9 La voie purgative

  9 La voie purgative

 

………..0 bonté infinie de mon Dieu ! C'est bien de la sorte, ce me semble, que je vous vois et que je me vois. 0 délices des Anges, je voudrais à cette vue me consumer

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 P83   C H A P I T R E       H U I T I È M E

 

tout entière d'amour pour vous. Oh ! qu'il est bien vrai que vous supportez la présence de celui qui se fatigue en votre compagnie! quel ami généreux vous êtes pour lui, ô mon Dieu! que de faveurs vous lui prodiguez ! quelle patience à le supporter ! vous attendez qu'il se conforme à votre condition, pendant que vous poussez la condescendance jusqu'à supporter la sienne. Vous lui tenez compte, ô mon Dieu, de quelques instants qu'il consacre à vous aimer; et, à la première lueur de son repentir, vous oubliez ses offenses envers vous. Voilà ce que j'ai vu clairement par moi-même. Aussi, je ne comprends pas, ô mon Créateur, pourquoi tout le monde ne chercherait pas à se rapprocher de vous par une amitié si intime. …… Et alors vous, ô Seigneur, vous empêchez les démons de nous attaquer, vous diminuez chaque jour leur empire sur nous, et vous nous donnez la force d'en triompher. Non, vie de toutes les vies, vous ne donnez la mort à aucun de ceux qui se confient en vous et vous prennent pour ami. Mais vous donnez la vie à l'âme, et vous soutenez celle du corps en lui communiquant une nouvelle santé.

   Je ne comprends pas les craintes de ceux qui n'osent s'adonner à l'oraison mentale; je ne sais de quoi ils ont peur. Quant au démon, il sait bien ce qu'il fait lorsqu'il nous inspire ces frayeurs. Il nous cause un vrai préjudice quand il nous empêche de penser à

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 P84   VIE    ÉCRITE    PAR    ELLE-MÊME

 

nos péchés et à nos graves obligations envers Dieu,  à l'existence d'un enfer et d'un ciel, aux tourments inouïs et aux angoisses que le Sauveur a endurés pour nous. Telle fut toute mon oraison au milieu des dangers dont j'ai parlé. Telles furent les vérités sur   lesquelles je méditais quand je le pouvais. Mais très souvent pendant plusieurs années, j'étais beaucoup plus préoccupée du désir de voir s'achever l'heure d'oraison et d'entendre le coup de l'horloge, que d'autres pensées vraiment utiles. Souvent aussi il m'eût été moins dur de subir les pénitences les plus rigoureuses que de me recueillir pour faire oraison.   Oui, je l'affirme, j'avais à soutenir un tourment inouï contre le démon ou ma mauvaise nature, qui voulaient m'empêcher de me rendre à l'oraison. Une telle tristesse s'emparait de moi, en entrant à l'oratoire, que pour, me surmonter j'avais besoin de tout mon courage, qui, dit-on, n'est pas petit. On a vu, en effet, que Dieu me l’a donné bien supérieur à celui d'une femme, quoique j'en aie mal usé. Enfin, le Seigneur venait à mon secours. Après m'être ainsi surmontée, je goûtais plus de repos et de consolation que dans quelques autres circonstances où j'étais stimulée par désir de le prier.

   Eh bien, si le Seigneur a supporté durant tant d'années une créature aussi vile que moi et s'il est évident que l'oraison a été le remède à tous mes maux, quel est celui, tout méchant qu'il soit, qui craindrait de s'adonner à cet exercice ? ….. Qui donc perdrait confiance, quand le Seigneur m'a tant supportée, uniquement parce que je recherchais et me procurais un peu de solitude et de temps pour qu'il fût avec moi ? Encore était-ce très souvent contre mon attrait par suite des efforts que

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CHAPITRE       HUITIÈME

 

je faisais ou que le Seigneur plutôt faisait lui-même pour m'y contraindre. (Vie écrite par elle-même p.82-85)

 

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