Arius 21

Darra  tome 9 p. 532

   10. Cette appréciation du grand évêque de Meaux est aussi juste au point de vue de l'histoire qu'à celui de la simple théorie. Loin de se tenir dans la sérénité d'une possession tranquille, les Ariens étaient dans une agitation perpétuelle. « Semblables, dit saint Athanase, à des malades inquiets qui changent sans cesse leur testament, à peine avaient-ils tracé une formule qu'ils en composaient une nouvelle 2. » Un concile arien tenu à Antiocbe venait de déposer saint Cyrille de Jérusalem, coupable d'attachement à la foi catholique. Après ce bel exploit, le concile s'occupa du second Formulaire de Sirmium. On convenait que ce tissu de blasphèmes était de nature à soulever l'indignation de tous les fidèles. La réprobation des évêques des Gaules, d'Italie, d'Illyrie et de Macédoine était unanime. Acace de Césarée et Uranius de Tyr, qui présidaient le conciliabule d'Antioche, cherchèrent donc un palliatif. Ils crurent l'avoir trouvé en condamnant d'une part l'expression de consubstantiel, comme trop explicite, et celle de « semblable en substance, » comme trop vague. L'omoousios catholique et l'omoiousios; d'Aetius furent donc rejetés à la fois. D'ailleurs on se garda bien de chercher à leur substituer quelque chose de plus net. La négation parut suffire, et le tiers-parti qui signalait ainsi son avènement prit le nom d'Anoméen, Anomoios. Représentant une négation, il déplut à tout le  monde. Un autre

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1. Bossuet, Remarques sur l'histoire de l'Arianisme,  à la fin de la Seconde instruction pastorale sur les promesses de Jésus-Christ à son Église.

2. S. Athan., Hist. Arian. ad monach. et Apalog. II.

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synode tenu à Ancyre s'éleva violemment contre celui d'Antioche, et en appela à l'empereur (358). Rien ne pouvait être plus agréable à Constance que ces perpétuels recours à son infaillibilité césarienne et dogmatique. L'évêque intrus d'Antioche, nommé Eudoxius, était une de ses créatures. Naguère, comédien à la cour, un caprice de l'eunuque favori l'avait transformé en patriarche. Constance avait quelque droit de le traiter sans beaucoup d'égards. Il lui adressa les plus sanglants reproches sur son ignorance théologique. « Vous vous êtes fait, lui disait-il, le disciple d'Aétius, un charlatan, un sophiste, aussi imbécile que dangereux ! Je vous défends de l'admettre désormais dans l'assemblée des fidèles d'Antioche. » Ce premier point n'était pas le plus difficile à régler. Les députés d'Ancyre se plaignaient encore plus du second Formulaire de Sirmium que de la profession de foi d'Antioche. Constance voulut que la question fût débattue solennellement en sa présence. Les députés d'Ancyre n'eurent pas de peine à démontrer la stupidité du Formulaire. Ursace et Valens, qui en étaient les auteurs, ne se donnèrent pas grand'peine pour le défendre. Ils reconnurent que, préoccupés du service du prince, ils n'avaient pas apporté assez d'attention à l'examen d'une doctrine qu'on avait présentée toute faite à leur signature. Constance triomphait de sa perspicacité à découvrir l'erreur, pendant que les prélats, ses favoris, se donnaient à ses yeux le rôle de la plus touchante modestie. Tout allait donc pour le mieux dans cette cour dégénérée. Cependant il fallait quelques victimes sur qui faire retomber la sévérité du théologien couronné. La lettre à Eudoxius d'Antioche n'était qu'un châtiment trop anodin. Ursace et Valens imaginèrent d'impliquer Eudoxius et Aétius dans une conspiration posthume avec le César Gallus. En conséquence, ils furent exilés, le premier en Arménie, le second à Pepuza, dans la petite Phrygie. On vit de la sorte des hérésiarques partager avec les véritables confesseurs de la foi les honneurs de la persécution. Tout était désordre et contradiction dans le règne de Constance.

 

   11. Ce prince voulait un nouveau concile œcuménique, où les Anoméens seraient officiellement condamnés. Il eut d'abort l'idée

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de le convoquer à Nicée ; mais le nom de cette grande cité illustrée par le premier concile universel déplaisait aux Arien». On fit choix de Nicomédie. Des lettres impériales de convocation furent adressées aux évêques qui passaient dans chaque province pour les plus instruits et les plus éloquents. Chacun d'eux devait repré- senter l'épiscopat de sa nation tout entière. Il ne fut d'ailleurs aucunement question de concerter la mesure ni avec le pontife exilé ni avec le titulaire de Rome Félix, en supposant que ce dernier vécût encore à cette époque. Tout devait procéder de l'empereur : la convocation, le choix des députés, aussi bien que les sujets mis en délibération. Le ciel ne permit pas que cette assemblée eût lieu. Quelques jours avant l'époque fixée pour l'arrivée des évêques, le 24 août 338, à huit heures du matin, un tremblement de terre renversa la ville de Nicomédie. Les secousses électriques se répétèrent durant deux heures, avec une intensité effroyable. Le feu prit à l'amas de décombres ; un incendie qui dura cinquante jours acheva de dévorer les restes de la malheureuse cité. Quelques évêques périrent dans ce désastre; entre autre Cecropius, titulaire arien de Nicomédie. L'Asie tout en-tière, le Pont, la Macédoine elle-même eurent à souffrir de ce tremblement de terre, dont l'ébranlement se fit sentir dans cent cinquante villes différentes. Le désordre et l'épouvante que cette catastrophe produisit en Orient écartèrent pour le moment l'idée d'un concile universel. Les évêques déjà en route reçurent l'ordre de rebrousser chemin et de retourner dans leurs églises, jusqu'à ce qu'on eût pris une nouvelle détermination.

 

   12. De sa personne, Constance revint à Sirmium. Cette cité paraît avoir eu le privilège de lui inspirer des professions de foi. Au printemps de 359, il y fit dresser un troisième Formulaire, à la réduction duquel Valens prit la part la plus active. On revint de nouveau sur la question de la consubstantialité du Fils, pour déclarer que le terme de ousia «substance, » expression inusitée dans l'Écriture, avait été une malheureuse innovation de quelques esprits bien intentionnés sans doute, mais imprudents et peu éclairés. L'introduction de ce terme, disait-on, a scandalisé tout le

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peuple fidèle ; elle est l'unique cause des dissensions et des schismes qu'on a depuis si longtemps à déplorer. L'esprit de charité et de paix que dirige l'Église faisait donc un devoir de supprimer pour jamais une expression si malencontreuse. Au besoin l'autorité impériale se réservait de réprimer sévèrement les contraventions à cette nouvelle loi ecclésiastique. Ce point avait déjà été réglé à peu près dans le même sens par le second Formulaire de Sirmium. On ne l'accentuait si nettement ici que pour se débarrasser à la fois du « consubstantiel » catholique (omoousios;) et du « semblable en substance » (omoiousios) des semi-ariens. En bannissant du vocabulaire légal le radical ousia. on croyait trancher définitivement la question. Mais ce n'était là qu'un expédient. Restait toujours à expliquer, d'une manière ou d'une autre, ce qu'était le Fils de Dieu. Le second Formulaire l'avait brutalement réduit au rang des créatures. Cette décision avait été repoussée par tout le monde, bien qu'elle représentât fidèlement la croyance intime des Ariens. On essaya vainement de déguiser le blasphème sous des formes plus adoucies. Vingt fois on recommença ce travail d'hypocrisie et de mensonge. Enfin Constance qui assistait à toutes les réunions et qui se piquait d'avoir à lui seul plus de science théologique que tous les prélats réunis, exigea qu'on écrivît: « Le Fils est semblable au Père en toutes choses, selon qu'il est contenu aux Écritures. » Lorsque l'empereur rendit cette décision dogmatique, on était à la veille de la Pentecôte; la nuit presque tout entière s'était épuisée, ainsi que les précédentes, en de stériles débats, et Constance voulait que le lendemain le troisième Formulaire de Sirmium, auquel il attachait ainsi son nom, pût être lu solennellement aux fidèles dans les églises. Il ne s'agissait donc plus pour les récalcitrants de discuter, mais de signer. Marc d'Aréthuse, Georges d'Alexandrie, Germinius de Sirmium, Hypatianus d'Héraclée, Ursace de Singidon et Pancratius de Peluse s'exécutèrent de bonne foi; ils souscrivirent en déclarant que telle était leur croyance. Mais Valens ajouta à son nom cette réserve : « Je prends à témoin notre très-pieux empereur et tous les assistants de la précipitation avec laquelle nous sommes obligés de souscrire cette formule, la

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veille de la Pentecôte. Je déclare que le Fils est semblable au Père. » Il s'arrêta là et n'ajouta point « en toutes choses. » Constance qui lisait par-dessus l'épaule de Valens s'aperçut de l'omission. Il le contraignit de la réparer, séance tenante. Valens n'avait pas compté sur cette rigoureuse surveillance et en fut pour ses frais d'inutiles subterfuges. Basile d'Ancyre comprenait parfaitement que la déclaration qui paraissait à Valens trop explicite, ne l'était réellement pas assez. Il crut donc devoir l'étendre da- vantage et souscrivit en ces termes: « Moi, Basile d'Ancyre, je crois, comme il est écrit ci-dessus, que le Fils est semblable au Père en toutes choses ; c'est-à-dire, non-seulement quant à la volonté, mais quant à la substance, l'existence et l'être, comme véritable Fils, esprit d'esprit, vie de vie, lumière de lumière, Dieu de Dieu ; en un mot Fils en tout semblable au Père. Si quelqu'un prétend que le Fils est semblable au Père seulement en certaines choses et d'une manière relative, je le tiens pour un hérétique, séparé de la foi de l'Église. » — Constance ne s'opposa point à l'insertion de cette clause. On termina donc cette orageuse discussion en inscrivant en tête du nouveau Formulaire un titre ainsi rédigé : « Exposition de la foi catholique, faite en présence de notre seigneur, le très-pieux et victorieux empereur Constance, auguste, éternel, sous le consulat de Flavius Eusèbe et d'Hypatius, à Sirmium, le XI des Calendes de juin ( 22 mai 359). »

 

   13. L'attention publique, constamment excitée par les questions dogmatiques soulevées dans les querelles de l'Arianisme, n'avait pas tardé à se diviser en fractions dissidentes. L'hérésie ne peut échapper à sa loi fondamentale; il est dans sa nature de varier sans cesse. L'Arianisme présentait dès lors ce spectacle de transformations diverses. Il se partageait en Semi-Ariens et en Anoméens. Les Semi-Ariens, dont le parti était le plus nombreux, niaient la consubstantialité du Verbe et rejetaient l'expression de consubstantiel, admise dans le symbole de Nicée. Cependant ils attribuaient au Fils de Dieu une ressemblance en toutes choses avec le Père. La grande majorité des évêques orientaux avait embrassé cette doctrine; et l'on s'explique

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aisément combien leurs professions de foi pouvaient être captieuses et amphibologiques, puisque, comme la première de Sirmium, elles pouvaient paraître complètement orthodoxes, à la seule exception près de l'omission du mot consubstamiel. Les Anoméens, au contraire, non-seulement n'admettaient pas la con-substantialité du Verbe, mais ils enseignaient que Dieu le Fils était dissemblable (anomoios à son Père, en essence et dans tout le reste. Ces sectaires reconnaissaient pour chefs Aétius et Eunomius: ce qui leur fit donner aussi le nom d'Aétiens ou d'Eunomiens. Nous avons fait précédemment connaître l'aventurier syrien Aétius. Eunomius, d'abord son disciple, puis, en 360, sacré par les Ariens évêque de Cysique, ajouta aux erreurs de son maître et devint, à son tour, chef de parti. Il soutenait qu'il connaissait Dieu aussi parfaitement que Dieu se connaît lui-même ; que le Fils de Dieu n'était pas véritablement Dieu, et ne s'était uni à l'humanité que par sa vertu et ses opérations; que la foi seule peut sauver, malgré les plus grands crimes et même l'impénitence finale. Il refusait à Jésus-Christ la connaissance du jour et de l'heure du jugement dernier. Il rebaptisait tous ceux qui avaient reçu le baptême de l'Église au nom de la sainte Trinité. Il rejetait la triple immersion alors en usage pour le baptême; il réprouvait le culte des martyrs, et l'honneur rendu aux reliques des saints. — Ses sectateurs, qui s'appelaient Eunomiens, se subdivisèrent bientôt en Eunomio-Eupsychiens, qui soutinrent que le Sauveur connaissait le jour et l'heure du jugement dernier: vérité que les Eunomiens ne voulaient pas admettre. Le chef de cette nouvelle école se nommait Eupsychius, et donna ainsi lieu à la dénomination d'Eunomio-Eupsychiens.

 

   14. Dans cette conflagration générale des esprits, pendant que la plupart des évêques légitimes étaient en exil, que des hérétiques intrus occupaient leurs sièges, et que le monde entier, suivant l'expression énergique de saint Jérôme, semblait s'être réveillé arien, Constance n'avait point abandonné son projet de concile œcuménique un instant interrompu par le tremblement de terre de Nicomédie. Il reprit cette idée avec une nouvelle ardeur, mais aussi sur un plan tout différent du premier. Au lieu d'un seul con-

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cile, il en indiqua deux simultanés, l'un à Ariminium (Rimini), en Italie pour l'Occident, l'autre à Séleucie, en Isaurie, pour l'Orient. Au lieu de n'y appeler que des députations partielles, il décida que tous les évêques, sauf bien entendu ceux qu'il avait précédemment exilés, auraient à y prendre part. Tous les relais de poste de l'empire furent mis dans ce but à leur disposition. Le concile de Rimini s'assembla donc au mois de juin 359, sans autre convocation que celle de l'empereur; le pape Liberius ne fut ni consulté, ni même invité, et cette circonstance est remarquable : car, dans le cas d'une chute récente, on ne voit point comment l'empereur n'en aurait pas profité pour montrer à l'univers le spectacle d'un Pontife romain pactisant avec l'Arianisme. Quoi qu'il en soit, Liberius protesta plus tard contre la convocation irrégulière du  concile de Rimini, en ces termes: «Les Ariens, ces hommes impies et sacrilèges, sont venus à bout de rassembler les évêques d'Occident à Rimini, dans le dessein de les séduire par des discours trompeurs, et de les forcer, par l'autorité impériale, ou à retrancher un terme qui avait été mis avec beaucoup de sagesse dans la profession de foi, ou à le condamner absolument. Mais cet artifice ne leur servi qu'à donner une nouvelle preuve de leur mauvaise foi. Quatre cents évêques d'Illyrie, d'Italie, d'Afrique, d'Espagne, des Gaules, de la Grande-Bretagne, parmi lesquels quatre-vingts seulement ariens, se trouvaient à Rimini. Les catholiques tinrent leurs sessions dans la grande église de la ville ; les Ariens, qui refusaient de communiquer avec eux, se retirèrent dans un petit oratoire voisin. Ursace et Valens se présentèrent d'abord devant les évêques catholiques, et y lurent la dernière profession de foi qu'ils avaient fait adopter à l'empereur, à Sirmium. Tous les pères la repoussèrent avec indignation. « Nous ne sommes pas assemblés, disaient-ils, pour apprendre ce que nous devons croire ; nous tenons notre foi de nos pères, les martyrs et les confesseurs à qui nous avons succédé; nous la ténons de ces grands évêques qui se sont assemblés à Nicée et dont plusieurs vivent encore. Que veut dire votre formule datée d'hier? N'y avait-il pas de chrétiens avant cette date? Tant de saints qui avant ce jour se sont endormis dans le

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Seigneur, ou qui ont donné leur sang pour la foi, ne savaient-ils pas ce qu'ils devaient croire? » Le concile procéda ensuite à l'examen des autres formules de foi que les Ariens avaient rédigées depuis un quart de siècle, et qui étaient au nombre de près de cinquante. Elles furent toutes successivement rejetées. Le symbole de Nicée, lu ensuite, fut adopté comme l'expression légitime, entière, complète, de la foi catholique. Un décret fut rédigé en ce sens, et souscrit par tous les évêques orthodoxes, sans en exempter un seul. Valens, Ursace, Caïus, Germinius et les autres ariens, furent condamnés et déposés de leurs sièges par un acte que nous avons en-core. — Jusqu'ici, la conduite du concile de Rimini est irréprochable : c'est que ses délibérations n'avaient pas encore été entravées par la violence. Le véritable esprit de l'Eglise s'y développait en liberté. Constance avait cependant dès l'origine envoyé à Rimini Taurus, préfet du prétoire, pour surveiller les opérations du concile. Mais le lieutenant impérial avait reculé devant l'exécution des mesures de rigueur, en présence de l'imposante majorité des évêques catholiques. Les choses ne tardèrent pas à changer de face. Dix députés catholiques étaient partis de Rimini, chargés de remettre à Constance la décision du concile. Les Ariens, de leur côté, en avaient envoyé dix autres de leur faction, qui, à force de diligence, arrivèrent les premiers à Andrinople, où était la cour. Ils prévinrent facilement l'esprit du prince en faveur de leur cause, et quand les députés catholiques se présentèrent à leur tour, on leur fit l'accueille plus froid et le plus dédaigneux. Bientôt, ils se virent circonvenus par les intrigues des évêques ariens; et, après des négociations où l'on avait employé successivement les promesses et les menaces, ils eurent la faiblesse de souscrire à la profession de foi arienne, rédigée à Sirmium, le 22 mai 359. Constance dépêcha sur-le-champ à Taurus, son lieutenant impérial, l'ordre de la faire signer par tous les évêques de Rimini, et de commencer par exiler les quinze plus opiniâtres, pour épouvanter les autres par ce coup de vigueur. Malheureusement, il ne fut pas besoin d'y recourir: découragés par un long séjour dans un pays étranger, épouvantés des menaces de l'empereur, le plus grand nombre céda et

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souscrivit ce qu'on voulut. Vingt seulement, parmi lesquels étaient Phœbadius, évêque d'Agen, et Servatius, évêque de Tongres, ré-sistaient encore. Ursace et Valens leur protestèrent alors que la formule de Sirmium condamnait explicitement l'erreur arienue ; qu'on y avait omis le mot consubstantiel uniquement pour couper court à d'interminables débats ; mais que d'ailleurs la doctrine de Nicée y était professée en termes équivalents. Ils répétèrent ces explications devant une assemblée générale du clergé et des fidèles et proposèrent l'adoption des anathématismes suivants : « Si quelqu'un dit que Jésus-Christ n'est pas Dieu, Fils de Dieu, engendré du Père, avant les siècles; qu'il soit anathème ! — Si quelqu'un dit que le Fils de Dieu n'est point éternel avec le Père ; qu'il soit anathème ! — Si quelqu'un dit: Il y eut un temps où le Fils n'était pas; qu'il soit anathème ! — Si quelqu'un dit que le Fils est créature comme sont les autres créatures; qu'il soit anathème ! » Tous acclamèrent cette dernière proposition, sans s'apercevoir du venin qui y était caché : car les catholiques entendaient par là qu'il n'était pas du tout créature, et Valens entendait qu'il était créa-ture, mais plus parfaite que les autres. Au fond, ce fut à cette misérable équivoque, inaperçue dans le moment, que se réduisit le triomphe des Ariens ; mais ils avaient tout gagné, en faisant signer un symbole qui supprimait le terme catholique de consub-stantiel. Aussi le pape Liberius se crut obligé de casser les actes du concile de Rimini, et l'histoire fera toujours un reproche aux évê- ques qui y assistaient d'avoir permis si légèrement de passer sous silence le mot le plus important du symbole de Nicée. Ils reprirent le chemin de leurs diocèses respectifs, sans plus être inquiétés. Ursace et Valens allèrent, de leur côté, se glorifier auprès de Constance du succès de leurs intrigues.

 

15. En arrivant à la cour, ils y trouvèrent des députés du concile de Séleucie, réuni depuis le mois de septembre 359. On comptait environ cent soixante évêques d'Orient répartis selon leur croyance de cette sorte : dix-neuf Anoméens, ou Ariens purs; cent cinq Semi-Ariens, admettant le semblable en substance ; les autres, qui étaient tous d'Egypte, catholiques zélés, tenaient pour

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le terme de consubstantiel et la foi de Nicée. Cette proportion numérique nous est attestée par un témoin oculaire, saint Hilaire de Poitiers, qui, exilé en Phrygie, assista au concile. Deux commissaires de l'empereur, avec des troupes sous leurs ordres, surveil-laient les opérations. Il n'était pas facile de faire adopter une profession de foi qui convînt également aux trois opinions opposées. Acace, évêque de Césarée, chef du parti des Anoméens, en proposa une qui fut rejetée. Les Semi-Ariens firent adopter celle du concile d'Antioche, tenu en 341, qui consacrait leur doctrine. Ils rétablirent ensuite saint Cyrille, injustement banni de Jérusalem depuis deux ans, et déposèrent nommément comme hérétiques Acace de Césarée, Georges d'Alexandrie, Eudoxius d'Antioche, Patrophile de Scythopolis, et quelques autres chefs du parti anoméen. Les actes du concile et la profession de foi qu'on y avait signée furent apportés à l'empereur en même temps que ceux de Rimini. Constance, de sa propre autorité, décida que la formule de Rimini était seule obligatoire, força les députés de Séleucie à la souscrire, exila Aétius en Phrygie, et acheva dans ces négociatious l'année 359.

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