2 La voie purgative

  2 La voie purgative

 

  «  J'ai oublié de dire que, durant l'année de mon noviciat, j'eus de grands troubles pour des choses qui étaient de peu d'importance. On me reprenait très souvent sans motif; je le supportais avec beaucoup de peine et d'imperfection; mais la joie profonde que j'avais d'être religieuse m'aidait à passer par-dessus. On me voyait rechercher la solitude et même parfois pleurer mes péchés; dès lors on s'imaginait que j'étais mécontente, et on en parlait. Je me portais volontiers à tous les exercices du cloître; mais je ne pouvais supporter quoi que ce soit qui ressemblât à du mépris……………

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P44   VIE   ÉCRITE    PAR    ELLE-MÊME 

 

   Une religieuse souffrait alors d'un mal très grave et très pénible. C'étaient des ouvertures que des obstructions lui avaient occasionnées au ventre, et par où elle rejetait les aliments. Elle ne tarda pas d'ailleurs à succomber. Je voyais que toutes les religieuses redoutaient son mal. Pour moi, j'avais grande envie d'une patience pareille à la sienne; et, s'il plaisait à Dieu de m'en donner une semblable, je le suppliais de m'envoyer toutes les maladies qu'il voudrait. Je n'en redoutais aucune, ce semble, tant j'étais résolue de gagner à tout prix les biens éternels………Deux années ne s'étaient pas écoulées, que j'étais prise d'un mal qui ne ressemblait point sans doute à celui dont je viens de parler, mais qui n'était, je crois, ni moins douloureux, ni moins pénible………….. le démon commença à jeter du trouble dans mon âme……………

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C H A P 1 T R E       CINQUIEME

 

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   Mon séjour dans cette localité fut de trois mois1. J'y souffris de grandes tortures, car le traitement était trop rude pour mon tempérament. Au bout de deux mois, on m'avait, à forc de médecines ôté presque la vie elle-même. La violence du mal de cœur dont j'avais voulu chercher la guérison, était devenue beaucoup plus terrible. Parfois même il me semblait qu'on le déchirait avec des dents aiguës. On craignit même que ce fût la rage, J'étais épuisée; car je ne prenais aucune nourriture; je me contentais d'un peu de liquide; j'étais dégoûtée de tout, dévorée par une fièvre continuelle, desséchée par suite des médecines qu'on m'avait fait prendre tous les jours durant près d'un mois, si dévorée enfin par un feu intérieur que les nerfs commencèrent à se contracter avec des souffrances tellement insupportables que je ne trouvais aucun repos ni jour ni nuit. Enfin je tombai dans une tristesse profonde.

………. Les médecins vinrent de nouveau me visiter. Tous me condamnèrent. D'ailleurs, outre tous ces maux, disaient-ils, j'étais frappée d'étisie. Tout cela m'importait peu, car j'étais absorbée par la souffrance qui s'étendait avec une égale intensité des pieds à la

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1. Bécédas.

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tête. Celles des nerfs, au dire des médecins eux-mêmes, sont intolérables, et, leur contraction étant générale, j'endurai un tourment indicible. Hélas, si encore je n'avais point par ma faute manqué d'en tirer profit !

   Les tortures à cet excès ne durent pas se prolonger plus de trois mois. Mais il semblait impossible de pouvoir souffrir tant de maux réunis. ……… J'avais habituellement à la pensée ces paroles de Job que je me plaisais à répéter.: Puisque nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en recevrions-nous pas aussi les maux ? Ces paroles ce me semble, me donnaient du courage………

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une crise si terrible que pendant près de quatre jours je demeurai privée de tout sentiment. On m'administra alors le sacrement de l'Extrême-Onction ; à toute heure, à tout moment, on s'attendait à me voir expirer. …….. A certains moments, on me croyait si bien morte, que l'on avait même laissé couler sur mes yeux de la cire que j'y trouvais ensuite. ………Il y avait déjà un jour et demi que l'on avait creusé dans mon monastère la tombe qui attendait mon corps; et un couvent de religieux de notre Ordre, situé en dehors de cette ville, avait fait les suffrages pour moi. Quand le Seigneur me rappela à moi, je voulus aussitôt me confesser. …….. Mes larmes provenaient aussi des souffrances qui étaient intolérables et me laissaient peu de connaissance…………

(Vie écrite par elle-même p.43-51)

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon