La voie purgative est cette phase où les souffrances produites par nos défauts, le diable ou Dieu purifient les défauts de notre nature sensuelle déréglée puis le jardin de d’Eden.
Thérèse a monté très précocement qu’elle ne craignait pas la souffrance :
« Mes frères ne me détournaient en rien du service de Dieu. Il y en avait un qui était à peu près de mon âge. Nous nous réunissions tous les deux pour lire la
=================================
P19
C H A P I T R E PREMIER
vie des saints. C'est celui que je chérissais le plus. Toutefois j'avais pour tous l'amour le plus vif, et ils me payaient de retour. Je lisais donc les souffrances que les saintes Martyres avaient endurées pour Dieu; il me semblait qu'elles achetaient à bon compte le bonheur d'aller le posséder. Aussi, j'appelais de tous mes vœux le même genre de mort. Ce qui me guidait, ce n'était pas un amour de Dieu dont j'eusse conscience, mais le désir d'aller promptement au ciel pour y jouir de ces délices ineffables dont nos livres nous entretenaient. Nous recherchions donc, mon frère et moi, quel serait le moyen de réaliser un tel plan. Nous prîmes le parti de nous rendre, en demandant l'aumône pour l'amour de Dieu, au pays des Maures, dans l'espoir que l'on y ferait tomber nos têtes. Le Seigneur nous donnait ce me semble, dans un âge si tendre, le courage d'accomplir notre dessein, si nous en trouvions le moyen. Mais nous avions nos parents, et c'est de là, à nos yeux, que venait le plus grand des obstacles. (Vie p. 1-19)
« A l'époque où mourut ma mère, j'avais, je m'en souviens, près de douze ans. Comme je commençais à comprendre la perte que je venais de faire, je m'en allai, tout affligée, m'agenouilller devant une statue de Notre-Dame; je répandis des larmes abondantes et suppliai la très sainte Vierge Marie de me tenir lieu de Mère. Il me semble que ma prière, bien que faite avec simplicité, fut accueillie favorablement, car il est bien clair que j'ai toujours trouvé un secours près de cette Vierge souveraine, chaque fois que je me suis recommandée à elle; » (Vie p. 20)
« Si à cette époque je ne négligeais point les remèdes salutaires à mon âme, le Seigneur était plus désireux encore de me préparer à la vocation qui devait être la plus avantageuse pour moi. Il m'envoya une maladie grave qui m'obligea de retourner à la maison de mon père. » (Vie p. 30)
« Ce combat dura trois mois. …….Le démon me représentait qu'étant habituée à être bien traitée, je ne pourrais pas supporter les austérités de la vie religieuse ; je m'en défendais en me rappelant les souffrances du Sauveur; ce n'était pas beaucoup d'en endurer à mon tour quelques-unes pour lui. ……….
Durant cette période, je passai par de fortes tentations; je fus visitée par des fièvres qui étaient accompagnées de grandes défaillances, car ma santé était toujours très faible. » (Vie p. 32-33)
« Je me souviens, ……qu'au sortir de la maison de mon père j'éprouvai de telles angoisses que la mort, je crois, ne saurait m'en réserver de plus vives. Il me semblait que tous mes os se détachaient les uns des autres. Il n'y avait pas encore en moi un amour de Dieu assez fort pour dominer celui que je portais à mes parents et à mes proches. La lutte fut telle que, si le Seigneur n'était venu à mon secours, toutes mes considérations eussent été impuissantes à me faire avancer. Il me donna alors le courage de triompher de moi-même, et je pus exécuter mon dessein.
Au moment où je recevais l'habit religieux, le Seigneur me fit comprendre quelles faveurs il accorde
=================================
P35
C H A P 1 T R E QUATRIÈME
à ceux qui savent se vaincre par amour pour lui. » (Vie p. 34-35)
« Le changement de vie et de nourriture fut nuisible à ma santé. …. Mes défaillances commencèrent à augmenter. Il me vint un mal de cœur si violent que j'étais un objet de frayeur pour ceux qui me voyaient. Ajoutez à cela beaucoup d'autres maux réunis. Je passai ainsi la première année avec une très mauvaise santé. …. Le mal était si intense que d'une façon habituelle il me privait presque de mes sens, et quelquefois il m'en privait complètement. Mon père n'omettait rien pour y remédier. Les médecins d'ici1 ne pouvant me guérir, il prit ses dispositions pour me conduire à une localité' très renommée par des guérisons de maladies différentes de la mienne, mais où, disait-on, je guérirais, moi aussi. Cette amie' dont j'ai parlé, et qui était une des anciennes religieuses du monastère, m'accompagna, car on ne faisait pas le vœu de clôture.
Mon séjour dans cette région fut d'une année environ. Durant trois mois j'y endurai de telles souffrances par suite des remèdes si violents qu'on me donnait, que je ne sais comment je pus les supporter.
------------------------------
1. Avila.
2. Bécédas, localité située à 25 lieues à l'ouest d'Avila.
3. Dona Jeanne Suarez.
=================================
P38 VIE ÉCRITE PAR ELLE-MÊME
Enfin, si l'âme fut assez.forte pour les endurer, le corps y succomba, » (Vie p. 37-38)
« Il me semble bien maintenant que c'est par une providence spéciale de Dieu que je n'ai point rencontré un tel directeur. Il m'eût été impossible, je crois, de persévérer, comme je l'ai fait, dix-huit ans dans ces épreuves et dans ces aridités si grandes, car j'étais, je lerépète, impuissante à discourir. Durant toute cette époque, je n'osais jamais, si ce n'est après la communion, me mettre à l'oraison sans un livre. Mon âme éprouvait autant de frayeur
=================================
P41
C H A P I T R E QUAT R I È M E
à se mettre à l'oraison sans ce secours, que si elle avait eu à lutter contre une foule d'ennemis. » (Vie p. 40-41)