55 Voie unitive

 

   L'âme dit que l'Époux demeure secrètement dans son sein ; parce que, comme nous l'avons vu, c'est au plus intime de l'âme que ce doux embrassement a lieu.

   Il faut se rappeler une chose, c'est que Dieu se trouve dans toutes les âmes ; il y est caché et couvert

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par leur substance ; sans cela elles ne pourraient pas exister. Mais il y a des différences dans la manière dont il s'y trouve, et ces différences sont très grandes. Dans les unes il est seul, et dans les autres, non. Dans celles-ci il habite avec plaisir ; dans celles-là il reste à contre-cœur. Ici il est comme dans sa maison ; il commande et il dirige tout ; là, il est comme un étranger dans la maison d'autrui ; on ne le laisse ni commander ni faire quoi que ce soit. C'est dans l'âme qui a conservé le moins de tendances et de satisfactions personnelles qu'il demeure plus seul et plus volontiers, qu'il se considère davantage comme chez lui, c'est là également qu'il se plaît à commander et à diriger et où il vit d'autant plus dans le secret qu'il est plus seul. C'est donc quand l'âme n'a plus ni attache ni affections à une créature quelconque, et n'en a conservé ni l'image ni la forme, que le Bien-Aimé y demeure dans le plus profond secret. Il la tient dans un embrassement d'autant plus étroit, intime et profond qu'elle est plus purifiée et éloignée de tout ce qui n'est pas Dieu. C'est de la sorte qu'il demeure seul dans un secret absolu, car le démon ne peut arriver à connaître cet asile et cet embrassement, ni l'intelligence de l'homme en comprendre la nature.

   Ce n'est pas néanmoins un secret pour l'âme qui est parvenue à cet état de perfection : elle sent toujours en elle-même cet embrassement intime, mais elle ne le sent pas toujours au degré des réveils divins dont nous avons parlé. Quand, en effet, un de ces réveils a lieu, il semble à l'âme que le Bien-Aimé qui était comme endormi dans son sein sort de son sommeil. Sans doute, elle sentait sa présence et elle en jouissait auparavant, mais c'était comme s'il eût été endormi dans son sein ; lorsque l'un des deux est endormi, ils ne se communiquent pas leurs connaissances et leurs amours; il faut pour cela que tous les deux soient éveillés.

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   Oh ! qu'elle est donc heureuse, cette âme qui sent toujours que Dieu est là, se reposant en elle, et incliné sur son sein ! Oh ! comme il lui est avantageux d'avoir renoncé à tout, de fuir les affaires et de vivre dans une immense tranquillité, dans la crainte que le plus petit atome, ou la moindre agitation ne vienne inquiéter et troubler le sein du Bien-Aimé. Il se tient d'ordinaire comme endormi dans l'embrassement de son Épouse, au fond même de la substance de son âme ; elle sent très bien sa présence et ordinairement elle en jouit, car si l'Époux se tenait toujours à l'état éveillé, en lui communiquant de nouvelles connaissances et un amour toujours plus intense, ce serait pour elle l'état de gloire. Quand, en effet, pour un instant qu'il se réveille en ouvrant seulement un œil, il comble l'âme de ces délices dont nous avons parlé, que serait-ce s'il se trouvait éveillé en elle d'une manière constante et complète ?

   Il y a d'autres âmes qui ne sont pas arrivées à ce degré d'union et chez lesquelles il habite sans répugnance parce qu'elles sont en état de grâce. Mais comme elles ne sont pas encore bien préparées à cette union, s'il demeure en elles, ce n'est qu'en secret. D'ordinaire elles ne sentent pas sa présence ; il ne la leur fait sentir que quand il produit en elles quelques réveils savoureux qui n'ont pas néanmoins la perfection et la splendeur de ceux dont nous venons de parler, et n'ont rien à voir avec eux. Ils ne sont pas, non plus, aussi cachés aux regards des hommes et au démon qui pourraient en connaître quelque chose par le mouvement des sens ; car, jusqu'à ce que l'âme soit arrivée à l'union parfaite, ses sens ne sont pas complètement anéantis ; ils manifestent toujours quelque action ou quelque mouvement par rapport à la partie spirituelle, parce qu'ils ne sont pas entièrement spiritualisés.

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   Mais quand a lieu ce réveil de l'Époux dans l'âme parfaite, tout ce qui se passe en elle et tout ce qui s'y accomplit est parfait, parce que c'est lui qui fait tout. Et alors a lieu cette aspiration et ce réveil qui ressemblent à ce que fait quelqu'un quand il se réveille et aspire l'air. L'âme éprouve en même temps des délices indicibles à aspirer le Saint-Esprit en Dieu en qui elle se glorifie et s'embrase d'amour d'une manière souveraine. Aussi elle dit les vers suivants :

Et avec votre aspiration savoureuse

Pleine de biens et de gloire

Quelle délicatesse vous mettez à m'embraser d'amour !

LA VIVE FLAMME D’AMOUR p. 1044-1047)

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon