La foi chrétienne hier et aujourd’hui 58

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  II. L'IMAGE DU CHRIST DANS LE SYMBOLE

 

   Le Symbole, résumé représentatif de la foi, formule sa profession de foi en Jésus par ces mots très simples « ... et (je crois) au Christ‑Jésus”. Ce qui nous frappe tout au plus dans cet énoncé, c'est que, comme dans l'expression préférée de l'Apôtre Paul, le mot Christ, désignant à l'origine non pas un nom, mais un titre ( Messie »), soit placé en tête.

 

Or la communauté chrétienne de Rome, qui a formulé cet article de foi, était encore parfaitement consciente, on peut le montrer ‑ du contenu de signification du mot « Christ”. Le changement en un simple nom, tel que nous ressentons aujourd'hui ce mot, s'est opéré très tôt; cependant ici “Christ” est encore employé pour désigner ce qu'est ce Jésus.

 

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p133 JE CROIS EN JESUS‑CHRIST

 

fusion avec le nom de Jésus, il est vrai, est déjà très avancée; nous touchons à la dernière étape dans les changements de signification du mot Christ.

 

   Ferdinand Kattenbusch, le grand investigateur du symbole apostolique, a éclairé le fait par un exemple pertinent, emprunté à son temps (1897); il renvoie, à titre de comparaison, à l'expression «Empereur Guillaume” (Kaiser Wilhelm).

 

Le titre « Empereur” est pratiquement déjà devenu une partie du nom lui‑même, tant «Empereur” et «Guillaume” sont inséparables; cependant tout le monde est encore conscient que ce mot n'exprime pas seulement un nom, mais une fonction .

 

Nous trouvons un processus semblable dans l'association des mots « Christ – Jésus”, qui présente le même mode de formation; Christ est un titre et en même temps une partie du nom unique de l'homme de Nazareth.

 

Dans ce processus de fusion du nom avec le titre, de transformation du titre en un nom, se reflète bien plus qu'un de ces nombreux oublis de l'histoire, dont nous aurions ici une nouvelle illustration. Il s'y manifeste plutôt le noyau le plus profond de cette intelligence où est parvenue la foi, au sujet de Jésus de Nazareth.

 

La véritable affirmation de la foi est en effet celle‑ci: en Jésus, on ne peut dissocier la fonction de la personne; cette distinction devient chez lui sans objet. La personne est la fonction, la fonction est la personne; on ne saurait séparer l'une de l'autre.

 

Il n'y a pas ici de domaine réservé pour le «privé”, pour le Moi, qui resterait finalement en retrait par rapport à ses faits et gestes; un Moi qui pourrait être « hors service” à tel moment donné; ici le « Moi” ne peut être séparé de son oeuvre, le «Moi» est l'oeuvre et l'oeuvre est le « Moi”.

 

   Jésus n'a pas laissé (toujours suivant l'interprétation que la foi donne d'elle‑même dans le symbole) une doctrine séparable de son « Moi”, comme les idées des grands penseurs, que l'on peut recueillir et apprécier, sans considérer la personne de l'auteur.

 

Le symbole ne présente pas de doctrine de Jésus; manifestement, on n'en eut même pas l'idée, qui nous paraîtrait pourtant toute naturelle, car l'optique fondamentale tendait vers une tout autre direction.

 

De même, selon la perspective de la foi du symbole, Jésus n'a pas fait une oeuvre qui serait distincte de son « Moi”, et dont on pourrait la détacher, pour la présenter à part de lui.

 

Le

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p134 JESUS‑CHRIST

 

comprendre comme Christ, c'est être convaincu qu'il s'est engagé lui‑même dans sa parole; chez lui, il n'y a pas (comme chez nous tous) un « Moi” qui produit des paroles; il s'est tellement identifié avec sa parole, que le « Moi » et la parole se confondent: il est Parole.

 

Pareillement, pour la foi, son oeuvre n'est pas autre chose que l'épanchement sans réserve par lequel il se coule dans son oeuvre; il se fait, il se donne; son oeuvre est le don de lui‑même.

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon