Phénoménal journal de sœur Faustine. Jésus l’appelait « La secrétaire de sa Miséricorde ». En voici des extraits. (Les soulignés sont de moi) Pourquoi ne pas jeter un coup d’oeil sur le livre?
15.11.1935. Départ pour quelques jours à la maison familiale177 chez ma mère mourante.
Quand j'appris que ma mère était très gravement malade, qu'elle était mourante, et qu'elle me prie de venir, car elle veut me voir avant de mourir - alors se réveillèrent tous les sentiments de mon cœur. Comme une enfant aimant sincèrement sa mère, je désirais ardemment exaucer son désir, mais j'ai laissé à Dieu la liberté d'agir et je me suis livrée complètement à Sa volonté; sans faire attention à la douleur de mon cœur, je suivais la volonté divine. Le jour de ma fête, ( 166) le 15 février au matin, la mère supérieure me remit une seconde lettre de ma famille et m'accorda la permission de retourner à la maison, pour exaucer le désir et les prières de ma mère mourante. Tout de suite, j'ai fait les préparatifs nécessaires et le soir j'ai quitté Wilno. J'ai offert toute cette nuit pour ma mère gravement malade, afin que Dieu lui accorde la grâce que les souffrances dans lesquelles elle demeure ne perdent rien de leurs mérites. Mes compagnes de voyage étaient bien gentilles, car plusieurs dames de la Congrégation mariale se trouvaient dans le même compartiment; j'ai senti que l'une d'elles souffrait beaucoup et qu'un combat acharné se livrait dans son âme. J'ai commencé à prier intérieurement
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pour cette âme. A onze heures, ces dames passèrent dans un autre compartiment pour bavarder et pendant ce temps nous sommes restées toutes les deux seules dans le wagon. Je sentis que ma prière augmentait encore le combat de cette âme. Je ne la consolais pas, mais je priais encore plus ardemment. Enfin cette personne s'adressant à moi me pria de lui dire si elle devait accomplir une certaine promesse faite à Dieu. A ce moment, j'ai eu intérieurement connaissance de cette promesse et lui ai répondu: Vous êtes obligée, Madame, d'accomplir cette promesse, car autrement, vous serez malheureuse toute votre vie. Cette pensée ne vous laissera pas en paix. - Etonnée de cette réponse, elle me dévoila toute son âme.
C'était une institutrice qui, lorsqu'elle devait passer un examen, promit à Dieu de se consacrer à Son service, c'est-à-dire d'entrer au couvent si elle était reçue à cet examen. Elle réussit très bien l'examen - «maintenant je suis entrée dans le tourbillon du monde et je ne veux plus entrer au couvent et ma conscience ne me laisse pas en paix et malgré les distractions, je suis toujours mécontente.»
Après une assez longue conversation cette personne changea du tout au tout, et me dit qu'elle allait tout de suite faire des démarches pour se faire religieuse. Elle me demanda de prier pour elle; je sentais que Dieu ne lui refusera pas Ses grâces.
Le matin, j'arrivai à Varsovie et le soir à 8 heures, j'étais déjà à la maison. Quelle joie pour mes parents et pour toute la famille, il est difficile de le décrire. (167) Ma mère se trouvait un peu mieux, cependant le médecin ne laissait aucun espoir quant à la guérison complète. Après nous être salués, nous sommes tous tombés à genoux pour remercier Dieu de la grâce de pouvoir nous rencontrer tous encore une fois dans cette vie.
En voyant prier mon père, j'étais bien honteuse, car après tant d'années passées au couvent, je ne saurais pas prier avec autant de sincérité et de ferveur, et c'est pourquoi je ne cesse de rendre grâces à Dieu pour de tels parents.
Oh! comme tout avait changé en dix ans, impossible de rien reconnaître: le jardin était si petit, et maintenant je n'arrive pas à le reconnaître, mes frères et sœurs étaient encore petits et maintenant je ne
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peux les reconnaître, ils sont adultes, et je m'étonnais de ne pas les retrouver tels que lors de notre séparation.
Stasio m'accompagnait chaque jour à l'église. Je sentais que cette âme était très agréable à Dieu. Le dernier jour quand il n'y avait plus personne à l'église, je suis allée avec lui devant le Très Saint Sacrement et nous avons récité ensemble le Te Deum. Après un moment de silence j'ai offert cette petite âme au très doux Cœur de Jésus. Comme il m'était bon de prier dans cette petite église! Je me suis souvenue de toutes les grâces que j'y avais reçues, grâces que je ne comprenais pas alors et dont j'avais si souvent abusé, et je m'étonnais moi-même d'avoir pu être aussi aveugle. Quand je méditais et regrettais mon aveuglement, soudain j'aperçus Jésus, éclatant d'une beauté indicible - Il me dit avec bienveillance: Mon élue, je t'accorderai de plus grandes grâces encore, pour que tu sois pendant toute l'éternité témoin de mon infinie miséricorde.
Ces jours à la maison passaient pour moi avec beaucoup de monde, car chacun voulait me voir et parler un peu. Souvent je comptais jusqu'à vingt-cinq personnes. Elles écoutaient avec curiosité mes récits de la vie des saints. Je m'imaginais que notre maison était vraiment la maison de Dieu, car jusqu'au soir on ne parlait que de Lui. Lorsque, fatiguée par ces récits et soupirant après la solitude et le silence, je m'échappais le soir au jardin afin de pouvoir parler avec Dieu seule à seul, cela non plus ne me réussissait pas, mes frères et sœurs venaient tout de suite et me reconduisaient à la maison où, de nouveau, il me fallait parler avec tant d'yeux fixés sur moi, (168) mais je parvins à trouver un peu de répit en priant mes frères, qui avaient de très belles voix, de chanter et de plus, l'un d'eux jouait du violon, le second de la mandoline, ce qui me permettait de prier intérieurement sans fuir leur compagnie. Ce qui me coûtait beaucoup, c'était d'embrasser les enfants. Des femmes de ma connaissance venaient avec leurs enfants et me priaient de les prendre dans mes bras ne serait-ce que pour un instant, et de les embrasser. Elles considéraient cela comme une grade grâce et pour moi c'était une occasion de m'exercer à la vertu, car plus d'un enfant était assez sale, mais pour me vaincre et ne montrer aucune répugnance, j'embrassais deux fois ces enfants sales. Une
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connaissance apporta son enfant, qui avait les yeux malades et purulents, et me dit: «Prenez-le un instant dans vos bras, ma sœur.» Ma nature ressentait du dégoût, mais sans y prêter attention, je pris l'enfant dans mes bras, et je l'embrassai deux fois, juste à l'endroit purulent de l'œil, en demandant à Dieu une amélioration. J'avais ainsi beaucoup d'occasions de m'exercer à la vertu. En les écoutant tous exprimer leurs peines, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de cœurs joyeux, car il n'y avait pas de cœurs aimant sincèrement Dieu et cela ne m'a pas du tout étonnée. Je fus très peinée de ne pas voir deux de mes sœurs. Je sentis intérieurement dans quel grand danger était leur âme. Lorsque je pensais à elles, la douleur me serrait le cœur. Un jour, me sentant très près de Dieu, je priais ardemment le Seigneur de leur accorder Sa grâce - et le Seigneur me répondit: Je leur accorde non seulement les grâces nécessaires, mais aussi des grâces particulières. J'ai compris que le Seigneur les appellerait à une plus grande union avec Lui. Je me réjouis profondément qu'un si grand amour règne dans notre famille.
Quand vint le moment de dire adieu à mes parents, et que je les priai de me bénir, j'ai senti la puissance de la grâce divine qui se déversa dans mon âme. Mon père, ma mère et ma marraine en me bénissant, les larmes aux yeux, me souhaitèrent la plus grande fidélité à la grâce divine, ils me priaient de ne jamais oublier combien de grâces Dieu m'avait accordées en m'appelant à la vie religieuse. Ils demandaient de prier pour eux. (169) Tous pleuraient, mais moi, je n'ai pas versé une seule larme, je tâchais d'être courageuse et je les consolais tous de mon mieux, leur rappelant qu'au ciel, il n'y aura plus de séparation. Stasio m'a reconduite jusqu'à la voiture; je lui dis que Dieu aime beaucoup les âmes pures; je l'assurai qu'il était content de lui. Lorsque je lui parlai de la bonté divine et à quel point Dieu pense à nous, il se mit à pleurer comme un petit enfant et je n'en fus pas étonnée, car c'était une petite âme pure, elle reconnaît donc facilement Dieu.
Une fois installée dans la voiture, j'ai soulagé mon cœur et j'ai pleuré aussi comme une enfant, mais de joie parce que Dieu accordait tant de grâces à notre famille, puis je me suis plongée dans l'action de grâces.