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   A la même époque je me trouvais, le jour de la fête de l'Assomption de Notre-Dame, dans une église de l'Ordre du glorieux saint Dominique; je me rappelais les nombreux péchés que j'y avais confessés autrefois et certaines particularités de ma triste vie. Tout à coup j'entrai dans un ravissement si grand que je me trouvai presque hors de moi-même. Je m'assis ; il me semble que je ne pus même voir élever la sainte Hostie, ni suivre la messe; ce qui me causa ensuite quelque scrupule. Tandis que j'étais dans ce ravissement, on me revêtait, ce me semble, d'une robe toute éclatante de blancheur et de lumière. Tout d'abord je

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ne vis point qui me revêtait ainsi; mais ensuite, j'aperçus Notre-Dame vers ma droite, et mon père saint Joseph à ma gauche qui me mettaient ce vêtement; il me fut donné de comprendre que j'étais déjà purifiée de mes péchés. A peine étais-je ainsi revêtue et toute comblée de délices et de gloire, qu'il me sembla que Notre-Dame me prenait les mains. Elle me dit que je lui procurais beaucoup de joie par ma dévotion au glorieux saint Joseph. Elle me donna l'assurance que la fondation du monastère réussirait et que Notre-Seigneur, elle et saint Joseph y seraient très fidèlement servis; je ne devais pas craindre d'y voir se refroidir jamais la ferveur sur ce point, bien que l'obéissance sous laquelle je me mettrais ne fût pas de mon goût; car elle et saint Joseph nous protégeraient, et son Fils nous avait déjà promis d'être toujours au milieu de nous. Comme gage de la vérité de cette promesse, elle me donnait ce joyau. Il me semblait qu'elle m'avait passé au cou un collier d'or très beau auquel était suspendue une croix du plus haut prix. Cet or et ces pierreries surpassent incomparablement tout ce que nous voyons ici-bas, car leur beauté est infiniment élevée au-dessus de ce que nous pouvons imaginer. L'entendement ne saurait comprendre non plus de quel tissu était la robe, ni avoir une idée de la blancheur dont Dieu voulait la faire briller. Tout ce qu'il y a ici-bas ne paraît plus, pour ainsi dire, qu'un dessin à la suie. Notre-Dame me parut d'une beauté ravissante. Je ne distinguai pas cependant les particularités de ses traits; je vis seulement l'ensemble de sa physionomie. Elle était vêtue de blanc et m'apparaissait au milieu d'une splendeur très grande qui, bien loin d'éblouir, réjouissait au contraire le regard. Je ne vis pas aussi distinctement le glorieux saint Joseph; toutefois je vis qu'il était là; c'était une vision semblable à celles

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dont j'ai parlé précédemment, et où l'on connaît sans le secours des sens. Il me semblait aussi que Notre-Dame était très jeune. L'un et l'autre demeurèrent ainsi quelques instants près de moi; je me trouvais toute remplie d'une gloire et d'une joie immenses; je crois que je n'avais jamais été favorisée d'une pareille grâce, et je n'aurais plus voulu en être privée. Il me sembla ensuite que je les voyais remonter au ciel environnés d'une grande multitude d'anges. Je me trouvai alors dans une profonde solitude. J'éprouvai néanmoins tant de consolations ! Je me trouvai si élevée, si recueillie en oraison, si attendrie qu'il me fut impossible pendant quelques instants de faire un mouvement et de proférer une parole ! j'étais, pour ainsi dire, hors de moi. J'éprouvai alors un si grand désir de me sacrifier pour Dieu, je découvris en moi des effets si merveilleux, tout en un mot s'était passé de telle sorte que je ne pus jamais, malgré tous mes efforts, avoir le moindre doute que cette vision ne vînt de l'esprit d'en haut. Aussi j'étais remplie de consolation et dans une paix profonde.

   Ce que la Reine des anges m'avait dit de la juridiction provenait de ce que j'avais de la peine à me soustraire à celle de l'Ordre. Notre-Seigneur m'avait déjà dit qu'il ne convenait pas de soumettre le nouveau monastère aux religieux; il m'avait même donné les raisons pour lesquelles cela ne convenait en aucune manière. Il m'avait, en outre, recommandé de recourir à Rome par une certaine voie qu'il avait daigné m'indiquer, et par où il ferait venir les dépêches. Il fut fait ainsi. Jusqu'alors les négociations n'avaient jamais pu aboutir, mais nous suivîmes la voie indiquée par Notre-Seigneur, et l'affaire réussit très bien.

   Les événements qui suivirent ont montré combien il était important de mettre le nouveau monastère sous l'obéissance de l'évêque. Pour moi, je ne le

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conaissais pas encore et je ne savais pas quel supérieur nous aurions en lui. Mais le Seigneur a voulu qu'il fût rempli d'une extrême bonté, et prit en main l’intérêts de cette maison, autant qu'il le fallait pour la soutenir au milieu de la grande épreuve qu'elle a traversée, comme je le rapporterai plus loin, et la mettre dans l'état où elle est aujourd'hui. Béni soit Celui qui a tout conduit de la sorte ! Ainsi soit-il !

 

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