d'écrire maintenant sur l'oraison. D'abord, il me semble que Notre-Seigneur ne m'en donne ni l'inspiration ni le désir. En second lieu, il se fait un tel bruit dans ma tête depuis trois mois, et elle est tellement fatiguée, que je puis à peine écrire même pour les affaires indispensables. Par ailleurs, je le sais, la force de l'obéissance aplanit d'ordinaire les difficultés que l'on regarde comme insurmontables; voilà pourquoi je me mets très volontiers à l'œuvre. Sans doute ma nature paraît s'en affliger beaucoup; car le Seigneur ne m'a pas accordé une vertu assez haute pour qu'elle ne ressente pas très vivement d'avoir à lutter contre des maladies continuelles et des occupations de toutes sortes. Qu'il daigne mener à bonne fin ce travail, Celui qui par amour
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pour moi a accompli d'autres choses plus difficiles ! Toute ma confiance est en sa miséricorde.
---------- Si le Seigneur veut que je dise quelque chose de nouveau, il me l'inspirera, ou bien Sa Majesté daignera me rappeler à la mémoire ce que j'ai écrit ailleurs; cette faveur même me suffirait, tant ma mémoire est mauvaise ; ……….. Dans le cas où le Seigneur ne m'accorderait pas même cette grâce, et où mon écrit ne serait d'aucune utilité pour personne, j'aurais du moins, tout en me fatiguant et en augmentant mon mal de tête, gagné quelque mérite à obéir.------------
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P813 LES DEMEURES
Celui qui m'a ordonné cet écrit 1 m'a dit que les Sœurs de nos monastères de Notre-Dame du Mont-Carmel ont besoin qu'on leur explique certaines difficultés relatives à l'oraison ; il a pensé qu'elles comprendraient mieux le langage d'une femme, et que, vu leur amour pour moi, mes paroles leur seraient plus efficaces que d'autres; il est persuadé que cet écrit aura quelque importance pour elles, si je réussis dans mon exposé. Voilà pourquoi c'est à elles que je l'adresse; d'ailleurs il semblerait insensé de m'imaginer qu'il puisse être utile à d'autres personnes. Notre-Seigneur me fera une grande grâce si quelqu'une de mes filles en retire profit pour le louer un petit peu plus, et Sa Majesté sait bien que tel est mon unique désir. Il est très clair, en outre, que, dans le cas où je réussirais à dire quelque chose de bon, elles comprendront que cela ne vient pas de moi; il n'y a en effet nul motif de le penser; sans cela elles n'auraient pas plus d'intelligence que moi-même je n'ai d'aptitude pour de tels sujets, à moins que le Seigneur dans sa miséricorde ne daigne me l'accorder.