85 Voie illuminative 

   Je reviens à mon sujet. J'étais donc dans la joie la plus vive en considérant cette âme. Le Seigneur voulait, ce semble, me montrer clairement de quels trésors il l'avait enrichie. A la vue de la faveur qu'il m'avait accordée de se servir pour cela de moi comme d'intermédiaire, tout indigne que j'en étais, j'estimais bien plus les grâces faites à ce religieux et je me considérais comme plus obligée à la reconnaissance que si elles m'avaient été accordées à moi-même. Aussi je ne cessais de bénir le Seigneur en constatant qu'il exauçait peu à peu mes vœux et avait écouté une prière dont le but était qu'il se suscitât des personnes si éminentes à son service. Mon âme ne pouvant plus supporter l'excès d'une telle joie, sortit d'elle-même et se perdit pour acquérir un gain supérieur; elle cessa toutes ses considérations, et, en entendant cette langue divine que l'Esprit-Saint semblait lui parler, elle tomba dans un grand ravissement qui me fit perdre presque tout sentiment, bien qu'il fût de courte durée. Je vis le Christ dans une majesté et une gloire immenses, qui

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 P382   VIE    ÉCRITE    PAR    ELLE-MÊME

 

montrait un grand contentement de notre entretien, il me le dit même; il voulut enfin me faire voir clairement qu'il est toujours présent à de semblables conversations et grandement glorifié quand on met son bonheur à parler de Lui.

   Une autre fois, me trouvant éloignée de cette localité1, je vis cependant ce religieux au milieu d'une grande gloire, élevé de terre par les anges2. Cette vision avait pour but de me faire comprendre combien il faisait de progrès dans la perfection, ce qui était vrai. Un faux témoignage, capable de perdre son honneur avait été porté contre lui par une personne dont il avait sauvé la réputation et l'âme elle-même; et il avait supporté cette épreuve avec la joie la plus vive. Il avait également accompli d'autres œuvres très glorieuses pour Dieu et souffert bien d'autres persécutions.

   Je ne crois pas utile pour le moment de raconter d'autres faits. Mais si plus tard vous le jugez à propos, vous qui les connaissez, mon Père2, je pourrais en faire le récit pour la plus grande gloire de Dieu,  

   Toutes les prédictions dont j'ai parlé et dont je parlerai au sujet de ce monastère et d'autres choses encore, se sont accomplies. Le Seigneur m'en faisait connaître quelques-unes trois ans avant l'événement, ou plus tôt ou plus tard. Je les communiquais toujours à mon confesseur et à cette dame veuve, mon amie, à laquelle j'avais permission d'en parler, comme je l'ai dit. J'ai su depuis qu'elle les rapportait à d'autres personnes; et celles-ci savent que je ne mens pas. Que Dieu ne permette pas que je m'écarte en rien, et surtout quand il s'agit de choses si graves, de la plus exacte vérité.

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1.   Avila.

2.   Le P. Garcia de Toledo.

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 P383   CHAPITRE     TRENTE – QUATRIEME

     

   Un de mes beaux-frères1 étant venu à mourir subitement, j'étais très affligée de ce qu'il n'avait pas eu le temps de se confesser. Il me fut dit dans l'oraison que ma sœur mourrait ainsi, et que je devais aller la trouver pour la disposer dans ce but. J'en parlai à mon confesseur qui ne me le permit pas. La même recommandation céleste m'ayant été faite à plusieurs reprises, il me dit alors de partir, puisque d'ailleurs il n'y avait rien à perdre. Ma sœur se trouvait à la campagne2. J'allai la trouver et sans lui rien dire de la prédiction, je l'éclairais sur toutes sortes de points, je la déterminai à se confesser fréquemment et à veiller toujours sur son âme. Comme elle était très vertueuse, elle déféra à mon conseil. Au bout de quatre ou cinq ans, passés dans ces exercices et cette vigilance constante sur elle-même, elle mourut sans qu'il y eût personne auprès d'elle, et sans qu'il lui fût possible de se confesser. Heureusement qu'elle avait coutume de se confesser souvent, et il n'y avait guère plus de huit jours qu'elle l'avait fait; aussi cette circonstance me procura une grande joie quand j'appris sa mort. Elle demeura très peu de temps en purgatoire. Huit jours ne s'étaient pas encore écoulés depuis sa mort, ce me semble, quand le Seigneur m'apparut au moment où je venais de communier et voulut me montrer comment il l'introduisait dans la gloire. Durant tout le temps qui s'était écoulé depuis la prédiction jusqu'à cet événement, je n'avais pas perdu de vue ce qui m'avait été dit, ni ma compagne3 non plus. Aussi en apprenant cette nouvelle, elle vint me trouver et se montra très frappée de voir comment la prédiction s'était réalisée. Gloire à jamais à Dieu, qui prend tant de soin des âmes pour les empêcher de se perdre !

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1. Don Martin de Guzman y Barrientos, qui était marié à dona Marie de Cepeda, sœur aînée de la Sainte.

2-   A Castellanos de la Canada.

3-   Dona Yomar de Ulloa.

 

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