13 La voie unitive

  

   .. le Père des lumières dont le bras n'est pas raccourci se répand à profusion, sans acception de personnes partout où il trouve la place libre comme le rayon de soleil. …….. Nous ne devons donc pas regarder comme incroyable qu'une âme déjà éprouvée et purifiée par le feu des tribulations, des travaux et des tentations de diverses sortes, mais trouvée fidèle dans son amour, ne voie s'accomplir ici-bas en elle ce que le Fils de Dieu a promis quand il a dit : Si quelqu'un m'aime, les trois Personnes de la Très Sainte Trinité viendront en lui et y établiront leur demeure1. Cela veut dire que son entendement sera divinement éclairé par la Sagesse du Fils, que sa volonté sera remplie de délices par le Saint-Esprit et que le Père l'absorbera d'une manière puissante et forte dans l'abîme de sa tendresse. Or,

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1. Jean, XIV, 23.

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P924   LA    VIVE   FLAMME   D'AMOUR

 

……. ce que nous racontons des opérations du Saint-Esprit en elle surpasse de beaucoup la communication et transformation d'amour dont il est question ; ce dernier amour est comme un charbon ardent, l'autre, ainsi que nous l'avons dit, est comme un charbon tellement embrasé que non seulement il est tout en feu, mais qu'il lance de vives flammes. Et ainsi ces deux sortes d'union, l'union simple, et l'union toute embrasée d'amour sont d'une certaine manière semblables au feu divin qui, dit Isaîe, brûlait dans Sion, et à la fournaise divine qui brûlait dans Jérusalem1. Le premier signifiait l'Église militante, où le feu de la charité n'atteint pas son degré suprême, et le second signifiait la vision de paix, c'est-à-dire l'Église triomphante, où ce feu est comme une fournaise toute embrasée d'un amour parfait.

   Sans doute, l'âme n'est pas, nous le répétons, parvenue à cette perfection qu'il y a au ciel ; mais, relativement à l'union ordinaire, que l'on compare au charbon qui brûle, elle est semblable à une fournaise embrasée ; elle y jouit d'une vision d'autant plus remplie de paix, de gloire et de tendresse que sa flamme d'amour est plus claire et plus resplendissante. L'âme sent alors que cette vive flamme d'amour lui communique d'une manière souveraine tous les biens que l'amour divin apporte avec lui ; voilà pourquoi elle s'écrie :

0 vive flamme d'amour !

Comme vous me blessez avec tendresse !

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1. Is. XXXI, 9.

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P925   STROPHE    PREMIÈRE

 

   C'est comme si elle disait : 0 amour embrasé, comme vous me glorifiez avec délicatesse par vos élans pleins d'amour et pénétrez toute la capacité et la force de mon âme ! Vous me donnez une intelligence divine d'après toute l'acuité et la capacité de mon entendement ; vous me donnez un amour qui répond à toute la force de ma volonté ; vous abreuvez la substance de mon âme du torrent de vos délices par votre divin contact et l'union à votre substance qui sont en rapport à toute la pureté de ma substance comme à toute l'étendue et à toute la capacité de ma mémoire. Il en est vraiment de la sorte ; cette faveur dépasse ce qu'on peut dire et tout ce que l'on pourrait jamais exprimer quand cette flamme d'amour s'élève dans l'âme. Plus en effet l'âme est purifiée dans sa substance et ses facultés qui sont la mémoire, l'entendement et la volonté, plus aussi la sagesse divine, comme le déclare le sage lui-même1, la pénètre dans toutes ses parties et l'absorbe d'une manière profonde, subtile, et élevée dans ses divines flammes. Puis l'Esprit-Saint met en mouvement les vibrations glorieuses de sa flamme, et l'âme, déjà absorbée par la divine sagesse, en éprouve une telle suavité qu'elle s'écrie aussitôt:

Puisque vous ne me causez plus de chagrin.

   Elle veut dire : désormais vous ne m'affligez plus, vous ne me chagrinez plus, vous ne me fatiguez plus comme vous le faisiez précédemment. Il faut remarquer, en effet, que, à l'époque où l'âme était dans

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1. Sag. VII, 24.

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P926   LA    VIVE   FLAMME   D'AMOUR

 

l'état de purification spirituelle, c'est-à-dire quand elle allait entrer dans la contemplation, cette flamme divine ne se montrait pas aussi aimable et aussi suave que maintenant que l'âme est dans l'état d'union. Pour expliquer ce changement, nous devons donner quelques explications.

(LA VIVE FLAMME D’AMOUR p. 923-926)

 

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