Fin du Jansénisme 4

Darras tome 38 p. 439

 

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58. Quelque agitation qu'eussent pu produire ces intrigues, les évêques fidèles ne se laissèrent pas ébranler. Dans leurs mande-     ments, ils exigèrent la soumission à la bulle Unigenitus, comme « à un jugement dogmatique de l'Église universelle, dont tout appel était nuL frivole, illusoire, téméraire, scandaleux, injurieux au Saint-Siège et au corps épiscopal, contraire à l'autorité de l'Eglise , schismatique et tendant à renouveler des erreurs condamnées. » Ceux qui ne donnèrent pas de mandements manifestèrent leurs dis­positions par leur conduite. Plusieurs de ces mandements furent supprimés en province par divers Parlements: aux yeux de ces cours de justice, attaquer l'Église n'était pas un abus, mais c'était un abus de la défendre. Les évêques, au surplus, ne se laissèrent pas intimider et remplirent jusqu'au bout leur devoir. On se remit encore à délibérer : quelle mansuétude dans l'Eglise et combien la chaire apostolique est endurante au regard des réfractaires ! N'eut-il pas été juste et sage de briser les mitres sur ces fronts rebelles et d'arracher la pourpre aux indignes épaules du misérable Noailles ? On  convint  cependant que  des théologiens composeraient une explication de la bulle ; que cette explication serait examinée par les écoles, soumise ensuite aux évêques acceptants, pour savoir d'eux si elle contenait le véritable sens de ce document. Une fois que cette explication serait assurée de leurs signatures, le régent obli­geait Noailles à l'accepter, et en cas de refus, il l'abandonnerait au juste ressentiment du Pape.

 

On vit alors par de tristes exemples, l'aboutissement de cette sédition janséniste. Je ne parle pas d'un Le Courrayer, chanoine de Sainte-Geneviève, qui défendait la validité des ordinations angli­canes. Mais Petitpied, l'un des plus fous docteurs de la secte, se mit à appliquer dans l'église d'Asnières, près Paris, la nouvelle liturgie du parti. Ce fanatique commença par ériger un nouvel autel et lui donna la forme d'un tombeau ; pour en faire un autel privilégié, il l'appela Autel dominical. On ne devait dire la messe que le dimanche et aux grandes fêtes. Après la messe, l'autel était dépouillé comme le sont nos autels après l'office du jeudi saint ; pendant la messe, on le couvrait d'une simple nappe, sans croix, ni chande-

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liers. Le nouveau missel n'était qu'une suite d'innovations scanda­leuses ; à l'offertoire, on déposait sur l'autel, non seulement le pain et le vin, mais tous les objets d'offrande. Lafiteau y vit une botte d'asperges ; à la communion, le diacre communiait, avec sa dalmatique, au milieu des femmes. Ce fanatique avait été exclu de la Sorbonne; il y fut réadmis par la Sorbonne réfractaire, et sans aucune attestation. Il y eut pire. Le parti comptait des adhérents que n'effrayait pas une rupture avec le Pape et que la crainte d'un schisme n'eut pas fait reculer. Cette faction rêvait un établissement analogue à celui de l'anglicanisme ; on en trouve le plan dans les papiers d'Ellies Dupin. Ce docteur était en relations épistolaires avec l'archevêque de Cantorbéry: ce commerce parut suspect. On saisit ses papiers ; ils furent transportés au Palais-Royal, résidence du régent. On y trouva des concessions entièrement anticatholi­ques : Lafiteau présent à l'examen des pièces saisies, en garantit l'exacte reproduction ; il n'aurait pu y croire, dit-il, s'il n'avait eu sous les yeux les originaux. On y lisait en effet « Que les prin­cipes de notre foi peuvent accorder avec les principes de la religion anglicane ; que, sans altérer l'intégrité du dogme, on peut abolir la confession auriculaire et ne plus parler de transubstantiation dans le sacrement de l'Eucharistie ; anéantir les vœux de religion ; per­mettre le mariage des prêtres; retrancher le jeûne et l'abstinence du carême; se passer du Pape, et n'avoir plus ni commerce avec lui ni égard pour ses décisions. »

 

Plus tard le parti janséniste, renforcé de tous ceux à qui pesait trop le joug de la fidélité de leurs obligations, devait réaliser ce plan, en grande partie du moins, par l'établissement de la consti­tution civile du clergé. Mais, pour le moment, ce fut à ruiner l'opinion de l'infaillibilité du Pape qu'il sembla s'attacher principa­lement. L'instruction pastorale du cardinal de Noailles donnait le secret de cet acharnement ; car c'était le plus court moyen de détruire l'impression produite dans le public par le livre du Témoi­gnage de l'Église universelle en faveur de la bulle Unigenitus, que de représenter la plupart de ceux qui rendaient ce témoignage comme des gens qui juraient aveuglément sur l'infaillibilité du sou-

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verain pontife. Les plus zélés se mirent donc en avant, et il paraît qu'au premier rang figurait la faculté de théologie de Caen, puis­que, dans son acte d'appel de la bulle, elle déclara que l'opinion de l'infaillibilité du Pape était une erreur. Ce qui surprend davan­tage en cette rencontre, c'est l'aveuglement de la faculté de Paris. Jusque-là elle avait regardé la question de l'infaillibilité comme une opinion libre et l'avait proclamée telle ; mais, requise par la faculté de Caen d'insérer son appel dans ses registres, elle applau­dit à la décision des docteurs de Caen et rendit, le 19 janvier, un décret portant que l'infaillibilité du Pape est une doctrine d'erreur. Cette décision fait belle figure en présence du concile du Vatican ; elle montre aussi où Dupanloup et sa suite avaient pris leur belle langue.

 

59. Désormais il n'y avait plus possibilité d'accommodement, et, par un travers qui marque trop la faiblesse de l'esprit humain, mais qui honore la vertu ecclésiastique, on parlait de plus en plus de s'entendre. Le cardinal de Noailles fit une nouvelle instruction, où il acceptait définitivement la bulle ; sa soumission détruisit le prestige que sa pourpre pouvait jeter sur les appelants. Bientôt mourait Clément XI, Innocent XIII le suivit de près dans la tombe. A l'avènement de Benoît XIII, s'ouvre à Rome un concile qui déclare la bulle Unigenitus règle de foi ; Benoît XIII était dominicain, tho­miste par conséquent ; il suivit avec une parfaite fidélité la ligne de ses prédécesseurs et fit, par sa conduite, réfléchir un grand nombre d'esprits qu'ébranlaient les grands noms de S. Augustin et de S. Thomas. Les purs jansénistes, eux, se souciaient fort peu de thomisme et encore moins d'obéissance ; ils ne firent que s'en­durcir davantage. Un grand nombre d'ecclésiastiques, de laïques passionnés, de religieux violateurs des règles, plutôt que de se soumettre passèrent en Hollande. Pour échapper à la soumission, ceux qui restèrent en France imaginèrent un dernier subterfuge : ils dressèrent douze articles de doctrine, les présentant comme expression authentique de l'enseignement de S. Thomas et de S. Augustin: ils demandaient qu'on les approuvât, mettant à ce prix leur désarmement. Les évêques condamnèrent les douze articles;

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quelques-uns seulement se hasardèrent à les défendre. Le clergé, les congrégations religieuses revinrent peu à peu à l'esprit de leur état. Enfin il ne resta plus bientôt dans la secte que les meneurs fanatiques et leurs aveugles partisans. Mais parmi eux, il y en avait de bien misérables. Un instant, Clément XI avait songé à supprimer la congrégation de Saint-Maur; il eut pu, sans faire tort à l'Église, supprimer encore la congrégation de l'Oratoire, nid de sectaires que rien ne pouvait éclairer ni abattre. On les retrouvera, lorsque pour leur dernier exploit et vengeance suprême, il faudra édicter la Constitution civile du clergé et trahir tout le passé de la France.

 

   60. Cette fin du jansénisme ecclésiastique fut signalée, en 1727, par le concile d'Embrun. En 1726, Soanen, évêque de Senez avait publié une instruction pastorale qui avait pour fin, disait-il, de rendre son clergé et son peuple dépositaires de ses derniers senti­ments. Dans cette diatribe, il déclamait contre ses collègues dans l'épiscopat, qui se donnent pour maîtres en Israël, et qui égarent les peuples. Clément XI et ses prédécesseurs n'étaient pas plus épargnés ; la conduite du roi y était présentée sous des couleurs odieuses et le Formulaire déclaré une tyrannie. L'auteur gémissait de l'avoir signé, et faisait ces vœux pour voir le terme de ce qu'il appelait une exaction ; il prenait, comme on devait s'y attendre la défense de l'évêque de Montpellier, et lui prodiguait des éloges que celui-ci s'empressa de lui rendre à son tour. Quant aux douze articles, c'étaient autant de vérités incontestables, et comme ils avaient des côtés fort durs, l'austère champion du jansénisme s'appliquait à les rendre plus durs encore. En terminant, Soanen exhortait ses dio­césains à persévérer, après sa mort, dans les sentiments qu'il leur avait inspirés et à ne s'en laisser détourner ni par la multitude des ennemis de la vérité, ni par le petit nombre de ceux qui se décla­rent pour elle. Pour tout dire en un mot, cette instruction n'était qu'un long plaidoyer pour les Réflexions morales et les appelants. A ses yeux, ceux-ci étaient les seuls défenseurs de la vérité ; le Pape et les évêques en étaient les ennemis, guidés par des vues humaines. Une telle audace demandait à être réprimée, et la répression devait paraître d'autant plus juste et fondée que la conduite de l'évêque-

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de Senez était celle d'un schismatique. Car il avait donné les ordres sacrés à des Hollandais réfractaires, et avait approuvé l'élection et la consécration des deux évêques qui se succédèrent sur le siège d'Utrecht, malgré l'opposition du Pape (1).

 

L'archevêque d'Embrun, Guérin de Tencin, réunit son concile pour condamner l'évêque de Senez. Outre ses suffragants, le métro­politain appela dix évêques des provinces voisines. Rien ne manqua ni aux formes de la justice, ni aux garanties de l'équité, ni à la solennité du jugement. Soanen s'y montra tel qu'il était, obstiné jusqu'à la démence, mais excusé par son grand âge. Vainement on employa toutes les voies pour l'amener à se justifier ou à se rétrac­ter. Après les réquisitoires du promoteur et les oppositions de l'accusé, vient la sentence du juge. En voici les points principaux : « Tout mûrement considéré, le concile condamne l'Instruction pastorale de Soanen, comme téméraire scandaleuse, injurieuse à l'Eglise, schismatique, pleine d'esprit hérétique, remplie d'erreurs et fomentant des hérésies ; principalement en ce qui est contenu contre la signature pure et simple du Formulaire, en ce qui est faussement et injurieusement avancé contre la constitution Unigenitus, en ce qu'elle permet et recommande la lecture du livre des Réflexions morales comme très propre à nourir la piété des fidè­les.... ; n'entendant néanmoins le concile, par ces désignations particulières, approuver aucunement le surplus de la dite Instruction pastorale, dans laquelle il a remarqué plusieurs autres choses très repréhensibles. Fait le concile très expresse inhibition à tous les fidèles du diocèse de Senez et de la province d'Embrun, d'en­seigner ou de suivre la dite Instruction ou tous autres écrits la favorisant, et même de les lire... Ordonne, le concile que le révé-rendissime Jean de Soanen, évêque de Senez, qui a avoué ladite Instruction, et qui, nonobstant les monitions canoniques à lui faites, y a opiniâtrement persisté, soit et demeure suspens de tout pouvoir et juridiction épiscopale et de tout exercice de l'ordre tant épiscopal que sacerdotal, jusqu'à ce qu'il ait satisfait par des rétrac­tations... auquel cas de rétractation le concile donne pouvoir au

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(1) Picot, Mémoires, t. II, p.lStt; Eist. de l'Église d'Utrecht.

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révérendissime archevêque d'Embrun, son métropolitain, et en cas de vacance du siège métropolitain, au plus ancien suffragant de la province d'octroyer l'absolution. Fait le concile défense aux grands vicaires, officiaux, vice-gérants, promoteurs, substituts et doyens ruraux et tous autres officiers par lui commis, de faire aucunes fonctions de leurs charges tant que durera ladite suspense. Le concile constitue pour vicaire général et officiai dans ledit dio­cèse de Senez, pendant la durée de ladite censure, messire Jean d'Uze Saléon... lequel à son arrivée à Senez, convoquera le synode du diocèse, y fera signer ledit Formulaire purement et simplement et fera tirer du registre de l'évêché ladite Instruction et icelle biffer; fera publier la constitution Unigenitus, etc. Confirme aussi le con­cile pour promoteur pendant le temps ci-dessus M. Jean Allard ; lesquels vicaire général, officiai et promoteur, seront révocables par le révérendissime archevêque d'Embrun, et, vacance arrivant au siège archiépiscopal, par le plus ancien suffragant, pour en subroger d'autres suivant qu'il sera jugé à propos pour le bien de l'Église.     Et sera le roi très chrétien très humblement supplié de vouloir bien appuyer le présent jugement de son autorité et d'en procurer l'exécution. »

 

61. Nous venons de parler du schisme d'Utrecht ; il faut en dire un mot ici. — Les évêchés des Pays-Bas, fondés en partie sous Philippe II autour de la métropole d'Utrecht avaient disparu au milieu des guerres religieuses : les catholiques étaient sous la direc­tion de vicaires apostoliques. Cependant la république des Provin­ces-Unies laissait aux dissidents une pleine liberté de conscience. Les Jansénistes purent donc se répandre sans crainte en Hollande, ils y achetèrent l'île de Nordstrand, dans la pensée d'en faire un asile pour les Jansénistes persécutés. La secte réussit même à gagner les représentants du Pape, Néercassel et Pierre Kodde. Ce dernier refusa de signer le Formulaire, et fut, pour ce fait, interdit de ses fonctions. Les états de la république soutinrent le vicaire déposé contre les prélats chargés de le remplacer et bien que Kodde s'abs­tint de remplir ses fonctions, une telle situation n'en présentait pas moins les commencements d'un schisme. A la mort de Kodde en

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1710, le chapitre d'Utrecht, c'est-à-dire sept ou huit prêtres qui se disaient chanoines gouvernèrent le diocèse au mépris des vicaires apostoliques. Las de cette situation précaire le chapitre eut la pré­tention d'élire un archevêque qui reconstituerait en retour le cha­pitre. Plusieurs docteurs jansénistes confirmèrent cette résolution et le choix tomba sur Steenoven qui faisait les fonctions de grand vicaire. Un prélat suspens, nommé Varlet, sacra Steenoven, assisté seulement de deux chanoines. Le nouvel évêque notifia son élection à Rome qui ne lui répondit pas et le schisme Janséniste fut con­sommé. Ce schisme dure encore. Les adhérents reconnaissent la primauté du Pape ; mais le Pape ne reconnaît pas leurs évêques. Le Saint-Siège ne répond à chaque élection nouvelle que par une nouvelle sentence d'excommunication.

 

   62. La secte diminuée, mais plus audacieuse, va donc se porter à de nouveaux excès, d'autant que le Parlement, qui avait paru reve­nir, se jette décidément dans le parti rebelle.

 

La lutte commença par un premier conflit entre la cour et le Parlement. Louis XV avait ordonné une soumission pure et simple à la bulle Unigenitus. La déclaration ne fut enregistrée que par force et, pour la braver, le Parlement rendit en quelques mois dix arrêts consécutifs en faveur des opposants. L'assemblée du clergé fit des plaintes motivées. Quarante avocats y répondirent par un mémoire ou ils refusaient à l'Église tout exercice de juridiction extérieure et attribuaient au Parlement un droit de représentation nationale. Les évêques eurent recours au roi et un arrêt du conseil consacra les vrais principes de la juridiction ecclésiastique. Cette déclaration souleva le corps des avocats, ils se constituèrent en grève et ne rentrèrent qu'après avoir reçu satisfaction.

 

La bulle Unigenitus n'en avait pas moins son caractère obliga­toire en matière grave et maintenant que le parti ne comptait plus que les appelants et réappelants les plus obstinés, les évêques avaient dû leur ôter leurs pouvoirs s'ils étaient prêtres, leur refuser les sacrements s'ils venaient en péril de mort. De là les premiers recours aux parlements de Bordeaux, de Reims, de Bayonne, d'An­gers, de Tours; de Troyes, de Douai et d'Arras. Mais ce n'était

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là qu'escarmouches qui préludaient au scandale. L'orage éclata à l'occasion des billets de confession. L'usage en était ancien et il devait se maintenir alors que des prêtres interdits visitaient les familles des appelants et entendaient les malades en confession. Le Parlement prohiba donc tout refus public de sacrements, sous prétexte de défaut de billets, ou non-acceptation de la bulle Unigenitus ; il défendit également de se servir dans les sermons des ter­mes de novateurs, hérétiques, schismatiques, jansénistes, à propos de la bulle ; enfin il ordonna d'administrer les sacrements suivant les canons et règlements autorisés dans le royaume. Le conseil d'État parut blâmer ces mesures sans en condamner les principes. Le Parlement qui se posait en vengeur du schisme et en gardien de l'unité se prit donc à juger les affaires de la bulle et l'on n'entendit plus parler que de dénonciation contre les curés, de  mandats d'amener, d'amendes, de confiscation, de bannissement et de suppres­sion de mandements d'évêques. Quatre-vingts évêques se plaigni­rent au roi qui fit bon accueil à leurs lettres. De là, remontrances du Parlement, exil des conseillers et de la grand'Chambre, rappel du Parlement, nouvelles vexations, nouvel exil, grève des avocats, enfin rappel des conseillers. Cependant les Églises de France étaient en deuil, le pouvoir des ordinaires méconnu, et les évêques deve­naient l'objet de sévices inexplicables. Le courageux archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, fut exilé jusqu'à quatre fois. L'archevêque d'Aix, les évêques d'Orléans, de Troyes, de Vannes, de Nantes, de Marseille eurent le même sort. Enfin, tous ces atten­tats contre l'Église et la royauté furent couronnés par un billet ou l'on disait au roi d'ordonner qu'on donnât les sacrements à l'article de la mort sans quoi sa vie n'était pas en sûreté. Et le lendemain, Damiens, serviteur d'un conseiller, qui avait appris au Parlement à haïr le roi, frappa Louis XV d'un coup de couteau.

 

   63. Ces monstruosités et cet exemple ne devait pas suffire ; il fallait s'attaquer au Pape et on le fit à propos de la légende de S. Grégoire VII.

 

Vers le milieu du XVIIe siècle, Alexandre VII avait établi la  fête de S. Grégoire VII dans les basiliques de Rome. Au commencement

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du XVIIIe siècle, Clément X l'autorisa dans plusieurs ordres ; et en 1728 Benoît XIII l'inséra au Bréviaire romain, et la rendit obligatoire pour toutes les Églises. Cette légende rappelait la vie d'un Pape étrangement calomnié et consacrait des principes que venaient d'obscurcir les progrès modernes. On avait trouvé bon depuis long­temps de déclamer contre tout ce qui témoignait des droits de la papauté et de l'ancienne influence des souverains pontifes. Rome voulut donc pourvoir à son honneur en ordonnant par une bulle solennelle l'insertion de cette légende au Bréviaire. Cette décision souleva de nouvelles tempêtes. Les parlements de Paris, de Nantes, de Metz, de Bordeaux se portèrent aux dernières énormités ; l'of­fice fut supprimé et il fut défendu de s'en servir sous peine de sai­sie du temporel. Des évêques Jansénistes firent écho dans leurs mandements aux réquisitoires des avocats généraux. Les curés de Paris présentèrent eux-mêmes une requête à leur archevêque. La légende fut supprimée en outre par l'archevêque intrus d'Utrecht, par les rois de Portugal, de Naples et par l'empereur Joseph II. Napoléon excommunié se prononça contre elle. En 1828, l'archevê­que de Paris la mutila encore dans l'impression d'un bréviaire. Aujourd'hui, le clergé catholique le récite dans tout l'univers, et pour notre part, nous y trouvons la sanction des vrais principes sur la philosophie de l'histoire. Un autre acte du  Saint-Siège  eut l'honneur d'être supprimé comme la légende, ce fut la bulle de cano­nisation de S. Vincent de Paul. On en comprend le motif : S. Vin­cent de Paul avait démasqué les premiers coryphées du Jansénisme. Cette haine du parti contre S. Vincent n'est pas moins remarquable. Les   plus distraits devaient comprendre que la  même  Église romaine qui produit des Vincent de Paul pour le soulagement de l'humanité, produit aussi des Grégoire VII pour remettre la société chrétienne sur ses véritable bases.

 

64. Ces refus de sacrements, objet de tant de sévices contre les prêtres fidèles, ces attaques à l'autorité du   souverain   pontife, ouvrent sur la situation morale, une vue pleine de tristes pronostics. Par le fait du jansénisme, nous voici en confusion et en révolte partout. Les innocentes inventions de Théophraste Renaudot se

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mêlent à la bagarre et y ajoutent un nouvel élément de dissolution. Ce que l'encre a de plus noir, la médisance de plus amer, la calom­nie de plus atroce, la poésie de plus mordant et la  caricature de plus odieux se propage chaque semaine par le journal. Deux ans avant la mort du cardinal de Noailles, dit Lafiteau, « il sortait des ténèbres régulièrement deux fois la semaine, des espèces de gazet­tes, intitulées Nouvelles ecclésiastiques, où le poison de l'erreur et toute l'audace du schisme arboraient publiquement l'étendard de la révolte. La puissance spirituelle, la majesté royale, le gouverne­ment du ministère, la personne des évêques, tout ce qu'il y a de plus respectable sur la terre, y était ouvertement insulté. Depuis plus longtemps encore, sans ombre même de respect pour la vertu ou pour le rang, on attaquait personnellement dans des vers satiri­ques quiconque osait faire quelque démarche éclatante contre les quesnellistes. On lui imputait sans pudeur les plus grands crimes, et par le tour qu'on lui donnait, on en faisait souvent la fable et la risée du public. Chaque jour c'étaient de nouveaux coups portés à l'autorité. Chaque libelle était un nouveau cri de sédition. Nulle recherche qui eût encore pu découvrir ces auteurs anonymes. Les secrètes protections qu'ils s'étaient ménagées, la sûreté des retrai­tes où ils s'étaient réfugiés, les sommes qu'on leur donnait, les garan­tirent toujours de tout danger. Enfin, la résistance des prêtres, l'en­têtement des femmes, l'obstination du peuple même offraient au nouvel archevêque un des plus affligeants spectacles que le zèle ait peut-être jamais eu à déplorer et à détruire. (1) On a su depuis que ces exécrables folliculaires opéraient dans un des bateaux flottant sur la Seine : c'étaient des écumeurs de rivières,  des ravageurs, des pirates.

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon