soeur Faustine 28

Phénoménal journal de sœur Faustine. Jésus l’appelait « La secrétaire de sa Miséricorde ». En voici des extraits. (Les soulignés sont de moi)   Pourquoi ne pas jeter un coup d’oeil sur le livre?

 

+ Épreuve suprême,

délaissement complet - désespoir.

 

   Quand l'âme sort victorieuse des batailles précédentes, même si elle peut trébucher, elle se bat vaillamment, et elle appelle Dieu en toute humilité: Sauve-moi, je péris. - Et elle est encore capable de combattre.

   Maintenant de terribles ténèbres enveloppent l'âme. Elle ne voit en elle que péchés. Ce qu'elle ressent est terrible. Elle se voit complètement abandonnée de Dieu, elle a le sentiment d'être pour Lui un objet de haine, elle est au bord du désespoir. Elle se défend de son mieux, elle tâche d'éveiller la confiance, mais la prière n'est pour elle qu'un plus grand supplice; il lui semble qu'elle attise la colère de Dieu, elle se tient sur un sommet qui se perd dans les nuées, mais qui surplombe un gouffre.

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 P75                       Premier Cahier

 

   L'âme brûle du désir d'être près de Dieu, mais elle se sent repoussée. Tous les supplices et les peines du monde ne sont rien comparés à ce sentiment dont elle est la proie - être rejetée de Dieu. Personne ne peut la soulager. Elle voit qu'elle est toute seule, qu'elle n'a personne pour la défendre. Elle lève les yeux au ciel, mais elle sait que ce n'est pour elle - pour elle tout est perdu. Des ténèbres elle tombe dans des ténèbres encore plus épaisses, il lui semble qu'elle a perdu Dieu pour toujours, ce Dieu qu'elle a tant aimé. Cette pensée lui cause un supplice indescriptible. Mais elle n'y consent pas, elle tente de regarder vers le ciel, en vain - et cela redouble son supplice.

   (47) Personne n'éclairera une telle âme si Dieu veut la maintenir dans les ténèbres. Elle ressent ce rejet de Dieu très vivement et de façon terrifiante. Des élans douloureux jaillissent de son cœur, si douloureux, qu'aucun prêtre ne les comprendra, à moins qu'il ne soit lui-même passé par ces épreuves. Et en tout cela, l'âme reçoit encore des souffrances du mauvais esprit, Satan se moque d'elle: «Tu vois, resteras-tu encore fidèle? Voilà ton sort, tu es en notre pouvoir.» Mais Satan n'a pas plus d'influence sur cette âme que Dieu ne le permet; et Dieu sait combien nous pouvons supporter. «A quoi bon t'être mortifiée? à quoi bon être fidèle à la règle? A quoi bon tous ces efforts? Tu es rejetée de Dieu.» Ce mot «rejetée» devient un feu qui brûle chaque nerf jusqu'à la moelle des os, il transperce tout son être. Le moment le plus important de cette épreuve arrive. L'âme ne cherche plus d'aide nulle part, elle se plonge en elle-même, perd tout le reste de vue et c'est comme si elle acceptait ce supplice du rejet. C'est un moment que je ne saurais décrire. C'est l'agonie de l'âme. La première fois que ce moment commença à s'approcher de moi, j'en fus arrachée en vertu de la sainte obéissance. La mère maîtresse, effrayée à ma vue, m'envoya me confesser; mais le confesseur ne me comprit pas, je ne ressentis pas l'ombre d'un soulagement. Ô Jésus, donne-nous des prêtres expérimentés.

   Quand je lui dis que mon âme traverse les tourments de l'enfer, il m'a répondu qu'il est tranquille quant à l'état de mon âme, car il y voit une grande grâce de Dieu. Mais je n'ai rien compris à tout cela, et pas le moindre petit rayon de lumière ne pénétra dans mon âme.

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P76  PETIT JOURNAL de Sœur Faustine

 

   Maintenant les forces physiques commencent à me manquer et je ne suis plus en état de remplir mes tâches. Je ne peux plus dissimuler mes souffrances; bien que je ne dise mot de ce que je souffre, la douleur que reflète mon visage me trahit, et la supérieure me dit que les sœurs viennent lui dire qu'elles sont prises de pitié lorsqu'elles me voient à la chapelle, tant ma mine est effrayante. Malgré ses efforts, l'âme n'est plus en état de dissimuler cette souffrance.

   Jésus, Toi seul sais comment l'âme, enveloppée de ténèbres, gémit dans ces supplices et que malgré cela, elle a faim et soif de Dieu comme une bouche brûlée a soif d'eau. Elle meurt et se dessèche, elle meurt d'une mort sans mort, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas mourir. Ses efforts sont inutiles, une main puissante est posée sur elle. (48) Désormais son âme se met sous le pouvoir du Juste. Toutes les tentations extérieures cessent, tout ce qui l'entoure se tait, comme l'agonisant, l'âme perd de vue tout ce qui est extérieur - elle est tout entière recueillie sous la puissance du Dieu juste et trois fois saint. - Rejetée pour l'éternité. - C'est le moment suprême, et Dieu seul peut éprouver l'âme de cette façon, car Lui seul sait qu'elle est capable de le supporter. Quand l'âme a été entièrement imprégnée par ce feu infernal, elle est prise de désespoir. Mon âme a vécu ce moment, alors que j'étais seule dans ma cellule. Quand mon âme commença à s'enfoncer dans le désespoir, je sentais que j'entrais en agonie, mais je saisis ma petite croix et la serrai convulsivement dans la main; maintenant je sens que mon corps va se détacher de l’âme, et même si je voulais aller voir mes supérieures, je n'en avais plus la force physique. J'ai prononcé les derniers mots - j'ai confiance en Ta miséricorde, et il m'a semblé que c'était comme si j'avais augmenté la colère de Dieu, et je sombrai moi-même dans le désespoir, et seulement de temps en temps un gémissement douloureux, un gémissement inconsolable s'exhale de mon âme. L'âme à l'agonie. Il me semblait que je resterais dans cet état car je me sentais incapable d'en sortir par mes propres forces. Chaque souvenir de Dieu me plonge dans un océan d'indescriptibles souffrances, et malgré cela il y a quelque chose dans l'âme qui brûle du désir de Dieu, mais il lui semble que ce n'est que pour qu'elle souffre davantage. Le souvenir de l'ancien amour dont Dieu l'entou-

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P77                          Premier Cahier

 

rait lui est une nouvelle sorte de tourment. Son regard la transperce, et sous ce regard, tout est brûlé dans l'âme.

    Après un certain temps, une des sœurs entra dans la cellule et me trouva presque morte. Effrayée, elle alla trouver la mère maîtresse, qui en vertu de la sainte obéissance m'ordonna de me lever, aussitôt je sentis les forces me revenir et je me relevai de terre, toute tremblante. La maîtresse identifia d'emblée tout l'état de mon âme, elle me parla de l'inconcevable miséricorde divine et me dit: «Ne vous affligez de rien, ma sœur, je vous l'ordonne en vertu de l'obéissance.» Et elle me disait: «Maintenant je vois que Dieu vous appelle à une haute sainteté, le Seigneur veut vous avoir bien près de Lui, puisqu'il permet de telles choses et si tôt. Soyez fidèle à Dieu, ma sœur, car c'est le signe qu'il veut vous avoir haut dans le ciel.» Mais je ne comprenais rien à ces paroles.

   (49) Quand je suis entrée à la chapelle, je sentis comme si tout se détachait de mon âme, comme si je venais de sortir de la main de Dieu, je sentis l'inviolabilité de mon âme, je sentis que j'étais un tout petit enfant. Soudain je vis intérieurement le Seigneur qui me dit: N'aie pas peur, ma fille, je suis avec toi. A ce moment tous les tourments et les ténèbres prirent fin, mes sens furent pénétrés d'une joie indicible et les puissances de mon âme inondées de lumière.

   Je veux encore mentionner que, bien que mon âme fût déjà sous les rayons de Son amour, les traces du tourment passé restèrent sur mon corps encore pendant deux jours. Le visage mortellement pâle et les yeux injectés de sang. Jésus seul sait ce que j'ai souffert. Ce que j'ai écrit est bien faible en comparaison de la réalité. Je ne sais comment l'exprimer, il me semble que je suis revenue de l'au-delà. Je sens un dégoût pour ce qui est créé. Je me blottis contre le Cœur de Dieu comme un nourrisson contre le sein de sa mère. Je vois tout avec un autre regard. Je suis consciente de ce que le Seigneur a achevé d'un mot en mon âme, je vis de cela. Au souvenir du supplice passé, un frisson me saisit. Je n'aurais pas cru qu'on pût tant souffrir si je n'étais pas moi-même passée par là. C'est une souffrance purement spirituelle.

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon