29 Voie unitive

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   La première de ses faveurs est une plaie délicieuse, qui est attribuée à l'Esprit-Saint, voilà pourquoi elle l'appelle brûlure suave. La seconde est le goût de la vie éternelle que l'âme appelle une touche délicate. La troisième est sa transformation en Dieu, c'est là un don par lequel l'âme est largement récompensée de tout ce qu'elle a souffert : elle l'attribue au Père et voilà pourquoi elle l'appelle une douce main. Bien qu'elle nomme ici les trois Personnes à cause des

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effets particuliers qui leur sont attribués, elle ne parle que d'une seule Essence quand elle dit : tu as changé la mort en vie ; car l'action des trois Personnes est une, et ainsi le tout est attribué à une seule essence, et à toutes les trois Personnes ensemble. Voici maintenant le premier vers

 

0 brûlure suave !

 

   Cette brûlure, avons-nous dit, est attribuée au Saint-Esprit ; car, ainsi que Moïse le rapporte au Deutéronome, Notre-Seigneur Dieu est un feu consumant1, c'est-à-dire un feu d'amour. Or ce feu, étant doué d'une puissance infinie, peut consumer l'âme d'une manière que nous ne saurions comprendre et la transformer en lui-même quand il la touche. Néanmoins il ne l'embrase et ne la consume que selon la disposition où il la trouve, plus ou moins, dans la mesure qu'il veut comme aussi de la manière et à l'heure qu'il lui plaît de choisir. Comme il est un feu d'amour infini, il n'a qu'à vouloir toucher l'âme avec un peu de force, et le feu d'amour qui la consume sera tel qu'il lui semblera supérieur à tous les feux de l'univers. Voilà pourquoi, lorsqu'elle ressent cette touche, elle appelle l'Esprit-Saint une brûlure. La brûlure est le point où le feu est plus intense et plus fort ; c'est là qu'il produit le plus d'effets. Ainsi en est-il de l'acte de cette union avec Dieu : dès lors qu'il consiste dans un feu d'amour plus embrasé que tous les autres, il porte le nom de brûlure. Et comme ce feu divin transforme alors l'âme en lui-même, non seulement

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1. Deut. IV, 24.

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elle sent la brûlure, mais elle devient tout entière une brûlure de feu ardent. Or, chose admirable et bien digne d'être publiée, ce feu divin, qui est si véhément et si consumant, qui pourrait détruire plus facilement mille mondes que le feu d'ici-bas un fil de lin, ne consume pas et ne détruit pas l'âme qu'il embrase de cette manière ; bien loin de lui causer le moindre ennui, il la divinise dans la mesure de son amour ; il la comble de délices, en l'embrasant de ses feux et de ses ardeurs les plus suaves. Et il en est ainsi à cause de la pureté et de la perfection de cet amour dont elle est embrasée par l'Esprit-Saint. C'est là ce que nous racontent les Actes des Apôtres. Le feu de l'Esprit-Saint arriva avec une grande impétuosité et embrasa les disciples1 ; et ceux-ci, d'après saint Grégoire, se sentirent brûler intérieurement de l'amour le plus suave2 ; c'est là ce que l'Église donne à entendre quand elle dit à ce sujet: Un feu du ciel est descendu, non pour brûler, mais pour resplendir, non pour consumer, mais pour illuminer3. Quand Dieu accorde de pareilles faveurs, son but est d'exalter l'âme ; aussi il ne la fatigue pas, et ne la resserre pas, mais il la dilate et la comble de délices ; il ne l'obscurcit pas et ne la réduit pas en cendres, comme fait le feu pour le charbon, mais il la glorifie et l'enrichit de ses faveurs ; voilà pourquoi l'âme lui donne le nom de brûlure suave.

   Voilà pourquoi je dis : Heureuse l'âme qui a la rare fortune de recevoir cette brûlure ! Elle sait tout, elle goûte tout, elle fait tout ce qu'elle veut ; tout lui réussit, personne ne peut prévaloir contre elle ni l'atteindre. C'est d'elle que l'Apôtre a dit : Le spi-

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1. Act. Il, 3.

2.Hom. XXX sur l'Ev.

3.Fér. après la Pent.

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rituel juge tout et il n'est jugé par personne1. Il a dit encore : Il pénètre tout, même les profondeurs de Dieu2, car le propre de l'amour est de scruter toutes les richesses du Bien-Aimé. 0 âmes qui méritez de parvenir à cet état de feu souverain, que votre gloire est grande ! Ce feu possède une force infinie qui pourrait vous consumer pour vous anéantir, mais, comme on le voit clairement, il ne vous consume, au contraire, que pour vous procurer une gloire immense !

   Ne vous étonnez pas que Dieu élève certaines âmes jusqu'à ces hauteurs, dès lors que le soleil matériel produit dans les corps des effets si merveilleux, car, selon l'expression de l'Esprit-Saint, c'est de trois manières qu'il embrase les montagnes, c'est-à-dire les saints.

   Cette brûlure étant donc si suave, comme nous venons de le dire, quelles ne seront pas d'après vous les délices de l'âme qui sera touchée de ce feu. Elle a essayé de le raconter, mais elle ne le peut: elle en garde toute l'estime dans son cœur et l'exalte par cette exclamation 0 quand elle dit :

 

0 plaie délicieuse !

(LA VIVE FLAMME D’AMOUR p. 944-947)

 

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