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L'ascension du Christ évoque l'autre pôle de l'existence humaine qui s'étend infiniment au‑delà d'elle‑même vers en haut et vers en bas.
En tant que pôle opposé de l'isolement radical et de l'intangibilité de l'amour qui se refuse, cette existence porte en elle la possibilité du contact avec tous les autres hommes, dans le contact avec l'amour divin, si bien que l'existence humaine peut trouver en quelque sorte son lieu géométrique dans l'intimité même de Dieu.
Il est vrai que les deux possibilités de l'homme, qui apparaissent ainsi dans les mots ciel et enfer, sont de nature tout à fait différente, elles sont possibilités de l'homme en un sens très différent. L'abîme que nous appelons enfer, seul l'homme peut se le donner à lui‑même.
Il faut même dire encore plus nettement: il consiste formellement en ce que l'homme refuse absolument de recevoir et veut être totalement autonome; il est l'expression du repli total sur soi‑même. Il consiste essentiellement en ce que l'homme refuse de recevoir, d'accueillir, et veut au contraire ne s'appuyer que sur lui‑même, se suffire à lui‑même.
Si cette attitude est poussée à l'extrême, alors l'homme est devenu l'intouchable, l'isolé, le rejeté. L'enfer, c'est vouloir être uniquement soi‑même; c'est ce qui advient lorsque l'homme s'enferme en lui‑même.
Il est, par contre, de l'essence de cet « en haut» que nous appelons ciel, de ne pouvoir être que reçu, accueilli, alors que l'enfer, on ne peut que se le donner à soi‑même. Le ciel est essentiellement ce qui
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p223 LES ARTICLES CHRISTOLOGIQUES DE LA PROFESSION DE FOI
n'est pas et ne peut pas être notre propre oeuvre.
Dans le langage de la scolastique on disait que, en tant que grâce, il était un «donum indebitum et superadditum naturae » (un don indu, surajouté à la nature). Le ciel, en tant qu'amour comblé, ne peut jamais être qu'offert à l'homme; l'enfer, par contre, est la solitude de celui qui refuse d'accepter cela, qui refuse l'état de mendiant et qui se replie sur lui‑même.
C'est à partir de là seulement que l'on peut montrer ce que le chrétien entend vraiment par « ciel ». Il ne s'agit pas d'un lieu éternel, supra‑terrestre, ni simplement d'un domaine éternel métaphysique.
Il faut plutôt dire que les réalités «ciel» et «ascension du Seigneur » sont inséparablement liées; c'est à partir de ce rapport seulement que le sens christologique, personnel, historique du message chrétien au sujet du ciel devient clair.
Autrement dit : le ciel n'est pas un lieu qui aurait été fermé avant l'ascension du Christ par un décret positif de Dieu, pour être ouvert ensuite par un décret également positif. La réalité « ciel » ne devient au contraire effective que dans la rencontre intime de Dieu et de l'homme.
Le ciel est à définir comme le contact de l'être de l'homme avec l'être de Dieu; cette rencontre intime de Dieu et de l'homme a été définitivement réalisée dans le Christ, lorsque, à travers la mort, il a passé au‑delà du bios, à la vie nouvelle.
Le ciel est ainsi l'avenir de l'homme, et de l'humanité, que celle‑ci ne peut se donner à elle-même, qui lui demeure fermé aussi longtemps qu'elle ne compte que sur elle‑même et qui a été ouvert pour la première fois et de façon radicale dans l'homme dont le lieu d'existence était Dieu et par qui Dieu est entré dans l'être de l'homme.
C'est pourquoi le ciel est toujours plus qu'un destin particulier et privé; il est nécessairement en rapport avec le « dernier Adam », avec l'homme définitif et donc avec l'avenir global de l'homme.
Il me semble que cela pourrait éclairer plusieurs questions herméneutiques importantes; nous ne pouvons que les évoquer brièvement ici.
L'un des points les plus frappants du donné biblique, qui occupe et préoccupe l'exégèse et la théologie depuis environ un demi‑siècle, est ce que l'on appelle l'eschatologie imminente: dans le message de Jésus et des Apôtres, il semble que la fin du monde soit annoncée comme imminente. L'on a même l'impression que le message de la fin prochaine constitue le noyau essentiel de la prédication de Jésus et de l'Église naissante.
La figure de Jésus, sa mort et sa résur-
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rection sont mises en rapport avec cette représentation d'une façon qui nous apparaît aussi étrange qu'incompréhensible.
Il ne nous est pas possible, évidemment, d'entrer dans le détail des nombreuses questions qui sont touchées par là. Mais nos dernières réflexions ne nous ont‑elles pas indiqué la voie où la réponse peut être cherchée ?
Nous avons décrit la résurrection et l'ascension comme la rencontre intime et définitive de l'être de l'homme avec l'être de Dieu, qui ouvre à l'homme la possibilité d'une existence sans fin.
Nous avons essayé de comprendre les deux mystères comme la victoire de l'amour plus fort que la mort, ce qui représente la «mutation » décisive de l'homme et du cosmos, où les limites du bios ont été franchies et une nouvelle sphère d'existence créée.
S'il en est vraiment ainsi, nous avons là le début de l'eschatologie